‹ GaribaldiChapitre 11 sur 28 · DES OKU X -SIC IL K S · texte numérisé non relu

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dit à la nation que le pouvoir est de bonne foi. L’un est aussi vrai que l’autre. Quant au préfet de police, ancien libéral et fort honnête homme, il se met en quatre pour contenir les mécontents et pour exciter les retardataires. Autour du roi, le comte d’Aquila, les ministres, la légation de France, le préfet ferraillent à outrance contre la camarilla déjà battue, mais point encore abattue; elle ne résiste plus ouvertement, mais elle conspire; et, désespérant du roi, qui paraît pencher vers l’Italie, elle songe à lui substituer son jeune frère, le fils aîné de Marie-Thérèse, comte de Trani. Ajoutez à cela la troupe humiliée, le peuple remuant, les san-fédistes, le comité secret, Garibaldi, et vous aurez tous les personnages en désaccord de la comédie qui se joue.

Tâchons de mettre un peu d’ordre à tout cela. Le ministère était chargé d’élaborer un projet de Constitution : il ne savait que faire. Après mûre délibération, il en vint à la seule idée raisonnable, celle de rétablir la Constitution de 1848. *

La proposition des ministres fut acceptée dimanche, et l’on chargea les officiers du ministère de copier purement et simplement la Constitution de 1848 et de l'envoyer à l’imprimerie royale, afin que la ville la

trouvât affichée le lendemain à son réveil. Les officiers

obéirent si ponctuellement à cette injonction qu’au moment de placarder la proclamation royale, on s’aperçut que le nom du feu roi Ferdinand 11 était en tête, les chefs de bureau et de division ne s’étant pas cru autorisés à y substituer celui de François II. Heureux les gouvernements qui sont servis avec une pareille discipline !

Enfin tout cela est accepté, signé, promulgué, grâce aux ministres. Ils y mettent de la bonne volonté et du zèle. Songez à l’état de ces malheureux qui ont à lutter à la fois contre la résistance du roi et contre l’impatience de la population, et à réconcilier un peuple et un trône en brouille depuis douze ans, au moyen d’une Constitution octroyée à contre-coeur et reçue avec défiance !

Outre les ministres, il y a le successeur de M. Ajossa (lequel Ajossa s’est sauvé piteusement sur un vaisseau français, l'Eylau, en offrant un pourboire à la légation de France qui avait protégé sa fuite ! — Je cite cela comme trait de mœurs), — il y a, dis-je, M. Liborio Romano qui travaille à la Constitution avec un zèle admirable. Aussi le roi l’appelle-l-il en riant le tribuno romano, le tribun romain.

Naples, 14 juillet.

J’ai des nouvelles lr?s-graves à vous annoncer. Le Vèloce, frégate du roi, acheté en 1 8^8 aux Anglais par le gouvernement provisoire de Sicile, s’est livré à Garibaldi : il se cache maintenant dans les îles de Lipari, d’où il sort pour happer les bâtiments napolitains au passage. On assure qu’il en. a déjà pris deux. Le général Clary, commandant de. Messine, a demandé télégraphiquement toute la flotte pour reprendre la frégate insurgée et les vapeurs capturés. Cette flotte devait partir hier au soir, mais il paraît que les capitaines ont refusé au roi de commander cette expédition, et le petit nombre de ceux qui ont accepté, trouvant l’émeute à bord de leurs vaisseaux, ont dû

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' renoncer à l’entreprise. Voilà ce qu’on dit partout : cependant la nouvelle est difficile à contrôler et impossible à garantir.

On continue à destituer les anciens commissaires de j>oIice, mais ici la justice populaire devance les mesures du pouvoir. L’autre jour l’inspecteur Cimmino a été assassiné dans la rue par un homme récemment sorti de prison : c’est une vengeance particulière. Hier au soir, une foule de gens du peuple ont traîné à la Place un autre inspecteur nommé Gioberli, un grand nom cependant. L’agitation n’est pas calmée encore.

Les portraits de Garibaldi et une nuée de petits journaux se vendent dans les rues. Ceux qui savent lire rassemblent des groupes dans la rue et font la lçcture à haute voix. J’ai vu une petite fille de six ans épelant un journal et entourée d’un attroupement delazzarones. Dans les basses classes, on commence à comprendre ce qu’annexion veut dire, et Victor-Emmanuel dévient aussi populaire que Garibaldi.

L’Italie arrive enfin de ce côté, malgré le nombre assez grand de modérés qui accepteraient tout et au besoin la réaction, parce qu’ils ont peur des balles.

Voici la dernière publication du comité secret napolitain :

« Parlata (paroles) du général Garibaldi aux militaires napolitains.

« Parmi les artifices invétérés du despotisme, on a toujours trouvé l’hypocrisie, le mensonge et la calomnie. Les ennemis de l’Italie, les hommes qui voudraient' nous voir les pieds et les mains liés par les jésuites et les Autrichiens, qui cherchent à déchaîner contre le peuple les soldats, enfants de ce môme peuple, ce-s

hommes exécrables répandent dans l’armée des lettres apocryphes attribuées à des officiers napolitains qui sont passés dans les rangs glorieux de l’illustre Garilialdi, lettres forgées dans le but de prouver qu’ils auraient trouvé en Sicile la honte et le mépris, au lieu de l’honneur et des sympathies. Pour confondre les calomniateurs il suffira de citer la proclamation suivante du héros italien :

« Signori (Messieurs),

« Nous devons créer une armée de deux cent mille hommes.

« J’apprécie et j’estime beaucoup les volontaires; néanmoins, j’aime mieux nommer colonel un capitaine loyal, qui connaisse bien son métier, qu’un avocat.

« J’aime mieux faire capitaine un sergent qu’un médecin.

« Si vous êtes royalistes, je le suis également.

« Mais, roi pour roi, je préféré Victor-Emmanuel, (jui un jour nous conduira tous contre les Autrichiens, à François de Bourbon, qui met des Italiens contre des Italiens.

« Messieurs, le choix est à vous.

« Nous vaincrons sans vous, mais je serais fier de vaincre avec vous.

« Giuseppe Garibaldi. »

17 juillet.

Voici en deux mots l’histoire de dimanche. Une conspiration réactionnaire avait été organisée, le fait

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est prouvé ; l’on nomme les chefs. Je ne répète pas les noms, n’ayant pas encore de preuves. On sait seulement que les soldats de certains corps avaient reçu de l’argent pour attaquer la population, provoquer la résistance et rétablir le pouvoir absolu. L’impulsion venait évidemment de Gaëte, où la lie de la eamarilla a établi son quartier général. Ce coup d’Élat devait être essayé sur plusieurs points du royaume. Il ne l’a été qu’à Santa-Maria, à Capoue, à Caserte et autres endroits circonvoisins, enfin à Naples. Ici ce sont les grenadiers de la garde qui se sont soulevés. C’était dimanche leur jour de sortie; ils n’avaient pas de fusils, mais leurs sabres; ils les ont dégainés à la porte Capouane d’abord, puis le long des quais, dans la rue de Tolède, un peu partout. Ils assaillaient les passants, les voitures, le sabre levé, en forçant tous ceux qu’ils rencontraient à crier vive le roi! Ils ont attaqué ainsi le consul d’Angleterre, le ministre de Prusse, l’amiral Le Barbier de Tinan, tous ceux que le hasard a mis sur leur passage. Ailleurs, ils frappaient aveuglément, sans sommation, blessant et tuant les yeux fermés; ils envahissaient les cafés et les rares magasins ouverts, et brisaient les vitres. Des malheureux ont essayé de leur échapper en criant qu’ils étaient Français ; on les a frappés avec un redoublement de rage. Les soldats étaient ivres, furieux, ignobles, et rien ne saurait égaler la férocité de ces misérables, si ce n’est leur lâcheté.

Je n’ajoute pas de détails : il faut avoir vu tout cela pour y croire ; par bonheur la population n’a pas résisté. Pris à l’improviste, on a laissé faire. 11 n’y a eu ni guerre civile, ni incendie, ni pillage; le but est

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manqué. Après un quart d'heure, les ministres, les généraux, les officiers, les uns par de bonnes proies, d’autres par des menaces, quelques-uns même par des coups de sabre, ont repoussé les grenadiers dans leurs casernes. Hier la ville est restée assez inquiète, aujourd’hui tout est fini.

Loin d’amener une réaction, les meneurs ont affaibli l’autorité royale. Je n’insinue pas que le roi ait été d’accord avec ses grenadiers; je le nie même. Je dis seulement que ses anciens amis, qui ont cru le servir en Ini conseillant ces violences, l’ont cruellement desservi. Loin de lui rendre son ancien pouvoir, ils l’ont forcé à déclarer solennellement, par deux proclamations publiées hier au soir, l’une à l’armée et l’autre au peuple, qu’il voulait maintenir la Constitution. Un ordre du. jour du nouveau ministre de la guerre aux soldats est écrit dans le même sens et commande la discipline et l’obéissance au nouvel ordre de choses.

Ce n’est pas tout. Le roi a dû se rendre en personne à Pizzofalcone, quartier de ses grenadiers, et dans les autres casernes. Il a vivement sermonné les coupables, et leur a fait jurer la Constitution. Une commission d’enquête est appelée à rechercher les meneurs du mouvement; ils seront châtiés avec les rigueurs des lois militaires. On hâte la formation de la garde nationale, dont les armes et les munitions sont déjà fournies. On dresse aux mairies les listes d’électeurs. Enfin c’est un pas en avant, et un bon point pour Victor-Emmanuel. Encore quelques coups de sabre pareils et l’Italie est faite.

Tout cela pourtant coûte cher. Entre morts et blessés, il y a bien une soixantaine de victimes. Les gre-

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