INSTRUCTION POUR LA PARTIE ARMÉE DES INSURGÉS
► « Apparaître pour disparaître; inquiéter les royaux sans relâche ; les attirer dans des embûches pour les combattre avec un succès certain ; employer toutes les ruses possibles pour les conduire aux endroits difficiles ; ne leur donner de trêve ni le jour ni la nuit; s’emparer des convois de vivres et de munitions, de l’argent de l’armée et des caisses publiques; diminuer et détruire l’action des royaux : voilà comment les N insurgés font la guerre.
« À cet effet, il faut bien connaître les lieux où l’on passe, ceux où doivent passer les royaux pour attaquer les insurgés, et ceux qui nous facilitent une prompte retraite, sans que l’ennemi puisse s’en douter. Si les royaux apparaissent dans le voisinage d’une montagne, quand ils se rapprochent de nous, fuyons sur la montagne opposée par des sentiers impraticables ou des chemins cachés.
« A celte fin, il faut connaître non-seulement les chemins qui conduisent à la montagne en face de nous, mais aussi ceux de retraite. •
« Si la troupe, en se retirant, est fatiguée, elle s’arrêtera dans les gorges étroites et dans les bois. En ce cas, gardez les hauteurs et barricadez les routes.
« Les insurgés marcheront toujours avec une avantgarde et une arrière-garde, avec une escorte et des éclaireurs sur les flancs.
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« L’avant-gnrde doit être plus forte en avançant; en reculant, ce doit être l’arrière-garde.
« Les troupes de flanc ne doivent pas attaquer le feu. Les éclaireurs s’éloignent du flanc, menacent et explorent le terrain, visitant les maisons et prenant des nouvelles des royaux.
« On moleste les royaux avec des marches continuelles pendant le jour, en se portant avec peu d’hommes sur le point ou sur les divers points où ils se trouvent, et en tirant quelques coups de fusil pour répandre l’alarme dans leurs campements et cantonnements, et disparaître : le but est de ne point les laisser reposer. On les attire dans des embûches, telles que des sentiers dominés par des hauteurs, dans des gorges étroites ou dans des endroits où ils ne puissent pas opérer; en leur donnant de faux guides qui les mènent sur des points occupés par nous précédemment et où nous puissions aisément les conduire à mettre bas les armes, s’ils ne veulent pas être écrasés par les pierres tombant des hauteurs.
« On emploie des stratagèmes pour les tromper : par exemple, des familles écrivant à leurs fils qui sont parmi les royaux de fausses nouvelles sur nos mouvements et sur nos positions; en les faisant répandre par les royaux eux-mêmes, en leur donnant à croire que nous avons expédié des ordres pour des rations et des vivres en des endroits où ces vivres et ces rations n’iront pas, et en trompant les royaux de toutes les façons possibles.
« La nuit est surtout le moment où doivent s’opérer nos marches; les royaux ne peuvent guère agir en ce moment-là. • .
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« Quand les royaux occupent un pays, la population en masse doit l’abandonner, si le pays ne peut être défendu, ou que les insurgés soient trop loin ou ne soient pas en force. Pendant deux ou trois jours, les populations avec leurs objets précieux pourront rester dans les campagnes, parce que, si les royaux devaient y rester ou y laisser une garde, les hommes armés pourraient se battre, s’emparer des attelages, artillerie, caissons, vivres, ambulances, et de tout le reste. Quand, au moyen d’espions, on est informé du passage des troupes royales, et que ce passage s’effectue en des endroits où il soit facile de les attaquer, alors les insurgés peuvent se réunir d’avance, se distribuer dans les maisons, se cacher dans les baies, s’éparpiller dans les terres; ils se réuniront ensuite à un coup de sifflet convenu, puis tomberont sur les chevaux en coupant les sangles et en attaquant les hommes plutôt à l’arme blanche qu’avec des armes à feu. Quelqu’un doit être chargé de s’adresser, dans toute attaque, aux chefs. On choisira pour cela les hommes les plus hardis, les meilleurs tireurs, les plus habiles à manier la hache, la bêche ou tout autre instrument de campagne. Les chefs tombés, la troupe est découragée : un paysan qui passe ne donne aucun soupçon de vouloir tuer un chef.
« La nuit et toutes les fois que la troupe des insurgés devra s’arrêter pour se reposer, que des détachements se mettent en tournée, et sur les hauteurs des sentinelles d’infanterie, des vedettes de cavalerie, et un tiers de la force armée ; qu’un autre tiers' soit debout pour fournir des hommes aux continuelles patrouilles d’exploration qui tournent autour du camp.
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Le tiers de la garde doit être toujours debout : il est de service.
« Le soir, on donnera le mot de reconnaissance, qui sera connu des chefs seuls, et une autre contre-parole ( contra-parola ) qui sera connue des sentinelles; et un signal dans le camp pour ceux qui sont dans l’intérieur du camp.
« Ces mots seront donnés par le commissaire civil, pour qu’ils soient communs à toutes les provinces et expédiés d’avance de cinq en cinq jours.
« Potcnza, le 20 août 1860?
« Le colonel chef militaire de l’insurrection ,
« Camillo Boldoni. »
4 septembre.
Commençons par l’histoire de Naples. Je vous disais samedi matin que le ministère avait menacé de donser sa démission si on ne lui ôtait pas les généraux Cutrofiano et Isehitella du commandement de la ville et de la garde nationale. A leur place, le ministère demandait les généraux Viglia et de Sauget. Mais le roi n’accorde jamais qu’une portion de ce qu’on lui demande. Il croit garder ses prérogatives en ne cédant qu’à moitié. Il n’accorda donc ni Viglia ni de Sauget, mais il consentit à écarter Cutrofiano et à lui substituer le général Cataldo au commandement de la place. Si bien que samedi soir le ministère tout entier donna sa démission par écrit. La démission fut acceptée. Après les ministres, les directeurs des ministères, le
préfet de police, les commissaires, les inspecteurs et une longue, file d’employés subalternes donnèrent également leur démission.
On croyait par là frapper un grand coup et peutêtre déterminer un mouvement à Naples. On n’a rien déterminé du tout. Dimanche soir, il y avait un peu d’agitation dans la ville. Dans la nuit, on couvrit les murs d’aftiches tricolores acclamant Garibaldi et Victor-Emmanuel, notre roi. Ces affiches furent déchirées en partie par les soldats, en partie par le comité de l’action, qui ne veut pas qu’on bouge. Il y eut quelques coups de poing échangés, me dit-on, et quelques menaces de coups de poignard. Mais tout est bientôt rentré dans l’ordre. Hier, malgré la crise ministérielle, malgré l’hostilité des deux comités secrets, malgré Garibaldi qui s’approche et le roi qui ne veut pas s’en aller, la ville était calme. Je n’ai pas vu de magasin fermé; les journaux ont paru.
Malgré toutes ces démissions, le ministère reste à son poste jusqu’à ce qu’on l’ait remplacé ; mais on ne le remplace pas. Je vous ai dit la démarche inutile du conseiller Ulloa auprès de M. Lauria pour lui faire accepter un portefeuille. D’autres tentatives analogues ont également échoué. Les ministres démissionnaires, consultés sur le choix de leurs successeurs, désignaient MM. Serracapriola, Buonanni et Falconi. Mais cette combinaison n’a pu réussir. D’autres hommes moins autorisés, de capacité secondaire et de notoriété subalterne, ont été mis en avant, mais sans plus de succès : nous restons surveillés , administrés et gouvernés par les démissionnaires.
Voici un article du Nazionale d’hier qui résume la
DBS DBUX-SICILBS.
situation avec netteté et avec courage. Il vaut la peine d’être gardé :
« La crise ministérielle continue, et nous croyons qu’elle ne doit pas cesser.
« Une nouvelle administration, dût-elle même se former, nous croyons qu’elle vivrait dans une crise continuelle, qui ne serait dissipée que par sa mort.
« Nous ne comprenons même pas pourquoi un ministère devrait se former. Ce serait un élément de plus de désordre, car il voudrait gouverner et ne le pourrait pas.
« 11 sutlit, selon nous, que les ministres démissionnaires continuent à expédier les affaires, à tenir fermes les quelques moyens d’ordre public qui restent, à empêcher que le sang ne soit inutilement répandu.
« La crise ne pourrait cesser que par deux moyens, mais par aucun des deux moyens ne cesserait la crise ministérielle :
« Ou par une résolution spontanée et unanime d’une immense majorité de citoyens;
« On par une résolution spontanée du roi.
« Ni ceux-là ni celui-ci ne nous paraissent décidés à prendre cette résolution : si bien qu’on vivotera dans celte situation pénible encore quelques jours, quel que soit le ministère qui reste ou celui qui monte.
« Que si le roi se résolvait à composer une administration réactionnaire, il ne ferait qu’un dernier mal à son peuple, et laisserait de lui un dernier souvenir bien triste. Mais, nous le disons eu toute franchise et en toute loyauté, à cette heure le roi ne sauverait plus rien.
«Le roi veut encore résister ? Eh bien, qu’il se mette
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en campagne avec les soldats qui lui restent fidèles, sur un point où Garibaldi doive passer, et qu’il combatte! Nous aurons à déplorer sa résolution, mais nous n’aurons pas à flétrir sa fierté royale.
« Mais qu’il ne permette pas qu’à cette heure, en son nom, l’on emprisonne, l’on persécute, et l’on tue des citoyens : ce ne serait ni une résolution de roi ni une prudence d’homme d’État, mais une vengeance passagère et vaine accordée à ceux qui l’ont perdu. Car ceux qui l’ont conduit où il est, qu’il le sache bien, ce ne sont ni les libéraux ni les unitaires ; ce sont ceux qui se prétendaient les plus fidèles de ses serviteurs, les plus convaincus de ses partisans et les plus acharnés de nos ennemis. »
J’ai traduit cet article parce qu’il rend ma pensée, et que je n’aurais jamais dit si net et si bien. Puis n’est-il pas curieux que ces choses-là s’impriment ouvertement et publiquement à. Naples?
Venons-en maintenant à la réunion militaire convoquée par le roi samedi soir. 11 s’agissait tout simplement de savoir si l’on pouvait résister encore à Garibaldi. Ce général Bosco, que certaines correspondances avaient envoyé à Monteleone, et qui n’était jamais allé plus loin que Salerne, étant revenu à Naples pour consulter le docteur Palasciano sur un lombago tenace, assistait au conseil des généraux. 11 prit la parole et dit brusquement que si l’armée était si faible et si facile à séduire, c’était la faute de certains grands seigneurs militaires qui pendaient leur épée au croc et jouaient au whist. Le prince Ischitella reçut la balle ou la prit au bond ; la scène fut violente en présence du roi ; peu s’en fallut qu’elle ne finît par un duel,
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séance tenante. Le lendemain, le général lschitella envoya sa démission à François II, qui dit cette parole triste : « Ce n’est jamais moi qui fais le mal, et c’est « toujours moi qui en suis puni. »
Ce mot douloureux est la moralité, de ce dernier règne, expiation des fautes et, disons-le franchement, car c’est de l’histoire, expiation des crimesde Ferdinand.
Cependant les généraux ont déclaré dans leur conseil que l’armée pouvait tenir encore. Une seule voix, plus courageuse et plus sincère, a soutenu qu’une prolongation de lutte ne serait plus qu’une vaine effusion de sang. Remercions le général de Sauget qui a dit franchement cette libre parole.
Par malheur, elle ne sera pas écoutée, et, sans organiser un plan de campagne, sans rassembler des forces pour un suprême etfort, le roi persiste dans le système d’obstination et d’indécision qui a déjà perdu sa dynastie.
Voici d’ailleurs les nouvelles de la guerre empruntées aux derniers bulletins (numéros 17 à 21) du comité de l’ordre.
Le 30 août, M. Stefano Passaro, en vertu des pouvoirs qui lui ont été conférés par le comité central, a déclaré l’insurrection commencée dans la Lucanie occidentale.
II a organisé une commission pour recueillir des armes et des munitions de toute espèce, une commission pour réunir des offrandes volontaires, et une commission destinée à pourvoir à la sécurité publique.
Les troupes royales de Monteleone se sont débandées et jointes, en partie, à l’armée des patriotes.
L’insurrection d’À'lamura grandit à vue d’œil. Les
royaux qui étaient à Bari se replient sur Avellino.
Le comité provincial de Bari a reconnu le comité de l’ordre et la royauté de Victor-Emmanuel. Il a fixé le nombre des volontaires qui doivent partir pour la Basilicate, en mobilisant la garde nationale et en fournissant des fonds.
Le 31 , de nombreuses bandes de volontaires, organisées à Piedimonte d’Alife, se disposaient à partir pour Avellino.
Le 30, à midi, trois mille insurgés environ, venant de toutes les communes du district de Sala, et une trentaine de soldats de Garibaldi , commandés par Fabrizio da Nuponc, sont entrés à Sala en criant : Vive l’Italie! vive Victor-Emmanuel ! vive Garibaldi! et ils ont institué un gouvernement provisoire dans le palais de la sous-intendance.
La banque de Bari manque de numéraire, les employés du gouvernement ne peuvent être payés. Le commandant militaire, pour éviter des conflits avec la population, a quitté la ville.
Les volontaires de Polenza, qui ont occupé Altamura, marchent sur Bari. Les autorités ne leur opposent aucune résistance.
Trois vapeurs sans drapeaux, qui se dirigeaient sur Gaëte, ont rebroussé vers le sud-est.
On parle d’un débarquement garibaldien sur les côtes de Montedragone.
On a des détails sur l’insurrection de Vallo. Ce n’a été qu’une promenade militaire à travers des acclamations unanimes. Les femmes et les enfants suivaient le cortège en criant : Vive Victor-Emmanuel ! Vive Garibàkli! La musique militaire a éclaté en fanfares; des
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dragées et des fleurs pleuvaient de tous les balcons. En sortant de Vallo, la colonne comptait déjà plus de mille hommes. Elle a été accueillie partout avec la même joie et se grossit à chaque pas de recrues nouvelles. « C’est une fête populaire, dit le bulletin : « ce n’est pas une insurrection. »
Les soldats revenus de Calabre et qui avaient été expédiés à San-Severino pour former un seul corps, se sont débandés et disséminés à Caserte, à Capoue et en d’autres places voisines.
On a rappelé à Naples la gendarmerie de Lecce. Mais la population et le comité national de cette ville se sont* opposés au départ des gendarmes. Les gendarmes sont restés.
Cette dernière nouvelle est d’hier 3 septembre.
Tels sont les bulletins du comité de l’ordre. Voici un placard du comité do l’action :
A Sala, le dictateur Garibaldi au prodictateur Giovanni Malina (Réponse).
« Restez fermes et organisez vos révolutions. Il n’est pas besoin de venir au-devant de moi. C’est moi qui irai chez vous. Dites au monde entier qu’avec mes braves Calabrais j’ai fait baisser les armes à 10,000 soldats commandés par le général Ghio. Les trophées de la victoire furent 12 canons, 10,000 fusils, 300 chevaux, quelques mulets et un immense matériel de guerre.
« Je pars pour Rogliano.
« Agrifoli, 8 heures du matin. »
J’entends dire que Bosco et Von Mecliel n’iront pas attaquer l’ennemi, mais qu’ils l’attendront devant Salem e.
En ce moment, toute la flotte est à Naples. Le bruit courait ces jours qu’on voulait l’envoyer à Trieste, pour la livrer à l’Autriche, maintenant qu’elle est inutile au roi, et qu’elle pourrait servir à Garibaldi. Mais les marins ont refusé de partir. Les mécaniciens sont descendus à terre, quelques-uns avec leurs effets. Trois vapeurs seulement ont levé l’ancre, YErcole, le Fieramosca et le Ruggiero, sur la promesse formelle qu’ils n’iraient pas plus loin queGaëte, et qu’ils reviendraient sur-le-champ.
Tout cela vous peint l’état de Naples.
L’autre soir, au Teatro-Nuovo, fut chanté un hymne à la garde nationale. Après des applaudissements frénétiques è la cantatrice qui tenait le drapeau italien, quelques voix crièrent en trois fois avec un ensemble parfait: Vive Viclor-Emmanuel! vive Garibaldi! vive V Italie ! La salle entière trépigna d’enthousiasme à ces cris séditieux. L’inspecteur de police essaya bien des gestes calmants, mais sans apaiser personne. Ce théâtre est fermé depuis lors, et l’hymne national n’a pas été répété.
Il devait y avoir ce soir, au théâtre Saint-Charles, une nouvelle démonstration, mais elle a été contremandée. On ne bougera pas jusqu’à l’arrivée de Garibaldi...
DES DBUX-SICILES.
Garibnldi & Naples. — François 11 a Capoue. — Proclamation et décrets de Garlbaldl. — Anecdotes sur Garibaldi. — Reddition du fort Salnt- Elme. — Mesures du nouveau gouvernement. — Ordre du jour 11 propos de la mort de do Flotte. — Le Statut plémontuls promulgué 11 Naples. — Jugement sur François II.
1 er septembre.
Garibaldi est à Naples, et toute la ville n’est qu’une acclamation. Mais tâchons de modérer notre enthousiasme, et procédons par ordre.
Voici les dépêches d'avant-hier :
Afan de Rivera au colonel Anzani.
« Salerne, 10 h. 30 du soir.
« On a su par deux sous-officiers revenant de Calabre que la brigade Caldarelli s’est unie à Garibaldi ; que Garibaldi est à Àuletta, qu’il s’est opéré à Sapri un débarquement de Zi,000 hommes commandés par le général Türr. On demande de la troupe. »
Le commandement général à A fan de Rivera.
« Naples, 2 heures du matin.
« Que toute la troupe qui est à Salcrne se concentre à Nocera en passant par la Cava , et se mette tout de suite en mouvement, on tenant occupée avec deux bataillons la position de Cava. Elle attendra l’arrivée de l’autre pi vision. »
Commandement général à il..., à Avellino.
« Naples, 2 heures du matin.
« Dans le cas que la position exigeât impérieusement de se retirer devant des forces supérieures, vous irez occuper les gorges de Monteforte, et de là, si vous y êtes forcé par des pertes graves, vous vous replierez par Nola sur Nocera. »
Le général Pérez au général Scotti.
« Avellino, 4 septembre, lt heures du soir.
« Le bruit court que les munitions de guerre ont été altérées, surtout les cartouches à canon. Veuillez les visiter. »
Scotti au commandement général.
« Je marcherai cette nuit sur Avellino. »
Le maréchal Rivera à S. U. le roi.
« Saleme, 4 septeintre, 1 1 heures du soir.
« Le fil électrique entre Eboli et Salcrne est rompu. Deux sous-officiers, venant de Calabre, ont dit que les
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masses des révoltés, Garibaldi avec ses hommes et la brigade Caldarelli sont arrivés à Auletta. Qu’on expédie sur-le-champ des troupes aux endroits fixés. J’envoie par le chemin de fer les deux sous-oflieiers Neamburgo, du 1 5 e de ligne, et Guida du â e , les adressant au colonel Anzani. »
Gallenga à...
« Eboli, 5 septembre, 1 h. 1/2 du matin.
« La brigade Caldarelli a passé à Garibaldi. — A Sapri, li, 000 hommes, commandés par Türr, ont débarqué. — D’autres débarquements seront opérés plus près de vous. »
Telles sont les dépêches répandues avant-hier au soir. M’est-ce pas que le télégraphe a sa poésie? Ce style brusque, saccadé, haletant, est bien celui qui convient à cette expédition invraisemblable. Celui qui ne l’écrit pas par télégrammes ne sait pas ce qu’il fait.
A ces nouvelles, le roi a fait appeler les chefs des bataillons nationaux , et leur a dit textuellement ces paroles :
v Puisque votre... (se reprenant) puisque notre ami commun don Peppe (diminutif de don Giuseppe) s’approche, ma tâche est finie, la vôtre commence. Maintenez la tranquillité. J’ai donné l’ordre aux troupes de capituler. »
Et là-dessus, avant-hier, Je roi a préparé son départ. La reine d’Espagne lui a offert son palais de Séville ; mais il parait que François II veut passer par Gaëte et s’y défendre. Dernière illusion... Mais attendons les faits.
G ARIBALDI. — CONQUÊTE
Hier, en nous réveillant, nous avons appris que Garibaldi , débarqué la nuit entre Vietri et Apialfi , était depuis cinq heures du matin dans Salerne. « Le général arrive, dit la dépêche; les divisions de Cosenz et de Türr le suivent avec des chariots, des voitures et mille véhicules fournis par la population. — Vient après Fabrizi, avec les bandes nombreuses des insurgés de Basilicate et de la Principauté. Débarquement partout , dans le golfe de Salerne et dans la baie de Naples. »
Voyez-vous cette armée qui arrive en voiture ? C’est fantastique et merveilleux. Figurez-vous l’ébahissement et l’épanouissement de Naples. La foule anticipait sur ses droits futurs : elle arrachait de partout les armes royales ; on l’a contenue cependant non sans peine; on a épargné au roi les explosions de joie et de colère qui menaçaient d’accompagner son départ.
François II s’est embarqué seul, sur une petite barque, à 9 heures du soir, et il est monté sur un navire espagnol. Il a pris avec lui tout ce qu’il a pu emballer, jusqu’à des candélabres, et il a laissé derrière lui la proclamation qui suit :