‹ Gaspard de Coligny, amiral de FranceChapitre 109 sur 241 · Voir Appendice, n · texte numérisé non relu

Voir Appendice, n

» Wiilce que je pouvoisje donnay chargea deux genlilsliommes » du païs, l'un nommé Collincourl et l'autre Abernal, d'alborer » chacun une enseigne, et comme ceux qui les connoissoient » mieux que nuls aulres, qu'ils eussent à retirer sous eux la plus

0 grande partie et les meilleurs hommes qu'ils pourroieiU » trouver, et les mieux armés; qu'après les avoir enroolez, ils ï l«s flssenL assembler en la grande place, et que moy mesme » irois l'aire leur monstre, et leur ferois bailler à chacun un

> escu. Ce qu'ils firent bien promptement, et ce mesme jour; » et me monstrèrent tous deux, deux cent vingt hommes assez

• bien armez et en bon équipage pour le lieu. Je les fis payer » comme je leur avois promis, et puis je leur baillay un quartier.

» Et me promenant par la ville, je voyois plusieurs pauvres

> persoimesqui s'estoicul retirez des villages, et lesquels, pour » quelque commandement que j'eusse fait, ne vouloient point » aller travailler. Pourtant je fis une publication, que toutes » personnes qui se seroient retirez des villages eussent à aller

1 travailler aux réparations, sur peine d'cslre fouettez, par les ■ carrefours, la première fois qu'on les trouveroit défaillans, et » pour la seconde, d'eslre pendus ; sinon, qu'une heure devant » la nuit, ils se tinssent presls, h la porte de Han, et que je leur » ferois ûuviir la porte pour sortir hors de la ville. Il en sortit

• pour cette fois-là environ sept k huit cents. Ce me fut autant » de décharge, «ir il fallait les nourrir, ou tes faire mourir de » faim, qui eust peu apporter une peste dans la ville.

> Ce mesme jour je fus aux quartiers de la ville, oii il y avait t grande confusion. Car encore qu'il y eust seize hommes de B ta ville déléguez pour cela, si s'acquittoient-ils si mal de

> leur charge, que c'e.stoit temps perdu de leurrien comman-

• der. El pourtant je délêguay seize gentilshommes de ceux

> qui esloient résidens en la ville ordinairement, pour avoir s celte chaîne des qirarliers, et me sçavoir rendre compte, » tant de leurs gens, que des armes qu'ils avoient eu leur logis.

T Quand je vis que le premier secoui-s n'csloil poinl cnL

' la chose à quoy je prenois le plus garde tous les soirs el mjv^

» tins, esloit à l'assiette des guets que nos ennemis faisoie/n,

I pour voir s'il y auroit moyen d'y en faire entrer, et d'en

> adverlir monsieur le connestable. Et api-^s avoir tout bieo j

> considt^ré, il me sembloît faisable; comme aussi faisoit-il 11 ' ceux auxquels j'en communiquois. Et principalemenl po^

> n'avoir poiut encores lesdils ennemis pris les logis qui pli|j ) nous poiivoient incommoder à cela. Pour cette cause,

* depescliay trois archers de ma compagnie, qui cstoient de cc~

> pays-là, et leur fis bien au long entendre ma conception, el 9 leur raonslray trois endroits par l'un desquels ils ne pout voient faillir d'entrer; et leur lis entendre trois signais, afm t que par cela ils passent connoïstre par où ils auroicnt à » venir, et l'endroit qui scroit le plus aist^ h entrer. Cela faisois- » je pour ce que lesdils ennemis pouvaient, ou faire un nouveau » logis, ou un guet non accoustumê, de quoy je ne pourroisi » promptemeut advertir cens qui viendroîcnL Le premier s K que je voulus faire sortir lesdils archers, ils ne purent, | » avoiresto découverts desdils ennemis; mais st firent-ils I » le lendemain que lesdils ennemis aussi dèlog^renl et i B vindrent mettre aux endroits que je craignois le plus, <

> Icsdits archers jteurenl bien avoir counoissance; car JU i

* chérent au travers d'une partie de l'armée qui inarcboit;:

> ne me voulu-je pas fiera cela, car par un autre moyen /ad-

• vertis h l'heure mesme monsieur le connestabje qu'il ne » pouvoit plus secourir par les endroits que je luy avois n » par mesdits archers.

> Dès celte heure-là les ennemis coramcncèreut à faire li

• tranchées ei nous approcher du coslé de la porte de 1

> court, ce qui leur estoîl aisé à faire, à cause de la j

• quantité de hayes et arbres qu'il yavoit jusqucs sur le |

* du Fossé, où je n'avois pA faire travailler, pour ce que |

BS*jedo)i

— 27U — iers que j'avois avoient esté employez en des endroits (\

je doiitois encore plus que cettuy-lâ. Dès le commencement ::» je m'apperçus que leurs pionniers jetoicnl grande quantité de "» terre en un mesme Heu; ce qu'il estoîl aisé îi juger, que c'es-

• loit plutôt une mine qu'une traoçhiîe. Pour en avoir nieila leure connoissance, je montay au clocher, et y menay avec u moy Lauxforl,AngIois, lequel estoit aussi mineur, qui fut bien ï d'opinion que c' estoit le commencement d'une mine ; mais ï de bonne fortune il y avoit à!;\k deux ou trois jours qu'il avoit » commencé à conlre-miner, en lieu si à propos, qu'apn^s avoir » bien tout veu et considéré, il médit que je ne me donnasse

> point de peine de ce i|u'il3 l'aisoient, et qu'il m'asseuroit qu'il » leur gagneroit toujours le devant ; et pourtant que je pourï veusse au reste, conime aussi faisoîs-je le plus diligemment » que je pouvois.

» Or, l'une des choses en qiioy j'avois le plus de pensement,

> Gt comme aussi celle qui estoit la plus nécessaire, estoit un » moyen par lequel je peusseestre secouru. Enfin je n'en trouii vay point de plus expédient que par un marets où il y avoit

• certains petits passages creux, qu'il falloit rabiller, pour ce

• que l'eau y estoit profonde, lesquels je fis rabiller; et après

> qu'il me fut rapporté qu'il y auroit moyeu de faire venir gens

> par là, j'en advertis incontinent monsieur le connestable, et

> du jour que je tiendrois lesdits passages prests; lequel me

> manda que j'avois eu connoissance de sa cavalerie, qui estoit f venue bien près de moy, mais que dedans le jour que je luy » avois mandé, il m'approcberoit bien encore plus près : et que

> cependant je me pourveusse de ce qui avoit donné moyen au » capitaine Saint-Romain d'entrer dedans Saint-Quentin : me » donnant assez h entendre par là, que c'estoient des bateaux, » desquels je ne pouvois recouvrer, et avoir seulement deux ou » trois petites nacelles où il ne pouvait pas tenir plus dedeux ou » trois hommes Jilarois;cncoreesloit-ccavecgrandedifficulté.

> Cependant les ennemis travailloient fort à leurs tranchè^^

> et commencèrent à approcher nostre fossé. A quoy je i^

> pou vois remédier, car je n'eusse sçeu avoir cinquante ai

> quebusiers de quoy faii'e estât, n'estant entré encores dedai

> la ville, sinon ce que j'ay dit cy-devant des bandes du capv"^ ^

> taine Saint-André et Rambouillet D'harquebuses à croc, ^

> quand j'entray dedans la ville, entre bonnes et mauvaises, ^

> je n'en trouvay que vingt et une. L'on peut par là juger com-

> bien j'en pouvais mettre ensemble. Je n'avois une seule platte-

> forme qui eust cognoissance du lieu où ils travailloient;

> parquoy d'artillerye je ne m'en pouvois non plus ayder. De

> faire sortir gens, il n estoit pas raisonnable, veu le petit

> nombre que j'en avois, et qu'il eùst esté besoin de mettre une

> bande d'harquebusiers pour soustenir et dedans et dehors ceux

> qui eussent fait exécution de la sortie; ce que je n'avois pas.

> En somme, je ne leur pouvois pas donner grand erapes-

» chement; de quoy j'estois fortmarry. Et ma principale occu-

» pation estoit de faire remparer les lieux qui en avoient besoin.

^ Mais encores en estois-je grandement diverty par des pièces que

D les ennemis avoient logres sur la platte-forme du bourg

i> dlsle, qui voyoient tout le long de la courtine où il me falloit

» travailler : et pour ccstc inisou ne pouvois-je plus recouvrer

> d'ouvriers, si ce n'estoil \\ coups do baston. Et pour ce que

^ jusqu'à ccstc lieurc-là tous ceux qui avoient travaillé avoient

» este volontairement, je fus lors contraint de faire un roolle

» de pionniers, auxquels je promettois de les nourrir, et outre

5) cela de leur bailler argent chacun jour, pour ce que les vivres

» commençoient il estre fort courts, et pour la friandise d'un peu

î> d'argent. Cela futcausequ il s'en enrôla environ trois cents qui

» me servirent assez bien pour quelque temps. Et ncanlmoins

j> je ne laissay pas outre cela de faire venir de ceux de la ville,

» tant hommes que femmes, tout ce que je pouvois.

3> Sur ces entrefaites, monsieur le connestable s'en vint pré-

1er du côtédvi maicts, pour faire passer le secours qu'il me vûuloit envoyer; elesloil de l'entreprise avec des balt«aux, l'une des plus belles <]ui lusi jamais faite, n'eust esli*; «^ue lesdils batteaux uc poiivoieiit approcher du rivage, h ■--aison de la vase, et que les soldats désireux d'entrer les «zihar^eoient tant qu'après ils ne pouvoicnt déborder.

i Je n'entreray point plus avant aux parti eu laritez de ladite entreprise, pour ce que je n'y estois point ' : seulement dtrayji" que celte nuict-là, je fis tenir les passages que j'avois •nandi}, prests jusques au point du jour qne je les fis rompre, afin que les ennemis n'en eussent point de connoissance; car tant que le jour duroit, ils ne bougeoient de se promener par les marets avec des nacelles.

1 J'avois commis le capitaine Saint-Romain, et quelques

sûIdatsavecluy,pourrecueillir et conduire ceux qui m'eussent

' esté envoyez, lequel me dit, ii son retour, que les plissages à

' quoy je l'avoïs commis estoieni si bien rabillez, qu'il pensoit

> me pouvoir mettre dans la ville dix mille hommes avant » qu'il eust esté jour.

B Aussi diray-je que monsieur d'Andelot, mon frère, y entra -

* avec une troupe de quatre centcinquante h cinq cents soldats,

* fort bons hommes, et quiriice ou seize capitaines fort sulTisans.

i. F. île Italiulrti, qui agipnriennit à rnrméc commniiiléc par le connélnlile, en Ufll 1537, entre Jaus les délails de l'entreprise dout il s'ngil, b\, relrnce eo ttahs saisissaiiLj les ilivrsi^s péripiiljps de la colAlire bataille qtiî cul lieu sous les mats il.- Snint-Qucnliu. Voir Appendice, n' (W.

2. ( Nonoltstanl que Irs ennemis fussent advcrtis de la vcnue(dr}l.d'AndeloO I pw quelques Anglais qui esloîont a?ec nous cl qui avoîent estez |iris. 1 ponr sauver leurs vies, descouvrirent toui, et qu'ilz eussent Tossoyé, traverst-

* el retrancha les advenues, ety mis la fleur de leur liarquebuierie pour les

> ftUeniIre au |iass)<|^, moudict sieur d'Andelot y L'ntra bravement; mais de deux t millii qu'il amil pris, il n'y en entra que Tort peu; car les uns lurent tuei,

> les «atreii pris, les autres sauvez ou égarez tcllenient qncllenieul. Le secours

* potirlant fut Inen i propos, et triïs-bien reteu du frère; cv ili s'entray-

> mokot, se secoaroient, sesoulenoicnl, l'cntr'aydoienl et t'entend oient très-

* bien Ips uns les autres. > (tlranlAme, éâi\. L. I.al., t. VI. p. -JD à ili.)

» Il y cuira aussi quelques geiililstiommcs pour leur plaisir, n niais bii'ii peu, comme le vicomte du Mont-Nolre-Dame, " le sieur de La Curée el Matas. Aussi y entra le sieur di i> Sairit-Heiiiy, homme Ibrt expérimenté en fait de mines •> lequel s'esloit auparavant trouvé en sept on fiuit places as- » sifgéos. Aussi y entra un commissaire d'artillerie ot Iroi: a canonniers, qui cstoîl nnc chose dont j'avois j;i-andemea'% n affaire, car jci n'en avois un seul auparavant, sinon ceux àt» " la ville, qui esloient tels quels.

» Or, encore que toute la troupe qui estoit ordonnée pour u entrer dans la ville avec ledit sieur d'Andelol n'y fùsl pas u venuf, pour rompeschcmcnl qu'elle eut des ennemis, si " peut-on penser quel plaisir j'eus en voyant ce qui cstoil >i ciilré, cl princi[ialement Ifdil sieur d'Andclot, pour y avoir « un second moy-raesme, et sur lequel je me ponvois tant ' reposer, cncoresqnc véritablement j'y eusse auparavant des

• (cens de bien.

» ApnH qu'il se fiist sekU^ (car il avoil esté fort mouillé, en » entrant, aussi tous les autres), el qu'il eust esté reco^noisli'e » tout le loin' de la ville, nous departismes les quartiers aux

• gons qu'il avoit amenez. Semblablement, après que ledit

• sieur de SaJnl-Reniy eut bien tout veu, et raesmes la contre-

• mine que Ifliuxforl.Antïlois.faisoil, il me moulra li*^ lietixoA

• il luy seinbloil coaln>miner. El pourtant dès l'heure mesme > nous mismes Icsgensen besogne-, qu'il Talloil pour cela. D'autre » part, j'euvoy-ay quérir le capitaine l^njjuelot, pour remcilre

• la chai^rt de TartilUTie entre le^ main? du commissaire qui

• estoil eutr<L' : dont je me repeiilts bien puis après, or elle

• estoil bien mieux meuêt' tandis que ledit Larçuelot la gou-

• vcnioil, qti'dlc ne fui depuis.

» Je fus di'ux jours que je ne >^vois pas «rertainement la

• itHile de monsieur le counesuble, sinon que qudqae^ soMtts,"

• qui Y avoionl est^ pri^, ôd»ppir«Dt du canp des

« el se viadreuljetler dedans les fosscz de noslre ville, qui me

• contèrent comme tout estoit passé. Aussi vis-je pour suffisant » Icsmoignage quelque nombre d'enseignes de celles qui avoient 1 esté prises, que lesdits ennemis mirent en parade sur leni's

• tranchées, pour nous en donner la veue dedans la ville.

» Or, cette nouvelle esLonna et descouragea si fori tout le t peuple de ladite ville, voire, si j'ose dire, une bonne partie » des gens de guerre, que j'avois bien à faire à les asseurer.

i> Aussi d'ouvriers je n'en pouvois plus quasi trouver, car ils » se cachoienl dedans les caves et greniers; et pour ce qu'aux ■> plus iraporlans lieux on n'y pouvoit travailler que de nnicl, » i cause du grand dommage que nousfaisoitrariillerie. Quand » les ouvriers avoient esté mis en besogne, et que l'on y avoit

I mis des guets de tous coslez, si ne pouvoit-on faire en sorte K qu'en moins d'une lieure tout ne se dérobasl. L'une des » choses en quoy nous avions le plus affaire esloil de traverses: > pour ce que la courtine, en hiqnelle les ennemis adressoîcnt « leurs batteries, estoit si veue par Flancs, des pièces qu'ils

• avoient logées sur la plaLte-l'orme d'isle, qu'il y avoit bien peu t d'endroits où l'on ne fust descouveri depuis le pied jusques à ï la teste : si remcdioii-on à tout le mieux qu'on pouvoit. Et » ne dois point sur ce propos obnieltre une invention que n ti-ouva monsieur d'Andelol, de lever une traverse qui nous » estoit de grande importance; ce fut qu'il se servit de vieux » batteaux qui avoient esté autrefois faits pour passer les ri-

• viércs quand une armée marchoit, lesquels il arrangeoit les

II uns sur les autres, à force de bras d'hommes, et les faisoit

• remplir de terre; en sorte qu'en un jour il eut fait tout ce que B nos ouvriers n'eussent pas fait en un mois.

1» Or, non point en cela seulement, mais à toutes autres » clioses il s'employoit, et faisoit mettre la main comme per- " sonne de jugement. Et si ce n' estoit qu'il est mon frère, et uU-e part assez conneu, je dirois davantage de luy que je

^ ne fais. Bien puis-jedire que sans luyje fusse demeuré sous > le faix, car je n'eusse peu satisfaire seul à la peine qu'il falloit "» avoir, de laquelle il prit la meilleure part, depuis qu'il fut )> entré dans la ville.

y> Pour revenir au principal de mes mémoires, quand je vis i> que monsieur le connestable fut pris, je voulus hazarder » quelques hommes pour sçavoir à qui j'aurois à m'adresser » pour faire entendre nos nécessitez. Je sçeus que c'estoit à » monsieur de Nevers ^ et que monsieur de Bordillon estoit » à la Fèrc, auquel delà en avant je faisois toutes mes j> adresses, pour ce qu'il estoit plus près de moy. Et pour ce » que je voyois le grand appareil que faisoient nos ennemis de » tranchées et de gabions, et mesmes que je voyois arriver un JD grand train d'artillerie, outre celuy qui pouvoit déjà estre en » leur camp, je regardois etpensois principalement au moyen » qu'il y auroit de faire entrer des gens de guerre, et nomy> mément des harquebusiers.

^ Enfin, par Tadvertissement de quelques pescheurs, je » sçeus qu'il y avoit un endroit dedans les marets, qui n'es- » toient pas guères pins creux que jusqu'à la ceinture d'un y> homme; et pour en estre plus certain, je Tenvoyayrecognoistœ )) par soldats, qiii me le rapportèrent ainsi. Parquoy je l'es- » crivis plus certainement à monsieur de Bordillon, pour le » faire entendre à monsieur de Nevers; et luy mandois la faciy> lilé qu'il y avoit de me secourir, le besoin que j'en avois; et, ï> s'il avoit à m'envoyer des gens, le moyen qu'il avoit à tenir

1. Le duc de .Nevers, qui avait fait preuve de vaillance à la bataille de Saint- Quentin, se montra plein de sang-froid cl d*êncrgie, après la perte de cette bataille. H rallia lus débris de Tarmée française, tenta de les soumettre à une réorganisation provisoire, et de grouper ainsi les premiers éléments de la constitution d'une nouvelle armée. Il veilla, en même temps, à la sûreté des places voisines de Saint-Quentin : son beau-frère, le prince de Condé, le seconda puissamment. (Voir, sur ces divers points, les renseignements fournis par Fr. Rabutin, ouvr. cité, liv. IX, et Désormeaux, Hist. de la maison de Bourbon, l.lll, p. 279 à 281.)

-.îj.^

B avec les guides qui les conduiroieni. Monsieur di^ Nevei-s se B trouva à la Fère quand ledit sieiir de Bordilloti reçut mes » letti-es, lequel me lit luy mesme responce, et me manda j» qu'il m'envoyeroit trois cents harqucbusiers, qui estoit tout *» ce qu'il pouvolt faire, cl me mandoit le jour. Lequel venu, je » les atlcndois au lieu par lequel ils dévoient entrei,pour l'aire * donner le signal queje leur avois mandé quand il seroit temps. 1 Envii'on une heure api-i^s minuict, j'ouis l'allarme qui » se donnoit au guet des ennemis, par lequel il falloit ■» qu'ils passassent; et sans point de doute, messieurs d'An-

» delot et de Jarnac etmoy, qui estions lîi ensemble, jugions

» bien le nombre desdils ennemis esire petit et avec effroy ;

» mais, aprfcs s'ôtre recognus, et voyant qu'il n'y avoit pcr-

* sonne des nostres qui les cliargcassenL, ils donnèrent sur

* eux et les rompirent, en sorte que de trois cents Iiarque- )o busiers qui avaient esté ordonnez, il n'en entraque six vinjits, ï encores tous désarmez, et gens nouveaux, qui ne m'appor-

• tèrent pas grand Faveur. Quant aux clieFs qui les cundui-

• soient, il n'en entra point, mais un sergent seulement.

■ Je se pensois pas qu'ils deussent venir si mal accom-

• pagncz; car ayant veu asseoir le guet des ennemis deux ou n trois lois ensuivant, j'avois cntr'aulres cboses mandé audit » sieur de Bordillon, par l'advis des capitaines qui estoient D-avec moy, qu'il falloit envoyer des gens de cheval avec des > gens de pied, qui eussent donné l'allarme ausdits ennemis, » h gauclie et à droite du passage, cependant que ceux qui n dévoient entrer dedans la ville passeroient, ce qu'on pourroit 1 faire sans danger; car il n'y avoit point trente hommes desdits " ennemis au guet, et environ soixante ou quatre-vingts » hommes de pied, et si ne falloit point craindre qu'il vhit » force de l'ennemi sur leurs bras, car il n'y avoit que les enn soignes qui estoient logées dedans ledit fauxboup^ d'isle, qui 0 estoient six ou sept bien loin dudit passage. Tout le reste

-ù estoit passé l'eau, qui n'eussent pas sçeu passer sitost de nuit > les destroits des chaussées, que nos gens de cheval ne se » fussent retirez. Et cependant, s'il y eust un moyen de nous » envoyer plus grande force, ils fussent encor plus aysément ^ entrez que ne firent les autres, car ils n'eussent trouvé aucun ^ empeschement.

> Toutesfois, je ne doutois pas que ce que monsieur de » Nevers fit, il le fit avec bonne et meure délibération de beau- » coup de capitaines, gens de bien, qu'il avoit avec luy. Ce que ^ j'en dis, est pour faire entendre la manière par laquelle j'avois » mandé que les hommes pourroient entrer, et que je n'avois ^ point mandé cet advertissemeat sans premièrement avoir bien y> reconnu quelle difliculté il y pourroit avjoir ^

> Ce fut le dernier secours que j'eus. Car depuis celuy-là je T> n'en voulus plus demander, pour ce que monsieur dà Nevers » m'avoit écrit qu'il m'envoyoit tout ce qu'il avoit pu mettre ^ ensemble, qu'encores avoit-ce esté avec grande difficulté ; et » aussi que delà en avanl il ne me fut plus possible de faire » sortir gens, pour mander de mes nouvelles et faire entendre » nos nécessitez. Ce qui ne tint point à essayer par plusieurs » endroits et diverses personnes; mais le guet estoit si grand, ') que nul n'y put passer. Entre les autres y en eut un pris, qui iD estoit lieutenant du capitaine Lestang, nommé Brion, qui me ^ sembloit homme bieu résolu, et lequel me promit qu'il pasi> seroit outre, ou qu'il seroit pris.

> Il ne me falloit donc plus penser qu'à me bien defTendre ï avec ce que j'avois, sans plus attendre de secours.

!• Après avoir cité les paroles de l*amiral, Fr. de Rabutin (G, de Bt!g,^V\v. IX) lyonte : c En cela et en faute qui en advint est plus tost à accuser et reprendre » It défaillance de cœur et couardise d'aulcuns de ces soldats, qui ayinèrent

> mieux se perdre et noyer que d'entrer, et les autres se cachèrent et absenté- » rent à robscurité de la nuict comme gens de mauvaise volonté... par ainsi,

> M. Tadmiral n'avoit plus à espérer qu'en l'aide de Dieu et en sa vertu, et à se A kfen défendre sans plus attendre de secours. >

» Poiirtatil meltois-je loule la peine que je pouvois de Taire u iravniller el remédier aux lieux oi'i il esloil plus de besoin, el » entre les autres à nos contre-mines, qui me servoîenl h deux it effets : l'un pour gagner le devant à nos ennemis, s'ils vou- •> loient faire leur effort par là ; l'autre, que par lesdites contre- ■> mines il nous lalloit essayer de gagner un moineau quiestoit » dedans notre fossé, lequel nous pouvoit beaucoup servir, et '» aussi l'entrée de nos tours, pour ce qu'il n"y en avoil point *• que par le liaut, lequel estant abattu, les ennemis en demeuw roient mieux maistres que nous. Et si par ce moyen, il ne n nous demeuroil un seul flanc; ce dont nous nous apen;cusmes Al bien mieux puis après.

» Or, la contre-mine que nous eussions la plus avancée et de

• la plus grande importance estoit celle de LauKfort,Anglois; ' mais il me sembloit qu'il ne s'y faisoit pas telle diligence que " j'eusse bien voulu. Aussi cognoissois-je que ledit Lauxfort n commençoil à s'eslonner, dont je ne luy laisois toutesfois « aucune démonstration, ni en visage, ni en parole. Au con- »• traire, je luy disois que je me tcnois tousjours asseuré de son

■ costé, et qu'il me liendroit promesse de gagner tousjours le ' devant aux ennemis. Il commença à se plaindre de la grande " peine qu'il avoit eue et me demanda quelqu'un pour le sou- " lager. Dont jefus fort aise, car je ne luy en osois bailler au- " paravant, craignant qu'il ne pensast que j'eusse quelque " défiance de luy. Aussy estois-je bien aise de luy bailler quel- " qu'un pour apprendre ce qu'il faisoit, encore qu'il ne se " passast jour que je n'y allasse une fois pour le moins.

> Le sieur de Saint-Remy Iravailloit continuellement de « son costé et faisoit une extrême diligence. Mais il Iravailloit X en cinq ou six endroits. Aussi estoit-il secouru des compagnies

■ (tes gens d'armes, au quartier desquels il Iravailloit, car il y

* avoit tousjours gens ordonnezà solliciter lesouvriei-ssous luy. s Tant plus j'allois en avant, et moins j'eslois secouru de

» ceux de la ville, et principalement pour avoir des gens pour » remparer. Et afin de les intimider davantage, je fis faire une ^ revue de ceux qui ne travailloient point, et en fis sortir de )> cette fois-là bien cinq ou six cents, lesquels au veu de ceux de 0 ladite ville estoient assez mal traittez des ennemis ; et les » asseurois que j'en ferois autant des autres que je connoistrois JD qui ne travailleroient point. Mais quand j'en eusse fait esquar- » teler, je croy qu'aussi peu j'en eusse esté secouru,

5> Les ennemis estoient arrivez devant Saint-Quentin le » deuxième jour d'aoust, et depuis ledit jour jusquesau vingtï> unième dudit mois ils ne firent aucune chose que se retran- 0 cher, tant pour laseureté de leur artillerie que pour appix)- 0 cher, et gagner noslre fossé : et nous cependant ne leur D pouvions pas donner grand empeschement pour faire sorties, » à raison du petit nombre d'hommes que j'avois. Toutes les ^) sorties que je faisois faire, n'esloit que pour prendre langue, ù afin d'estre adverly de ce que faisoicnt lesdits ennemis, et >) principalement que je doulois qu'ils ne nous fissent quelque •) mine de laquelle je ne peusse avoir cognoissance. Quelques •> fois que j'ay fait faire lesdites sorties, monsieur de Jarnac s'est ') présenté à moy jpour y aller : ce que je ne luy voulois peri) mettre, pour ce qu'il ne me sembloit pas raisonnable.

» Or, après que lesdits ennemis eurent séjourné devant nous > jusqu'au vingt et unième dudit mois, cedit jour ils commen- » cèrent à tirer en batterie au point du jour (car ce qu'ils » avoient tiré auparavant estoit de la platte-forme du boui^ )) d'Isle, aux lieux où ils nous voyoicnt travailler), et contid nuèrent à tirer sept jours, non pas en un lieu seul ; car il ne se ù passoit guères nuict qu'ils ne changeassent de lieu à leurs )) pièces, pour faire nouvelle batterie. Je croy que l'une des ) choses qui fit autant différer lesdits ennemis à commencer D leur batterie, ce fut qu'ils vouloient attendre que les entrées » qu'ils faisoient par dessous terre, pour venir gagner nostre

^Tc»ssé, fussent faites : car du premier au second jour nous*! ^^■•jsmes cognoissance qu'ils commençoienL h percer ta lerw ^^ ai fossé par leur coslé. Et bienlost après ils assirent des! -^-^-^anlelets par dessous lesquels ils passoient ledit fossé, pour ' -^r ^snir de nostre costé, sans que nous leur pussions faire mal; ^:^^r nous n'avions nuls flancs qui eussent copnoissance d'eux K=Kidudit fossé. Et toutes les pierres qu'on leur jeltoil ne lefrJ «::> ouvoient endommager, à cause desdits mantelels. ■

jx> Ils comraenc6rent leur batterie h l'endroit du moulin à -^fc^eni qui est près la porte Saint-Jean ; et continuèrent depuis «i^ e t endroit-là jusqu'à la tour à l'eau ; de sorte qu'il ne demeura «^li'une seule tour qui ne fusl abattue, et bien fort peu dti «2i«i>iirlines. Et fusmes tous déçeus en une chose, car nom ^z»^nsionslamassonnene de nos tours et courtines beaucoup 1 ^:^1 %is forte qu'elle n'esloit, pour ce que le parement estoil de j ^ç «:^ez, et l'épaisseur des murailles bonnes, mais les matières I ^^ ^stoient si mauvaises, qu'aussitost que le dessus estoit entamé, f «- «zzïul le reste tombait quasi de liiy mesme. Nous eusmes beau-'i <z::^ -^up de gens tuez et blessez des parapets.

^a*:» Sur le troisième ou quatrième jour de leur batterie, îld ^izi^assèrent dix ou douze pièces du costé du boui^ d'isie, ât] ^ -^es assirent en l'abbaye qui estoit audit bourg, dont ils bat* "^k— Irent la porte, où j'ay dit ey dessus que le feu, qui s'estoi(| » :^mis dedans les poudres, avoit fait si grande ruine. L 3 Jusques à ce que lesdiis ennemis se fussent faits maistreî

■ "^ «le nostre fossé, je vis le sieur deSainl-Remy en bonne espé- H ^* xance de l'aire quelque chose de bon par les contre-mines^ B ^^^ mais depuis qu'il les eut veus là logez, il me dit qu'il om H » pouvoil plus leur mal faire, et qu'ils avoient gagné le dessous!

H ^«> dcluy; me disant par là plusîeui's fois qu'il n'avoit jamais

H ^ mis le pied en une si mauvaise place, et qu'il y avoii long^

^^ ■» temps qu'il en avoit adveriy le feu roy. Ce que j'en dis n'e

^^^^H > pas pour le blasmer, comme si je l'avois veu cstonné pom

» peur qu'il eust; mais il estoit plustost fasché de ne trouver y> quelque remède tel qu'il eust bien voulu. Car je l'ay veu au }> demeurant homme résolu et avec contenance d'homme asseuré.

> Je ne diray pas cela de Lauxfort; car plus il alloit en avant, i> et plus me sembloit-il estonné, et ne vouloit plus aller aux y> contre-mines, quasi que par acquit.

> Depuis le premier jour que la batterie commença, jusques » à la fin, monsieur d'Andelot, mon frère, et moy, avec ledit jî> sieur de Saint-Remy, allions tous les soirs reconnoistre le » dommage que l'artillerie pou voit avoir fait, le jour, et résol- » vions avec les capitaines, aux quartiei's desquels la chose tou- » choit, ce qu'ils avoient h faire; et puis les soUicitoit-on afin

'y> que ce qui avoil été ordonné, fust vivement et diligemment )i) exécuté.

» Après que ladite batterie eut continué trois ou quatre jours, » il se mit un certain elfroy entre plusieurs, tant de ceux de la » ville, que mesme d'aucuns gens de guerre, dont j'ay eu cony> noissance, en me promenant de nuict, que l'on ne me voyoit y> point; et toutefois je faisois le sourd et l'aveugle, en donnant » courage à ceux mesme qui me scmbloient les plus estonnez. y> Et pour remédier à cela, j'avois tenu un langage quelques » jours auparavant, où estoient quasi tous les capitaines et pluy> sieurs soldats, qui estoit en substance : que j'estois bien résolu i> de garder cette place avec les hommes que j'avois, et que si » l'on m'oyoit tenir quelque langage qui approchast de faire y> composition, que je les suppliois tous qu'ils me jettassent s> comme un poltron, dedans le fossé par dessus les murailles; y> que s'il y avoit quelqu'un qui m'en tinst propos, je ne luy en » ferois pas moins.

» Et ne veux sur ce point obmettre à satisfaire à aucuns qui 2> s'esbahissoient que je n'assemblois plns^ouveut les capitaines, » car ce qui m'en gardoit estoit que, hors de ma présence, il se y> tenoit des langages si estranges et si contraires à ma résolution,

* que j'eusse eu crainle qu'il m'en cusl esté mis quelque chose « enavant. Je ne crains point aussi qu'il yait capitaine ni soldat » qui puisse dire que je ne l'aye écouté h quelque heure du jour « ou de lanuict qu'il aura voulu parlera moy. Etsicelaaesté de

> chose h quoy il aye fallu pourvoir, que je n'y aye esté, et nieiié

> de ceux en qui je me liois le plus pour en résoudre, sans user » de plus grande longueur, comme l'on est contraint de faire, » quand il y faut appeller tant de gens. Aussi qu'il ne se passoit ■» jour, que deux ou trois fois en passant par les quartiers, je ne » demandasse aux capitaines leurs opinions, et mesme que je » ne leur conférasse de ce qui se fuisoit aux autres. D'autre » part, que la première harangue que je leur avois faite, estant » entré dedans la ville, estoit qu'un chacun eust à m'advertir » de ce qu'il jugeoit pouvoir servir h la conservation do la place, » ainsi quejel'ay miscy-dessus.

> La batteiie donc des ennemis continua jusqu'au sixième 3 jour, environ les deux heures après mîdy, que nous les avions

> aussi en plusieurs endroits dedans noslre fossé, et jusques h » nos papiers, à la longueur des pieques '. A cette heure-li, le

1. * Le Si aoiU, uu arrôla, un peu avant le jour, im jeune Fran^nis qui ili^s- » «endait de In miiraillu. Une fois pris, il iivoua qu'il n'y avait |i1us dans la « ville iiiic aix ui'nts soldais, que Ivi lialtilnnls ne |ireiiiiieat les armes, i{ue t CODtrnînls et forcés, que l'ariillent^ qui se trouvait dans le bourg avait (tiit

• de grands il^gAls dans les maison!! et tui- beaucnup de personnages nolablus. t nuia que l'amiial éluit résolu à innurir [iliiliït qnc se rendre. Cejour-I^,|« roi « eouiuiauda aux Aiighii^ de lancer sur la ville {mil llôclies; chaque Qi'C lit éU!l « rntoiin'u d'un (lapbr par lerjoel S. M, offi-nit ouï habitants, s'ils voulaient se

• rendre, Ao ii-uf donner la vie snuvp, la faeilité d'aller où ils voudraient, sans

• (tredèjiouillés de eequ'ils possédaient ;leseDgageailt A se reudre bien com|itc t que l'aiiiirul les trompait par de fuusses [ironiesses, et que !=i, eoinme il eu

• âttitcerluiii, la villu élait prise d'a^aut, ils seraient Ions passés nu lil do l'é- » pta. Ci'-s lléi:hes furent remises à l'amiral qui, apn^s en avoir lu les papiers,

• jr ri^p&iidil en usant du aiéioe riioyiin, et les papiers qu'il envoya duns le tuuip t espagnol ii<r cnnlemient qui! ce^ s^uls mots ; Iletjem hiihfmutf... \jf- 25 aoAl, » toute iioirr artillerie tonna ccuilre la murailln cl ses di'-fcns»; il y avait plus

• detobaute pièces de grosse artillerio qui tiraient l'i la fois, i \HèrH ia tiègt de Sainl-Quruliii par «« o{ficier espagnol, ap. CH. Gomait. p. JQ't.)

> guet que j'avois dedans le clocher de la grande église, m'ad- » vertit que de toutes parts il voyoit l'armée desdits ennemis se

> mettre en armes, et que plusieurs gens de pied s'acheminaient

y> aux tranchées. Ce que je fis entendre à tous les endroits et

i> quartiers de la ville afin que chacun eust à se tenir sur ses

p gardes, estimant que ce mesme jour ils nous vinssent donner

}i> l'assaut. Et moy mesme allay à trois ou quatre des brèches les

j> plus prochaines de moy, pour voir Tordre qui y estoit tenu. Où

)> c'est que je trouvay un chacun monstrant semblant de vouloir

y> bien se deffendre. Le semblable entendis-je de tous les autres

y> endroits où j'avois envoyé des gentilshommes. Qui fut cause

ï>' que je m'en retournay bien content à la brèche que je délibé-

y> rois deffendre, qui est celle que j'estimois que lesdits ennemis

» feroient leur principal effort, pour ce qu'ils s'esloient fort

y> opiniastrez à battre cet endroit-là, et à ne nous laisser aucune

y> chose qui eust peu servir de flans, mesme que c'estoit vis-à-

y> vis de l'entrée qu'ils avoient faite en nostre fossé.

» Comme nous estions tous attendans l'assaut, lesdits enne- ^ mis mirent le feu en trois mines, lesquelles toutes trois eny> troient sous noslre rempart, dont les principales furent au i> quartier de monseigneur le Dauphin. Mais le dommage ne fut » pas si grand comme, à mon advis, ils espéroient; et croy que )s> cela fut cause qu'ils ne donnèrent point l'assaut ce jour-là. » Aussi ne firent-ils pas grand effort en autres choses. Ilssecony> tentèrent de venir reconnoislre les brèches de mon costé, et y> de descendre dedans le fosse, à l'endroit que gardoit monsieur )> d'Andelot, mon frère. Après que lesdits ennemis se furent y> retirez, je m'en allay voir l'effet qu'avoient fait lesdites mines: y> mais je trouvay que par là nous ne pouvions pas recevoir 7> grand dommage. Si y falloit-il toutes fois travailler, ce que y> je remis à quand il seroit nuit, pour ce qu'on ne le pouvait > faire de jour, pour estre en vue de$dits ennemis.

3) Le feu s'estoit mis deux jours auparavant en des maisons

9 ([uî esloieiU couvertes de chaume, derrière les Jacobins; el

> en moins de demie heure il y en eut vingt-cinq ou trente de ' brAIées ; et, de malheur, le vent esloit fort grand ce jour-là, ' qui chassoit droit au cœur de la ville. Je m'y encourus sou-

* dainement avec un gentilhomme ou deux seulement, n'ayant

> voulu souffrir qu'il m'en suîvist davantage, et mesmequecenv

* que je trouvois des gens de guerre, je les reuvoyoîs dans leui's » quartiers, craignant que, sur cette occasion, les ennemis ne » voulussent entreprendre de faire quelque effort, encore que, » pour riicure, il n'y eust pas grande apparence. Ma présence

> ne servit pas de peu pour remédier à ce feu, car ils estoient ï tous si estonnez, qu'ils ne S(;avoicnl qu'y faire. Je fis lompre

> deux ou trois maisons au devant, et fis tant que ledit feu fut

> arrcsté,

t Quand ce vint sui' la nuit, je m'enallois, comme decous- » tunie, |X)ur voir ce qui se pourroit faire en chacun endroit. Il

> y en avoit trois principaux, qui estoient au quartier de la com- » pagnie de monseigneur le Dauphin, celuy que monsieur d'An- » delot gardoit, et la porte d'isle; l'on travailla toute la nuit, le » plus que l'on pût. Et entre autres endroits je Irouvay que B raonsieurdeCuisieuxavoiirort bien travaillé cette nuit-lk : car » ladite compagnie de monseigneur le Dauphin esloit départie

> en deux; et le plus grand dommage que les mines eussent » fait, c'esloità l'endroit quegardoît le sieur dcCuisieux.

» Quand ce vint un peu après le point du jour, le sieur de t Saint-Remy me vint dire qu'il venoit de la porte d'isle, et qu'il

0 ne trouvoit pas qu'on y eust fort travaillé;davanlage qu'il luy t sembloit que les gens de guerre se refroidissoicnt fort à leur » besc^ne, el qu'ils trouvoient difficile tout ce qu'on leur pro-

* posoil; cnlÎD que leur contenance ne lui plaisoit point, et

1 qu'il me conseilloit d'aller jusque-là. Ce que je fis incontinent, » et le menay avec moy. Et en y alliini, il coranien(;a à me dire » qu'il me plaignoit merveilleusement, pour la peine qu'il voyoit

> que je prenois nuit et jour; voire en une place si mauvaise qu'il » nevoyoitpasquej'ypeusse faire un tel service que je desirois

> tant pour la débilité de la place, que pour en défaillir le prin-

> cipal, de quoy il eust esté besoin d'estre pourveu, qui estoit ï» d'hommes : me voulant en outre bien advertir que si peu que ]> j'en avois encores y en avoit-il la pluspart de mauvaise vo- » lonté. Ce propos fut un peu long, de sorte, qu'ainsi qu'il achey> voit, j'arrivay à la porte d'Isle, qui fut cause que je luy dis » que je ne luy ferois point de response pour cette heure, et que » nous regardassions à ce qu'il falloit faire. Il me dit qu'il l'avoit K) desjàmonstcé au capitaine Sallevertetauxcapitainesdegens de 30 pied, qui estoient là. Et après leur avoir monstre encore une fois, » je fis mettre la main à l'œuvre, tant aux capitaines, qu'aux sol- » dats. Il y eut bien quelque capitaine qui me dit qu'il avoit des y> soldats qui se faschoient pour ce que l'artillerie leur faisoit 3> grand dommage. Je fus là quelque temps à deviser avec eux; i> en sorte qu'il mesembloit que je les laissois en bonne volonté.

i> Je m'en allay delà passer par où estoit monsieur d'Andelot, » mon frère, pour luy dire qu'il seroit bon qu'il commist quely> qu'un pour commander à la bande du capitaine Saint-André, » pour ce que luy estoit fort blessé, et ne bou^eoit de son logis. » Son lieutenant avoit aussi esté blessé cette nuit-là, et sonser- » gent tué; de sorte qu'il ne demcuroit plus en cette bande-là » pour commander que son enseigne, qui estoit un jeune genj) tilhomme, et avec peu d'expérience. Il me fit response, qu'il » avoit entendu que le capitaine Saint-André se portoit assez » bien, et qu'il s'en iroit passer par son logis ; et s'il trouvoit y> que ledit capitaine n'y peust vacquer, qu'il y en commettroit

> un autre.

y> Nous nous en allasmes ensemble, car c'estoit aussi mon » chemin. Après avoir parlé audit capitaine Saint-André, il se y> fit porter en une chaise, là où estoit ladite bande. y>

Nous touchons à la dernière phase de cette belle défense, dans

/aquellc Coligny n'a cessé de se prodijïuer ; arrSlons-nous à une scène inéraorabie, dans son intimilé même, qu'il retrace en ces termes :

« Ce jour-là (27 août 1557), dès le point du jonr, qui estoit » le septiesme que les ennemis avoïent commencé leur batterie, » ils commencèrent à tirer de plus grande furie, et de plus grand » nombre de pièces, qu'ils n'avaient encores fait auparavant ; de

* sorte qu'il estoit à juger que, ce jour-lâ, ils vouloient faire ** quelque grand effort. Quand je lus de retour où estoit mon » quartier, je pris mon frère et le sieur de Saint-Remy, les ti-

* raut à part, et je dis lors audict Saint-Reiny que je le priois ^ me dire son advis sur l'entreprise qu'il voyoil que les ennemis

* faisoient sur nous de leurs mines, et le moyen qu'il y auroit ^^^ d'y remédier. Il me fit response qu'il n'estoit pas à cette heure- ^* là à y penser, mais qu'il n'y Irouvoit un seul remède, pour '^^ autant qu'estans maislres de nostre fossé, ils pouvoient pied ^ à pied %'enir gagner nostre parapet, lequel n'avoit que cinq ou ^ six pieds d'espaisseur, et qu'en moins de rien, ils le nous l^ve-

> roienl, et que le rempart deraeuroit si estroit, qu'il n'y avoit

> point de lieu pour se retirer ; qu'aussi peu y en avoit-il de se ai retrancher par le derrière, pour ce que ledit rempart estoit si "> haut qu'il maitriseroit de beaucoup lé retranchement que l'on * pourroit faire, et que je sçavois ce qu'il m'avoit dit un peu » auparavant et d'autres fois semblablement, c'esloit qu'il n'avoit » jamais mis le pied en une si mauvaise place ; quant aux conln:- » mines qu'il avoit commencées, qu'il s'en alloit pour en fermer > deux et les tenir prestes à y mettre le feu, mais qu'il craignoit » que l'une, qu'il estimoit la principale, ne (ist tomber le reste ï d'une tour, et que la ruine ne fist eschelle à l'ennemy; mais » que, s'il voyoil qu'il y eust quelque danger en cela, qu'il n'en » prendroitque ce qu'il luy en faudroit pour nous servir. Quand » il eut achevé, jeconimençay à direque je leurvouloisdircune » chose, que je tiendrois comme non dite, pour ce que l'un estoit

9 mon frère, et l'autre je restimois tant mon amy, que cela ne 9 passeroit point plus avant : c'estoit que je me retrouvois en 9 grande peine d'entendre qu'il ne se trouvoit point de remède 9 pour rompre le dessein de l'ennemy, et que la chose que 9 j'avois moins de regret estoit de sacrifier ma personne pour 9 le service du roy et de ma patrie, et que je connoissois assez

> combien importaient, non-seulement les jours, mais les 9 heures que nous pourrions garder celte place ^ ; mais qu'une ]» chose se présentoit devant moy, que j'avois ouy dire après la

> prise de Térouenne : c'estoit, qu'après que monsieur de Mont-

> morency vit que les ennemis s'estoient faits maislres du fossé, 9 et qu'ils commencèrent à sapper son parapet, voyant qu'il

]» ne se pouvoit plus trouver de remède pour sauver la ville, il ' }» devoit chercher de faire quelque honneste composition ; à

> quoy l'on disoit que les ennemys Teùssent volontiers reçeu

> s'il eùst parlé plustost : adjoustant à cela, que l'on voyoit tous ]» les jours ceux mesmes qui faisoient bien, encore trouvoit-on à

> redire sur eux : et que de moy je craignois que l'on ne pust ]b imputer que j'aurois eu bien peu de considération de mettre

> en hazard de perdre la force que j'avois là dedans, qui estoit 1^ la principale du royaume de France pour lors, principalement » de gendarmerie, puisque je me voyois réduit à telle nécessité, ]^ et que cela eût bien servi à conserver d'autres places et tout le 1^ royaume, mais que j'avois pensé en une chose : c'estoit que ]» nous pouvions juger, qu'après la furieuse batterieque faisoient

i, c Monsieur l'admirai et ceulx qui esloient dans Saint-Quentin, encore

> qu'ils eussent vu la victoire que les ennemis avaient eue, et qu'ils eussent eu

> peu de secours et nulle espérance d*en avoir, si est-ce qu'ils ne perdirent le

> courage pour tant de malheurs, d'autant qu'ilz voyaient en eulx reposer le

> seul but de l'espérance de la conservation de ce roïaulme. Mais comme ung

> digne et vaillant seigneur qu'il estoit,donna si bon courage à ung chacun, que

> tous d'une voix se délibérèrent de mourir avant que de parler de composî-

> tion. > Mémoire de l* estât des affaires et histoire de France^ soubz la fin du règne du roy Henry 11, mss du xvi« siècle. (Bibl. nat., mss. f.fr., vol. 5141, (*• 1 et suif.)

» les ennemis, ils voudroient tenter k nous emporter d'assaut; » pourtant, qu'il falloit penser à nous bien delTendre, et que, si

> nous les avions bien battus la première fols, qu'après ils » essayeroient de nous emporter li la longue ; et quand je voirois

> cela, que lors je pourrois par parlement essayer d'envoyer ï quelque gcntilliomme vers le roy pour luy faire entendre mes ï nécessitez, et cependant gagner autant de temps. D'une chose » les voulois-]e bien assurer, que j'aymois beaucoup mieux 9 mourir, qu'il me sortist une parole de la bouche de quoy je

> pùsSe avoir honte; que je connoissois bien véritablement que » j'avois beaucoup de gens de mauvaise volonté, mais qu'il leur

> falloit iatre accroire qu'ils esloientla moitié plus hardis qu'ils » ne pensoient. La conclusion de mon propos fut : vous voyez » comme lesennemisrenforcenlleurbalterie;etestàcrûircqu'iIs » feront aujourJ'huy un grand elTort. Je vous prie, que chacun 1 sepréparedelesbienrepousseret recevoir.cettepremièrefois :

> et puis Dieu nous conseillera ce que nous aurons à faire M! * Au moment où Coligny parlait de la sorte à d'Andelot el à

Saint-Iteniy, et leur exprimait sa ferme résolution de défendre Saint-Quentin jusqu'à la dernii-re extrémité, cette place était entamée par onze brèches; et, pour y tenii' léte aux nombreuses phalanges de l'ennemi, l'héroïque défenseur avait k peine quelques centaines d'hommes.

€ Il faut, disait-il, que je déclare combien nous avions de

> brèches, et le nombre d'hommes de guerre que nous pouvions 1 avoir pour les deffendre. La première estolt celle du capitaine

W'i. < En ces gprands haiards el ilésorilres (des batailles) il faict trés-bnn <lc se >'*«COaiinander h Dieu uuparadvanl, qui âi;iiit donner les sens et assurer les

> espriU en c<<s citrAmes nécessitez, quaiul on l'invocquc ; comme faûoit ce brave

> H. railmiml de Chatillon, qui, nuire qu'il Fus! un grand capitaine, il esloil 9 tort ddvosL el nullement conlempicur de Dieu, comme beaucoup d'autres bons

> rapiuioes i{ue l'un a tus su présumant tant d'eux -mesni es, que sans l'ayde

> divin il leur seinbloil pouvoir battaillor el vaincre loal le monde! » (Bran- Idme, édil. L.Lal.,t. II, p. 28t.)

D Breuil, capitaine de la place, qui avoit sa bande; la seconde, y> du capitaine Humes, lieutenant du comte de Haran, avec sa ^ compagnie ; il faut que je porte cet honneur aux chefs et aux » soldats de ladite compagnie, que je n'en vis point, tant que le y> siège dura, qui s'employassent mieux et plus volontiers qu'eux » ny qui monstrassent visage plus asseuré; la troisième, du sieur i> de Cuzieux, avec une partie de la compagnie de monseigneur le y> Dauphin; la quatrième, du sieur de Lagarde, avec autre partie :» de ladite compagnie. La bande du capitaine Saint-André estoit y> départie en trois, à sçavoir avec les capitaines Humes, Cusîeux, et -» de Lagarde. La cinquiesme, estoit la mienne, avec partie de ma y> compagnie ; et le capitaine Gordes, avec quelques harquebusiers. D La sixième, y avoit autre partie de ma compagnie, etlecapilaine » Ramboullet; la septième, M. de Jarnac avec sa compagnie, et y> le capitaine Bunon, avec ce qu'il pou voit avoir de sa bande; la 3> huitième, les capitaine^ Soras, Auger et Soleil, avec ce qu'ils y> pouvoient avoir de leurs bandes et quatorze ou quinze archers,. j) avecques gens d'armes que j'avois baillé à Vaulpergues pour les » commander. La neufviesme, monsieur d'Andelot y estoit avec 3> Irenle-cinq hommes d'armes quejeluyavois baillez de toutes y^ compagnies ;etquelquesgensdepied et liarquebusiers de S. Roï> man, qui se faisoient bien paroistre entre les autres. La dixième, 3> le capitaine Lignières, avec ce qu'il pouvoit avoir de sa bande. j> L'onzième, le capitaine Salvat, avec la compagnie de M. de la i> Fayette et les capitaines Labarre et Saquenville avec ce qu'ils 3> pouvoient avoir de leurs bandes. Et faut noter que, pour toutes i> lesdites brèches, je n'avois point huit cents hommes de guerre » pour les defîendre, tantbons que mauvais, entre gens de pied et » de cheval , car je n'y avois point voulu mesler les gens de la ville^ D les ayant départis aux autres endroits, afm que si nous eussions » esté assaillis par échelles, où il n'avoit point esté fait de batterie^ » nouseûssions eu gens partout pournousdefFendre.il y avoit eu > beaucoup d'hommes tuez etplusieursautresblessezou malades^

» desquelsjen'esloisnonpIussecouruques'ilzeiisseiitosLémorts. fi Je sçaybien qu'en la bruche que jeg!)rdois,le capiuine Gordes js y avoit du commencement plus de ciiiquantesoidats des siens. » Je les fis conter le matin dont nous fusmes assaillis ; l'après- » disnée il nes'en trouva plus que dix-sept; encore en eus-je cinq * de ceux-là tuez en sentinelle, devant que l'assaut se donnast, et y fusconiraint de mander à monsieur d'Andelot, mon frère, qu'il j me secourust de quelque nombre des siens, encore qu'il m'en » fascimst bien, car il estoitenlieuoi'iilen avoit bien affaire pour » luy mesme. Sy ne laissa-il pas de m'en envoyer ce qu'il put. »

Nous voici maintenant au terme de la lutte : la ville est écrasée

jiar le feu des assaillants; l'amiralse tient au poste d'honneur,

â la brèche la plus menacée; et, alors qu'il tente un suprême

effort pour la défendre, des lâcltes, en s'cnfuyani, livrent l'accès

de la place à l'ennemi. Le glorieux chef qu'ils ont abandonné est

bienlùt cernéde toutes parts et fait prisonnier. Écoulons le récit

fait par Coligny lui-mèmedcce doulourcuxet saisissant épisode:

« Les ennemis, dès le matin, redoubloient fort leur batterie,

I ce qu'ils continuèrent jusqucs environ les deux heures après

Bidy, que nous leur voyons cependant faire tous leurs prépa-

atifsde toutes parts poumons venir donner l'assaut. Berna

"part, j'allois et envoyoisde tous costez, afin qu'un chacun fust

» prcst à les recevoir. Enfin je me donnay de garde, que, safls

^Lbruit et sans sonner tambour, je vis trois enseignes au pied de

^^kotre rempart. Lors je fis présenter un chacun pour coni-

^^■ntlrc. Mais ils ne nous enioncèrent point par mon endroit;

1 et commencèrent à couler et à monter file à file à une tour

» qui avoit esté fort battue de l'artillerie, au coin du quartier du

» sieur de Lagarde. Quand je vis qu'ils prenoient ce chemin-

» là, j'en fus bien aise, car ils monloient fort malaisément, et si

•> du lieu où j'estois je les voyois un peu par le flanc et leur fai-

ipis tout l'ennuy que je pouvois avec trois harquebusiers que

Éavois.ct pensois véritablement qu'il fusi impossible de nous

» eeq ^^Lnid ^Bati:

> forcer par cet endroil-là. Â la fin, je vis six enseignes qui mon-^ ]» loient au haut de la tour et se jettoient à bas : mais je pensms

> que ce fust dedans une tranchée qui estoit devant le parapet,

> pour estre plus à couvert; jusqu'à ce qu'on me vint dire que » les ennemis forçoient celte brèche-là. Lors je commençay à :» me tourner et dire à ceux qui estoient auprès de moy qu'il la 9 nous falloit secourir. Et sur cela vint le sieur de Sarragosse, ]» qui me demanda ce que je voulois faire et où je voulois aller ;

> je luy dis que je voulois aller secourir cette brèche que Ton 9 forçoit, et qu'il falloit là tous mourir et en repousser les enne-

> mis. Et sur cela je commençay à descendre du rempart. Il 1 faut sçavoir que je n'estois pas loin de la tour par où lesdits

> ennemys entrèrent : mais il y avoit une grande traverse qui ]» m'empeschoit de pouvoir juger ce qui s'y faisoit. Quand je 9 fus au pied du rempart, je fus bien esbahi quand je vis le » drappeau de renseigne de la compagnie de monseigneur le

> Dauphin, à l'endroit des Jacobins, qui s'enfuyait, et beaucoup

> de ceux de ladite compagnie ; si encores ils n'estoient devant ]& Quand j'eus marché huit ou dix pas plus avant, je vis tout ce

> quartier-là abandonné, sans qu'il y eust un seul des nostres,

> mais assez des ennemis ausquels il estoit aisé d'entrer, puis-

> qu'ils ne trouvoieht point de résistance. Et pour dire vérité, ]^ je vis de toutes parts un chacun s'enfuir. Aussi * moy fus-je » abandonné de tous ceux qui estoient auprès de moy, réservé 3> d'un jeune gentilhomme que j'ay nourri page ^ d'un valet de » chambre et d'un page. Et encore qu'il n'estoit plus en ma

> puissance de remédier à ce désordre, si aimai-je mieux al-

> tendre la fortune telle qu'il plairoit à Dieu de me l'envoyer, 9 que de m'enfuir. Et surtout je regardois si, de plusieurs qui

> passoient bien près de moy, j'en verroys quelqu'un d'appa-

1 . A partir de ce mot, le récit fait par raniiral est consigné dans une attestation qu'il délivra au soldat espagnol, Francisque Dias, le 31 mars 1558, avant Pâques. {Mém. de Coligny^ édit. 1665, p. 268 et suiv.)

2. U se nommait d'Aventigny. {Mém, de Coligny^ édit. 1665, p. 2i.)

• rence à qui je me pusse rendre, el surtout qui fût Espagnol, » pour ce que j'airaois mieux tomber entre leurs mains que >des autres nations; mais tous sans s'arresler passoient » outre, sinon Francisque Dias, auquel un de ceux qui estoienl «avec moy dit que j'estois l'admirai : lors il s'adressa à moy » et lira quelques coups d'espée, puis me demanda s'il esloit

> vray que je fusse l'admirai ; je luy dis qu'ouy; lors il cessa de

> me plus clia]"ger. — A l'heure mesmc survint un arquebusier, » ayant le feu sur le serpentin, qui faisoit contenance de me » vouloir tirer; mais je m'en parois avec ma pique le mieux que » je pouvois; aussi faisoït ledit Francisque Dias avec son espée, ■» qui eurent plusieurs paroles ensemble, desquelles je ne me ■» ressouviens pas, sinon qu'il me ressouvient que ledit arquebu- "» sier disoit ces mots : A la part! à la part! Lors je leure dis '^ qu'ils n'entrassent point en question et que j'estois bien suffîai saut pour les bien contenter tous deux. Adonc ils cessèrent ■> toutes paroles qu'ils avoient ensemble ; mais je ne puis dire

i quel accord ils firent ensemble. Après ledit Francisque Dias

> me demanda si ces deux qui cstoient avec moy estoient cava-

> liers. Je luy dis qu'ils estoient gentilshommes el à moy, et le

> page aussi- Lors il leur dit qu'ils se tinssent près de moy el

> qu'ils ne m'abandonnassent point; il demanda à l'un d'eux » qu'il lui enseijînasl quelque bonne maison et riche de la ville,

> où il put aller. Je luy dis qu'il me scmbloit avoir fait assez bon » butin de me prendre sans se vouloir amuser à autre chose. » Il me demanda ce que je voulois faire : je luy dis que je voyois

> les Allemands qui commen(;oienl à entrer, et que je le priois » de m'oster hors de leur chemin. Lors il m'osta l'espée quej'a-

> vois à mon coslé, et me (il asseoir au pied du ranipart, el in- » continent après vint à moy et me dit ijueje le suivisse et qu'il

> me rafcncroit en lieu de sûreté. Lors il monta sur la bresche 1 mesrae que je gardois, par laquelle nul enneiny u'estoit encore

entré dedans la ville, et par là il me lit dcscendi'c dedans le

-p fossé, m'aydant à descendre. — Quand nous fusraes au fond » dudit fossé. et près de l'entrée d'une mine qu'on avoit faite sur-

> vindrenl deux ou trois, l'un desquels faisoit semblant de me

> vouloir prendre, avec lequel lediJL Francisque Dias eust de

> grandes paroles, mais je ne sçaurois dire quelles. Il me fît en- » trer en cette mine, à l'entrée de laquelle je trbuvay le mestre » de camp Cazêres *, avec lequel ledit Francisque Dias parla; » et tantost après y arriva monsieur de Savoye, accompagné de i> quelque nombre de gentilshommes auquel on dit que j'eslois 3) l'admirai ; et s'approchant de moy, me haussa la veue

> de la bourguignote que j'avois et me regarda, et me dit

> que je n'eslois point l'admirai. Je luy dis qu'il n'y avoit i> pas si longtemps qu'il m'avoit vu, qu'il ne me pût bien recon- » noistre*. Lors un des gentilshommes qui le suivoient s'appro- » chant, luy dit qu'il me pensoit reconnoistre : et mesme luy » monstray ma chaisne que je portois, où pendoit Saint-Michel. y> Lors il passa outre et me mit entre les mains dudit mestre 3> de camp Cazères, qui me mena en sa tente, d

Ici s'arrôte le récit de l'amiral ^.

Livré aux mains de Cazères, il demeura privé de toute communication avec d'Andelot, qu'on lui disoit ôtre prisonnier,

1. 11 est nommé Caceres, dans le Récit du aiègc de Saint-Quentin par un officier espagnol, ap. Ch. Gomart, p. 301., 39G, 3!)8, 391), 400, 10!.

2. Le duc de Savoie avait assurômenl vu Coligny, Tannée précédente, à Bruxelles, lorsqu'il y avait séjourné pour assister à la prestation du serment de Charles-Quint et de Philippe 11, relatif à l'observation de la trêve de Vaucelles.

3. € M. de Jarnac y (à la prise de Saint-Onentin) «lenieura prisonnier; aussi

> firent les seigneurs de Saint-Ileniy, de Humes, de Lagarde, de Ouzieux,

> Moulins, les capitaines Breuil, de Bretagne, de Bambouillet, Saint-Roman,

> Saint-André, Lignières et Soleil. Ceux-ci y furent tués et y moururent, comme

> Ton m'a dit, le fils du seigneur de la Fayette, le capitaine Sallcvert, enseigne

> de la compagnie dudit sieur de la Fayette, les capitaines Ogier, Vicquer, la

> Barre, TEstang et Gourdes. Plusieurs autres y ont esté tués ou faits prison-

> niers, les noms desquels me sont incognus, et ne les ay peu sçavoir, pour

> leur faire part de quelque mémoire de leur vertu, etc., etc. > Fr. de Rabutin, Guerres de Belgique, liv. IX.)

^»insi que lui. A peine Coligny fut-il entré sous la tente du pBTfiestre tle camp des vieilles bandes espagnoles, qu'il demanda X 'autorisation d'envoyer au roi de France un ^gentilhomme, pour n \n rendre compte de la défense et de la prise de Sainl-Quentin : ^■jn refus formel lui fut opposé. Quaranle-huit heures devaient :^m6rae s'écouler avant qu'il lui Alt permis d'écrire à son sou- -^rerain.

Le lendemain du jour où le valeureux amiral avait été contraint de rendre son épée, force lui fut de passer momentanément ■«le la tente de Cazôres sons celle du duc de Savoie; il s'y rendit par pure condescendance : un insultant accueil l'y attendait. •Général en chef de l'armée ennemie, et vainqueur, Emmanuel- Philiberl ei"it dû respecter le noble caractère et l'insigne bravoure d'un adversaire vaincu ; en l'honorant dans l'infortune, il se fût honoré lui-même. Loin de Ih; il se déconsidéra par , une petitesse de procédés à laquelle Coligny ne répondit que par la dignité de son maintien. L'amiral eût cru s'abaisser en se plaignant : son silence fut, Ji lui seul, une réprobation. Voici la scène dans laquelle un contemporain digne de foi ' met en présence le vainqueur et le vaincu : « Le lendemain (de la prise » de Saint-Quentin), M. de Savoie donna à disner k M. l'amiral B et à M. le comte de la Rochefoucaull, lequel il aimait -, et non » pas M. l'amiral, comme il fist lors démonstration; car il fisl » .servir h table vis-à-vis de luy Icdict sieur comte, hormis la :» place de l'escuyer tranchant, lequel il entretint de plusieurs 3» discours fort familièrement; mais quant à M. l'amiral, il :» estoit tout au bas bout de la table, qui esloit longue, où il y

1. MêmoireS'tu sieur Juan de jtftrjff/, gentilhomme chnmpmoit. Paris, 1vol. i B-S*. nSS, — Mergey iUiU aUaché à ta personne du conil# de la Kiicliefou-

^=^jni]I. Il servait sous ses ordres à la Iiaiaille de SaÎDI-QueiiIiii, I) y Tut fail pri- 9«nmer en mâme lernpii que le comte.

2. Le duc de Snvnie se ruppelait l'accueil que la m£re du cnmie de la Itoche- «oucault avait, pn 163U, fail dims iîuii château de Vertueil ù i;iiarles-f.lnint. ;V- Paradùi, Hiat. de uottre ten^a. Paris, ISJG.p. 390.)

> avoit force capitaines et gentilshommes, ne luy disant une

> seirie parole, ny ne iaisant semblant de le voir. » Gomment ne pas reconnaître à ce trait d'insolence Thomnie

étranger aux plus simples notions de délicatesse et de générosité? Cœur étroit et envieux, esprit mesquin, ambitieux, calculateur, le duc de Savoie ne pouvait pardonner à Coligny ni ses hautes capacités militaires, ni son inflexible droiture; aussi ne voyait-il dans un tel prisonnier, livré en quelque sorte à sa merci, qu'une proie sur laquelle désormais il se trouvait à peu près libre d'assouvir, comme rival, sa jalousie, et comme spéculateur en matière de rançons, sa cupidité habituelle *.

Ses sentiments et ses calculs à l'égard de d'Ândelot, qui lui aussi marchait droit dans sa noble carrière et savait accomplir des prodiges de valeur, ne diffémicnt guère de ceux qu'il nourrissait à l'égard de Coligny. Mais, plus heureux que son frère, d'Andelot réussit à se dégager promptement des rudes étreintes du vainqueur; car, dès la première nuit de sa captivité, il s'échappa^. La nouvelle de son évasion se répandit bientôt dans

1. Rrantdmc (rdit. L. Lai., t. II, p. ii5) mentionne les circonstances dont Emmanuel-Philibert profita pour tirer de fortes rançons, soit des prisonniers d'un rang élevé qui étaient tombés entre ses mains, soit de ceux d'une condition moyenne, qu'il achetait à vil prix de ses soldats. — Guichenon {Hist, de Savoie, in-P*, t. II, p. 245) avoue qu'Emmanuel-Philibert tira de la rançon des prisonniers faits à la bataille de Saint-Quentin, une somme de cinq cent mille écus.

2. c M. d*Andelot fut pris aussi; mais se ressentant encore des mauvais trai-

> tements qu'il avait reçus d'eux (des E$p<ignols) en sa prison d*ltalie, aima

> mieux adventurer sa vie que retomber une autre fois en ceste captivité et

> misère ; de façon que, luy aidant la grâce de Dieu, il se coula par dessoubs » les bords d'une tente, et de nuit, après avoir sondé divers gués et passages

> dans les marets, trouv<i moyen de sortir de |eurs guets et gardes, et de se

> sauver à Ilan. > (Fr. de MahuiïnyG.de Belg., liv. IX.)-— c Le sieur d'Andelot

> la nuict mesme qu'il fut pris, se saulva, pour parler bon espaignol, et passa

> au travers des marets, dans l'eau jusques à la gorge, où il se pensa noyer,

> et vint trouver le roy ainsy comme il venoit d'avoir nouvelles de la perte de

> ladite ville. > {Mém. de la Chastres). — Voir aussi : Mémoire de Cestat dé$ affaires et histoire de Fiance soubz la fin du règne du roi Henri II, mss. da xvi« siècle. (Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 5141, ^» 1 et suiv.)

le camp espagnol; elle parvint jusqu'à Coli^ny et allé^jea le poids de ses pénibles préoccupalions.

La plus vive de toutes était celle du soin de son honneur, qu'il voulait sauvegarder, auxyetix de la France et de Henri II; il ÏDSislail toujours pour obtenir l'aulorisatton d'écrire h ce prince : il put enfin, le 30 août 1537, lui adresser la lettre suivante ' ;

« Sire, j'ay esté deux jours avec espérance de pouvoir envoyer » h Vostre Majesté un gentilhomme, pour luy pouvoir rendre » conte comme toutes choses sont passées durant le siège de » Saint-Quentin, et principalement comme elle s'est perdue. » Mais, il la fin, je n'ay pfi obtenir ce congé, bien m'a-t-on per-

> rais d'escrireii Vostre Majesté. Ce que je luy diray donc, c'est » que j'ay un extrême regret de n'avoir pu satisfaire à la lionne » volonté et obligation grande que j'ay de vous faire service; mais

> ce qui me réconforte, c'est que Vostre Majesté est si raison-

> nabic, qu'elle se contentera, quand elle sgaura que j'ay fait

> jusques h ta fin ce qui convient faire h un gentilhomme de » bien et d'honneur. Sire, il est si grand bruit en ce camp, et y » en a tant d'apparence, que mon frère d'Andelol s'est sauvé,

B après avoir esté pris prisonnier, que cela m'engardera ■ » d'entrer en plusieurs particularitcz desquelles ÎI vous sçaura

> rendre bon conte, et comme celuy qui y a esté présent. Il

> n'en reste qu'une de laquelle il .seroit malaisé qu'il peust » parler : c'est par quelle faute la villes'estperdue. Vostre Ma- » jesté entendra, que les gens de guerre que j'avois pour la 1 garde de la place, je les avois despartis, le mieux que j'avois * peu, en tous les lieux et endroits où je pensois qu'il y pouvoit » avoir affaire ; etavois donné en garde un endroict a l'enseigne » de monseigneur le Dauphin, auquel les ennemis se sont ad- X dressez. El encore que ce fût un des plus malaisés endroicts » de toutes mes bresches : si est-ce que par ce lieu seul nous » avons été forcez. Et pour ce que c'estoit à ma main gauche «t

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