‹ Gaspard de Coligny, amiral de FranceChapitre 110 sur 241 · Hounan. Vie de Cotigny, ti-ad. de 1605, p. 302 ù 56fi · texte numérisé non relu

Hounan. Vie de Cotigny, ti-ad. de 1605, p. 302 ù 56fi

> assez près de moy, ayant entendu que cesle bresche forçoit, j'y

> voulois aller pour la secourir ; mais le combat y fut si court i qu'avant que j'y arrivasse, je Irouvay que ceux qui dévoient 3> deffendre ceste bresche l'avoienl abandonnée de plus de cent y> pas et s'enfuyoient dedans la ville,, ayant desjà laissé entrer 3) trois enseignes d'Espagnols qui esloient plus de cinquante pas

> dedans la place, desquelles je fus rencontré, avec six ou sept

> hommes que j'avois avec moy, et là fus pris prisonnier. Sire,

> il est raisonnable que ceux qui avoient la charge de ceste

> bresche soient ouys et allèguent leurs raisons. Quant à moy, 1^ de ce que j'en ai veu et conneu, je vous diray quej'ay opinion, :» que s'ils se fussent là aussy bien opiniastrez à la deffendre

> comme firent généralement tous les autres endroicts, je serois 1^ encore dedans Saint-Quentin à vous y faire service. J'ay un

> grand crève-cœur, de penser que nous ayons esté forcez par 3> l'un des plus forts endroictz, quasi sans combattre, et mesme

> que des autres bresches les ennemis en estoient en partie re- 3> poussez, et que nos gens y furent pris par derrière. Et pour ne 7> dérober point l'honneur à qui il appartient, il faut que je dise

> qu'en trois bresches, Tune du côté du bourg d'Isle, où estoit » la compagnie de monsieur de Lafayette, la seconde où estoit jf mon frère, et la troisième où estoient les capitaines Soleil y> et Forces, ils combattaient encore à leurs bresches, qu'il y y> avoit près d'une heure que les ennemis avoient gagné la place.

> Sire, je ne sçay encore où je dois aller, car il ne m'en a esté » rien dit. Quelque part que ce soit, je supplie Vostre Majesté

> que je ne sois éloigné de sa bonne grâce, à laquelle, après

> m'être très-humblement recommandé, je prie nostre seigneur, y> Sire, qu'il luy donne, en très-parfaite santé, très-heureuse et

> très-longue vie. Du camp, devant Saint-Quentin, ce 30" jour

> d'aoust 1557. Vostre très-humble et très-obéissant serviteur

> et subject, Ciiastillo . s>

Ce mâle langage, empreint de grandeur dans sa simplicité.

ùl frappé la raison et ému le cœur d'un souverain juste et ilenveillanl ; mais, hélas! esprit faible et prévenu, cœur dé- Kiur%'u de générosité, Henri II repoussa avec dédain les affîrma-

i solennelles de Coligny et les explications péreinpLoires de l'Andelot; et n'écoulant que les odieux propos des dèlracleurs de 'amiral, il résolut de laisser sa lettre sans réponse. Non nioitis usle qu'éclairée dans ses appréciations, l'histoire a dignement 'engé d'un tel procédé l'illustre défenseur de Saint-Quentin. Elle )e se borne pas à proclamer qu'il fit tout ce qu'il était possible i un chef valeureux et expérimenté de faire. Elle va plus loin : ïlle lui décerne le glorieux titre de sauveur de sa palrie.Retenir vec une poignée d'hommes, pendant dix-sept jours, sous les nurs d'une place démantelée, une armée colossale ; la réduire ne pas oser, dans l'élan de la victoire, se diriger sur la capitale, t donner par là à l'armée vaincue le moyen de rassembler ses iébris et de se reconstituer ; voilà le prodi^-e qu'accomplit Coligny par l'ascendant de son indomptable énergie. A l'aspect de :e prodige, et en l'appréciant dans toute sa portée, l'histoire .

donc fondée à déclarer que, par sa résistance héroïque, tomiral sauva la France, à Saint-Quentin '.

Fort de sa conscience, Coligny, isolé, silencieux, sous latente le Cazères, se recueillait dans le sentiment d'un grand devoir iccompli. Acceptant sansmurmureraustèredispensationémanée l'une volonté suprôme, il comptait, pour le salut et le relèvenent de sa pairie, moins sur les efforts des hommes que sur la ;oute-puissance de Dieu, s'il entrait dans ses miséricordieux

I, < Coligny rendit olurs â Ia France un scrvipc di^iie d'une ètcrnelli! mémoire; il la sauva en lui domiADt tjuel({ueajOurnL'fsiiourse reconnajlm. Durriëre Jes murs qui tombaient en ruine, et au milieu des terreurs d'une popldallon découragée. Il arrêta pendant dix-sept jours avrc une poignée de mUiIs l'armée victorieuse de Philippe 11 ; et quand les Espagnols enlrèreul ilaiu la tille <iù leur canon avait ouvert onze brèches, l'aris en armes ne pouvait plus loiiiher dans leurs mains. La noble>^se fraiitaisc avait eu le temps d'ftccDurir autour du roi, et l'eiinemi alTaibli ëlail hors à'iM de poursuivre SCI avantages. > (Trognon. Ilisl. de Frauci, t. Ul, p. 220.)

desseins d'arrélef les progrès de l'ennemi et de ineltre un frei à ses fureurs et à ses excès.

A cet égard, un témoin non suspect de partialité pour le noble prisonnier, un officier espagnol *, raconte ce qui suit : « Uun » des soldats placés près de l'amiral lui dit un jour : Pourquoi ]^ Votre Seigneurie reste-t-elle silencieuse? (Il ne parlait jamais). :» Les affaires de France vont bien, et nous avons encore à ji> prendre le roi. L'amiral répondit : Avant trente jours, le roi » viendra avec une puissante armée, et tu verras ce qui se pas- 1» sera. D'ici à trente jours, répondit le soldat, nous aurons pris » la Fère, Guise, le Câtelet et Péronne. Tu ne dis môme pas, y> dans cette heure de malheur, s'il plaît à Dieu, dit l'amiral » très-fàché. »

Cohgny se montrait ainsi juste et généreux, en comptant sur l'énergie de Henri II pour défendre son royaume; et, chose digne de remarque, le délai de trente jours qu'il mentionnait dans sa réponse était à peu près celui auquel se référait le roi de France, pour reconstituer son armée et reprendre l'offensive, en écrivant, le 29 août 1557, à de Humières ^ : « J'ay entendu par y> la lettre que m'avez escripte du jour d'hier, le désastre qui est y> advenu à ma ville de Saint-Quentin, dont je reçoy ung ennuy y> et desplaisir tel que vous pouvez bien penser; mais, pour ce j> que en telle adversité il fault que tous mes bons serviteurs et » moy semblablement nous nous esvertuyons à tout ce qui se y^ doibt faire pour nous opposer si vifvement aux entreprises de jo mondit ennemy, que nous le ^Tardions de passer oultre et de y> porter plus grand dommaige à moy et à mon royaume, ainsy 3> que peultestre il se promet et propose, je faictz pour mon ]^ regard toute la plus grande diligence qu'il est possible d'asï> sembler mon armée que je fais compte d'avoir preste dedans

i. Récit du siège de Saint-Quentin par un officier espagnol, ap. Ch. Gomart, p. 410.

•2. Bibl. nal., mss. f. fr., vol. 313i, P 6L

T» le XX ou XXV du mois prochain, et qui sera telle et si puis- » santé, que j'espère bien, avec la grilce de Dieu, non-seulement » deiïendre mondit royaume, du surplus de l'elTorl de nioiidit > enneray, mais aussy le chasser du toul hors de mes limites » et recouvrer sur luy ce qu'il a injustement gagné et usurpé » sur moy, etc., etc. »

Du "29 au 31 août, tandis que le vainqueur gardait Coligny dans son camp, quelles scènes se passaient à Saint-Quentin? En voioi l'elTroyable tableau tracé par un témoin oculaire ' :

a Les Allemands, les Ângliiis, et mtfme les Espagnols, entrés » dans la ville, commirent de grandes cruautés sur les femmes, » les enfants et les habitants; un grand nombre l'ut tué, et j'en » ai vu plusieurs dont les cadavres nus, étendus sur le sol,

> avaient été éventrés par les soldats. Dans les maisons où en- » traientles Allemands et lesAnglais,ils tuaient liomme5,remmG5

» elenlants La ville fut enlièrement mise à sac et on tua les

ï habitants qui s'étaient réfugiés dans les caves, à moins qu'ils » ne pussent payer une rançon. Le pillage dura pendant la jour- » née du 27 et du lendemain 28 jusqu'à la nuit. Le butin lut con- » sidérable, car la ville était une cité commerçante et riclie, » et chaque soldat eut pour sa part de mille h deux mille du- » cats; quelques-uns en eurent plus de douze mille Sa Ma-

> jeslé fil de grands efforts pour sauver les femmes ; elle donna » desordrespour recueillir danslaprincipale église, qui est très-

> vaste, celles qui pourraient s'échapper. Elle employa tant de » soins il cela, qu'elle sauva ainsi plus de trois mille femmes 3 dont les unes furent amenées dans l'église et les autres dans » les lentes du duc de Savoie. Avant de les conduire dans » l'un ou l'autre de ces lieux, les soldais les dépouillaient de

> leurs vêtements, ne leur laissant que leurs chemises, afinjde ï s'assurer qu'elles n'avaient point -d'argent caché sur elles; et

Page 1