‹ GaribaldiChapitre 13 sur 28 · NOUVELLES INTÉRIEURES · texte numérisé non relu

NOUVELLES INTÉRIEURES

« Palerme , 10 juillet. — Ce matin, à neuf heures, jetait l’ancre dans notre rade l’ex- vapeur napolitain le Vèloce, celui-là même qui appartenait en 1 8^9 au gouvernement de Sicile , portant le nom A' Indépendance, et qui fut séquestré à Marseille, en avril 18I|9, sur les instances du gouvernement de Naples. — Le vapeur est sous le commandement de M. Anguissola.

« Ce navire se trouvait hier à Messine, lorsque quatre officiers, parmi lesquels le commandant, qui avaient conçu depuis quelque temps le très-noble et hardi dessein de se dépouiller de la livrée bourbonnienne, mais qui n’avaient pas pu, par des circonstances trèsgraves , exécuter ce projet, le communiquèrent à l’équipage , qui l’accueillit à l’unanimité. Vers le soir, le bâtiment se dirigea sur Palerme.

« Averti de l’arrivée et du fait, le général dictateur se rendit sur le Franklin, où se trouvait déjà le commandant Anguissola. Celui-ci se présenta au dictateur, qui le serra dans ses bras, en faisant le même accueil aux officiers du Vèloce qui lui furent présentés.

« Puis le dictateur, accompagné du commandant et des officiers susdits, se rendit sur le Vèloce, où il fut salué par les acclamations de l’équipage, auxquelles

répondaient celles des équipages des bâtiments voisins, — et reçu avec les honneurs dus à la hauteur de son grade. Dans une courte allocution, le dictateur s’exprima en ce sens : »

Suit le discours, que je passe, pour abréger. Ce sont des félicitations au nom de l’Italie. Voici la conclusion de ce discours :

. « Vous êtes maintenant de notre famille. Au nom de la patrie, je vous exprime les sentiments de la plus vive gratitude. Je suis prêt à faire individuellement pour chacun de vous et pour vos familles tout ce dont vous pourrez avoir besoin. — Si quelqu’un de vous veut partir, — ce que je ne crains pas, — il en aura les moyens ; s’il veut rester, chacun de vous sera regardé comme le digne fils de la patrie. »

Ce discours fut couvert d’applaudissements les plus enthousiastes. Aujourd’hui les officiers du Vèloce sont invités à la table du dictateur. »

Vous le voyez, les deux versions ne consonnent pas*, que chacun choisisse la sienne.

J’ai une bonne nouvelle à vous annoncer : le retour de nouveaux émigrés ou exilés : le marquis Bella, le prince Laquile. le chevalier Beledli, sont revenus hier avec de nombreux compagnons d’infortune. Je citerai, parmi les plus connus, M. Guiseppe de Simone, récemment exilé; il était depuis douze ans le chef le plus influent et le plus actif de la résistance à Naples. Citons encore le colonel Carrano, homme de plume et d’épée; Mariano d’Ayala, un des plus lieaux caractères de notre temps, et le général Ulloa, l’héroïque défenseur de Venise.

Je termine par un mandement du cardinal-arche-

DES DEUX-S IC ILE S

vêque. 11 invile les fidèles à monter au Carmel , et recommande de dire à la Vierge certaines paroles de saint Anselme. Il en vient ensuite aux allusions contre les ennemis du saint-siège , et enfin aux libertés concédées par François II. Puis viennent des considérations sur la vraie liberté, la liberté catholique et romaine, et des conseils pour ne point la laisser dégénérer en licence. La conclusion du cardinal est conforme à son exorde; il veut qu’on monte au Carmel.

Naples, 24 juillet.

La situation est plus compliquée que jamais: chacun suit son chemin à part et partout il y a lutte ; en haut, entre la camarilla et le ministère, — le roi au milieu; — en bas l’armée et le peuple, à travers lesquels, la la presse, la nouvelle police, la garde nationale suivent aussi leur chemin à part. Toutes les autorités sont en désaccord, et il y a aussi un conflit d’influences contraires qui déconcertent l’opinion : la diplomatie, M. de Cavour, Victor-Emmanuel, n’ont pas l’air de s’entendre et agissent séparément. Il n’y a dans tout ceci qu’un homme logique, immuable, inflexible, qui marche droit devant lui, défiant les puissances, les lois établies, et même l’opinion, — c’est Caribaldi qui prendra Naples.

Pour le moment c’est le ministère qui est heureux contre la camarilla: il la décime. Voici encore neuf membres influents de ce conseil privé qui sont éloignés de Naples, on l’assure du moins, et on les nomme : le général Nunziante, le major Severino, les généraux

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del Re, Latour, Songro et Ferrara, le prince Scaletta, le duc d’Ascoli.

C’est également le peuple qui triomphe de l’armée. On avait annoncé pour avant-hier une répétition des scènes de l’autre dimanche; mais les lazzarones ont fait si fière contenance et préparé de tels monceaux de pierres dans leurs arsenaux improvisés, que les autorités militaires, craignant que les soldats ne fussent battus, les ont consignés dans les casernes. Cependant, aux environs de Naples, iTs ont commis des violences qui, pour être isolées, n’en sont pas moins déplorables ; ils dégainent toujours en criant : Vive le roi !

Et le roi ne punit guère ces actes de brutalité qui mériteraient déjà d’extrêmes rigueurs, si on les jugeait seulement comme traits d’indiscipline. Les grenadiers de la garde ont été envoyés à Portici : voilà tout. Là ils sont payés, me dit-on, et nourris mieux que d’habitude. Je voudrais ne pas le croire, mais je le tiens d’eux-mêmes qui s’en vantent, et d’ofticiers des autres corps qui s’en plaignent énergiquement.

Le roi n’abat pas la réaction parce qu’il se défie du peuple, et le peuple se défie du roi, parce que le roi n’abat pas la réaction. Il y a là un cercle vicieux dont nous ne pouvons sortir. À la cour, on croit s’en tirer en caressant les uns et les autres. On donne d’une main de l’argent aux grenadiers qui assènent de si beaux coups de sabre , on donne de l’autre deux mille ducats (à la suite d’une représentation dramatique à leur bénéfice) aux émigrés qui risquent de recevoir ces coups de sabre un de ces jours. Ces demi-satisfactions ne font plaisir à personne. Le roi ne peut rega-

DES DEUX-SIOILES.

gner la confiance qu’en brûlant ses vaisseaux. Mais il n’est pas sûr, même en brûlant ses vaisseaux, de regagner la confiance. Interrogez tout le monde à Naples, même les chefs de division dans les ministères — liés par le serinent à la dynastie — ils déclarent qu’ils n’en veulent plus. En face d’une pareille opposition, que faire? Lâcher tout? Mais c’est abdiquer.

Telle est la situation, je crois voir juste.

Le roi a cependant un parti, quelques hommes fidèles, chaque jour plus rares, qui le suivent en désirant qu’il marche : ceux-ci prétendent que les affaires ne vont point mal, que les négociations cheminent à Turin, qu’une lettre autographe de Victor-Em manuel à Garibaldi est partie pour Païenne, que la camarilla désarmée abandonne tout à fait le roi, que le général Nunziante lui renvoie ses décorations, que la confiance va renaître... Je ne demande pas mieux , mais je ne vois rien de pareil autour de moi.

Je ne vois rien, sinon une défection universelle dans les administrations, qui se tournent vers le soleil levant ; chez les officiers, qui donnent leur démission; chez les timorés, qui attendent l’annexion pour avoir la paix; chez les lazzarones, qui acclament leur Galubbarde; chez les journalistes, qui le portent aux nues dans leurs feuilles, et même chez les chercheurs d’or, qui ne veulent plus du roi et qui postulent des places aux ministères. Cette curée dont on s’était abstenu les premiers jours devient si scandaleuse, qu’elle a provoqué une circulaire ministérielle rappelant les Napolitains à l’ordre, et leur conseillant un peu de discrétion et de dignité.

ii juillet.

Je reçois sur le combat de Melazzo une lettre d’Alexandre Dumas. Elle est dramatique comme un chapitre de roman, mais des témoins du combat la disent exacte comme une page d’histoire. Elle est datée de Melazzo, samedi 21 juillet au soir, écrite de verve et adressée à Carini, colonel sicilien longtemps émigré à Paris, récemment blessé à Palerme. Voici cette lettre, publiée partout en italien ; mais j'en ai le texte français :

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