‹ Garibaldi histoire de la conquête des DeuxSiciles Marc MonnierChapitre 13 sur 33 · LA BATAILLE DE MELAZZO · texte numérisé non relu

LA BATAILLE DE MELAZZO

K Mon cher Carini,

« Grand combat, grande victoire! — 7,000 Napolitains ont fui devant 2,500 ludiens.

« J’ai pensé que cette bonne nouvelle serait un baume pour votre blessure, et je vous écris sous le canon même du château, qui fait feu fort maladroitement, rendons-lui cette justice, sur la Ville d'Èdimbourg et sur votre très-humble servante Y Emma.

(( Pendant que Bosco brûle sa poudre, nous avons le temps de causer. — Causons.

« J’étais à Catane , quand j’ai appris vaguement qu’une colonne napolitaine était partie de Messine et allait au-devant de Medici. J’ai envoyé à l’instant un messager au consul français de Messine, lequel m’a répondu que la nouvelle était exacte.

DUS ÜEt;X-SICILK.S.

luy

« Nous avons levé l’ancre à l’instant même, espérant arriver à Melazzo pour voir le combat.

« Le surleiulemain, en effet, au moment où nous entrions dans le golfe Oriental, le combat venait de commencer.

« Voici ce qui se passait. Vous pouvez croire à l’exactitude des faits, puisque les faits s’accomplissaient sous nos yeux.

« Le général Garibaldi, parti le 18 de Palerme, était arrivé le 19 au camp de Miri; depuis deux jours déjà des combats partiels avaient eu lieu.

« A peine arrivé, il avait passé en revue les troupes de Medici, qui l’avaient accueilli avec enthousiasme.

« Le lendemain, à l’aube du jour, toutes les troupes étaient en mouvement pour attaquer les Napolitains sortis du fort et du village de Melazzo qu’ils occupaient.

« Malenchini commandait l’extrême gauche, le général Medici et Cosenz le centre; la droite, composée simplement de quelques compagnies, n’avaient pour but que de couvrir le centre et l’aile gauche d’une surprise.

(t Le général Garibaldi se plaça au centre, c’est-àdire à l’endroit où il jugeait que l’action serait la plus vive. Le feu commença sur la gauche, à moitié chemin de Miri à Melazzo.

« Ou rencontrait les avant-postes napolitains cachés dans les roseaux.

« Après un quart d’heure de fusillade sur la gauche, le centre à son tour s’est trouvé en face de la ligne napolitaine, et l’a attaquée et délogée de sa première position.

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« La droite, pendant ce temps, chassait les Napolitains des maisons qu’ils occupaient.

« Mais les difficultés du terrain empêchaient les renforts d’arriver. Bosco poussa une masse de 6,000 hommes contre les cinq ou six cents assaillants qui l’avaient forcé de reculer, et qui, accablés par le nombre, avaient été forcés de reculer à leur tour.

« Le général envoya aussitôt prendre des renforts. Les renforts arrivés, on attaqua de nouveau l’ennemi , caché dans les roseaux et abrité derrière des figuiers d’Imle.

« C’était un gi'and désavantage pour les italiens, qui ne pouvaient attaquer à la baïonnette.

(( Medici , eh marchant à la tête de ses hommes, avait eu son cheval tué sous lui. Cosenz avait reçu une balle morte dans le cou et était tombé ; on le croyait blessé mortellement, lorsqu’il se releva en criant : Vive l'Italie! La blessure n’était que légère.

« Le général Garibaldi se mit alors à la tête des c^arabiniers génois avec quelques guides et Misori. Son intention était de déborder les Napolitains et de les attaquer de liane, en coupant ainsi la retraite à une partie d’çntre eux ; mais on trouva sur la route une batterie de canons qui s’opposa à cette manœuvre.

« Misori et le capitaine Statella poussèrent alors sur la route avec une cinquantaine d’hommes ; le général Garibaldi se mit à leur tête et dirigea la charge. A vingt pas, le canon chargé à mitraille fit feu.

« L’effet fut terrible; cinq ou six hommes seulement restèrent debout. Le général Garibaldi eut la semelle de sa botte et son étrier emportés ; son cheval, blessé, (Revint indomptable, et il fut forcé de l’aban-

DEb DEUX-SICII.B.S.

sut

donner en y laissant son revolver. Le major Breda et son trompette étaient tués à ses côtés; Misori tombait sous son cheval, frappé à mort par un biscaïen; Statella restait debout au milieu d’un ouragan de mitraille ; tous les autres étaient morts ou blessés.

« Ici, les détails disparaissent dans l’ensemble ; tout le monde se bat, et se bat bien.

« Le général, voyant alors l'impossibilité de prendre le canon qui avait fait tout ce ravage de front, envoie prendre quelques compagnies au colonel Donon, se jette avec elles à travers les roseaux, en recommandant à Misori et à Statella, les roseaux franchis, de sauter par-dessus le mur qu’ils devaient trouver devant eux, et comme le mur franchi Us dèvaicnt se trouver à peu de distance de la pièce de canon, de s’élancer sur elle.

« Le mouvement fut exécuté par les deux officiers <!t par une cinquantaine d’hommes qui les suivaient avec beaucoup d’ensemble et d’élan ; mais lorsqu’ils arrivèrent sur la route, la première personne qu’ils y trouvèrent était le général Garibaldi, à pied et le sabre à la main.

« En ce moment, le canon fait feu, tue quelques hommes ; les autres s’élancent sur la pièce, s’en emparent et l’entraînent du côté des Italiens.

« Alors, l’infanterie napolitaine s’ouvre et donne passage à une charge de cavalerie qui s’élance i>our reprendre la pièce. Les hommes du colonel Donon, peu habitués au feu, se jettent des deux côtés de la route au lieu de soutenir la charge à la baïonnette; mais, à gauche, ils sont retenus par les figuiers d’Inde, ît droite par un mur, La cavalerie passe comme un

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tourbillon. Dos deux côtés, alors, les Siciliens font feu-, leur terreur d’un instant a disparu.

« F’ussillé à droite et à gauche, l’officier napolitain s’arrête et veut retourner en arrière; mais alors, au milieu de la route, il trouve, lui barrant le passage, le général Garibafdi, Misori, Statella et cinq ou six hommes. Le général saute à la bride du cheval de l’officier, en lui criant : « Rendez-vous! » L’officier, pour toute réponse, lui porte avec son sabre un coup d’élite; le général Garibaldi le pare, et, d’un coup de revers, lui ouvre la joue; l’officier tombe; trois ou (juatre sabres sont levés sur le général, qui blesse un de ses assaillants d’un coup de pointe; Misori en tue deux autres et le cheval d’un troisième de trois coups de revolver; Statella frappe de son coté, et un homme tombe ; un soldat démonté saute à la gorge de Misori, qui lui casse ' à bout portant la tête d’un quatrième coup de revolver. Pendant celte lutte de géant, le général Garibaldi a rallié les hommes éparpillés. Il charge avec eux, et, tandis qu’on extermine ou qu’on fait [trisonniers les cinquante cavaliers, depuis le premier jusqu’au der-, nier, il joint enfin, secondé par le reste du centre, les NafK)lilains, les Bavarois, les Suisses, à la baïonnette. Les Napolitains fuient, les Suisses et les Bavarois tiennent un instant, mais fuient à leur tour : la journée est décidée; la victoire n’est pas encore, mais sera aux héros de ritalic.

<( Toute l’armée napolitaine se mit en retraite sur .Melazzo. On arrive en la poursuivant jusqu’aux premières maisons; là, les canons du fort se mêlent au combat.

<( Vous connaissez la situation de Melazzo, bâti à

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cheval sur une pres |u’ile. Le combat, qui avait commenc«5 clans le golfe oriental, avait peu à peu tourné au golfe occidental ; dans le golfe était la frégate le Tiüiéri, l’ancien Vélore. Le général Garibaldi se souvient qu’il a commencé par être marin; il s’élance sur le pont du Tukéri, monte dans les vergues, et de là domine le combat.

« Une troupe de cavalerie et d’infcmterie napolitaine sortait du fort pour porter secoui-s aux royaux ; . il fait pointer une pièce de soixante sur celte troupe, et, à quart de portée, lui crache une grêle de mitraille; les Napolitains n’attendent pas un second coup et fuient.

« Alors une lutte s’engage entre le fort et le bâtiment. Quand le général Garibaldi voit qu’il est parvenu à attirer sur lui le feu du fort, il saute dans une chaloupe avec une. vingtaine d’hommes, se fait débarquer et se jette dans la fusillade de Mclazzo.

« La fusillade dure une heure encore, après quoi les Napolitains, repoussés de maisons en maisons, rentrent au château.

« J’avais assisté à tout le combat du pont de la goélette. J’avais hâte d’aller embrasser le vainqueur.

La nuit venait, je me fais débarquer à mon tour, et au müfeu des derniers coups de fusil nous entrons à Melazzo.

« Il est diflicile de se faire une idée du désordre et de la terreur qui régnent dans la ville, peu patriote, dit-on. Les blessés et les morts étaient couchés dans les rues. La maison du consul français était encombrée de mourants ; le général Cosenz y était au milieu des autres blessés. .

OARIBAI.DI— CONQUÊTK

«Il

« Nul lie pouvait me dire où étaient Medici et Garibaldi. Au milieu d’un groupe d’ofticiers je reconnus le major Cenni, qui se chargea de me conduire au général. Nous arrivâmes au bord de la mer, suivîmes la marine et trouvâmes le général sous le porche de l’église, avec son état-major couché autour de lui.

« 11 était étendu sur la dalle, la tête appuyée sur sa selle, écrasé de fatigue. 11 dormait.

<1 l*rès de lui était son souper : un morceau de pain, une cruche d’eau.

« Mon cher Carini, je venaisde vieillir de 2,500 ans ; j’étais en face de Cincinnatus.

« Dieu vous le garde , mes chers Siciliens. Si vous le perdiez, le monde entier ne vous en donnerait pas un autre.

(1 J’ai encore bien des choses à vous dire , mais je vous les dirai de vive voix. Le gijnéral vient de rouvrir les yeux : il m’a reconnu et me garde demain toute la jouniée.

« A vous de cœur. « Alexandbe Dumas. » .

J’ai reçu depuis du général Beneventuno del Bosco (qui n’était que colonel à Melazzo) un rapport trèsdétaillé , mais tout militaire , sur ses opérations dans ce combat déjà célèbre. Le rapport ne contredit pas celui d’Alexandre Dumas sur les faits , mais le désaccord est complet sur les chiffres. M. Del Bosco déclare (ju’il n’avait avec lui que deux bataillons et demi de chasseui*s, dont 1,600 hommes- seulement ont pris part à la lutte. Il prétend n’avoir eu qu’un seul obusier perdu. Je me borne à citer la fin de ce document, que je tiens du général lui-mê'ne.

DES DEUX-SU;i l.KK.

« Le combat dura huit heures et demie, sans nous taire jamais quitter nos positions, et cela malgré les plus grands efforts et les' nouvelles masses ennemies qui se succédaient pour rompre notre centre et nous empêcher de nousrallier et de nous replier sur Melazzo, hase de nos opérations.

(( Quelle que fût, néanmoins, la valeur de nos chasseurs, leur long combat contre des masses continuellement remplacés à de courts intervaliesj et le manque de troupes à substituer, de notre côté, aux troupes déjà lasses, décidèrent le colonel del Bosco à céder le terrain pied à pied , et à prendre dans Melazzo les positionsudéjà établies.

«•Cependant la frégate le Véloce , qui pendant tout le jour s’était maintenue à la hauteur du flanc gauche

- de renuemi, eut à peine observé notre retraite, qu’elle s’avança vers l’esplanade de San-Sapino, et, tirant sa mitraille, força la colonne de rentrer dans le fort, d’où ■M. le colonel Pironti, qui le commandait, fit tirer divers boulets de 2à contre le vapeur, afin de faciliter la marche régulière de la troupe.

« L’enn*emi hésitait toujours à entrer dans le pays,

- complètement abandonné par les habitants. 11 nous laissa donc le temps de transporter, avec nos* très-faibles moyens, nos 87 blessés, sans compter ceux des ennemis, affectueusement recueillis par nous. Par suite de l’imprévoyance de M. le major Maringh, restèrent prisonniers trois docteui’s de l’ambulance, non avertis à temps.

« Nos pertes furent de 2 officiers morts et 8 blessés, outre 38 soldats morts et 83 blessés. Le nombre des soldats non retrouvés s’élève à 31 seulement, parmi

G.VRI BAI.Dl. — CONQUÔTR

ifW

lesquels nous comptons les morts et les blessés laissées sur le cbamp de bataille.

« Au dire des prisonniers et des sous-ofticicrs déserteurs qui s’approchèrent du fort dans les moments du trêve, l’ennemi a eu 1,100 hommes hors de combat, et, parmi les morts*, il déplore un grand nombre d’oliiciers. Le fait a été confirmé par le consul piémontais à l’intendant de Messine, d’où partirent force voitures et docteurs des environs.

« Lnfin, Garibaldi lui-même a dit ù M. Salvy, commandant du Pt'olis, qu’il avait perdu plus de 800 hommes, et qu’il n’en commandait pas plus de 8,000, tandis que tous, y compris les prisonniers, s’accordent à déclarer que nous fûmes attatpiés par environ 12,000 hommes.

« Un fait incompréhensible , c’est la timide entrée des ennemis dans le pays. Ils tirèrent sans nécessité, avec leurs carabines , du haut des promontoires qui entouraient le fort, et ils n’auraient pas cessé de tirer sans notre silence trartquille.

f( I.c chevalier Salvy, commandant du Protis, alla visiter M. le colonel del Bosco le matin du 23, dans le fort; et, après diverses paroles, il entreprit de lui dire, au noiH de M. Garibaldi (sic), qu’on lui offrait de rentrer ù Naples avec ses otticiers, tous avec leur épée, en laissant derrière lui toute la troupe. On l’informait en même temps que, s’il s’opposait ù une pareille proposition , le colonel del Bosco aurait sauté avec toute la garnison du fort dans les quarante-huit heures. Sans hésiter, del Bosco répondit qu’il préférait sauter seul, en s’asseyant sur le point où était la mine, plutôt que d’accepter des conditions déshonorantes , et qu’il

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laisserait juger à l’histoire qui était le plus brave et le plus généreux, du vainqueur ou du vaincu : ce dernier se trouvant dans le fort, parce qu’il avait été rejwussé par des forces quintuples.

« La capitulation fut faite le lendemain 2h par M. le colonel Ansani , de, l’état-major, envoyé de Naples à cet effet avec quatre frégates, pour négocier la sortie de la garnison. Si bien que le colonel del Bosco dut se soumettre, malgré lui, à ce qu’il avait été établi par ordre supérieur. EtM. Garibaldi, bien qu’il eût stipulé la sortie de la garnison avec les bonneurs de la guerre, demanda bassement {vilmcnlc) et obtint pour condition expresse qu’on lui laissât les deux chevaux qui (‘faient la propriété exclusive du colonel del Bosco.

U De pareils procédés montrent la gravité du péril où une poignée de braves Napolitains avaient mis M. Garibaldi et ses partisans. Jusqu’à onze heures avant midi, l’avantage de la journée était pour le petit nombre d’hommes résolus qui défendaient Melazzo.

« Ces détails sont soumis à S. Exc. le ministre de la guerre par le commandant de brigade del Bosco, en passant sous silence bien des traits de bravoure et de générosité qui seront consignés plus tard dans la liste de ceux qui se sont distingués.

« Signé, le colonel commandant , « Dki, Bosco.

« s août iseo. »

La bravoure et la loyauté militaire du général del Bosco n’étant pas en cause, il m’est j^ermis de lui poser une simple question au sujet des chiffres qu’il nous donne. Comment se fait-îl qu’une victoire, remportée

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sur un si petit nombre de soldats et qui a coûté si cher aux patriotes (1,100 hommes sur 12,000 combattants contre 1,600), ait amené, sans coup férir la prise de Messine et livré l’ile entière au dictateur?

30 juillet.

L’opposition se décide à agir constitutionnellement. Elle organise une résistance légale, elle établit des communications et provoque des rapprochements entre la garde nationale et l’armée — elle se sert même de la presse pour demander des garanties au pouvoir. On a remarqué dans VIride de samedi soir un article catégorique de M. Ricciardi, demandant au ministère, en échange de la confiance qu’il réclame, les six points suivants : le renvoi des mercenaires, la dissolution de la garde royale, le désarmement des gardes urbaines, la réforme radicale, par voie d’^élection, du personnel des municipes, la destitution de tous les instruments de l’oppression passée et la consigne du fort Saint-Elme aux gardes nationaux. L'n second article , publié hier et signé du même nom , demande l’organisation immédiate en légion sacrée de tous les soldats , sous-officiers et officiers qui se sont battus en 18/|8 et en 18fi9 en Lombardie et en Vénétie.

Cependant Garibaldi marche en Sicile. 11 est entré dans Messine , il a signé avec le général Clary un armistice illimité. L’île entière sera évacuée moins la citadelle de .Messine, qui ne pourra bombarder la ville ni être attaquée, si l’armistice n’est pas dénoncé. Les navires garibaldiens peuvent circuler librement

DUS DEUX-SICILRS.

dans le phare, où deux cents barques environ sont déjà prêtes à embarquer des troupes. Enfin, le drapeau sicilien est reconnu par le général Clary.

Quant à une descente en Calabre, je crois que vous pouvez la considérer désormais comme un fait accompli. J’ai lu trois lignes autographes adressées par Garibaldi au comité de Naples et lui recommandant de se tenir prêt, car l’heure est proche. Je sais, d’autre part, et de bonne source , que le dictateur poursuivra son œuvre « dût-il se battre contre une armée de Cavour. » Je ne sais si le mot est de lui, mais celui de qui je le tiens était présent au combat de Melazzo et vit dans l’intimité du dictateur.

81 juillet.

La clôture des listes électorales est renvoyée au 10 août , par l’étrange raison que jusqu’à présent aucun électeur libéral n’était allé s’inscrire. Les uns disaient : A quoi bon? La Constitution n’est qu’un piège; à la réaction prochaine, les listes d’électeurs deviendront des listes de suspects. — Les autres disaient : A quoi bon? Avant que le parlement soit élu , Garibaldi sera à Naples. Nous nous inscrirons alors seulement, pour voter l’annexion, sur les listes élargies du suffrage universel.

Ces deux motifs d’abstention vous donnent l’état des esprits dans le royaume.

Les soldats sont toujours pour la réaction. Vous l’avez vu le 15 juillet qui était un 15 mai avorté. Si bien que les hommes de l’opposition se sont consultés pour agir sur les troupes, aidés dans leurs efforts par

ato

O A RI B A I.DI.— CONQUETE

les hommes «lu ministère et par des officiers supérieurs qur ti’availlaieiic dans le même sens pour prévenir des collisions sanglantes et affermir les institutions constitutionnelles.

Et ici je ne peux m’empêcher de placer une observation .

Le n'gne fatal de Ferdinand a mis son successeur dans une situation désespérée, en le forçant de suivre une politique de résistance. Si bien que les haines accumulées par le père se sont exaspérées contre le fils. Ces haines sont devenues implacables. Le nouveau roi ne pouvait donc plus se soutenir que par l’oppression. Les concessions accordées trop tard et forcées par les victoires de Garibaldi lui ont rendu un fort mauvais service. Pas un cri de : Vive le roi! n’a salué le drapeau italien ni les libertés rendues. Il y a eu des démonstrations pour M. Brenier, ministre de France ; il y en a eu pour la garde nationale ; il y en a eu pour Garibaldi. — mais pas une en faveur de François 11, quoi qu’en disent les dépêches. On n’a crié : Vive le roi! que le 15 juillet, en sabrant la population.

Ce ne sont pas là des allégations arbitraires dans l’intérêt d’un parti quelconque, mais des f.iits certains , constatés, confirmés partout , je peux le déclarer sur l’honneur.

Donc ceux qui travaillent pour la Constitution travaillent pour l’annexion. La diplomatie, le ministère, les oncles du roi, les officiers supérieurs, les plus honnêtes gens du pays, hâtent la fin de la dynastie. Ceux qui détournent les soldats des violences et du pillage, ceux qui préviennent l’effusion du sang, sont, à leur insu, des annexionislcs. Qu’on soit assez sûr

Ui. d b;

DES DEIIX-SICII.KS.

SU

(le l’aritiéc pour ne plus craindre un 15 mai, et nous aurons ici Victor-Emmanuel.

Eh bien ! ce mouvement commence . Dimanche dernier, des gardes nationaux ont fait amitié avec des sergents de la garde royale. Ils sont sortis bras dessus, bras dessous, dans les rues, en se comblant mutuellement de courtoisies et en s’arrêtant dans les cafés pour l’avilailler leurs effusions^ Au poste du Mercatello , où ils sont réunis, ils ont été salués par les applaudissements d’une foule immense. Tous les soldats qui passaient étaient priés par les hommes , et surtout pailes femmes, d’entrer au poste, où on leur offrait des rafraîchissements. Il s’est consommé là plus do cinq cents glaces. Ailleurs, gardes nationaux et gardes royaux ont mis en réquisition toutes les petites voitures, avec forces compliments et cérémonies, chacun voulant laisser à l’autre la place de droite et monter après lui. La foule battait des mains et ne criait pas : Vive le roi ! mais ; Vive la troupe ! .

Si ce système continue, la reine mère étant à Gaëte, Nunziante démissionnaire ou destitué; Murena parti en écrivant au roi modestement ; Sire, vous vous dépouillez de tout, vous exilez jusqu’à l’intelligence, — François 11 n’aura plus pour lui que lui seul, — et l’annexion pourra se faire sans coup férir.

Midi.

Je suis maintenant à bord du Pausilippe des messageries impériales , arrivé ce matin de Messine et partant ce soir pour.Mai’seille. J’ai en face de moi Alexandre Dumas qui s’arrête un jour sur notre rade et qui

G.V RI BAI. DI.— CONQUÊTE

va de Sicile en France pour acheter des armes et les rapporter à Garibaldi. J’écris sous la dictée du romancier, qui m’offre généreusement des poignées de nouvelles.

— Le désintéressement du dictateur est incroyable. 11 s’est alloué dix francs par jour : c’est sa liste civile. Un accident a brûlé l’autre jour son pantalon; il n’en avait pas de rechange et s’est trouvé fort emhan*assé pendant un ou deux jours. — 11 a dit à Dumas ces jours derniers : Si j’étais riche, je ferais comme vous, j’aurais une goélette. — Et il venait de signer un bon de 500,000 francs.

— 11 y avait hier, devant le phare de Messine, 168 bateaux de débarquement réunis sur une seule ligne par Garibaldi , prêts à être poussés à la mer, et pouvant contenir chacun 25 hommes, sans compter les rameurs; quatre pièces de canon étaient sur le rivage, soit pour être transportées en Calabre, soit pour former une batterie sur la pointe du pbare.

— Quelqu’un offrait à Garibaldi deux pièces de canons rayés achetées en Belgique. 11 les refusa, disant que le canon était une arme inutile depuis l’invention de la baïonnette. — Le maréchal de Laxe en disait autant, au siècle dernier.

— En sortant de Messine , le colonel Bosco s’était vanté qu’il y rentrerait sur le cheval que les Messinois avaient envoyé au général Medici. Garibaldi voulut punir le Napolitain de cette hâblerie. Dans les clauses de la capitulation, il fit stipuler que tous les officiers du roi sortiraient de Melazzo sur leurs montures, Bosco seul devait sortir à pied. — Et ce fut sur le cheval de Bosco que Medici fit son entrée à Messine.

DKS DKliX-STCir.ES. .Iil3

— Un des articles de la capitulation portait (jue les armes seraient partagées, par moitié. En prenant possession du fort, Garibaldi reconnut que les douze canons qui lui revenaient pour sa part avaient été encloués. Furieux de ce manque de foi , il sauta dans une barque, se rendit seul à bord de la frégate royale, et se fit restituer les douze canons que les Napolitains emportaient.

— Alexandre Dumas a été nommé citoyen de plusieurs villes de la Sicile (entre autres de Girgenti), et il va fonder un journal à Païenne; ce journal s’intitulera V Indépendant. Voici, à ce sujet, un mot de Garibaldi écrit en français; j’ai tenu dans les mains l’autographe :

■> Mdazzo, 21 juillet 1860.

« Le journal que mon ami Dumas veut instituer à « Palerme aura le titre d' Indépendant, et il le méritera « d’autant plus qu’il voudra commencer par ne pas « m’épargner, si jamais je m’écarte de mon devoir « d’enfant du peuple et de mes principes bumani- « taires. • ,

« G. Garibaldi. »

1" août.

Le ministère vient de commettre une faute qui l’a ‘ singulièrement ébranlé dans l’opinion. Vous savez à quel point la reine douairière est compromise à Naples. Elle passe, à tort ou à raison , pour être l’âme de la réaction. Elle continue à Gaëte l’exil du feu roi, entourée des hommes du dernier règne. On lui attribue des conspirations contre François H, des menées au-

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