CINQUIÈME GRAND COMMANDEMENT MILITAIRE
« Du quartier général de Santa-Maria,
3 novembre 1860.
« Le roi Victor-Emmanuel, par un télégramme qu’il m’a envoyé cette nuit, me charge de témoigner sa haute satisfaction aux troupes commandées par Votre Excellence.
« Je suis très-heureux d’avoir été choisi pour porter à la connaissance de Votre Excellence ces sentiments du souverain, et j’en suis d’autant plus heureux que j’ai été dans ces quelques jours témoin de l’excellent esprit qui règne dans l’armée méridionale.
« Le prompt succès obtenu se doit en grande partie à la courageuse et patiente activité d’une armée qui ,
DES DEUX-SICILES
persévérant à combattre chaque jour les forces ennemies, les a abattues au point de les faire céder au premier choc.
« Je dois de plus remercier personnellement Votre Excellence pour la cordiale et très-efficace coopération qui m’a été prêtée dans cette circonstance par ses généraux et par ses troupes.
« J’espère que les bonnes relations entre les deux armées deviendront de jour en jour plus intimes. La concorde de tous les Italiens est le gage le plus certain du triomphe de la cause nationale.
« Le gênerai d'armée,
« Della Rocca.
« A Son Exc. le dictateur, général Garibaldi, à Caserte. »
Remarquez-vous ce mot : A Son Excellence? J’aime mieux l’autre : Jeunes vétérans !
• * 7 novembre.
C’est ce matin qu’a eu lieu l’entrée solennelle de Victor-Emmanuel. Le résultat du plébiscite qui a décrété l’annexion était connu et publié depuis samedi. 1,312,376 votants : 1,302,064 oui; 10,312 non. Je n’ajoute rien, ces chiffres crient.
On croyait que Garibaldi ne serait pas de la fête. On lui attribuait la fort sotte idée de bouder le roi. Il a bravement prouvé le contraire. Il s’est montré en voiture, en face des deux prodictateurs et à côté de Victor-Emmanuel. Le roi était en grand uniforme, le dictateur en chemise- rouge et avec son vieux feutre rabattu. 11 pleuvait à torrents, mais il y avait foule.
G A RI B A LDI. — CONQUÊTE
G’était pittoresque et enthousiaste. Victor-Emmanuel paraissait radieux.
Après le Te Deum obligé de la cathédrale, il y a eu réception solennelle au Palais-Royal. Garibaldi a dit quelques mots en présentant au roi le plébiscite. Puis il a laissé parler Conforti et les autres dignitaires. 11 est rentré dès lors dans la vie privée, et résistant à toutes les supplications , même à celles du roi , qui voudrait le retenir à Naples, il ne songe plus qu’à se retirer, simple et pauvre comme devant, dans son île de Câpre ra.
Mais si l'Italie se lève encore l’an prochain pour achever à Venise ou couronner à Rome l’œuvre magnifique de son affranchissement, nous retrouverons le vainqueur de François II sur le champ de bataille. Nous le reverrons, à la tète de ses braves, l’homme qui est entré dans Païenne avec mille Italiens, — et dans Naples, seul !
Cela fait du bien de répéter de pareilles choses et de rencontrer sur son chemin de pareils hommes. Et quand on compte ceux qui survivent — et ceux qui viennent de mourir: Lamennais, Béranger, Cavaignac, Manin, — cela fait du bien de penser que les gloires irréprochables de notre siècle appartiennent toutes à la cause éternelle de la liberté !
9 novembre.
Garibaldi vient de s’embarquer pour Caprera sur le Washington, avec son fds et trois de ses amis. Avant de partir il est allé prendre congé de l'amiral Mundy, qui l’a reçu avec les honneurs dus à son ancien grade. L’cx-dictateur s’en est allé presque solitairement : il
DES DEUX-SICILES
avait quitté son palais ces jours derniers et avait dormi dans un hôtel. Un simple cortège d’intimes l’a escorté en pleurant jusqu’au bateau : c’était vraiment simple et triste.
Garibaldi laisse à ses compagnons l’ordre du jour encore inédit que je vous envoie. Il sera publié demaia :