CHAPITRE XI
Stricte captivité do Coligny nu ciiAteau de l'Écluse. — Il y tombe gravement malad^^' — Entré en convalescence, il s'adonne à l'étude, de l'Écriture sainte. — 11 rédige M^
récit de la défense de Saint-Quentin. — Il est transféré au château de Gand. '
Les Guises profitent de sa captivité pour tenter de compromettre ses frères Odet ^^ d'Andelot. — Lettres de Calvin à Coli^ny et à Charlotte de Laval. — Négociation^ tendant à la paix. — Coligny rentre en France. — Paix de Cateau-Cambrésis.
L'Écluse, lors de la splendeur commerciale de Bruges, au moyen âge, constituait, à bien dire, le port de cette grande cité et de Damme, son annexe. Elle avait, à cette époque, une importance relative \ qui déclina avec la leur, à mesure que se développa le commerce d'Anvers, au xv** siècle, et qui, au xvi% s'effaça complètement. Déchue du rang de place maritime, l'Écluse n'offrait plus à l'État, en 1557, d autre avantage que la possession de son château fort, servant de poste militaire et, au besoin, d'enceinte propre à recevoir des prisonniers de guerre. Au nombre de ceux qui y avaient été déjà détenus, s'étaient trouvés successivement deux maréchaux de FYance, savoir: Robert de Lamarck, troisième du nom, duc de Bouillon, dit le maréchal de Lamarck, pris à la bataille de Pavie, mort en 1537, et Robert de Lamarck, quatrième du nom, duc de Bouillon, dit le maréchal de Bouillon, pris à Ilesdin, en 1553, mort à sa sortie de captivité, en 1556- .
i. M eycr, Anna/. Flandr.y lib. XII, ad. ann. 1331 et i4G8.— Pardessus, Collect. des lois maritimes antérieures au x\iii« siècle; in-4% t. 1, p. 356, et t. HI, Introduction, p. 137.
2. P. Anselme, Hist. généal.y i. VII, p. 164 et 103. — Mémoires de Fleurange, prologue. — Martin du Bellay, Mém.y liv. 111.
Tandis que les Français lombes au pouvoir lic l'ennemi, soit h la bataille de Saint-Quentin, soit lors de la prise de celte place, étaient, par ordre de Philippe II, disséminés dans divers châteaux cl villes du Brabant, du Hainaut, de l'Arlois et de la Flandre ', ce Tut dans la partie la plus reculée de cette.dernière province, au château de l'Incluse, que l'oliyny se vil confiné. Ainsi l'avait voulu le monarque espagnol, qui comptait, pour le moment au moins, le tenir là, mieux que partout ailleurs, sous sa main el sous sou regard inqnisitorial. En effel, quelque latitude que Philippe II eût laissée au duc de Savoie, en ce qui concernait la réglementation intérieure et la surveillance générale des divers lieux afTeclés alors à la détention des prisonniers de ^erre, il ne s'en étail pas moins réservé, quant h ceux-ci, el Burlout quant aux plus notables d'enire eux, le droit de suivre fe Irès-près toul ce qui se rattacherait aux moindres incidents âeleùr séjour dans les prisons de l'État, en se faisant adresser. Il cet égard, des rapports circonstanciés, sur le vu desquels il ùviserait *.
1. Archives du royaume de Belgique, Papiers iCÈtat et de l'audience, liassn 1* 83 (juillet el août 1557); dépêche ndressi^e de CuDibrui, lu VA août 1537, aiuc niloril^s de Valenciennes. — Mi^mcs Architcs, Lellrcs de* seigneun, A. XVIll, P S59. Lettre de Philippe 11, du :^0 septembre 1557, un comte de Lalaing. Ibid. ^270, lellrc de Philippe 11, du 27 septembre 1557. — Archives dùparicmeDlales du Noi-d, Fond» de la chambre des comptes de Lille. Leitre du 1" tepiembre 1557, du comte de Lalaing à Gilles de Lena, gouverneur de Ité- Ihuat.
ï. Lettres de Philippe U, des 20 et 27 septembre 1557 (Archives du royaume bBoIgique. Lettre» des seignettrs, t. XVlll, f" 259, 270), du fi juiliel 1558 au duc de Savoie (M"''i""s archivos, Correspondance générale, l. XVII, ^ UO), des Si et 30 jiiiivitT 1 558, au duc de Savoie (Archives nationales de Fiance, K, I i&t). — VoiduiispetimiMi des décisions prises par Philippe U eu cette matière; nous J'emprunluns il su lettre du37 septembre 1557: i Mimcoui<in...,qunnt âcelluyqul > (lorloit le hilli'l au connestable, duquel j'ay entendu la déposition, il sera bien t que l'on luy Tnce «on procâs, alin i|uc aullres, à son f xHmpIt-, ne s'adrenturent à f mener pratique avec les prisonniers •!<■ plus griinde conséquence que n'a esté > cesiA-cy. et que, s'il est possible, l'uu appréhende aussi le savntii^r et les I dent serviteurs de Tboslellerye de k Pomme il'nr pour voir si, iV reutoulrc l'on tronvera chose de rondement, e( mesnies sfavoîr il quelle oeca-
Coligny se trouva de suite soumis au régime d'une stricte captivité, que le duc de Savoie s'était personnellement chaîné d'organiser ^ Les minutieuses instructions que le commandant du château avait reçues du vainqueur de Saint-Quentin étaient accompagnées de l'ordre formel : 1** de ne laisser à la disposition du noble vaincu que les seuls serviteurs dont les soins, lui seraient absolument nécessaires; 2** de veiller à ce que ces serviteurs ne sortissent jamais du château pour procurer à leur maître ce dont il aurait besoin; une personne du pays, digne de confiance, devant seule se pourvoir au dehors de ce qu'exigerait le service quotidien du prisonnier; 3** de ne laisser pénétrer, à l'adresse de celui-ci dans le château, aucunes lettres, quelle qu'en fût la provenance, autres que celles qui, après avoir passé sous les yeux du duc, seraient expédiées par lui au commandant, avec autorisation d'en effectuer directement la remise entre les mains de Tamiral ^. Cette dernière prescription demie la mesure de la rigueur avec laquelle devait être surveillée, si ce n'est môme entravée l'expédition des lettres écrites à qui que ce fût par l'amiral ^.
> sion ledict savelier s'adressoit plus à icculx que nuls autres, et que le genlil-
> homme français qui print à sa charge de par ie moyen du maistrc d'hostel de
> livrer le hillet, soit resserré et gardé eslroilement, puisque à iceluy qui est
> sur sa foy il ne convient user de telz ternies, et vous prie m'adverlir de ce
> que s'en sera faict. »
1. c Ouanto al tractamiento que se haze al condeslahle, almirante y otros pre-
> sonioros franceses principales, jo tuve con eslo desde el puncto que se pren-
> dieron y que parlieron de San Quinlin la cuenta que liera razon, y mande que
> etc., etc. > l.ellre du duc de Savoie à Philippe II, du 2() janvier 1558 (Archives nationales de France, K. 14î)i). Voir, à YAppendice^ n** (il, le texte de cette lettre.