Ilibl. nat., mss. f. fr., vol. 31 il, f
de ChAlilIon, qui se trouvait momentanément avec Coligny pràs du roi, fi Villci's-Cottcrets, écrivit de celte ville ', à Charlotic de Laval, le G mai : « Ma sœur, j'ay esté très-ayse d'entendre, au re- » tour de mon lac(iuetz que j'avoys envoyé vers vous, le bon por-
> lemeni tant de vous que de voz enfans, cl que vous passez vos
> conciles en si bonne disposition, dont je loue Dieu, estant bien » la meilleure nouvelicqu'on m'eusl sçeu mander, au demeurant » ma sœur, vous entendrez pai' le sieur de Feu qui&res, présent » porteur, comment il a pieu ii monseigneur le Baulphin le » déléguer et envoyer d'entre vous, pour tenir en son lieu sur les X fondz de baplesme le filz que Dieu vous a donné, sur lequel
> me reniectantàvous dire de nos nouvelles qui sont lousjourâ
> ti-ès-bonnes, je ne m'eslendray h vous faire la présente plus 3 longue, si n'est pour me recommander bien fort à vostre » bonne gnlce, priant le créateur vous donner, ma strur, ce » ([ue plus désirez. — Je vous adviso que monsicui' l'amiral » s'en va dans deux jours en Picai-die et se porte fort bien. — » Vostre entièrement bon frère, le cardinal de Chaslillon. »
En quittant Villers-Cotterels, Coligny reprit, en Picardie, le cours de son inspection. Sa correspondance, à dater du 23 avril* , époque à laquelle se termina son séjour de trois mois à Abbeville, nous le montre successivement, le 25 avril à Péronne, le 27 à Saint-Quentin, le 1" mai à la Fère, les 15 et iti à Abbeville, les 20 et 24 à Doullcns, le 26 à Abbeville, le 1" juin à Boulogne, le 4 à Montreuil, les 5, 7, i6, 19, 21, à ALbeville, les 22 et 23 k Amiens et à Doullens', les 7, 14, 17 juillet à Abbeville, le 21 à Doullens, les 23 et 24 à Saint-Quentin. Sur
i. Bibl. nal., inss. f. fi-., ïoI. 3033. f 31.
8. \oh; iVAppnidice, ii'55,ies priueîpausélétnenlsJeceUe correspomiancc.
3. l^oligiiï lit nliirs uni; CQurlu apparilioa i la i^our, aiat'i ijiie Téiiooce ce p«»uge (l'une letlri' du cnrdÎHiil- de Lorraine uu dut île .^L>vers,' in\ée de CoinplAgni-, I" juillcl 155" tllîM. nat., mss. f. fr-, »ol. 3î3(I, t M) : i Monsieur » Tudminil est si-nii ■•» eesle ciiurt pour risouldre les ulfairei de «un tjou»pnie- > muni, oit prési' Il teint; Dt il sVn retourne. >
tous ces points, il continue à oi^aniser la défense, en luttant avec ardeur contre l'insufTisance des ressources en hommes, en armes, en munitions, en numéraire, dont il lui est permis de disposer; partout il se multiplie; sa vaste intelligence, les inspirations de son noble cœur, son dévouement, son courage, sont à la hauteur du péril qu'il s'agit de conjurer.
Philippe lia <!c de longue main, mis ordre et pourveu h dres- > ser ses forces autant belles et grosses qu'il luy estoit requis
y> pour exécuter haute entreprise * tout le printemps et la
D pluspart de Testé se sont passés sans qu'il y eût gros amas j> d'armée d'une part ny d'autre, et n'ont esté faites que courses
y> et entreprises particulières les unes sur les autres; le
y> 7 juin, la reine d'Angleterre déclare la guerre au roi de y> France * ». Vers le milieu du mois de juillet, l'armée ennemie, sous la conduite du duc de Savoie, se concentre à Givet; le 25, elle est devant Rocroy, où elle ne peut pénétrer, et de là elle marche sur la Picardie, pille et brûle Vervins, et campe sous les murs de Guise, qu'elle feint de vouloir assiéger \ Cette armée, com-
1. f s. M. (Philippe H) s'occupa de former son armée, et, pour la réunir, elle » envoya D. Alonzo de Mendoza, châtelain de Castelnuovo de Naples, en Hon- » grie, vers le roi des Romains et de Bohème, et D. Juan Manriquc de Lara, » frère du duc de Najar, en Allemagne, pour convoquer tous les grands de Tem- » pire et leur réclamer la cavalerie et Tinfanterie allemandes. Elle envoya en » môme temps des capitaines en Espagne pour rassemhler les seigneurs de sa » cour. Plus tard elle y envoya Rui Gomez de Silva, avec pleins pouvoirs de le- » ver de l'argent et des hommes qu'il devait ramener de suite. Ceci fait, elle » s'occupa de ses états de Flandres et elle renforça ses frontières; puis S. M. » partit pour l'Angleterre. » (Rataille de Saint-Quentin en 1557. racontée par on officier espagnol de l'armée de Philippe II. Bihl. de l'Escurial, n. ij. v. 3. ap. Ch. Gomart. hr. in-8. Saint-Quentin 1873.)
"2, De Rabutin, g. de Belg.. hv. IX. — Récit de la bat. de Saint-Quentin par un officier espagnol, ap. Ch. Gomart : c Pendant les trois mois que S. M. pas- » sa en Angleterre, elle fit des choses fort importantes et très-difliciles à obte- » nir de ces gens si indomptables et si orgueilleux. Elle les décida à faire à la » France la gudrre par le fer et par le feu, par mer et par terre, et à lui pro- » mettre que l'infanterie et la cavalerie anglaises se joindraient à elle, dans ' » ses États de Flandres, pour marcher contre le roi de France. »
3. De Rabutin, g. de Belg.j liv. IX. — La popelinière, hisL t. I, f^ iOl, lOâ.
posée de Irente-cinq à quarante mille fantassins, et de douze à quinze mille cavaliers, attend, pour se compléter, un renfort de huit à dix mille ÂngUus ' .
D'Attigny, oi'i elle s'est d'abord massée, l'armée française, composée uniquement de diic-sept h dix-huit mille hommes d'infanterie, et de cinq à six mille hommes de cavalerie * , se rend à Pierrepont, pour couvrir la frontière; son infériorité numérique ne lui pennetlant pas de prendre l'offensive.
L'amiral , plus judicieux et mieux informé que les autres chefs ^, est convaincu que l'ennemi, loin de vouloir attaquer Guise, se propose au contraire d'assiéger Saint-Quentin, et de diriger contre cette ville tous ses efforts. Cette prévision se réalise. En effet, le -I" août, vers minuil, le duc de Savoie écrit à Philippe II * qu'il a quitté sa position devant Guise, pour se jeter précipitamment sur Saint-Quentin, et qu'il compte être le lendemain sous les murs de cette place, qui sera investie de manière qu'aucun secours ne puisse y pénétrer.
Coligny revendique aussitôt l'honneur d'aller s'enferjner dans Saint-Quentin^ , d'y tenir télé aux forces ennemies et d'y sacrifier sa vie, s'il le faut, pour le saFut de la France. C'est ià que son attitude militaire, déjà si belle dans le passé, va devenir celle d'un véritable héros.
— Voir, sur les mouremeiils de l'année <loiil il s'agit, el sur la simulation des projets conlrc la vlllu Je Guise, ariti de mÎL-ux opérer par surprise conlre Saint- Qoeoliu, Gregorio Leii, vie de Philippe II, Arasi. iu-lâ, lT3i, l. Il, p. 138 ilU.
1. Oe Rubutin g. de Belg-, liv. l\- — De Thou, lîitl. unit)., t, 11, p. 506.
S. De llabulin, g. di- Belg., Wv. IX. — De Tliou, Hut. u»iï'..l. II. p. 606.
S. t Coligny avertit son uncle que Sénarponl et Jean d'EslouleTille de Villc- > bon lai nvoiciit mamté que les enoi-iuis deraîeiit faire irruption ïur les fron-
■ titres de la Picardie, t (De Tliou, Hisl. univ., I. Il, p. 500). i. Voir Appendice, ii° 5C,
5. ( M. l'admirai, gouverneur pour lors de Picardie, s'esluiil jeli: dedans I Saint- (Juenliii avecq'une extrême diligence, belle furtuuc tft igruiideur do
■ -courage, et avec fort peu d'tioiiimes pourtant», clc, etc. (Branlùine, éd. de L. Lat. I. VI, p, 25.
Laissons-le nous parler lui-même de son départ de Pierrepont et de son entrée dans Saint-Quentin * .
y> Après, dit-il, que les ennemis eurent passé le trou Férou, et ^) que La Chapelle et Guise furent pourvues de ce qu'il falloit, » je dis à monsieur le connestable qu'il sçavoit comme toute la » frontière de Picardie estoit demeurée despourvue, et que, s'il » luy sembloit bon, je m'acheminerois avec une bonne troupe de » gendarmerie, et que cela ne pourroit que grandement favoriser » ladite frontière luy ramentevant aussi les advertissements que » je luiavois dit, que journellement me faisoient messieurs de » Villebon et Senârpont, qui portoient que les ennemis dévoient y> faire leur effort du costé de Picardie; et ce qui me fortifioit »> encore le plus en cette opinion, c'estoit que les bandes Espay> gnolés qui estoient dans le nouveau fort de Hesdin, n'estoient » point délogées, et que je m'asseurois qu'ils ne s'attacheroient » point à une place sans celle-là : car c'estoient les plus vieilles » et meilleures bandes qu'ils eussent et sur lesquelles ils faisoient » plus de fondement. Il trouva bon que je m'y acheminasse.
)) Et pourtant, le deuxiesme d'aoust, l'an 1557, je partis de » Pierreponl, à la pointe du jour. Et devant que de partir, je f> parlai audit sieur Connestable, qui me dit que je me hastasse » de m'aller mettre à Saint-Quentin. Je partis à l'heure mesme » avec ma compagnie, celles de messieurs le comte de Haran, de i> Jarnac, de La Fayette et les bandes de chcvau-légers des ca- » pitaines Miraumont et Tenelles, François, et Achisson, » escossois : et m'acheminay droit à laFère, pour ce que je ne » pouvois prendre autre chemin, à raison que les ennemys, avec » toutes leurs forces, estoient entre Sainct-Quentin et Mouy, y> comme il se descouvrait aisément par les feux qu'ils met- » toyent dedans des forts et villages, mais pour estre mieux as-
1. Récit du siège de Saint. Quentin, p. 175 à 185 du recueil intitulé : 3femoires de messire Gaspard de ColUgny^ seigneur de Chastillon, admirai de France. Paris, 1665, 1 vol. in-12 et du Douchet (ouvr. cité p. 489 à 516).
» siîurédii chemin qu'ils lenoienL, je mis les chevau-iégers, tant ï François qu'Escossois de leur coslé, et leur lis entendre le » chemin rjiie je tenois, pour me mander souvent de leurs nouk vclles. El, pour ce que le capitaine Tenelles était du païs et » qu'il le connoissoit Lieu, je le fis donner plus avant que tous I les autres.
» Estant arrivé à la Fèrc, il vint liientût après le sieur de » Coucy, qui me dit que monsieur le Coniiestable me mandait- » que jem'hastassede m'aller metlri; dans Sainct-Quentin. Or, » n'avois-je encore nulles nouvelles de mes coureurs, et ne pou- » vois penser oîi poutioient estrelesdits ennemis: qui fut cause » que j'envoyay d'autres gens k cheval pour les reconnoistre :
0 et je pris résolution avec ceux qui connoissoient bien le païs » de m'en aller droit à Han ; pour ce que de là il m'estoit plus » facile d'entrer audit Sainct-Quentin, à raison qu'il oust esté ( malaisé, qu'encores que lesdits ennemis se fussent voulu là ar-
1 rester, qu'ils l'eussent si estroictement enveloppé, que par » l'autre costé de l'eau je n'y fusse entré. Et d'avantage je leur » gaignois le devant, pour couvrir Péronne et tout le reste de la « frontière. It y avoii bien quelque apparence qu'ils ne se vou- D loient pas arrester-là, car ils bniIoienL et villages et four- » rages; ce qui n'est pas acconslumé àgens qui veulent conqué- » riretgarder un païs' . »
1. Quel aveu d'incurie gouviTiiL'mtnlale r<;ii ferment ces lignes aiiressi^es par Henri II au connétable! (Bibl. nut.,niss. f. Tr, vol. 313â( : < Mou compère, 1 je TOUS escripvis ier comme les ennemys voynnl M, l'amyriil ilciians la fere » ne lu Toulurent nsyeger mes sen alérent It* chemyn de Chauny, la ou ) soot
> ileiUns ayant brulte loul par ou i sont pases i scujûurDet je ne puis panser » pourquDj set synon pour amaser force vyvres ei aller bruller beaucoup de
> pays, i leur est hicu ayse a fayce £e quy veullet yea le mauves ui'dre i{uy * Irouvel partout et ne doute poynl qui ne puysenl aller jusques à Paris si len » ODt envye et mo semble que nous avons fayt une faute qui nous cuulera cher » quy est que nous n'avons de mylleurc heure fayt screr 1rs vivres dedans les
> places et outer les fers de moulins et volel beaucoup mycus léser cryer le .
> peuple que voyr ee que nous voyons ai^ourd'huy. Se porteur vous dira le sur- » plns.pryaai UieaqiiyTOUsayl eu sa garde. — Vos tre bon compare elam y, Henry.»
> Il y avoit cinq bandes de gens de pied devant la Fère, des » capitaines Caumont, qui en avoit deux, Saint-André, Ramj bouillet et Poy, auxquelles commanday de partir incontinent, 9 pour s'en aller droit à Ilan; encores que Saint-André et Ram-
> bouillet fussent ordonnez pour aller au Castelet, et qne pour 9 cet eiïet fussent partis dudit Pieirepont le soir pi*écëdent que
> moy, à l'assiette de la garde ; mais ils n'y pouvoient plus aller, » pour leur estre empesché le chemin par lesdits ennemis. Le 9 sieur de Goucy fut présent à toutes les délibérations que je fis. » Par quoy je le priay de s'en retourner devers monsieur le
> Connestable pour luy faire le tout entendre : mesmes que je
> ne laissois dedans la Fore que le sieur de Vallon avec sa bande, » considérant que nostre camp venoist coucher à trois lieues de
> là * , et qu'il seroit aisé d'y remédier et d'y mettre d'autres en-
> seignes; m'estant acheminé pourllan : environ à demie lieue j» de la Fëre, j'eus nouvelles de mes coureurs que les ennemis se
> logeoyentdex'ant Saint-Quentin- , et avoient desjà vu quelques » tentes dressées près la maladrerie du fauxbourç d'isie : mais » qu'il sembloit qu'une partie de leur armée couloit le lopg de » l'eau, tirant audit Ilan, parquoy les gens de pied, et le bagage, ^> qui prenoient ce chemin, je les fis prendre à la main gauche
> par Genly, pour aller plus sûrement; et moy allay droit le )) chemin; mettant gens devant moy, pour estre adverty, car » le païs estoit assez avantageux pour prendre tel party que » j'eusse voulu, au nombre d'ennemis que j'eusse trouvé.
« Enfin j'arrivay à Ilan, et à l'entrée, je rencontroy Vaulper- » gués, avec une lettre de créance du capitaine Breul, gouver-
1. Le 3 août, le camp était transporté à La Fère, d'où le connétable écri?ait le même jour, au gouverneur de Péronne : c Je vous avise que j'espère estre » demain si près de vous et avec si bonne compagnie que vous debvriez estre » entièrement hors de double que rcnneniy soyt pour vous offenser, etc., etc. » — Du camp de La Faire, le 3 août 1557.» Bibl. nat. mss. f. fr., vol.3U9 f»20.
:2. Voir Appendice n? 57, la lettre du duc de Savoie à Ph'lippe 11^ du 3 août 1557.
ï neur de Saincl-Quenlin, qui me tll entendre le grand estonnc- » ment qui estoit dans cette ville-IJi, èl qu'il esloil'de besoin de » la secourir bien promptetnent, ou elle estoit en grand danger. ■ Après m'estre informé du chemin, et qu'il ra'eust dit qu'il se » faisoit fort de me mettre dedans celte nuict-là, mais qu'après » ce ne seroit pas sans grande difficulté : je me résolus d'y » «Dlrer en cette mesme nuictjel, sans que personne se désar- » tnast, je les fis toiis advertir qu'ils fissent tous manger une
• mesure d'avoyne h leurs chevaux, et que je voulois partir » dedans demie-heure; les voulant bien informer d'une chose, » qui estoit que je priois les chefs et capitaines de se passer au » moins de valets qu'ils pourroient; et quant aux gendarmes I qu'ils n'y menassent point plus d'un valet chacun, et entre » deux archers un ; et que je m'en allois à Sainct-Qucntin, pour » y attendre lésine, où je ne leur ferois pas bailler vivres pour » davantage de personnes. El pour ce que j'eusse bien voulu » y pouvoir conduire cette mesmc nuil-là les cinq enseignes de » gens de pied que j'avais fait partir de La Fère, m'eslant en- » quis oi"! elles cstoicnt, je trouvay qu'il n'estoil encor arrivé t que celle du capitaine Poy, si lassée et si luuTassée, pour venir i fraichemf/nl de Gascogne, que quasi la moitié estoit demeurée f par les chemins. D'autre part, le capitaine Caumont estoit 1 demeuré derrière h la Fère, pour faire délivrer les armes de » ses soldats qui estoient enior encaissées sur des chariots. En » sorte que, tout considéré, de toutes ces cinq bandes je ne gae » pus servir que des deux, du capitaine Sainct-André et Ram-
> bouillet : et encores qu'elles fùsstinl bien loing derrière, si
> est-ce que je donnay ordre, avant que de partir, pour les faire
* marcher incontinent qu'elles seroient arrivées.
> Ainsi que je donnois ordre à mon partement, les sieurs de » iamac et Luzarches me vinrent dire ensemblement, qu'il ne
> leur sembloit pas bien raisonnable que je m'enfermasse de- » dans Sainct-Quenlin, pour ce que Je pourrois faire plus de
> service estant dehors : mais si je voulois, qu'eux et tous les » capitaines qui estoient là avec moy, s'y en iroyent, et qu'ils
> s'accorderoyent tous si bien ensemble, que le service du roy
> n'en demeureroit point. Je leur respondis en peu de paroles
> que je les remerciois du conseil qu'ils me donnoient ; mais
> que j'estois commandé d'y entrer, et qu'à cette intention
> estois-je venu là, et que j'aimerois mieux avoir perdu tout ce
> que j'avois vaillant, que d'y avoir failly : pour le moins se-
> roient-ils tesmoîns que je ferois mon devoir d'y entrer. Et ^ après avoir adverty mondit sieur le connétable de toute ma
> résolution, par le sieur Borran, qui s'en retoumoit devers luy
> dudit Han, je montay à cheval environ une demie heure du :» soleil, mettant mon mareschal des logis devant moy avec cin- ]> quante bons chevaux et de bons guides : auquef je commani> doy de marcher cent pas devant moy seulenient : et quoy î qu'il trouvast en son chemin qu'il le chargeast sans le mar- 3> chander. Aussi advertis-je tous les capitaines et leurs troupes » de ma résolution, et de ce qu'ils avoient à faire.
> Je n'eus pas guères marché, que je trouvay l'abbé de Sainct- » Prins, lequel estoit sorty, ce soir-là, environ les quatre heures » de Sainct-Quenlin, qui me dict qu'il s'en alloit trouver le roy; ^ et qu'il espéroit estre le lendemain à son lever. Âpres que je î me fus enquis de luy du logis des ennemis, et sommairement » des autres choses, je le priay de présenter mes très-humbles j> ipcommandations à la bonne grâce du roy et luy dire qu'il 1^ m'avoit trouvé avec une bonne troupe, qui faisions tous nostre * conte (Dieu aydant) d'entrer ceste mesme nuict dedans Sainctj> Quentin, où j'espérois que nous luy ferions un bon service.
^ Aussi y arrivay-je à une heure après minuict, où il entra i> avec moy de la quatre partie les trois de la gendarmerie pour D le plus : les autres, ou pour s'estre perdus par les chemins à
> une allarme que nous y eusmes, ou par faute de bonne volonté
> n'y entrèrent point. Quant aux chevaux-légers françois et
» Escossois, qui esioient pailis du camp avec raoy, il n'y en B avoitun seul arrivé quand je partis de Han; aussi n'enlrèrentï ils pointa Salnct-Quentin. Des deux bandes de gens de pied -» qui partirent de Ilan, comme je l'avois ordonné, il entra celte j» mesme nuict environ six vingts, conduits par le lieutenant du
> capilaineRanibouillet:caravecquesaulantd'autres,lecapitaine "» Sainct-André s'estoit perdu la nuici, lequel toutesfois y entra le » jour à quatre heures après midy. En somme, que pour le plus « de ces deux bandes, il y entra deux cent cinquante hommes, s
Il fallait être doué, comme le AU l'amirat, d'une abnégation complète, d'une intrépidité à toute épreuve, et d'un esprit fécond en ressources, pour aborder résolument la tâche ardue de défendre une place telle que Saint-Quentin, a où toutes choses » nécessaires pour la garde défailloient ' ; a circonstance désas- ' ireuse, qui arracha à un excellent officier ayant pour lui l'expérience personnelle de sept à huit sièges subis idans diverses villes, cette araère remarque : « que jamais il n'avait mis le pied * en une si mauvaise place - ».
Si, ainsi que le constata l'ennemi lui-même, au début du *îiége qu'il entreprit, a rien n'était préparé pour la défense de [ Saînél-Quenlin^ j>, la faute en fut exclusivement à l'irapré-
1. I)£cit du siège de Saiiil-Quenlin, n[). inéra. tic Coligny, édition dr IPItS, ^. S61. — f Saint-QueDlin était sans garnison et presque saus niniparls. Coligny s'y jeta avoc quelques compagnies, et ce fui \i qu'il commença à faire connsllre le merveilleux génie dont il cUil doué pour la guerre (lëfensive. 11 faut rendre hoininage à ce qu'il y eut d'héroïque dans la délenninalion prise par lui d'engager son honneur el sa vie en une entreprise aussi désespérée. > %.TngDOu, Uiit. de France, I. Itl. p. StQ). t. H«rn. deC. p. S5U.
3. It^cit (lu siège de Sainl-Ouentin par un officier espagnol, ap. Cli, tioman, fi. 380. — Un liulictin d'opêraliODS raililaires, dressé par les Eapagnols cl poiilié par la Comiiiissiou royale d'histoire de D<;lgiquc (3' série, 1860. in-8°) porte: ( S'étonl la ville de Saint-Quentin serrée de sorte, que les Francbois ne l'ont
> peu pourveoir de gens tant qu'il leur a semblé qu'il couviendroit pour la * bonne detTence d'icelle, le 3 du moi^ d'nousl l'admirai de France lit si bonne
I Jaigwce. ^a'il tfouya toltoa de j entrer ftTecq peu de gêna, t ■
voyance du monarque français et de ses conseillers intimes qui avaient laissé Coligny, dans l'exercice de ses fonctions en Rcaitlie, dépourvu des moyens nécessaires pour remédier au délabrement des fortifications de cette ville, à Tinsuflisance absolue de sa garnison, que ne pouvait, en aucun cas, excuser la prétention surannée des habitants de se garder eux-mêmes ', et au manque presque total de munitions et d'approvisionnements K Plusieurs milliers de soldats aguerris eussent été normalement indispensables à Tamiral, pour résister avec succès aux énormes masses de l'armée assiégeante ^ : Or, des mille à douze cents hommes environ, tant d'infanterie que de cavalerie, à la tête desquels il était précipitamment parti de Pierrepont, quelques centaines seulement avaient pénétré avec lui dans la place, avant son complet investissement; les autres, s'égarant dans leur marche, ou succombant à une coupable défaillance, étaient restés en chemin *. Quant au nombre « des gens de guerre » qu'avait alors avec lui le capitaine Breuil, gouverneur de Saint-Quentin, il se réduisait à quelques soldats « fort piètres i> de la compagnie de cet officier et à ceux de la compagnie du dauphin, qui n'étaient même pas au complet*.
1. € les bourgeois de Saint-Quentin, arguant de leurs vieilles franchises
> communales', ne vouloientpuinl souffrir de garnison. Ces privilèges, faits pour
> des temps où les communes suffisaient à leur propre défense contre les petits
> princes féodaux, furent plus d'une fois funestes aux villes frontières qui s*ob-
> stinèrent à les maintenir malgré les révolutions de Fart militaire. » H. Martin, Hist. de Fr. t. VUl, p. 453).
2. € Si on eût crû les advis des seigneurs de Villebon et Sénarpont, et le
> conseil de Tadmiral de Ghaslillon, on eût fortifié Saint-Quentin et autres
> yilles voisines, et y mis telles forces et tant de vivres, que nous ne fussions
> pas tombés es revers, qui, prtide temps après nous assaillirent. » (Belleforest, Annales, t. 11, f» 1590).
3. € La défense de Tenceinte, qui est très-grande, eût exigé huit mille soldats. > (Récit du siège de Saint-Quentin par un officier espagnol, ap, Ch. Gomart, p. 411.
L Mem. de Coligny. édit. 1665, p. 18i. 5. Mém, de Coligny, édit. 1665, p. 186.
Coligny n'avait donc, en réalité, qu'une poignée de combattants à opposer aux cinquante-six mille hommes, bien armés et abondamment pourvus, que le duc de Savoie avait réunis sous les murs de Saint-Quentin, et que l'un de ses officiers énumérait * en ces termes : c Notre camp se compose de 56 000 hommes de j guerre; 4500 hommes d'infanterie espagnole; 6000 hommes
> d'infanterie anglaise, et 13500 cavaliers aux longs manteaux,
> Flamands, Allemands, hommes d'armes Espagnols et Anglais; » il y a aussi 20000 hommes d'infanterie tudesque, excellents
> soldats et bien armés; les autres- sont des Wallons et des » Bourguignons ; plus 6 000 pionniers. »
1. Récit du siège de Saint-Quentin par un officier espagnol ap. Ch. Gomart. p. 392.