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nadiers sont de rudes soldats quand on ne leur résiste point.
Les proclamations du roi ne sont pas des chefsd’œuvre. François II dit qu’il est fort jeune encore, mais qu’il va apprendre à gouverner grâce au Parlement et à la presse.
Le ministère est reformé, mais non complété.
MM. Spinelli, Manna et de Martino restent. M. Liborio Romano devient ministre de l’intérieur, le général Pianelii ministre de la guerre; mais on dit qu’il a déjà donné sa démission. Les autres ministères sont inoccupés. On dit que MM. Vacca et Ferrigno,qui auraient accepté samedi leur nomination, la refusent depuis dimanche. Le roi ne veut pas dissoudre le corps des grenadiers de la garde. Il lui en coûtera.
Hier, lundi, sont arrivés un grand nombre d’émigrés : Mezzacapo, San Donato, Spaventa, Leopardi, Ricciardi, del Re, del Falco, Giuseppe Vacca, Quercia et une cinquantaine d’autres. Figurez-vous les ovations.
Le gouvernement cherche à répandre le bruit que les désordres de dimanche ont été provoqués par le peuple, et il a même écrit en ce sens à la diplomatie. Mais la diplomatie sait, par bonheur, à quoi s’en tenir. L’émeute était complotée dans l’armée; en voici la preuve : elle a éclaté à la fois dans tous les quartiers de la ville et sur plusieurs points des environs.
On dit aussi que les Napolitains montrent peu d’empressement à s’inscrire pour la garde nationale. C’est faux encore. Ce sont les maires qui s’opposent aux inscriptions par l’étrange raison que les commandants nommés l’autre jour par le roi n’ont pas accepté cet
honneur insigne. Le commandement en chef accordé au prince ischitella n’a pas été bien accueilli partout.
• 17 juillet, au soir.
Je n’en finirais pas si je voulais vous raconter tous les excès commis par les soldats. Qu’il vous suffise de savoir qu’un étranger récemment arrivé à Naples, et qui ne s’était aucunement mêlé des affaires du pays, a reçu de ces forcenés dix-huit coups de sabre. Pour les apaiser, il leur a crié qu’il était Français, et il n’a fait par là que redoubler leur fureur. Décidément la réaction en veut à la France.
Un témoin de l’entrevue du roi avec ses soldats me dit avoir entendu de ses deux oreilles des plaintes énergiques portées par les chasseurs de la garde contre les grenadiers, seuls auteurs des troubles de la veille.
. « Ce corps nous a déshonorés, a dit un chasseur au roi; Votre Majesté doit le dissoudre. » Le roi a promis de le faire, mais je ne sais s’il osera.
J’en doute d’autant plus que le comte de Trapani, dans le conseil des ministres, a vigoureusement insisté pour qu’on ne punît point les coupables. Cette partialité du prince qui commande la garde donne fort à penser. L’impunité, en pareil cas, serait un acte d’adhésion et presque une provocation à la récidive. Le comte d’Aquila n’a pas craint de le dire à son frère, et il a bien dit.
Plusieurs officiers de marine n’ont pis accepté la formule du serment. Ils veulent bien jurer fidélité au roi. mais à condition de ne jamais prendre les armes
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contre leur pays. L’attitude de la marine est admirable.
Outre le major Nunziante (qui ne ressemble en rien au général de ce nom), plusieurs officiers se sont distingués dans l’affaire de dimanche. Un capitaine Ilueber, Napolitain, du 13 e bataillon de chasseurs (qui n’est plus suisse), a commandé à sa compagnie de marcher contre les sabreurs. Ce que voyant, un caporal a dit à la sentinelle de garde devant le petit théâtre de San-Carlino de bien viser le capitaine Hueber et de le tuer. Le soldat a armé son fusil, mais n’a point osé tirer, pressentant que cette balle mettrait le feu à la ville. Averti du danger par un acteur de San-Carlino, le capitaine a fait arrêter par ses chasseurs le soldat et le caporal, qui vont passer devant un conseil de guerre. L’hésitation de ce soldat, le courage du comédien et la fermeté de l’officier ont épargné des flots de sang. Si le fusil s’en fût mêlé, figurez-vous le massacre.
Tout cela prouve la nécessité de cette garde nationale, dont l’armement était ajournée de jour en jour. La feuille officielle annonce qu’elle va être organisée et qu’on a déjà fourni les armes et les munitions. On m’assure, d’autre part, qu’elle sera doublée ; chaque quartier fournira mille hommes. 11 en est temps.
Cette armée civile est plus que jamais indispensable, non-seulement pour défendre le peuple, mais pour le contenir. Tous ces jours, c’étaient les lazzarones qui faisaient la police avec un zèle irrégulier. Ils arrêtaient les geôliers, les anciens sbires ou inspecteurs de police et commençaient par les rouer de coups, puis ils leur passaient une corde au cou et les traînaient à la Place, où ils les consignaient aux autorités militaires, en
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disant : Nous les avons un peu rossés, achevez-Iesî Tout cela s’est passé sous mes yeux avec une vivacité que je réprouve. J’ajoute cependant, à la décharge des Iazzaroni, qu’ils arrêtaient ainsi non-seulement les sbires, mais les voleurs. Ils n’ont pas encore détourné une épingle. Les émigrés qui reviennent sont stupéfaits des progrès qu’a faits ce peuple en probité et en intelligence depuis douze ans.
18 juillet.
Hier, dans l’après-midi, le général Iscliitella, commandant en chef de la garde nationale, a ordonné qu’elle se réunit le soir même et commençât son service. Dans la journée, comme je vous l’ai dit, les maires avaient éconduit ceux qui venaient s’enrôler dans l’armée civile, alléguant que les chefs de bataillon nommés par le roi n’avaient point accepté leur nomination ; mais l’objection a dû tomber devant l’ordre formel d’Ischitella , qui est un très-grand personnage. Une soixantaine de fusils (très-bons, mais très lourds) avaient déjà été déposés dans chaque mairie pour le service de la garde nationale ; et dans cinq quartiers, une quarantaine de Napolitains se sont présentés le soir et ont immédiatement formé des patrouilles, lis ont été accueillis par la ville avec des cris de joie ; les fenêtres s’ouvraient et s’éclairaient sur leur passage ; tous les balcons se couvraient de monde et de flambeaux allumés. Les gardes nationaux étaient en bourgeois et portaient des cocardes tricolores. Les applaudissements et les vivat les ont salués des balcons et suivis dans la rue de dix heures à minuit. C’est, depuis
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la Constitution , la première démonstration vraiment populaire , universelle ; on criait partout : Vive la garde nationale! çà et là : vive Gaibaldi! vive Victor- Emmanuel ! — mais nulle part : vive le roi !
Hier au soir, parla même occasion, le peuple a continué son œuvre opiniâtre. Malgré les conseils, les avertissements, les menaces et les coups de sabre, les ouvriers et les Iazzarones ne resteront tranquilles que lorsque le dernier homme de l'ancienne police aura disparu. Ils leur font la chasse comme à des bêtes malfaisantes, ils les guettent des journées en t ères avec une patience et un acharnement singuliers; ils les connaissent tous , les cherchent huit jours s’il le faut, veillant toute la nuit aux portes suspectes , et, quand ils les ont trouvés, les livrent aux soldats, après les avoir un peu battus.
La garde royale n’a pas été dissoute, mais éloignée de Naples ; elle est partie cette nuit, sans tambour ni trompette, on ne sait pour où.
Ce matin, le Journal officiel nous apporte un ordre du jour du prince Louis de Bourbon (comte d’Aquila) donné par S. A. R. en assumant le commandement général de la marine, et un rapport du même prince au ministre, sur le serment prêté à la Constitution par les marins. Ces deux documents sont pleins de paroles très-libérales et très-italiennes.
Suit un rapport sur l’affaire cbi Vèloce. D’après la relation officielle, ce vapeur en station à Messine, après avoir escorté, le â juillet, à Milazzo, le Brésil, qui portait là des renforts, cingla sur Palerme, en disant qu’il s’y rendait avec un drapeau parlementaire. Arrivé le 5 à Palerme, il jeta l’ancre dans la rade. Une chaloupe
génoise vint chercher le capitaine et le conduisit à bord du vaisseau amiral génois. Au retour du capitaine, le Vèloce alla s’ancrer dans le port. Là survint à bord une grande foule, le drapeau fut changé, Garibaldi vint en personne et harangua l’équipage et les soldats rangés sur la poupe, en leur offrant le choix entre François II et lui : 138 personnes, outre les mécaniciens, demandèrent à revenir à Naples, parmi lesquelles 101 sousofficiers et soldats du corps royal des canonniers et des marins, avec le second lieutenant du même corps, 26 du régiment royal marine, le chapelain, le chirurgien, le premier mécanicien anglais avec ses subordonnés, trois pilotes, les cinq maîtres du bord et l’aidechirurgien. 61 seulement restèrent avec Garibaldi : 3 caporaux et 18 marins: 1 sergent, 2 caporaux et 8 soldats du régiment royal marine, le commandant, l’officier de détail, 3 enseignes de vaisseau, 1 officier du régiment royal marine, 1 pilote, le nostromo et le contestabile , « qui voulurent ainsi se couvrir d’op- « probre. »
Le 11, le Vèloce prit le large pour capturer VElettrico, qui devait venir de Tarente ; mais il prit à la place deux vapeurs marchands nolisés pour le service du roi, le Duc de Calabre et l 'Elbe, sur lesquels deux officiers subalternes, trois capitaines et adjudant de passage furent pris , puis conduits à Palerme , où ils refusèrent de servir Garibaldi, qui les renvoya tous ensemble à Naples, sur un petit vapeur frété pour eux. Ils sont arrivés ici le 15, et, comme récompense, ont tous obtenu un grade d’avancement, un mois de prêt ou de solde, la médaille du mérite, et les officiers, la croix de François I er .
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Le Journal ajoute qu’il n’y a qu’un cri, dans toute la marine, un cri d’horreur et de douleur contre cette infâme trahison.
Le comité secret a répondu, dès ce matin, à l’article officiel par le placard que je vais vous traduire :