I. Hotruun, Vu île Coligny, (r. Tr., éJîl. de I6C5, p.,âl
tude, Goligny demanda qu'on lui procurât le texte de la sainte Écriture, afin qu'il pût y puiser les consolations et le soulagement dont il avait besoin, prouve qu'il en connaissait déjà, au moins en partie, le prix inestimable. Il y a plus : l'appui, qu'en 4555 etl556, il avait accordé aux protestants français, à ces fervents disciples de la Bible, dont il honorait la foi, et qu'il tentait de soustraire aux persécutions, témoignait non-seulement que le livre des livres ne lui était pas inconnu, mais encore qu'il le considérait comme Tunique base des croyances chrétiennes. Enfin ce sentiment n'avait pu que s'affermir dans le cours des intimes entretiens que d'Andelot, depuis son retour de Milan, avait eus avec lui.
Deux passages d'un écrit rédigé par l'amiral, dans les premiers mois de sa captivité, à l'issue de sa grave maladie, permettent d'apprécier le sérieux et la profondeur des sentiments qui l'animaient. Il s'agit de son récit du siège de Saint-Quentin* ; œuvre d'incomparable loyauté, qui défie toute critique, et éclatant témoignage de confiante soumission à la volonté divine. De ce mémorable écrit auquel nous avons fait ailleurs divers emprunts, nous ne retiendrons ici, au double point de vue qui nous occupe, que les premières et les dernières lignes.
Voici d'abord en quels termes Coligny annonce qu'il consacre son écrit, non à la défense de son honneur, que la calomnie ne saurait atteindre, mais uniquement au fidèle exposé de faits que d'autres seraient tentés de juger à la légère, ou même d'altérer :
« Il pourrait estre qu'il y en auroit aucuns qui, pour n'avoir ^ leu ces mémoires tout au long et avoir mis le nez dedans » seulement, ou par faute de bon jugement, estimeroient que » je les eusse fait par forme de justification, mais devant que
1. Ce récit est daté de TÉcluse, 28 décembre 1557. — Dans une lettre adressée de Saint-Germain en Laye à Brissac, ce môme jour 28 décembre 1557, le cardinal de Cbâtillon annonce qu'il a de bonnes nouvelles de son frère, l'amiral. (Bibl. nat., mss. f. fr., vpl. 20 526, r> 27.)
t d'entrer plus-avant à la lecture d'icdles, je supplie un cha-
• cun d'osier cela de son opinion, pour deux raisons princi-
* pales : la première, qu'il n'est point besoin de se justifier » quand l'on n'est accusé de personne, et que je me sens si net ï en ce qui louche mon honneur, que je ne crains point le pou-
> voir estre. La seconde est que, quand je le scrois d'aucun, je ï sens mon cœur assis en assez bon lieu pour le pouvoir def-
> fendre comme il appartient h un gentilhomme, homme » d'honneur et de bien, et pour en pouvoir respondre à un ) chacun selon laqualilé, sans venir aux escritures, ni en faire » un procès comme font les advocats. — Je veux bien aussi dé-
> clarcr la raison qui m'a raeu îi laiie ces mémoires, afin que t chacun l'entende; c'est que, me trouvaot prisonnier après la » prise de la ville de Saint-Ouentin, me souvenant que nous ï n'avons rien de certain en ce monde que la mort, el au con- » traire rien de si incertain que l'heui-e d'icelle, j'ay bien voulu
> mettre par escrit comme toutes choses se sont piissées sous
> ma charge, depuis le jour que je partis de Pierreponl, où je » laissay monsieur le conneslablc avec l'armée, jusqu'à celuy » que ladite ville fut prise d'assaut. Car il me semble qu'il n'est » rien plus raisonnable que ceux qui sont employez aux charges
> en rendent eux-mesraes conte lidèlement, et ne fût-ce que
> pour une seule raison, laquelle est, qu'il advient ordinaircmeal ï que ceux qui ont esté en mesme lieu en parlent indilTéremï ment, les uns pour faire penser que rien ne leur estoit caché, ï Jes autres qui sont si aises de parler, que de ce mesme dont
> ils ne sçavent rien ils en veulent rendre conte. Il y en a
> d'autres qui en parlent selon leur passion, soit qu'ils veulle.nt s bien ou mal aux personnes ; d'avantage, qu'il y a tant de sortes » de descrieurs et mesmes aux pays eslranjies, qu'il ne se faut » point esbayr si ceux-là sont bien souvent mal informez des
> alîaires qui passent loin d'eux, quand mesme ceux qui sont j sur les lieux en pailent diversement, pour tes raisons cy-
i> dessus déclarées. Parquoy, tout bien considéré, il me semble
> estre phis raisonnable que ceux qui tiennent la queue de la
> poêle rédigent telle? choses par escrit, que nuls autres, afin
> qu'ils mettent la vérité nue, sans la farder ou couvrir. Autre-
> ment ils devroient avoir grande honte si en aucune chose ils
> sont desdils et ne sont trouvez véritables. Car cela pourroit i> faire penser qu'en tout le reste de ce qu'ils auroient mis par
> escrit il y pourroit avoir du déguisement. Je proteste donc }) que tout ce qui s'en suit est fidellement escrit : et s'il y a j> quelque omission, il me semble que ce n'est point des princi^
> pales choses; je prie ceux qui liront ce discours de m'en vou- ]^ loir advertir. »
A ce langage, qui respire une mâle et légitime fierté, succède le récit exact des faits qui concernent le si^e et la prise d'assaut de la ville. De ce récit, l'amiral lire la conclusion suivante : e: Je diray que c'est un grand malheur pour un gentilhonune
> qui est assiégé en une place où toutes choses lui défaillent^ 3> qui luy sont nécessaires pour la garder, et principalement de- » vaut les forces d'un grand prince, quand il se veut opiniasi> trer devant, et mesme quand c'est que l'on a de combattre ]^ aussi bien les amis que les ennemis, comme j'ay eu devant )> Saint-Quentin. »
L'amiral ne s'arrête pas à cette conclusion : il élève son âme à Dieu; et contemplant des sereines hauteurs de la foi les agitations et les désastres de cette terre, il termine par ces admirables paroles : <i: Tout le reconfort que j'ay, c'est celuy qui me
> semble que tous les chrestiens doivent prendre, que telsmys-
> tères ne se jouent point sans la permission et volonté de
> Dieu; laquelle est toujours bonne, sainte et raisonnable, et
> qui ne fait rien sans juste occasion : dont toutesfois je ne sçay
> pas la cause et dont aussi peu je me dois enquérir, mais
> plustost m'humilier devant luy, en me conformant à sa vor
> lonté! y^
Bien loin de reporter une seule de ses pensées sur la solitude dans lariuelle Coligny se recueillait ainsi devant Dieu, la France, à l'exemple de son souverain, oubliait le héros qui l'avait sauvée, et n'accordait de louanges qu';^ un homme qui, naguère, avait moins fait pour elle à Metz que l'amiral ne venait de faire i Saint-Quentin. Libre aux panégyristes d'alors de parler avec emphase de l'heureux défenseur de Metz : mais de quel droit laisser dans l'ombre l'abnégation et les suprêmes efforts du glorieux vaincu de Saint-Quentin, qui n'en demeurait pas moins le sauveur de sa patrie? Justice lui était due; et la justice ici n'eût été complète, qu'en s'alliant l\ l'admiraliou et k la gratitude.
A chacun selon ses mérites. Le rôle de François de Lorraine à Metz avait iHé grand, sans doute ; mais celui de l'amiral à Saint-Quentin se produisait comme plus grand encore.
Quelle disparate, en elTct, entre les deux situations!
D'une part, la lenteur des mouvements de l'ennemi avait laissé au duc de Guise le temps de s'installer à Metz, d'en compléter les fortilicatious, d'y accumuler les approvisionnements, les munitions, d'y concentrer toutes les troupes nécessaires & la défense el d'y grouper autour de lui d'excellents officiers de diverses armes, ainsi que l'élite de la noblesse française. La population de la ville lui était sympathique. Une armée d'observation se tenait à sa portée, pour le soutenir, au besoin; mais telles étaient les forces sur lesquelles il s'appuyait, à l'intérieur de la place, que bientôt cette armée put, d'accord avec lui, se replier sur la Picardie. Enfin la saison, alore qu'elle le laissait abrité dans la grande cité, lui venait en aide en décimant par ses rigueurs, au sein des campagnes, l'armée assi^eante '.
1. < Jcstois au sî^gc lie Mets, cl t esm oigne r ny lousj ours que monsieur ileGuyse I y R bien servi; mais si fniilt-il conresser '(ue la snison de l'biver v a plus serri que nulle autre, t (Paroles ilu vidame île Chartres, citées par de La Place, , èdtt. de 1505, (■ Ut.)
D'une autre part, au contraire, l'ennemi s'était jeté à Hmproviste sur Saint-Quentin, où Coligny n'avait pu pénétrer qu'à grand'peine avec quelques centaines de soldats à travers les lignes d'investissement. La place, totalement dépourvue de solides fortifications, Tétait aussi dans une lai^e mesure d'artillerie, d'armes, de munitions, d'approvisionnements et surtout de troupes. La masse des habitants, à l'exception du maire, constituait plutôt une entrave qu'une ressource, au point de vue de la défense; et la belle saison, sans influence sensible sur les conditions de celle-ci, servait en réalité d'auxiliaire aux assiégeants, en favorisant leurs mouvements, leurs travaux et leurs communications. A tous ces désavantages s'en joignait un dernier: une armée de secours n'était un instant apparue à proximité des assiégés, que pour se faire écraser sous leurs yeux et les laisser dans un isolement absolu.
Plus donc la tâche accomplie par Coligny, en août 1557, avait été ardue, et plus le service par lui rendu à la France était grand, moins il était permis au monarque et à ses sujets de méconnaître les difficultés d'une telle tâche et l'étendue d'un tel service.
Un jour vint où le souci des intérêts de l'État réveilla, chez Henri II, le souvenir du guerrier, prisonnier au château de l'Écluse.
Ce prince, aussitôt après la défaite du connétable, sous les murs de Saint-Quentin, avait rappelé le corps expéditionnaire, mis au service d'une déplorable cause; depuis lors, il possédait, grâce aux efforts de réorganisation accomplis par le duc de Nevers et par quelques autres chefs dévoués, une nou- . velle armée, dont le retour des troupes du duc de Guise accroissait l'effectif, et qui pouvait d'autant mieux se mesurer désormais avec les forces ennemies, que ces forces étaient journellement désagrégées par des rivalités intestines et diminuées par des désertions; le duc de Guise, en qui seul la France affolée
lellait pour le moraenl tout son espoir, sans se préoccuper le son récent échec en Italie, venait, à titre de lieutenant généal du royaume, d'être investi de pouvoirs illimités, et la quesion d'un grand coup à frapper, par la reprise de Calais, s'agîait dans les conseils de la couronne, lorsque le monarque se Buvint que Coligny élail l'auteur d'un projet d' attaque dont on Wurrait tirer profit pour se rendre maître de celle place, aussitôt, dans son vif diïsir d'obtenir communication des ménoires et des plans relatifs à ce projet, il les fit demander à malame l'amirale, qui lesconservail au château de ChAtîllon-sur- [iOing. Il ne doutait pas que la généreuse Charlolle de Laval, iont le patriotisme était à la hauteur de celui de son mari, ne se Icssaisîl de ces documents avec un empressement égal à celui pi'eùl mis l'amiral lui-môme à les livrer aux mains de son sourerain. Les prévisions de Henri II, à cet égard, étaient fondées. Poici, en effet, ce que rapporte Brantôme ' ; * M. l'admirai fut le premier inventeur de ceUe entreprise (sur Calais) -, et durant la trefve, il avoit envoyé recognoistre I celle ville par M. de Briquemaut... luy doncqiies ayant trèsbien recognu la place (desguisé, ce disoient aucuns) en fit le rapport à M. i'admiral, et la rendit si facile à prendre que M. l'admirai en fit là dessus des mémoires très-beaux, et en projetla le dessain et en tira le plant ; et de tout en discourut au roi, qui y prend goust et en réserve l'exécution h la première bonne occasion ; si bien que M. de Guyze venu il s'en ressouvient; et depesche vers madame l'admirale le petit Fequieres, nourry de feu M. d'Orléans, Irès-habile, brave et vaillant gentilhomme et ingénieux, peur luy faire voir dans les coffres et papiers do M. l'admirai, s'iln'y trouveroit point tous
l.Éail.L. Lal.,I. IV, p, 213, 2U, 215.
3. n est Cûnsidfré comme tel par Bossuet {Leç. d'hint. de Frnncc, p- Si), ■i n'ho!ti(D pas à dire ; • On suivît le proj'rt qu'avait dressi^ l'amiral, Nvant sa prisou, pour reprendre celte place (Calais). > — Voir aussi le prés, Uéuaull,
mçoit II, acte 111, scène i", p. G3.
tl
» ces mémoires; ce qu'il fit : et les ayant rapportez au roy, il
> (le roi) les confia à M. de Guyze, à quoy M. de Guyze y rapj> porta une très-grande difficulté, voire du tout une impossibilité ]i> et nulle apparence de raison * : Aller assiéger ime telle place j> imprenable, après une si grande perte' de bataille advenue, » et mesraes en plein corps d'hiver et en telle assiette ! ce que
> M. l'admirai vouloit en ses mémoires, d'autant qu'en hyver 1^ l'Ânglois, se fiant en la mer et aux eaux qui regorgent et » s'enflent plus lors qu'en esté, ilz n'y jettoient grand nombre
> de gens, et la garnison estoit fort petite, au prix delà grosse
> qu'ils y jettoient l'esté, la voyant faible à cause des eaux 3> basses. Aucuns disoient que M. de Guyze le disoit à fort bon » escient, et par raison, et à la vérité; autres, pour rendre la 3> chose ainsi difficille, aflîn que par après la prise il en
> acquist plus de gloire et en triomphast mieux. On dit aussi
> que M. de Senerpont, soubz-lieutenant du roy en Pycardie, un y> très-bon et sage capitaine, faisoit la chose fort facille, pour y> l'avoir bien faict recognoistre. Tant y a que le roi voulut que y> que M. de Guyze tentast cesle fortune, et lui commanda ré-
> solunient d'y aller avec l'armée qu'il luy donna ; ce qu'il fît. ï> Le rapprochement de deux dates à établir ici, et le contraste
qu'offrent entre eux les faits auxquels elles s'appliquent, ont quelque chose de saisissant.
Alors que, le 28 décembre i557,Coligny, confiné dans une prison, à l'extrémité de la Flandre, terminait son mémorable récit de la défense de Saint-Quentin, et que, s'il était informé de l'attaque de Calais par l'armée française, il ne pouvait certainement qu'appeler de ses vœux un succès, qui, quel qu'en fût, au lieu
1. c Le duc de Guvse feitune telle difficulté d'aller audict Calais, tenant l'exé- 1 cution dudict voyage pour impossible, qu*il vinst jusqu'à protester que ce
> qu*il en faisoit n'estoit que pour obéir au très exprès commandement du roy, 1 qui ne cessoit d'insister, au contraire, et dire que la prise <lo ladicte ville seroit
> sans aucune résistance, estant bien adverty du peu de difficulté qu'il y avoit
> à la surprendre. » (De La Place, Comment, y ^ 13.)
de lui, rinstrument privilégié, arracherait celle ville k la domination étrangère, que se passail-il, presque au mûme jour, sur un point de la France voisin des côtes flamandes? François de Lorraine, sans respect pour une noble infortune, s'étudiait à prouver que lui aussi, mais à sa manière, se souvenait de l'amiral. Fort du puissant concours que lui prêtait avec un rare désintéressement l'un des frères de ce dernier, le valeureux d'Andelot ', il était sur le point de s'emparer de Calais : on le croyait absorbé par les opérations du siéjîe, quand, retiré sous sa tente, Il s'y ménagea le loisir d'écrire, lui, général en chef des Iroupes de la France, à un gouverneur de places françaises, au sujet de prisonniers de guerre français, eu des termes que, seul peutêtre le duc de Savoie, en qualité de général ennemi, eftt employés visrà-vis de ses subordonnés, en parlant de vaincus livrés à sa merci *.
Voici la lettre qu'il adressa, le 3 janvier 1558, « du camp près Calais s , à de Humiêres, gouverneur de Péronne, Roye et Montdidier ' :
€ Quant à ce que vous desirez sçavoir comme vous aurez
■» àvous gouverner pour le faicldes pacquelzqueM. Icconncslable j écrira à madame la conneslable, et M. l'amiral ù madame l'arai-
1. t l'finircprise el sîêgi! île Cnlaîs «iiil, où 31. Daiiilelot servit si liinii du
> son estât, qui! M. de Guyse dist lorsque, pour conqui'rir un monde if. places,
> il ne voudroil avoir (|ue M. Dandclot et M. le inaresdiol Estrozzc, et M. d'Es-
> IréM pour l'anillerie. » Drautôme,!. L. Lai., édJt. VI, p. 2ti.
i. Jamais les lils de Claude di- Lorraine, non plus que leur père, n'ont clé, àxM la Tranche acception du mot, de véritables Françait. Aussi, l'un de leurs contemporains était-il fonda ù dire ; c Combien que H. le cardinal el ses fril^res
> loyent ni^s en France, et les premiers François de leur race, toutesfois, comme » il faut du temps beaucoup il despouillcr la sauvagine desmteurset du naturel
> du pays paternel, l'on ne tient pas custu première portée et génération pour
> DSturdle et légitime, commis les wiih et anciens piitrioles qui sernyent da * <[Uktrc et cinq races. * Régnier de Laplnnrlie, le Lîrre det maichiinih, édit, 1 du Panlh. liuér., p. KÏ9.
L Bîbl. oat., msE. t. fr., vol.3l33, f" 17.
> raie sa femme, et à messieurs le cardinal de Chastillon et » d'Ândelot, ses frères, et ceux que lesdites dames et sieurs leur
> escriroDt semblablement, vous ne sçauriez faillir de les leur i> envoyer ordinairement. Et touleffois s'il y avoit aultre chose
> que pour leurs particuliers négoces et affaires et dont il vous
> semblast que je deusse estre adverti, vous me le feriez sçavoir,
> et semblablementquandlesdits pacquetz auront passé par vous,
> affmqueje sache qui va et vient, comme il est bien raisonnable,
> et que vous l'avez fait pour le regard des pacquetz que M. mon
> frère M. le cardinal de Lorraine a escript à M. de Savoye. > Ces lignes décèlent, à l'égard du connétable et de Coligny,
une défiance haineuse, allant jusqu'à enfreindre le secret de la correspondance privée; car comment, s'il ne sefiit pas personnellement assuré du contenu oc des pacquetz d, de Humières eût-il pu informer le duc a: qu'il y avoit en eux autre chose que
> ce qui concernait les particuliers négoces et affaires des pri-
> sonniers :^? Égaré par la passion, François de Lorraine ne voyait en Coligny et en son oncle que deux rivaux dont la captivité servait son ambition effrénée, et cette captivité, dont il eût dû chercher à adoucir les rigueurs, il l'aggravait par un procédé coupable.
Voilà donc les ordres restrictifs des ducs de Savoie et de Guise pesant à la fois sur l'échange de communications épistolaires entre Coligny et les membres de sa famille, de même qu'entre le connétable et sa femme, et sur l'ensemble du traitement réservé aux deux prisonniers! Mais si rien n'établit, quant à l'amiral, qu'on se soit jamais relâché de la sévérité de ces ordres, il est facile de constater qu'il n'en fut pas de même quant à Anne de Montmorency. Le contraste, ici, s'explique tout naturellement par celui que présentaient, entre eux, les caractères du neveu et de l'oncle. Le premier se respectait trop pour condescendre à solliciter quoi que ce fût du duc de Savoie ; le second, au contraire, souple et maniable, à ses heures,
n'avail pas lardé, dans riolérôt de sa situation personnelle, à entrer, par correspondance, en relations directes avec Emmanuel-Philibert, et à se concilier, jusqu'à un certain point, ses bonnes grâces : de là, dans le traitement de l'un des deux prisonniers, au château de l'Écluse, et le traitement de l'autre, au château de Gand, des différences dont on peut, aujourd'hui encore, saisir la trace.
Ainsi, par exemple, quelques démarches qu'eussent l'aites, en dehors de tout appui, à l'étranger, Charlotte de Laval et ses beaux-frères, Odet et d'Andelot, pour subvenir autant que possible aux besoins journaliers de l'amiral, dans sa prison, et aux nécessités de son service personnel, rien n'établit que ces besoins fussent toujours satisfaits, ni que ce service i'fit assuré parla présence d'une domesticité dévouée. On sait, à l'inverse, que grâce à l'intervention d'un haut personnage étranger, de nombreux gens de service étaient venus de France, sur la demande du connétablQ, entourer sa personne, au début de sa captivité, et que, de plus,il avait à sa disposition les ressources nécessaires à son entretien. Le cardinal de Châlillon écrivait, sur ce point, h son oncle, le 18 septembre 1557 ' : <l Monseigneur, après que ï madame la connestable vous a dépesché Yvoy vostre maistre • d'hostel avec tout ce que vous lui aviez donné en charge de » vousenvoier par luy, tant des personnes que auUres choses, » quy sont par ung mémoire que luy avés envoyai, j'ay reçu une » lettre du médecin Vesalius par laquelle il me mande qu'il estoit » venu au camp du roy son maistre pour solliciter le passeport ï de tous vos gens, à quoy desjà l'on avoit rais ordre à tout ce
> qu'il mande, hors du vin, d'aultanl que par deulx ou troys foys j l'on ne l'avoit voulu laisser passer, à quoy l'on a mis ordic » incontinent et à tout ce que l'on nous fera entendre quy sera
> tant pour vostre vivre que vostre service, t
l.Bib). nal., nt;is. f. fr., vol. 3130, f" 33.
La lettre suivante est plus significative encore. Le duc de Savoie écrivait au connétable , le 20 novembre 1557 ^ : c Monsiear
> mon cousin, j'ay reçeu vostre lettre et dlcelle entendu vosbe
> meilleure disposition : que m'a esté un singulier contentement
> non moindre que la convalescence de madame la connestable,
> ma cousine : que m'a naguières escript et à laquelle je &is
> response que luy envoyé avec voz lettres et d'autres addressanti
> à elle : ensemble le sauf-conduict pour celluy que ma dite y> cousine désire despescher pour vous porter aulcunes bardes et D quelque vaisselle d'ai^ent. Et quant aux vins dont faictes y> mention, je n'en fais aulcune difficulté, ains très volontiers î j'accorde le passe-port, qu'on fera tenir au s' d'Humières dez » qu'ilz seront arrivez en Péronne, désirant non seulement en » cecy, qu'est tant peu de chose, mais en tout ce qu'à moy sera » possible, vous grattiffîer et complaire d'aussi bon cœur que je » vous fais mes recommandations. Et, à tant, je prieray Dieu » que, monsieur mon cousin, vous doint la bonne santé que je y> vous désire. Du camp de Faignies, le XX de novembre 4557. y> Vostre bien bon cousin, E. Philibert. y>
Il y a loin de ces procédés à ceux dont on usait vis-à-vis de l'amiral, et que dénotent, à elles seules, les difficultés apportées à la réception des sommes que lui envoyait sa famille pour satisfaire à des besoins instants, comme le prouvent trois lettres de ses frères et de lui-même, écrites. Tune dans les premiers temps de sa captivité % et les deux autres à des époques de beaucoup postérieures ^; circonstance qui implique le calcul d'un mauvais vouloir persévérant à son égard.