IV
GArIbALDI en SICILE
InkurrjK^tion de.Palerme. — Proclsmatlân de Tétat de slëge. — Pillage de Carini. — L'agitation en Sicile contlnne. — Débarqaemeift de Garibaldi k Maraala. — Note de M. Carafk. — Garlbaldl k Uontreale.
— Priée de Palérme. — Le FulminatUe, — Dictature de Garibaldi.
. Les nouvelles de Sicile sont graves. Si les extrêmes rigueurs du prouvoir sont des preuves de craintes sérieuses et de dangers réels, le gouvernement du roi est fort menacé dans ses possessions au delà du Phare.
Le prince Comitini, appelé récemment, sans portefeuille, au conseil des ministres, venait de, se mettre au lit, avant-hier, à minuit, lorseju’il a été mandé surle-champ par le roi ; cette brusque convocation, suivie d’une longue' audience , a fort intrigué la curiosité publique. On sait que le prince Comitini est un Sicilién très-attaché à l’autonomie de son pays. '
' 7 avril.
Nos pré.visions se sont réalisées. La révolution a éclaté le à en Sicile. Ce n’est encore qu’une énreule à Païenne, aussitôt réprimée, disent les rapports officiels.
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niais point encore étouffée. Voici ce qu’en racontent des voyageurs qui ont tout vu de leurs yeux.
11 s’agissait d’une insurrection sérieuse et q^ui devait commencer à la fois sur plusieurs points. Les moines du couvent de la Gancia, dans Palerme, devaient donner le signal en sonnant le tocsin , réminiscence des Vêpres. Et ils l’ont fait avec courage : il paraît qu’ils se sont battus avec fureur'. La durée même du combat le prouve. '
Le couvent a dû être emporté d’assaut, les assiégés, assaillis à la française , c’est-à-dire à la baïonnette : éventrés d’abord , et ceux qu’on a pris, fusillés! f.«s autres sont sortis de la ville" et ont rejoint d’autres insurgés armés dans les campagnes et sur les hauteurs. Le feu a recommencé dans la nuit, dans la matinée et dans" l’après-midi du 5. Au départ du vapeur arrivé hier, la fusillade était vive et nourrie. Quant aux dépêches postérieures aux nouvelles que le vapeur nous a apportées, elles sont tt-ès-suspectes , le fil du télégraphe ayant été rompu.
La population de Palerme, il est vrai, n’a pas été entraînée. Elle a fermé ses portes, ses boutiques et ses volets. On tuait les passants, on tirait sur les fenêtres. La ser\'ante d’une famille belge qui se' sauvait de Palerme est arrivée hier ici, frappée d’une balle, pour s’être montrée un moment au balcon d’un hôtel.
Ce qui faire croire aussi à l’importance de ce mouvement, c’est l’importance des mesures que le gouvernement a prises; le départ immédiat du gouverneur, prince Castelcicala , l’avénement du prince Comitini au ministère des affaires siciliennes, l’armement immédiat de toute la marine royale, y cx)mpris les
G A RI B A LDI. — CONQUÊTE
vapeurs du service particulier du roi et ceux qu’on avait mis au repos et qui attendaient. des réparations urgentes.
Ce n’est pas tout : le pouvoir a mis la main sur le Vesuvio et VAmalfi, paquebots marchands" de l’administration napolitaine. Tous ces navires partent pour la Sicile avec des soldats, des armes et des munitions. Tout ce qu’il y a ici de mercenaires étrangers est déjà embarqué pour Palerme et Messine.
Naples est tranquille. Dans ces^ jours saints, les cloches doivent se taire et les voitures ne peuvertt circurler dans les rues qui s’ehcombrent de piétons endimanchés ; si bien qu’liier au soir la rue de Tolède était pavép de promeneurs tranquilles. Les marchands de télégrammes ont pris cela. pour une démonstration L
Il y a eu fout au plus quelques cris isolés de Vive la Sicile ! Les sbires se sont sauvés à toutes jambes et sont revenus avec des renforts et des baïonnettes. Mais OÆtte agitation a été si faible qu.’à l’autre extrémité de la rue, où j’étais, on ne s’est douté de rien.
Cette nuit, on a arrêté dans les hôtels ou les maisons où ils étaient descendus plusieurs Siciliens, arrivés hier, qui fuyaient l’insurrection ou la police. On cite parmi les arrêtés un personnage important, le pt’ince.Niscemi.
Les esprits sont fort agités, mais la ville paraît calme èt fait ses pâques.
1. Et en effet les journaux ont imprimé que, ce soirMà, il y ^vait eu à Naples nue manifestation de quatre-vingt mille personnes.
DES DEUX-SICILES
10 avril.
Le Journal officiel nous assure que la Sicile est pacifiée et rentrée dans ' l’ordre ; il y a cependant à Palerme, dans toutes les rues, l’affiche que je.tradûis : . /
(( Le général commandant les forces dans la proie vince et royale place de I^lerme, etc., dispose ce « qui suit :
« Art. 1®'. La ville de Palerme et son district sont « déclarés, depuis ce moment, en état de siège.
« Art. 2. Les rebelleà pris les. armes à la main, et « tous ceux qui prêteront leur concours à l’insurrec- « tion, seront jugés par un conseil de guerre impro- « visé , qui reste dorénavant en permanence , et ceci « eh vertu du royal décret du 27 décembre 1858.
« Art. 3. Tous ceux qui, en fait, sont détenteurs « d’armes de nature quelconque, devront, dans les « vingt-quatre heures à dater de la présènte publica- « tion, les consigner au commandement militaire rési- « dant à la place Bdlogni, quand même ils auraient « reçu de la police l’autorisation légale de les déte- « nir; laquelle autorisation, à dater d’aujourd’hui, « reste annulée.
« Art.. /|. Pendant le jour, les habièahts devront a marcher dans la -rue isolément. La nuit, à dater « d’une heure (une heure de nuit, sept heures du <( soir environ). Us devront porter une lanterne ou un « falot.
« Art. 5. Il est défendu aux particuliers de recevoir « chez eux des personnes qui ne soient pas leurs
GARIBAI. DI.— CONQI'ftTE
U parents (J), — et dans le cas où ils voudraient rece- « voir qui que ce fût en logement, ils devront se « munir d’une permission légale de l’autorité civile.
« Art. 6. Il est défendu de sonner les tîloches de o’ jour comme 'de nuit, comme aussi il est défendu « d’alficher n’ipiporte quel placard ou proclamation « séditieuse. Les contrevenants seront jugés par le « conseil de guerre improvisé.
a Pendant l’état de siège, les typographies resteront il fermées.
« Le conseil de. guerre de garnison est constitué « depuis ce moment en conseil improvisé .et perma- « nent de guerre. Ce conseil résidera dans ia maison (( communale de cette ville.' '»
Telle est la proclamation affichée dans Palerme et signée Giovanni Salzano; c’est le nom du général.
Cette proclamation démentait cruellement les nouvelles rassurantes du Jou’mal o/^cieL Dés citoyens à qui Fon défend de recevoir leurs amis et que l’on obligé à marcher seuls dans les rues ne sont pas aussi inôffensifs qu’on voudrait le faire croire, et la publication de ce document a fait penser aux plus calmes que la’jxipulatibn pouvait bien être sympathique aux insurgés.
Cependant avant-hier 8 avril, jour de Pâques, un supplément du Journal officiel a paru qui donnait les nouvelles, apportées par la Saclta, vapeur de la marine royale. Selbn ces rapports, les l>ande8 insurgées étaient détruites ou du moins clispei’sées; elles s’éloignaient des endroits habités, elles se disséminaient, dans la campagne. Les dépêches télégraphiques assuraient que Païenne et Cefalù,' plus tranquilles que jamais, ne
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songeaient qu'à célébrer les fêtes de Pâques. Le Journal officiel parlait avec admiration des Palermitains, récompensés par l’état de 5iége de leur magnifique attitude pendant toute la durée de l’insurrection.
Ces phrases de pleine satisfaction furent encore démenties par des faits positifs qui se répandirent bientôt dans la ville entière. On apprit que la Saetta n’apportait pas seulement de Ixinnes nouvelles et des proclamations d’état de siège, mais des familles effarées (jui fuyaient l’insuirection. Et parmi ces familles, celle de M. Maniscalco, le fameux chef de la police en Sicile, celui, -là n>ême qui avait- été frappé récemment, dans une église, d’un coup de poignard anonyme et mal assuré. La femme de ce fonctionnaire est descendue à Naples , éperdue , avec une cargaison d’effets et de meubles : elle apportait jusqu’à ses matelas.
Enfin hier fundi est arrivée de Palerme une frégate à vapeur, le Tancredi. li a été défendu aux marins de descendre à terre , et lé Journal officiel a publié un nouveau supplément qui peut difficilement être contredit. — Calrne parfait , dit la feuille du gouvernement , .esprit excellent dans les troupes, sympathies universelles pour le gouvernement. A Termini , à Cefalù, partout, cé sont les propriétaires qui prennent le fusil pour défendre le bon ordre. Une nouvelle proclamation du général Salzàno, affichée à Palerme, dit (|ue les landes sont disséminées, les moteurs 'de l’insurrection dans les mains de la justice , 'une commission nommée pour fournir, aux frais de l’État, des secours aux 'nécessiteux, et que tout va pour le mieux dans la plus calme des îles.
Cependant un oflicier de marine qui *a des intelli-