‹ GaribaldiChapitre 5 sur 28 · I. 19 mai · texte numérisé non relu

I. 19 mai

Voici quelques fragments de la lettre de Scialoia. Vous y verrez la sagesse et la modération des libéraux italiens, qu’on traitait hier encore de démagogues :

« Mon long silence ne pourrait être justifié que par des raisons qui se donnent seulement de vive voix. Ne me condamnez donc pas, et lisez.

« La question qui s’agite aujourd’hui est une, celle de l 'indépendance italienne. Trêve donc à toutes les autres, et, bien plus, leur sacrifice, s’il le faut!

«Jusqu’à présent ce grand débat, dont le résultat doit commencer à nous faire être nous, ce que nous sommes, l’Italie, ce

(i A R I B A L DI. — CONQUÊTE

Ces considérations étaient nécessaires pour expliquer le calme apparent (le Naples.

Je n’ajoute pas de nouvelles, il n’y en a guère, sauf celle-ci qui n’étonnera personne : il part chaque jour de grosses sommes d’argent pour l’Autriche envoyées par la reine, — ou par le roi au nom de la reine : c’est ce qu’on appelle ici la neutralité.

21 mai.

On lit dans le dernier journal officiel :

« Le roi, notre seigneur, après un peu de calme éprouvé hier, vers huit heures et demie du soir, fut assailli par ses douleurs habituelles dans la partie gauche de la poitrine, mais acerbes et répandues dans toute la région du poumon gauche. Ce matin a manqué la grande expectoration dés jours précédents, et les conditions morbides se sont aggravées à un tel

grand débat est mal posé. Il est national, mais une seule partie de la uation s’en émeut. C’est là un défaut qui tend à disparaitre. Le torrent de volontaires qui se. jette dans le Piémont commence à l’effacer; à cet indice et à d’autres non moins sérieux, l’Europe enfin s’aperçoit que l 'Italie existe, et qu’elle demande, au moyen du Piémont, son iudépendance. Mais, pareille au Farinata de Dante, elle ne se montre que de la ceinture en haut, le reste de son corps est frappé d’une honteuse paralysie. Il est temps désormais que cet état change, si l’on ne veut pas que Naples suive au tombeau sou oppresseur mourant.

« L’heure présente est suprême. — S’il ne se préparait pas uu nouveau régne, nul espoir d’obtenir aucun bien par des voies normales. Mais cette éventualité est prochaine, et moi, quittant toute rancune personnelle et oubliant toute prévention, je dis que si l’on pouvait faire entendre au nouveau roi son véritable intérêt et lui persuader de se déclarer contre l’Autriche, il sauverait

DES DEL' X -SICI I.KS

point , qu’avec une grande douleur de notre âme, nous avons dû conseiller qu’il se munît de tous les derniers secours de notre sainte religion, comme, en effet, il est arrivé vers midi.

« Caserte, une heure après midi, 20 mai 1859. »

Suivent les signatures des médecins et les exclamations officielles.

On attend donc de moment en moment la nouvelle suprême. Nos informations vont jusqu’à cinq heures du matin : le roi n’était pas encore mort. 11 est possible et même probable que ce 21 mai sera son dernier jour.

Les plus grandes précautions sont prises pour que la nouvelle n’agite pas la foule. Déjà hier au soir, le préfet de police en personne, suivi de son secrétaire général, se promenait dans la rue de Tolède, jalonnée de sbires et d’agents. Les groupes se rangeaient ou se dispersaient à sa présence. Il se montrait au seuil

d’un coup sa dynastie et rendrait un signalé service à la cause italienne. — Si l’on ne réussissait à rien obtenir, il faudrait reconnaître que Dieu a condamné la dynastie à se perdre, après avoir apporté au royaume et à l’Italie toutes sortes de maux. Alors il faudrait faire tous les efforts possibles pour obtenir au moins, à guerre ouverte, que l’armée donnât signe de vie...

« ... Il importe surtout d'insister sur les différences capitales' entre le mouvement de 1818 et le mouvement actuel. Celui-là était la révolution, celui-ci l’unique et seul remède pour l’éviter; dans celle-là, les princes paraissaient entraînés; dans celle-ci, les princes seraient les modérateurs, et ils se venaient suivis par les peuples. En 1848, les princes auraient été les ouvriers de la grande nationalité; en 1859, ils en seront les architectes. Mûrissez ces idées, qui peut-être sont déjà les vôtres, et écrivez-moi si vous croyez quelles puissent concourir au but commun.

« ... l'ami éloigne. »

fiO GARIBALDI. — CONQUÊTE

des pharmacies suspectes. (Les pharmacies, à Naples, sont des bureaux de renseignements politiques; il s’y prépare et s’y débite autant de nouvelles que de médicaments.) M. Governa se montrait donc à la porte des pharmacies et branlait la tête avec un air de menace. On le regardait non sans sourire, et l’on changeait de conversation.

Les théâtres étaient fermés et les promeneurs innombrables.

îï mai.

Je viens de causer avec un des médecins appelés en consultation auprès du royal malade. Il ne passera pas la journée ; le nouveau règne commencera dès aujourd’hui.

Ce médecin m’a dit que la mort du roi est un suicide. Il a voulu gouverner sa maladie comme il gouvernait son peuple. On avait déjà remarqué ce despotisme étrange aux derniers jours de sa sœur, la princesse Amélie, épouse de l’infant don Sébastien. Alors, comme aujourd’hui, comme toujours, il n’a voulu écouter personne. 11 a traité la Faculté de médecine comme il traita jadis son parlement.

Le roi s’est tué, physiquement, pour montrer qu’il était le maître. Au lieu de suivre un traitement régulier, il s’est jeté dans les bras des charlatans, il a eu recours aux simples et au lait de nourrice, ou bien il s’est livré aux prêtres et a cru se guérir en s’affublant du manteau de saint Louis. Dans ses crises violentes, il pressait les reliques de saint Janvier contre son cœur. Maintenant il se sent mourir, et sa conscience gronde.

DES DEUX-SICILES

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L’autre nuit, voyant entrer ses médecins appelés tout à coup, il leva les bras au ciel en criant : Hanno vinto la causa ! (Ils ont gagné leur procès.) Il parlait ainsi de son peuple.

Comprenez-vous ce cri d’angoisse? 11 sentait donc bien que sa mort était une délivrance pour le pays.

Hier il a dit à son fils, devant toute la cour : « Ne gouverne pas avec trop de rigueur ; ce temps-ci ne le permet pas. » C’était désavouer tout son règne.

Mais il a supplié le prince d’écouter et d’honorer Marie-Thérèse. C’était lui dire de respecter et d’écouter l’Autriche . Tel est le dernier vœu de Ferdinand.

ï heures.

Ferdinand 11 vient de mourir. François II est roi des Deux-Siciles.

G A RI U A LDI. — OOXQUKTE

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