Th. de Siae. Wsl. eccL, t. I, p. UO
î. Le Si avril 1358 (DeTlou, Uiil. wmu-, l. II, p. Kil).
n'avail dès lors nul souci d'y mettre un terme. Aveuglé par la haine qu'il portait à Coligny et par la jalousie que lui inspirait le connétable, il se félicitait de les voir Tun et l'autre réduits à l'inaction par la capti\îté. Aussi, afin de contribuer, en ce qui dépendait de lui, à la prolongation de cette inaction dont ils soulTraient, chaque jour, davantage, concentra-t-il tous ses eiïorts sur la continuation d'une guerre qui maintiendrait les deux prisonniers sous la pression de l'ennemi. La guerre en eiTet, continua, et avec elle se prolongea la détention de l'amiral et du connétable.
Si les châteaux de Gand et d'Enghien, en tenant à l'écart deux rivaux des Lorrains, se transformaient, par cela même, pour ceux-ci , en gages de sécurité, n'était-il pas possible d'obtenir aussi certains gages, d'une nature sinon identique, du moins analogue, à l'égard de deux autres rivaux, Odet et d'Andelot, qui, par l'indépendance et la fermeté de leurs actions, gênaient singulièrement le duc et le cardinal ? Ces derniers pensèrent que oui. Dirigeant, en conséquence, leurs manœuvres d'abord contre le cardinal de Châtillon, ils s'étudièrent à le compromettre, dans sa haute position d'homme d'état et de dignitaire ecclésiastique, en se prévalant de la répugnance qu'il avait tout récemment manifestée, à jouer, en compagnie de l'un d'eux, le rôle de persécuteur officiel des réformés fi-ançais.
Quelques mots sur ce point suffiront à faire connaître ce qui s'était passé.
François et Charles de Lorraine, quoiqu'ils ne pratiquassent en réalité d'autre culte que celui de leurs intérêts personnels, ne s'en étaient pas moins posés, aux yeux du clergé et des masses populaires, en champions de l'Église romaine, contre les prétendus hérétiques * . Tel s'était montré le duc de Guise, notanunent à Metz *, alors que, pour clore avec éclat la solen-
i. De Thou, EisL unto., t. I, p. 4i5, et ibid., note 2.
2. Meurisse {HUt. derkérésieà Metz, in-i% 1670, p. 112, 113) rend compte
ni!.« (l'une procession, il avait fait brfller, en monceaux, sur la place publique, les livres des religionnaircs, abusivement saisis, en exécution de ses ordres. Tel aussi s'était montré le cardinal de Lorraine le jour où, pour couronner ses désastreux antécédents de persécuteur, t il avoit requis au pape ce que le pape
> plu?tosl luy devoit requérir et qu'il ilésiroit plus que toutes les ï clioses du monde, îi savoir que la forme de l'inquisition d'Es- » pagne du tout ou à peu près ffit dressée en France ' ». A cet elTet, il avait obtenu, le 56 avril 1557, un bref pontifical qui créait dans le royaume trois grands inquisiteurs *. Ce bref constituait l'arme dont il entendait se servir pour attaquer personnellement le cardinal deCluUillon. Il lui semblait que de cardinal ;t cardinal la chose allait de soi. Or, voici en quoi le maniement de celte arme devenait perfide : Charles de Lonaine, en revêUint la livrée de l'Inquisition, n avoit pratiqué envers le T pape que deux autres luy fussent adjoints (le tout comme » venant du propre mouvement du pape), l'i savoir les car-
> dinaux de Bourbon et de Chaslillon : le premier desquels il
> savait être aussi plein de haine contre ta religion, que voide 1 de tout savoir : de sorte qu'il ne pouvoit douter qu'il n'en » chevisl du tout à son appétit. Et quant à celuy de Chaslil- » Ion, lequel il savait estre homme d'entendement et mesme » n'estre adversaire de ceux de la religion, i! avait usé d'une
> merveilleuse ruse en ccst endroit, S(;aehant qu'un contre
> deux ne feroit point de nombre : espérant que par ce moïen
delà procession dont il s'agit et ajoute : * M. de Cuise oc vaalarit laisser ilaiis 1 la TÎlli^ aucun vestige d'aliomiDalion, il fil amener tous les livres qui estoient
* restez des premiers luthériens et des lutlii^rirni converti espars cA el U pur
> les maisons des bourgeois, contenouls doctrine réprouvée, et les (it brusler
• eu la place du palais, cxhoilant les bourgeois qu'ils eûssrnt h suivre it l'ad-
> venir le train d'une meilleure vie que colle qu'ils avoienl menée auparnratil.» — Voir aussi Mém. de U. de Salignae, sur le siège de HoU, édil. de I7HR, p. 170.