‹ Garibaldi histoire de la conquête des DeuxSiciles Marc MonnierChapitre 23 sur 33 · V) GA KUiALDl.— CONQUÊTE · texte numérisé non relu

V) GA KUiALDl.— CONQUÊTE

nord. La rive droite dü Volturne, vaste plaine propice aux mouvements des cavaliers, appartient à l’armée royale. Les patriotes ont la rive gauche ; leurs forces se déploient d’Aversa jusqu’au mont Sant’Angelo, qui domine le fleuve , et même au delà ; leur quartier général est à Caserte, mais le centre des opérations serait plutôt Maddaloni, carrefour important d’où rayonnent des routes nombreuses dans toutes les directions. Le point le plus menacé est la ville de Santa- Maria, siège des tribunaux de la province. Deux routes parallèles, la voie consulaire et le chemin de fer, la relient directement à Capoue. Aussi, est-ce l’endroit le plus fortifié et le mieux gardé. Les travaux de défense ont été dirigés, me dit-on, à Santa- Maria, par le colonel Boldoni, ancien élève de notre École polyiechnique.

Le Volturne et le fossé de Capoue séparent donc les combattants. Les royaux, protégés par leurs bastions, pourraient franchir ce fossé très-souvent et sans le moindre péril pour descendre à Santa-Maria; mais ils craignent les chèmises rouges.

Les rares sorties de leurs cavaliers n’ont jamais réussi qu’à inspirer des terreurs paniques aux'piccioUi siciliens, qui se battent en fuyant, comme les Parthes. Mais dès que ces cavaliers aperçoivent les guides de l’armée patriote, ils tournent bride et adoptent la stratégie des piccioUi.

Jusqu’à présent, l’on'a donc combattu de loin, d’une rive à l’autre du fleuve. L’autre jour, je vous l’ai dit, 800 royaux ont essayé de le franchir à Limatola; ils ont été repoussés par deux bataillons de la brigade Mcdici. Hier, dimanche, la canonnade a été assez vive

DES DEUX-SICII.es.

(le part et d’autre ; les royaux avançaient et postaient leurs pièces tout le long du lleuve, et l’on m’assure qu’ils, ont fini par brûler une maison. Les carabiniers bavarois, déployés en- tirailleurs sur les hauteurs qui font face à Sant’Angelo, et tirant à découvert avec une bravoure cjue je veux signaler, faisaient feu de trop loin, et n’envoyaient aux garibaldiens que des balles mortes. Résultat de la journée : des milliers de boulets, d’obus, de grenades et d’autres projectiles perdus, trente hommes hors de combat.

Mais il paraît que ce matin l’affaire a été plus chaude. Il ne revient du camp que des rumeurs confuses et contradictoires ; il en résulte que les patriotes ont été attaqués sur toutes leurs lighes et. vigoureusement , jusqu’à Sanla-Maria d’un céité, jusqu’à Maddaloni de l’autre. Après une mêlée terrible, les royaux auraient été repoussés partout. Voici une dé|)êche aflichée dans les rues :

« Le général Milbitz au général Sirlori, à Caserte, au général Bixio et au rainistre de la guerre, à Naples.

« Le général dictateur me fait annoncer que nous sommes vainqueurs sur toute la ligne.

« Santa-Maria, 10 h. /|0 du matin. »

J’attends maintenant des nouvelles.

9 heures du soir.

Je rentre d’une promenade dans les rues; elles sont illuminées a giorno. C’est le peuple qui l’a voulu. Il parcourait la ville en criant : « Des lumières! des lumières! )) Des lazzarones entraient dans le.s maisons

GARIBALDI. — CONQUÊTE

de par la police, et ordonnaient qu’elles fussent illuminées sur-le-champ et du haut en bas. — Sans quoi, disaient-ils, vous serez à l’amende. — Des groupes et des bandes populaires courent les rues avec des drapeaux. Ils crient : Vive Garibaldi! Quelques-uns : Vive l’Italie une ! Des patrouilles nationales circulent dans les rues, pour empêcher le parti républicain de faire tourner ces démonstrations en émeute. D’autres chantent en chœur, les gamins hurlent ; là-bas, le P. Gavazzi harangue la foule. Ce crieur public, éloquent, mais excessif, raconte la grande victoire : — « Le petit Bourbon, dit-il, voulait être ici le à octobre, jour de sa fête. 11 l’avait promis, et ses gens se frottaient les mains. Que fit-il donc cette nuit? Un tour à la Garibaldi. Il envoya ses Bavarois à droite, prés de Cajazzo, pour attirer notre attention sur le fleuve. On vit le mouvement et on les laissa venir. En même temps, il faisait sortir toutes' ses troupes de Capoue. Trentequatre mille hommes. Ils sortirent par la porte de Naples, et débouchèrent par la grande route et le chemin de fer. Les cavaliers couraient devant, à toutes brides, couvrant une demi-lieue. Les canons venaient derrière , l’infanterie à la queue. Ils tombèrent sur Santa-Maria. Ils trouvèrent 37 hommes aux avantpostes. 37 contre 3/i,000! Le combat fut vif; mais survinrent des renforts, puis d’autres, puis d’autres toujours. La mêlée fut terrible. Elle dura cinq heures. Enfin, la victoire fut à nous. Les royaux s’enfuirent en déroute;

«Mais, devant Capoue, ils trouvèrent Garibaldi. Notre général les avait laissés Venir et ne s’était occupé qu’à leur couper la retraite.

UES* DEUX-SICILRrt.

:i.jS

« Les forts n’osaient tirer de peur de mitrailler leurs hommes.’

« Derrière Garibaldi le pont s’ëlait levé , les portes fermées. Les ôüi.OOO royaux se trouvèrent donc cernés, serrés dans un cercle de baïonnettes.

« Le carnage fut horrible ; on jetait les blessés dans le Volturne , obstrué de cadavres. Nos morts sont vengés. Quant aux Bavarois, qui avaient tenté une diversion sur Maddaloni , ils ont tous éf<^ lués , tous , excepté huit, qui se sont cachéf dans un moulin, sous des sacs de farine. Grande bataille et grande victoire ! Vive Garibaldi ! »

Croyez-en ce que vous voudrez, tel est, en résumé, le récit du prêtre populaire. Mais je ne peux rendre ses gestes ; chacun d’eux est un point d’exclamation.

2 octobre.

Je reçois ce matin des poignées de nouvelles du camp, et il m’est bien diflicile de démêler la vérité à travers tous les hauts faits qui me reviennent. Les olliciers qui me renseignent d’ordinaire n’ont assisté qu’à une partie du combat, et leurs rapports se contredisent. Voici les points sur les([uels ils sont d’accord.

Le général napolitain (M. Salzano, si je ne me trompe) avait combiné une atta(|ue générale. Le plan était habile et aurait dû réussir. 11 s’agissait avant tout de briser la ligne des garibaldiens, qui s’étendait de Santa-Maria à Sant’Angelo, et, en même temps, de tourner Sant’Angelo et Santa-Maria et d’enfermer des deux côtés les patriotes. Si le plan avait réussi, l’armée

35^ (lARIBALDI. — CONQUÊTE

entiî-re de Giiribaldi était perdue. Par bonheur, il a matKiué, grâce à I’omI du maître et à la bravoure invraisemblable de tous les soldats.

Les nlouvements, commencés pendant la nuit, ont été opérés d’abord avec une discrétion rcîmarquable. Quand les patriotes se sont réveillés, à quatre heures du matin, la ligne de Sant’Angelo à Santa-Maria était déjà coupée. Le combat s’engagea dés lors et dura jusqu’au soir, à cincj heures. Dans la matinée, les royaux eurent le dessus et parvinrent même à occuper les hauteurs dominant Sant’Angelo , qui fut alors une position fort compromise. Une pluie de feu y tombait de partout. Deux canons italiens appartenaient déjà aux royaux. Leurs escadrons étaient déjà descendus vers Maddaloni, jusqu’au pont de la Valle. Le P. Gavazzi , mal renseigné sur les mouvements, avait raison hier au soir sur les chiffres. Plus flc 30^000 Napolitains étaient sortis de Capoue, et c’étaient des troupes d’élite qui se battaient résolument.

Vers midi , les patriotes étaient ramenés partout et regardaient la partie comme perdue. Garibaldi seul , qui commandait en personne, était sûr de son coup. C’est sous le feu terrible de l’ennemi qu’il écrivait sa dépêche. Il déclara qu’ils étalent vainqueurs à des soldats qui se croyaient vaincus. Et la victoire fut à eux, sur la fol du maître.

A trois heures après midi , les royaux pliaient partout et fuyaient la baïonnette aux reins jusque dans Capoue. Des enfants se jetaient sur eux et les tuaient. 11 y eut un massacre épouvantable. On n’a pas encore pu compter les morts. Les patriotes étaient exaspérés de la conduite de l’ennem'

DES DEUX-SICIl.ES.

A Sant’Angelo ou dans les environs , un bataillon tout entier tomba dans les mains des jeunes milices italiennes. Le chef de ce bataillon vint supplier l’oflicier qui l’avait pris de ne pas le tuer coups de couteau , mais de le fusiller, parce qu’il était soldat. Je n’ai pas besoin de commenter cette démarche. On donna du pain et du vin à ce pauvre homme , et on lui offrit un lit pour se reposer.

• Un escadron de hussards, à Santa-Maria, je crois (d’autres disent de dragons et placent le fait ailleui's), fut littéralement anéanti par une décharge de mitraille. Le nombre des prisonniers est très-grand ; plusieurs le portent à si.x mille hommes. Quant aux garibaldiens, ils ont beaucoup de blessés, mais peu de morts.

Le général Longo est blessé. Je vous ai parlé bien souvent de cet excellent Italien lorsqu’il était prisont nier à Gaéte,' où il, fut retenu dix-huit mois encore après avoir été gracié par le feu roi. IL se venge maintenant et sert l’Italie.

On me dit que Garibaldi a manqué encore une fois de perdre la vie. 11 revenait en voiture de Sant’.\ngelo à Santa-Maria, lorsqu’il fut assailli tout à coup par le feu d’une embuscade. La voiture fut criblée de balles, et plusieurs hommes de son escorte tombèn-ent morts. 11 descendit de voiture et continua sa route à piexl, sauvé encore une fois par son étoile.

Voici une dépêche authentique publiée hier au soir ; « La division du général Bixio a été attaquée, à huit heures du matin, par 7,000 royaux, trois bataillons do chasseurs, un escadron de cavalerie et une batterie rayée. Nos braves repoussèrent l’ennemi, lui enlevant deux pièces de canon et faisant beaucoup de prison-

G ARIBAI,DI. — CONQUÊTE

nicrs. Un gmnd nombre de morts sont restés sur le champ de bataille. »

Tels sont mes renseignements très-expurgés. Si je voulais vous rapporter maintenant les anecdotes du camp, je remplirais dix lettres, et je recommencerais le roman des Trois Mousquetaires , dont l’auteur est toujours à Naples, heureux, aimé, vainqueur!

Je me suis laissé dire que les artilleurs qui ont si rudement malmené hier les cavaliers royaux appartenaient à l’armée du roi de Sardaigne.

• Victor-Emmanuel est donc engagé dans la . lutte malgré les bertaniens et malgré M. Matina, gouverneur de Salerne , qui s’est avisé de faire déchirer dans sa province l’adresse des Napolitains à leur roi.

Les réactionnaires sont découragés, réduits à leur tacti({ue de I8I18. Ne pouvant plus exciter le peuple en faveur de la monarchie défunte, ils tâchent de l’exaspérer dans le sens révolutionnaire. Ils endossent des chemises rouges et prêchent la république dans les cafés. Un ancien policier, nommé Ciofli, a été arrêté l’autre jour, tandis qu’il pérorait sous ce costume.

11 n’y a plus de rébellion ouverte ou du moins d’opposition directe que dans quehiues villages des environs. Ainsi, hier ou avant-hier, à Melito, un prêtre vociférait dans l’église contre les Italiens, les déclarant ennemis de la Madone. M. .Mariano d’Ayala, prévenu de cette prédication, était avec des gardes nationaux parmi les auditeurs. H'monta lui-même dans la chaire, arrêta l’homme et le tit conduire à Naples. M. d’Ayala a fiUit un discours dimanche à la garde nationale, (ju’il commande en chef, comme vous le savez; ses paroles

DES DEUX-SIÇri.ES. 357

fort éloquentes ont été fort applaudies. Il s’est rendu ensuite, par une chaleur étouffante, au cimetière, pour déposer des couronnes sur les tombes des victimes du 15 mai.

Voici , pour terminer, des détails sur les combats d’hier; ils me sont parvenus pendant que j’écrivais ma lettre. Le colonel Spangaro s’est fort bien battu ; depuis midi jusqu’au soir, avec un admirable sangfroid, il a commandé l’extrême droite des patriotes et défendu le point le plus menacé, le plus compromis. 11 a repris toutes les positions perdues , enlevé sept canons à l’ennemi et l’a repoussé jusque sous le feu des forts. C’est pour lui une belle journée.

Les hussards hongrois méritent également un bon point. Ils se sont jetés deux fois dans la mitraille, sur l’infanterie des royaux , qu’ils tuaient comme des mouches, et cela sous les yeux d’un colonel qui m’a raconté le fait.

Un autre épisode très-répandu, mais que je ne puis garantir, est une charge à la baïonnette commandée par Garibaldi lui-même, à la tête d’un bataillon. 11 aurait crié : « En avant, mes amis ! la victoire est à nous! » Et il aurait mis plusieurs milliers de Napolitains en fuite.

Un dernier trait, assez pittoresque. Le comte Teleki (de qui je le tiens), rentrant à Caserte après le combat, trouva la ville en émoi , les Calabrais en fuite. H les rallie et leur demande ce que c’est. Aucun d’eux ne peut répondre. 11 leur commande de le suivre et monte avec eux sur une hauteur. On ne voit rien nulle part, on se rassure et l’on pousse des cris de. joie. Dans leur enthousiasme, les Calabrais déchargèrent

O A RI Ü AI. DI.— CONQUÊTE

leurs fusils en l’air. Ce feu de peloton répandit une nouvelle panique dans toute la campagne ; et l’on vit partout des soldats, des paysans, des citadins s’enfuir en tous sens, en toute hâte, parce que les Calabrais s’étaient réjouis de ne plus avoir peur !

3 octobre.

Les nouvelles que je vous donnais hier se sont confirmées, et celles-là mêmes auxquelles je n’osais croire sont constatées par les dépositions de tous les témoins. 11 est parfaitement vrai que Garibaldi fut assailli prés de Santa-Maria par une vive fusillade qui non-seulement cribla sa voiture de balles, mais tua son cocher, un de ses chevaux et deux de ses guides. Le général continua sa route à pied et à la tête d’un millier d’hommes, en criant : A'ous sommes vainqueurs, je suis Garibaldi ! — 11 se jeta sur sept bataillons napolitains et les mit en fuite.

Les, royaux se sont bien battus. Dans la journée, ils ont trois ou quatre fois changé leurs lignes. A Santa- Maria, forts de douze mille hommes et partagés en quatre colonites, ils sont revenus quatre fois à la charge. Ils ont ét»! reçus par les artilleurs piémontais qui étaient aux pièces. Ces canonniers de Victor-Emmanuel, qui ont l’expérience du métier et la pratique des champs de bataille, les ont laissés venir et mitraillés au bon moment ; des escadrons entiers ont été détruits par ces décharges imprévues. Pendant la déroute, les Calabrais sautaient sur les cavaliers et les poignardaient, puis ramenaient les chevaux en triomphe, ün se battait comme on pouvait, et l’on tuait toujours.

"DES DEUX-SIC:i.ES.

Le plan des royaux, plan fort bien conçu, fort bien exécuté, était de cerner l’armée des patriotes, et vers midi les patriotes étaient à peu près cernés. Tous se croyaient perdus; Naples même était menacée. Comment les Napolitains ont-ils encore été vaincus? Nul ne peut l’expliquer. Peut-être était-ce l’œil du maître présent partout, l’autorité de ce grand nom, — ou tout simplement la force de l’habitude.

11 était cependant resté hier matin quelques royaux de ce côté-ci du Volturnc, notamment à San-ïammaro, à gauche de Santa-Maria. Le général Türr les a délogés dans la matinée'en leur faisant des prisonniers ; mais, en rentrant dans Capoue, ils ont tout brûlé sur leur passage.

Une colonne isolée et coupée, forte d’environ 8,000 hommes, était restée également aux environs de Caserte. Le général Sirtori écrivait le matin qu’il espérait la faire toute prisonnière. Ellç parvint cependant à occuper la vieille ville de Caserte et même le château royal. Elle en fut chassée par Garibaldi, Bixio et le brigadier Lacchi. A deux heures, cette colonne était en pleine déroute, grâce au dictateur et aux })ersagliers piémontais qui ont pris part à la lutte, et fait des prodiges, mais un peœ souffert. Soixante prisonniers royaux étaient déjà dans les mains des patriotes. Enfin, le soir, quinze cents hommes de cette colônne avaient été ramenés dans Caserte, et, vers minuit (mais ce dernier fait n’est paà ofliciel), on annonçait à Naples que la colonne entière était à nous.

Je dis à 7JOUS, passez-moi le mot : tout le monde en dit autant dans la ville. Vers quatre heures, le général Sirtori manda au ministre de la guerre que deux

G ARI B AI. DI. — CONQUÊTE

3CiO

mille prisonniers allaient arriver à Naples. « Envoyez, disait-il, la garde nationale pour les recevoir. » J’ai vu passer ces malheureux entre deux haies de tuniques bleues et de chemises rouges. Les gardes nationaux ont dû croiser la baïonnette pour les protéger. Certains va-nu-pieds voulaient massacrer les Bavarois, reconnaissables à leur tunique grise. Ils ne seraient pas allés les attaquer à Capoue ; ils leur baisaient les mains il y a quelques mois. C’était écœurant. Voilà ce qu’a fait de ce peuple un demi-siècle de tyrannie.

Les bourgeois riches ne valent guère mieux. Avanthier au soir, on fit une réquisition de voitures pour ramener les blessés. C’était à qui fermerait le mieux son écurie et sa remise. Les consuls étrangers étaient suppliés par tous leurs amis d’abriter les attelages dans les cours de leurs hôtels et sous l’inviolabilité de leurs écussons. Hier, on demandait des lits pour les hôpitaux, que le roi, en fuyant, avait laissés vides. Les Napolitains cachaient leurs meubles; il a fallu recourir aux auberges, qui se sont dégarnies piteusement.

Aussi le père Gavazzi a-t-il fait hier au soir un discours vraiment éloquent pour llétrir cette ladrerie. 11 a parlé de toutes sortes de choses, et entre autres de la question romaine. A son avis, cette question est toute simple. Victor-Emmanuel n’a qu’à dire au pape : Vos sujets ne veulent plus de vous, faisons un échange ; donnez-moi Rome, et je vous donnerai mon royaume de Chypre et de Jérusalem.

Ce qui augmentait l’eflet pittoresque du discours, c’était la chaire d’où il était lancé. Cette chaire était une loge du théâtre Saint-Charles. 11 y avait hier au

,DES DEUX-S.IÇILKS. ' *301

soir une représeotalion au bénéfice des salles d’asile.

Le père Gavazzi a profité de l’occasion pour s’adresser à un autre public que celui de la rue. 11 a prêché de sa loge pendant un entr’acte, et a fait lover la toile ‘ pour ne pas priver les comédiens de son discours. Il a été fort applaudi. - .

P. S. Aux dernières nouvelles, les avant-postes des. Italiens étaient sous les murs de Capoue, et les royaux démoi-ajisés n’osaient plus sortir.' — Le nombre des bpmrpes mis hors de combat 'peut être évalué approximativement à 6 ou 70.0 patriotes et 3, OOP royaux, sans compter leurs prisonniers, qui dépassent pour sûr le chiffre de 3,000.

16 octobre.

■Voici la vérité sur le sc-jour de Mazzîui à Naples : Peh^ dant qu’il vivait à l’écart et allait visiter les tenïplcs de Pæstum et les fouilles pompéiennes, , on l’accusait de tout bouleverser dans le pays. On lui inventa un parti formidable ; on dressa des échafauds fantastiques à la faveur de l’épouvante inspirée par ce nom de croquemitaine. Or la peur est. le sentiment qui fait le plus de miracles. i\ Naples, C’est la pour de Milano qui a. tué Ferdinand c’est la peur de Garibaldi qui a chassé Fraiiçois II ; la peur des Suisses avait autrefois contenu les Napolitains ; la peur de Mazziui les a tous rendus emmanuelistes. Cette inexplicable panique fut portée si loin que le prodictatcur PallavicinO lui-même, un homme de sens et de cœur, ancien prisonnier du Spielberg, ancien président d’une société unioniste qui a beaucoup fait pour l’Italie, fut forcé par l’opiniop,

G A RI B A LDI. — CONQUÊTE

dès son avènement à la pr’odictature, d’écrire une lettre à Mazzini pour le prier de s’en allçr‘.

Mazzini ne s’en alla pas, et les persécutions des modérés redoublèrent. On alla jusqu’à organiser des dé-

Page 1