Il sera cité plus tard
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les exilés. Le 11 juin, il faisait murer les cripwiali de Castel Capuano, cachots horribles, sépultures de vivants. En 1832, il visitait les provinces, il y fondait des hôpitaux et des asiles ; il jetait sur le Garigliano le premier pont en fer qui fut construit en Italie, — et, à l’occasion de son mariage, il distribuait de larges aumônes aux nécessiteux, — Et ainsi de suite pendant plusieurs années. Sa conduite fut admirablement courageuse lors des premières invasions du choléra.
Sesderniers bienfaits signalent l’influence d’une reine qui se fit bénir. Mais Marie-Christine de Savoie mourut jeune. On la pleure encore, et l’on ne pleure qu’elle de tout ce qui a régné depuis Charles 111.
A son lit de mort elle fit jurer -à son royal époux de ne faire exécuter, pendant cinq ans, aucune peine de mort. Ce fut le premier serment de Ferdinand.
Et ce fut son premier parjure.
3 mai.
Il régna seul et voulut régner seul. Tout le bien qu’il avait fait, il l’avait voulu faire par lui-même. Et ceci, du premier jour où il occupa son trône. Il voulut toujours être le maître, et le maître absolu.
Il n’hésita qu’un moment, sous l’influence de quelques esprits lucides et généreux qui, dès 1830, avaient pressenti l’Italie. Le nom de ces conseillers secrets est un mystère. M. Petruccelli de la Gattina, quia écFÎt un livre précieux et encore inédit , sur les Bourbons de Naples, attribue cette clairvoyance à l’ancien ministre Intonti, le chef de la police de François I. Mais je sais
■12 G AHUiALDI.— CONQUftTK
qu'un loiif- mémoire fut rédigé sur la question par Antonio Hanieri, l’un des premiers hommes de j\a[>les.
Il s’agissait tout simplement de conseiller à Ferdinand la mission rêvée vingt ans plus tard par Charles- Albert et accomplie aujourd’hui par Victor-Emmanuel.
Ferdinand fut frappé de l’idée. Il était jeune alors,
, assez jeune pour l’enthousiasme, trop jeune peut-être pour la résolution. Pendant quelques jours on le vit pensif (*t combattu ; le projet lui faisait envie et peur, La peur, à ce qu’il paraît," fut la j)Ius forte. H ne rendit pas le mémoire et n’y répondit jamais.
Dès lors il enferma son ambition dans son royaume, mais à la condition d’y gouverner en maître absolu. Une lettiiîdeson oncle, le roi Louis-Philippe, le poussait aux concessions et aux réfoçmes. Ferdinand répondit (et il n’avait guère plus de vingt ans) :
« La lil)erté est fatale à la famille des Bourbons , et moi, je suis décidé à éviter à lout'prix le sort de Louis XVI et de Charles X. Mon peuple obéit à la force et se courbe, mais malheur s’il se redresse sous les impulsions de ses rêves, (|ui sont si beaux dans les sermons des philosophes, et si impossibles en pratique ! Dieu aidant, je donnerai à mon peuple la prospérité et l’administration honnête i la([uelle il a droit, mais je serai roi, je serai roi seul, et toujours. »
Et plus bas, cette phrase sinistre :
« MON PEUPLE n’a PAS BESOIN DE PENSER. ))
Ce mot résume toute la pensée du règne. Dès que le peuple voulut penser, le roi lui déclara la guerre. Et cette guerre a duré trente ans.
Pendant ces trente années, le foyaume est resté en insurrection ou tout au moins en conspiration perma-
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nente. Dès 1833 ou 1834, nous avons l’insurrection de Kratangelo Peluso, en Calabre ; puis celle des frères Rossaroll; puis la conspiration de Carlo Poerio, ffénoncée par Orazio Mazza , l’un des complices, dont ce fut le premier exploit : il devint plus tard ministre de la police et inventa le système, des bastonnades; puis une insurrection en Sicile après le choléra ; une insurrection à Cosenza, en 1838 ; des émeutes à Aquila, en 1841 et dans les années suivantes; en 1844, l’insurrection de Mosciari , puis l’âventure héroïque des frères Bandiera ; puis les mouvements soulevés par Romeo, dans les Calabres et en Sicile ; puis l’explosion de 1848, qui se prolongea longtemps dans tout le royaume : le sol en tremble encore au moment où j’écris. La Sicile n’est point encore pacifiée. Les provinces s’agitent à chaque instant. L’autre jour nous avions Tattentat d’Agesilao Milano , puis l’expédition de Pisacane ; hier, la conspiration de Mignogna ; — aujourd’hui, ne regardons pas la ville souterraine, nous y verrions encore des fusils ou des couteaux. Voilà Thistoire du règne. • ■
' Encore si c’étaient des conspirateurs vulgaires, on pourrait excuser le pouvoir qu’ils ont continuellement menacé. Mais quels hommes! Carlo Poerio: trente ans de combats pour la liberté et pour l’Italie, et toujours malheureux, et toujours fidèle. Rappelé d’exil' pour être jeté en prison, sortant de prison pour monter au minislère, tombant du ministère pour souffrir'dix ans dans un bagne, et du fond du bagne, en correspondance avec Palmerston, avec Manin, avec les premiers hommes du siècle, conduisant à son gré la révolution de son pays. Le voici maintenant à Turin , dans son
GARIBALDI. — CONyUÊTR
second exil, acclamé comme uô héros, vénéré comme un martyr, tandis que le roi Ferdinand, qui l’a si souvent et si cruellement frappé, s’éteint dans l’oubli sous la réprobation du monde.
Et que dire des autres, de Mosciari, par exemple, sur lequel on a écrit un poème qui , sans rien ajouter à l’histoire, est aussi merveilleux que les contes espagnols du hon vieux temps? Ce héros inconnu se battit un jour, avec deux hommes de sa maison, contre tout un bataillon qu’il mit en fuite. Un autre jour, seul contre dix soldats et deux gendarmes, il tua trois hommes et chassa tous les autres. Il était riche; un jour il a tout donné pour son pays.
Et les frères Bandiera? Une poignée d’hommes qui . descendent seuls en Calabre, où ils savent qu’ils vont mourir. Mais ils savent aussi que leur mort agitera l’Italie, et ils marchent, A peine débarqués, ils embrassent la terre italienne et jettent un cri de liberté qu’on n’entend pas. Ils pourraient reculer, mais Us marchent. Ils ont pourtant- une mère derrière eux, ils vont au supplice. Arrêtés, garrottés, mutilés, ils tiennent la tête haute. On les interroge dans un simulacre de jugement :
— Votre nom ?
— Émile Bandiera.
— Étés-vous baron ?
— Je m’en soucie fort peu.
— De quel pays êtes-vous?
— D’Italie."
— Mais de quelle partie?
— D’Italie.
— Où êtes»vous né ? - •
DKS BRUX-SICII.ES.
— En Italie. ’
Et ils meurent ainsi, oalnios, stoïques, en recommandant aux soldats de bien viser.
Il y a toujours eu de belles morts à Naples. Vous rappelez-vous le mot de Cirillo, devant les tribunaux de 99 ? On lui demandait sa profession , il répondit cette fièrc parole : Sous le despotisme, j’étais médecin; sous la république, j’étais représentant; maintenant, je suis béros.
Et Agesilao Milano lui-même, le parricide : il devient presque un grand bômme en face de celui qu’il voulait frapper. Je ne veux pas justifier son crime r l’assassinat a toujours tort, fùt-il commis sur un monstre tel que Marat, car l’avenir est à Die.u — et ce coup de couteau pouvait ne pas sauver la France. Mais l’absolution que je n’ose prononcer, l’Italie entière l’a donnée : Agesilao, comme (ibarlotte, est inscrit par le peuple au nombre des martyrs.
En tout cas, l’entant de la grande Grèce — qui était poète et qui écrivait en grec des vers d’amour — n’est pas à confondre avec ces nocturnes scélérats qui jettent des bombes dans la foule et se sauvent après dans l’ombre. Agesilao sortit seul des rangs, en plein jour, au Champ de Mars, et, la baïonnette en avant, attaqua seul un roi qui était à la tête de trente mille hommes. — Au conseil de guerre, il déclara qu’il était le seul auteur du crime. — La torture ne lui a pas arraché une seule parole. 11 est mort noblement.
Tels étaient les ennemis de Ferdinand. Quant à ses amis , je n’ai pas à en parler. Ce serait de la diffamation : la chronique n’a pas les droits de l’histoire.
4 mai.
(;.\RIBALDI. — ( ()jN(^r RTK
En voyant ainsi contre lui TtHite de la nation, le roi n’eut plus c^u’une pensée à l’esprit : il voulut gaiv der sa couronne. Dès lors toutes les promesses de son profjramme, toutes ces ambitions généreuses et sincères |ieut-être à son avènement, toutes ces illusions dé progrès , de civilisation , de grandeur et de splendeur obtenues par sa volonté souveraine , toutes ces magniüques intentions disparurent devant le Ivesoin plus impérieux de rester maitro et de régner seul.
Et il ne recula devant rien pour conserver le sceptre absqlu. 11 écarta les hommes d’honneur dont la vertu aurait pu lui faiæ obstacle , pour s’entourer de consciences douteuses et de coîurs tarés. Il se fit une armée contre son peuple, excellente pour sabrer des multitudes sans armes, mais incapable de tenir contre une légion d’hommes aguerris : une armée invincible le 1 5 mai , quand les Suisses eurent franchi les barricades et qu’il ne resta plus qu’à violer des femmes et à pillei’ des maisons — mais culbutée à Velletri dans un clin d’o*il |iàr une poignée de braves. — Et cependant quels hommes on aurait fait des .Najiolitains en leur gravant au co'ur les mots d’honneur eide patrie! On les a vus à l’œuvre dans Marghera, dans Venise, où ils nrstèrent jusqu’au dernier moment, debout au milieu des ruines- de la ville — on peut dire de l’Italie entière — décimés par la faim, par la peste et par les bombes — et résistant encore et résolus à se battre, et tombant sans se plaindre, homme à homme, héroïques vaincus qui seront bientôt vengés !
DES DEUX-SICILES. 27
Ferdinand se lit donc une armée de gendarmes' et une armée de parade. Un Anglais voyant défder un jour ces soldats à la fête militaire et religieuse, de Piedigrotta, dit à son voisin, moi présent : They mardi weü . — They nm belter, répondit l’autre. Ferdinand agit avec scs villes comme avec ses soldats. 11 ne les arma pas contre l’ennemi, mais contre .son peuple. Une invasion entrerait sans coup férir dans Païenne, dans Messine ou dans Naples, dont les forts Iwmbarderaient si bien — et ont si bien bombardé les habitants. Toujours la guerre contre la nation, l’oppression menaçante et formidable.
Et |)artout ainsi. On a beaucoup admiré l’organisation des finances à Naples. On y a mis beaucoup de bonne volonté. Qu’est-ce qu’un budget secret? Il n’y a que la misén* qui se cache. Ferdinand fit des économies, je ne dis pas non, mais à quel prix? Il rogna les appointements de st's employés et les força de vivre aux dépens du peuple. Un qüart d’heure passé dans le moindre Tmrean de ministère vous dévoile des turpitudes qui seraient punies chez nous par la prison. Tout se vend ici, les faveurs, les grâces, les passedroits et même les droits les plus sacrés. On vend la justice.
Vous ne gagnez pas un procès à Naples — sans corrompre les juges ou tout au moins le chancelier, l’ai vécu longtemps dans cette ville et il m’est arrivé une fois d’avoir afiaire avec les tribunaux. Je poursuivais un faussaire. Le crime était prouvé, visible, éidatant. .Mais mon avocat vint me voir et me dit : « Croyezmoi , retirez votre plainte. Vous avez tous Jes droits du monde, mais votre adversaire est le locataire du
as O ARIBALDI. —CONQUÊTE
juge (l’instruction, et i! paye exaclenfient sorr loyer. Le juge est pour lui, c’est cause perdue. On corrompra les experts, on soudoiera des témoins, vous aurez contre vous toute la ville. Vous pourrez être accusé de calomnie à votre tour. Gagnant ou perdant, d’appel en appel , l’affaire pourra traîner un siècle et coûter une fortune. 11 vaut mieux pour vous sortir de là surle-champ... »
J’ai dû retirer ma plainte et indemniser le faussaire!
Que voulez- vous? Les juges étaient de si bonnes gens dans les procès politiques ! Ils trouvaient si aisément de quoi envoyer pour vingt-quatre ans un honnête homme au bagne, et cela dans une simple lettre écrite et dénoncée par un- espion ! 11 fallait donc bien leur passer quelques peccadilles. On fermait les yeux, on tooirnait la tête et on les laissait voler.
Tous volaient donc, mal payés par le roi qui amassait ainsi des sommes considérables un peu ébréchées en 181i8, il est vrai, mais toujours sonnantes; on les envoie maintenant en Autriche , où elles défraient en partie la guerre : il y a, dit-on, quatre-vingt millions de ducats. Tous volaient, dis-je,, mal payés par le roi, et se payant sur le peuple. A la douane, par exemple, il se passait et il se passe toujours des spectacles révoltants. La contrebande n’est pas un accident clandestin, c’est une entreprise organisée. En descendant . à Naples, vous faites un signe au gabelou qui n’ouvre pas vos malles; vous payez deux ou trois douaniers, quatre ou cinq facchini, un ou deux gendarmes, et s’il entrait dans votre sac, comme Géronte , on vous laisserait passtu’ Mazzini. Maïs ceci, n’est que de la petite fraude. 11 y a la grande, celle qui se fait sur
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une large échelle, en compte à demi avec de hauts personnages qui ne payent pas de droits et qui en profitent. Tel négociant envoie sa marchandise à leur adresse : il y a naturellement beaucoup à gagner. On partage les bénéfices. Et les hauts personnages ' étant bons diables, ils font décorer le marchand de la croix de François l^^
J’aurais cent traits de ce genre à dire. Il y a des entrepreneurs de contrebande qui ont des bureaux et . des comptes courants. On s’adresse à eux pour faire entrer tel colis; ils s’en chargent. On leur paye la moitié des droits otiiciels, ci vous recevez chez vous votre ballot. Je peux vous certifier que pas un seul objet de bijouterie n’entre à Naples par la douane.
Si vous vous défiez de ces entrepreneurs, vous pouvez vous adrc'sser aux douaniers eux-mêmes, 11 n’y en a pas un qui résiste à la sonnerie des écus. Je connais un de ces employés qui reçoit six ducats par mois, 26 francs, pas davantage. Et il est là depuis vingt ans. Je lui demandai un jour pourquoi if ne cherchait pas à obtenir de l’avancement. — A quoi bon ? me dit-il. Avec mes six ducats, je roule carrosse.
— Et il disait vrai.
Un dernier trait qui date de l’an dernier : je m’arrête à la douane parce que je la trouve sur mon chemin, mais j’en pourrais dire autant de toutes^les administrations du royaume. L’an dernier donc, les diligences (|ui arrivaient de province apportaient force ballots et colis qu’on se gardait d’aller déposer à la grande douane, selon la règle. On les mettait de côté dans un magasin de l’Hôtel des Postes, d’où on les sortait peu à peu pai’ la grande porte, car il n’y a. pas
GA KIBALUI. — CONQrftTU
d’autre issue pendant le jour, l’Hôtel étant fermé la nuit. Comprenez-vous le nombre d’employés qui devaient être dans la confidence de cette filouterie? Une dénonciation fit découvrir la contrebande sans faire beaucoup de tort aux. contrebandiers f|ui parvinrent à faire disparaître leurs marchandises entre la dénonciation et la saisie. Mais voici le plus curieux ; l’administration ne put même pas garder les ballots saisis, car elle les trouva marqués et plombés par la douane. 11 fallait donc que la douane entière fût du complot; — ^je m’en tiens là : je ne vous dirais rien de plus fort.
Tels sont les résultats obtenus par les économies, royales.
5 mai.
Par ces économies, on réussit à diminuer les impôts — en apparence du moins, car ici tout est figure et paraître. Un des économistes sérieux d’Italie et de notre temps, M. Scialoia, de Naples, maintenant proscrit à Turin, a publié sur la matière un travail remar- (piable. 11 prouve ipie le système financier de ce royaume est un décor splendide, un trompe-l’(eil ingénieux, rien de plus.
J’aurais sür ce point beaucoup à écrire , si j’avais un travail complet à faire sur le règne de Ferdinand. Jé signalerais tout(!s les contributions indirectes qui pèsent sur la pojmlatioii, et eu particulier, car l’abus est là, mille et une contributions coutumières : la loterie, par exemple, cette ruine du pauvre, qui exploitant des illusion.s toujours renaissantes et tou-
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