‹ GaribaldiChapitre 10 sur 28 · ACTE SOUVERAIN · texte numérisé non relu

ACTE SOUVERAIN

« Désirant donner à nos bien-aimés sujets un té- « moignage de notre souveraine bienveillance, nous « nous sommes déterminé à concéder les ordres con- « stitutionnel et représentatif # du royaume , en har- « monie avec les principes italiens et nationaux, de « manière à garantir la sûreté et la prospérité dans « l’avenir et à serrer toujours plus les liens qui nous « unissent aux peuples que la Providence nous a « appelé à gouverner.

« A cet effet, nous sommes venu aux déterminations « suivantes :

« 1. Nous accordons une amnistie générale pour « tous les défits politiques jusqu’à ce jour.

« 2. Nous avons chargé le commandeur D. Antonio « Spinelli de la formation d’un nouveau ministère , a qui rédigera dans le plus bref délai possible les art ia clés du statut sur la base . des institutions italiennes « et nationales.

« 3. Il sera établi avec S. M. le roi de Sardaigne un

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(( accord pour les intérêts communs des deux cou- « ronnes en Italie.

« 4- Notre drapeau sera dorénavant orné ( fregiata ) « des couleurs nationales italiennes en trois Bandes (( verticales, conservant toujours au milieu les armes « de notre dynastie.

« 5. Quant à la Sicile, nous accorderons des insti- « tutions représentatives analogues qui puissent satis- « faire les besoins de file , et un des princes de notre « royale maison en sera le vice-roi.

« François.

« Portici, 25 juin 1860. »

Permettez-moi d’abord quelques commentaires que je tâcherai d’abréger. Sur le préambule, je n’ai rien à dire, sinon que la bienveillance souveraine est un peu forcée et qu’il est diflicile de serrer les liens déjà rompus. Mais cette objection tombera si la résipiscence royale est sincère.

L’article 2 charge M. Spinelli de la formation d’un nouveau cabinet. M. Spinelli est un homme honorable. Appelé au pouvoir en 18/j7 par Ferdinand II, lors des premières réformes provoquées par l’initiative de Pie IX, M. Spinelli fut un instant ministre, mais, débordé bientôt parle libéralisme envahissant, il dut se retirer quand la constitution fut promise. 11 ne reparut point au ministère, mais il fut nommé surintendant des archives du royaume, et, plus récemment, surintendant des théâtres et spectacles.

Or, je sais déjà (car cette promesse de constitution m’avait été confiée depuis quelques jours) que M. Spinelli éprouve la plus grande ditlicullé à former un

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nouveau ministère. Depuis l’expédition de Garibaldi, les libéraux les plus modérés sont devenus exigeants et difliciles. Et il faut des libéraux et des libéraux connus pour ranimer la confiance nationale. On a proposé l’agriculture et le commerce à M. Ventimiglia , qui s’est excusé. On a proposé l’instruction publique au poète Saverio Baldacchini qui a fait la sourde oreille. On a proposé la guerre au général de Sauget , qui a demandé la paix. En revanche , on m’assure qu’un homme de bien, M. Ferrigno, a accepté le ministère de la justice, malgré Fopposition de sa famille et malgré lui-même, en faisant à son pays le sacrifice de sa considération. D’autre part, un esprit très-cultivé, M. Manna, aurait accepté le porte*feuille des finances, et M. de Martino, la cheville ouvrière de la rotation (car ce n’est pas du tout une révolution), celui des affaires étrangères. Les'autres postes restent difliciles à remplir, les patriotes étant presque tous expatriés.

L’article 3 promet une alliance avec le Piémont pour les intérêts communs des deux couronnes. Mais cette alliance est loin d’être conclue, et je crois pouvoir dire que le Piémont n’a pas encore été consulté. Si je suis bien informé, la dépêche que M. de Cavour a reçue hier ou recevra aujourd’hui du marquis de Villamarina commence par ces mots : « Je tombe de surprise en surprise ! »

Enfin, l’article 5 est le plus scabreux, il promet à la Sicile un semblant d’autonomie. C’est promettre une demi-séparation après le divorce consommé. Cette faveur ressemble fort à une menace, car le jeune souverain ne peut combler ainsi la Sicile sans la reprendre,

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ni lui donner un vice-roi sans en être le roi! On peut bien imposer aux Napolitains une constitution qu’ils ne demandent pas, car ils n’ont rien fait pour avoir le droit de la refuser; mais il faudra, je le crains, bien des coups de canon pour la faire accepter à la Sicile. Hier, la Mouette, aviso de notre marine impériale, est partie pour aller annoncer au delà du détroit la grande nouvelle. Je doute fort que la grande nouvelle soit bien venue des Siciliens et de Garibaldi.

Reste donc l’article h qui promet les trois couleurs, et l’article 1 er qui accorde une amnistie. Ici je n’ai rien à dire : voilà des milliers de proscrits rappelés, des milliers de prisonniers affranchis, des milliers de maisons repeuplées. J’applaudis des deux mains et de tout mon cœur.

Je sors maintenant pour tâter l’opinion publique.

Midi . — La ville est froide, indifférente, affairée. Des gamins courent les rues, vendant pour deux sous l'acte souverain : on ne l’achète guère. Devant les affiches, des rassemblements de deux ou trois curieux n’empêchent pas la circulation. Des alarmistes répandent le bruit (confirmé) qu’on montait hier des charretées de bombes au fort Saint-Elme. Le pouvoir craignait peut-être des excès d’enthousiasme. Il doit être rassuré.

Le drapeau tricolore n’est encore arboré nulle part. Des bourgeois inquiets m’ont abordé pour me demander ce qu’ils pensaient. Les libéraux sont défiants, le populaire ne comprend pas. Les timorés disent tout bas que c’est le commencement du désordre. Un inspecteur de police, en levant les bras au ciel, s’est écrié ce matin, à la préfecture, que tout était perdu.

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Le comte de Syracuse a dit à un de mes amis : « Ils n’ont pas cédé quand je leur conseillais ; maintenant, c’est trop tard ; ils tomberont tout de même.

— Seulement, ajouta un diplomate à qui je répétais le mot du prince, ils tomberont de l’entre-sol au lieu de tomber du premier. »

En un mot, voilà des concessions qui devraient faire plaisir à tout le monde, au peuple qu’elles affranchissent et au pouvoir qu’elles maintiennent; — et cependant tout le monde les réprouve et les regrette : le pouvoir parce qu’elles affranchissent le peuple, et le peuple, parce qu’elles maintiennent le pouvoir.

Tel est le véritable état des esprits : froideur générale et défiance réciproque. Seulement, à mon avis, ces mauvaises dispositions seront bientôt dissipées, si le jeune monarque arbore sincèrement et loyalement le drapeau italien.

28 juin.

J’ai décrit l’indifférence, la défiance, la dignité nationale au premier bruit du grand changement politique. J’écrivais l’autre jour dans une ville calme et dédaigneuse, dont l’attitude était une leçon sévère pour le pouvoir.

Mais ce calme n’a pas duré. 11 y a deux partis dans le peuple de Naples, celui de la haute ville déjà libéral, cUcelui des bas quartiers, encore sanfédislc. Ce dernier se compose de va-nu-pieds et de pillards , hommes de sac et de corde, soudoyés par la police et par la mauvaise partie du clergé. Ces misérables

s’étaient attroupés dans leurs quartiers, puis répandus par la ville. %

A cette provocation, répondirent les autres, les bnraquistes, comme on les appelle, la place des Baraques étant leur quartier général. Ceux-ci, rassemblés dès le premier soir dans la rue de Tolède, ont commencé par siffler la police. Le deuxième soir, ils l’ont menacée avec de formidables gourdins. La police a voulu leur arracher ces triques; ils les ont cassées sur le dos des sbires qui, reculant de quelques pas, ont fait feu sur eux. Un homme du peuple est tombé, frappé mortellement d’une balle. J’ai vu cela de mes yeux.

C’est presque au même endroit et au même moment, mais je n’en ai rien vu, qu’a été assailli le ministre de France. M. le baron Brenier se rendait vers neuf heures, en voiture, chez le marquis de Villamarina, ministre de Sardaigne. Le chemin est long d’une légation à l’autre : il y a toute la rue de Tolède à traverser. Arrivé vers le milieu de la rue, à l’endroit même où sifflaient et applaudissaient avec fureur les plébéiens des deux partis, M. Brenier fut attaqué par quelques hommes, sa voiture arrêtée , ses gens frappés , et il reçut luimême un coup violent ù la tête. Un des valets de pied cria aux forcenés qu’ils insultaient le ministre de France. Aussitôt la cohue fut refoulée et se dispersa.

Cependant la bourgeoisie et la noblesse se tenaient à l’écart, laissant la rue au populaire. Et le ministère ne pouvait se constituer. Le comte d’Aquila et sa cour parcouraient la ville, la banlieue et même les champs pour trouver une poignée d’hommes de bonne volonté qui voulussent bien être des ministres. Mais les hommes de bonne volonté n’accouraient pas.

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Le général de Sauget, le marquis d’Afflitto, l’historien Antonio Ranieri, même le poète Baldacchini, bon catholique, — j’oublie le magistrat Ferrigno, — je dois en oublier d’autres — avaient refusé des portefeuilles avec une remarquable émulation. Ils s’enfermaient chez eux, ils se sauvaient à la campagne et même à bord des vaisseaux étrangers , pour échapper au ministère. Antonio Ranieri s’était mis au lit, menacé de vengeances terribles s’il n’accordait pas au cabinet le secours de sa plume et l’autorité de son nom... Il y avait bien quelques acceptants, MM. Spinelli, Torella, Morelli, Garofalo, etc., parmi lesquels deux hommes de talents : M. de Martino, connu par sa mission récente à Paris, et M. Manna, l’économiste. Mais le ministre de l’intérieur, l’homme qui est la cheville ouvrière du cabinet dans une transition constitutionnelle, était impossible à trouver. Si bien qu’avant-hier au soir les candidats que je viens de nommer furent renvoyés poliment chez eux, et l’on pria les ministres démissionnaires de rester dans l’antichambre du gouvernement, jusqu’à ce que l’on leur eût trouvé des remplaçants acceptables.

Les choses en étaient là hier, à midi, — et l’on s’attendait d’un moment à l’autre à voir mourir dans l’œuf cette constitution que personne ne voulait pondre, — lorsque tout à coup, à six heures du soir, on entendit tonner tous les forts et tous les vaisseaux qui sont en rade. Je montai sur la terrasse supérieure de la maison que j’habite, et je vis les couleurs italiennes arborées partout, sur terre et sur mer.

Ce fut un très-beau moment. Naples devenait enfin une ville d’Italie. Je descendisdans la rue, et je rencontrai

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le roi, très-pâle de la maladie bilieuse dont il sortait à peine, peu ou point acclamé par la foule, salué pourtant plus que d’ordinaire et accueilli sans mauvais vouloir. Il ’y avait de l’émotion dans les rues peuplées : les trois couleurs faisaient du bruit et du bien ; la joie n’éclatait pas, mais elle circulait franche et bonne.

En même temps, j’appris que le ministère était formé. L’intérieur et la police avaient été acceptés par M. Federico del Re, contrôleur général de la Trésorerie royale.

Le premier acte de ce ministre a été de mettre Naples en état de siège. Voici pourquoi :

Malgré les coups de fusil des sbires, tirés en l’air, comme je vous l’ai dit, pas trop haut cependant, car les balles avaient troué les enseignes opposées de la rue, les haraquistes s’étaient regardés comme vainqueurs. Ils avaient fait amitié avec la troupe, malmené la police , maltraité des inspecteurs , arrêté même quelques fcroci (c’est le nom populaire des sbires) que les soldats avaient emmenés. Si bien que, ce matin, ces triomphateurs ne connaissaient plus d’obstacles. Ils ont assailli les commissariats des douze quartiers de la ville, et en ont jeté par les fenêtres les meubles et tous les papiers, et ils ont brûlé tout cela publiquement, dans les rues. Ces a uto-da-fé enivraient la foule, qui criait bien haut : Vive Garibaldi! J’ai entendu ces cris en rôdant à travers les groupes. J’ai vu aussi des bandes de plébéiens entraîner des sbires à la place , avec des buées et des vociférations qui avaient quelque chose d’effrayant. Une fureur de vengeance poussait ces hommes, si longtemps contenus, â des représailles qui auraient pu devenir terribles. J’ai vu l’un

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d’eux passer une corde au cou d’un sbire ; il l’aurait étranglé, sans l’intervention des soldats. Un général sortit de la place pour apaiser ces forcenés par de bonnes paroles. On entoura le général, et tout le monde voulut l’embrasser. « Nous sommes tous frères,» tutoyons-nous! criaient ces manants déguenillés. Le général fut bien obligé d’en serrer quelques-uns sur son cœur; après quoi, il s’en alla changer de linge.

Voilà ce que j’ai vu. D’autres me parlent de scènes pareilles, de groupes qui criaient: Vive Garibaldi! sous les palais suspects, et même autour du comte d’Aquila, qui passait en voilure; de vieilles rancunes tombant en coups de bâton sur le dos des espions connus et reconnus ; de justices particulières et même d’estocades qui auraient frappé plusieurs agents d’Ajossa. On m’a aussi rapporté des menaces violentes contre Campagna, Manetta, etc., chefs de la canaille sanfédiste : les factieux voulaient brûler leurs maisons et les déchirer tout vifs. Je rapporte ces bruits pour être complet; mais, pour ma part, je n’ai vu que ce que j’ai dit. Les baraquistes n’ont guère fait que beaucoup de papier brûlé. Il s’en donnaient à cœur joie, et ont consumé plus de registres et de manuscrits que nous n’en avons dans notre Bibliothèque impériale. Mais, à part cet incendie de paperasses, ils n’ont rien détruit et surtout ils n’ont pas pillé. Ils avaient assailli une auberge appartenant à un inspecteur de police, et un ou deux d’entre eux commencèrent à la démeubler. Mais ils furent arrêtés par leurs camarades, qui remirent tout en place et n’emportèrent pas même une épingle, en disant qu’ils ne faisaient pas la santafede.

Parmi les traits populaires de ce matin, il en est un qui mérite d’être cité : Un lazzarone venait de prendre une paillasse dans un commissariat et allait la jeter au feu avec le reste. Passe une pauvre femme qui dit au lazzarone : « Au lieu de la brûler, donne-la-moi, j’en « ai grand besoin. » Le lazzarone se laisse (léchir ; mais survient un de ses camarades qui le retient. « Non, dit-il, il faut jeter au feu tout ce qui a été sali « par la police. » Là-dessus, il prend la paillasse et l’emporte-, et comme la pauvre femme se lamentait ■ « Tiens, lui cria-t-il , va t’en acheter une autre ! » Et il lui jeta deux piastres.

Ces mêmes hommes ont porté religieusement les crucifix des commissariats dans les églises, les fusils des sbires dans les corps de garde, et ils ont respecté les portraits du roi.

Cependant, je le répète, ces scènes violentes pouvaient devenir dangereuses. Le comité secret, gouvernement occulte du pays, avait bien répandu à profusion l’ordre suivant :

« Napolitains,

« L’attitude que vous avez gardée ces jours-ci vous « a montrés dignes d’être libres.

(( Au nom du pays, le comité vous remercie; mais « songez qu’il ne sert pas dlêtre sages sans persister « dans la sagesse. Qu’on évite toujours toute collision « que les mauvais pourraient provoquer. Que l’onres- « pecte et qu’on aime l’armée, cette armée composée « de frères, que l’illustre Garibaldi lui-même a nom- « més valeureux. »

Comme vous le voyez, le peuple n’a suivi qu’à moi-

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tic ce programme. Et voilà pourquoi l’ère constitutionnelle commence à Naples par l’état de siège, premier acte du nouveau ministère, quia du malheur.

Cependant, il faut le dire, cette proclamation des mesures militaires s’est faite sans violence et avec de bonnes paroles. Le nouveau préfet de police, M. LiborioRomano, libéral de la veille et souvent persécuté, a commencé par calmer et rassurer les esprits, exhortant tout le monde à la confiance et à la patience. En déclarant l’état de siège, le ministre de l’intérieur a dit qu’il le faisait pour faciliter le premier travail de la constitution et jusqu’à la formation d’une garde citadine ( cittadina , ce qui veut dire aussi citoyenne), pour la composition de laquelle le syndic et les élus (l’autorité municipale) dressaient déjà des listes dans tous les quartiers. Les lois martiales sont assez douces: les rassemblements de dix personnes peuvent être dispersés j>ar la force armée après deux sommations; les armes et les gros bâtons sont défendus par les rues, les cris séditieux sont prohibés. Et voilà tout. Ces mesures ont plutôt rassuré qu’effrayé la ville ; presque tous les magasins sont fermés, mais on s’est promené sans peur cette après-midi devant les bataillons de chasseurs assis sur leurs sacs (bien qu’armés en guerre) autour de la place, entre les patrouilles à pied et à cheval qui parcouraient pacifiquement la ville, et devant les canons postés sur la place du Château. Ce soir, au moment où j’écris, la rue de Tolède est pleine de monde, et le plus grand danger à craindre, l’irruption des sanfédistes, est prévenu par l’attitude des soldats.

Nous avons eu cependant ce matin un malentendu

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sinistre. Avant la proclamation de l’état de siège, lés Calabrais, anciens compagnons de Milano, libérés par l’amnistie, sortaient de leur prison et descendaient tranquillement dans la ville, ensemble, heureux, lorsqu’un peloton d’infanterie de marine leur barra tout à coup le passage. Sommés dé se disperser, mais ignorant le décret d’état de siège, ils hésitèrent. — Ils * * furent alors fusillés, puis chargés à la baïonnette. Un

d’eux, nommé Mosciaro, est gravement blessé.

Triste sortie de prison, après cinq années de chaînes !

Pour eux ét pour tous, la fête est manquée. Ce devait être un jour de gala, salué ce matin, à midi et à sept heures, par des salves d’artiflerie, et, ce soir, par l’illumination des théâtres et de la ville. Les salves ont éclaté, mais l’illumination est restée à l’état de projet, et les lampions tricolores, disposés en guirlandes et en festons sur la place du Château, n’onrt point été allumés par l’autorité municipale. Vu l’état de siège, les théâtres sont fermés jusqu’à nouvel ordre, et de rares veilleuses vacillent de loin en loin sur quelques balcons déconcertés.

Il est minuit, la ville est calme.

3 juillet.

Nous assistons à un proverbe politique assez curieusement marivaudé. Le pouvoir et la nation sont brouillés; le pouvoir fait des avances, mais à contre-cœur: on les accepte en rechignant, et tout le monde boude. Entre les boudeurs, il y a la diplomatie et le préfet de police, qui cherchent à réconcilier les gens. La diplomatie dit au pouvoir que la nation est satisfaite, et elle

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