Th. deBèze, HUt. eccl, t. I, p. 143, iU
> pour autant que je me suis enquis dilîgeminenl, et ay trouvé » qu'on n'y avoit rien chanté que les pseaumes de David et prié
> Dieu, en ce leraps dangereux, d'appaiser son ire contre nous X et nous donner une bonne paix, et aussi de vous maintenir, » Sire, en bonne prospérité.
» Je confesse qu'il y a bien longtemps que je n'ay esté à la » messe, et ne l'ay fait à ta légère, mais après en avoir pris » l'advis et conseil des plus si^avans de vostre royaume. Que si » Vostre Majesté s'estoit estudiée à s'enquérir de la vérité (office j qui Vous appartient) Vous n'en pourries assez louer et mï^ni- » fier la bonté de Dieu, lequel m'k tellement oslé le voile d'igno- » rancc, que je m'assure avec sa grâce de jamais n'y aller.
» J'ay aussi envoyé un livre à monsieur l'amiral, mon fiére, » plein de consolation et propre pour le consoler en l'ennui de
> sa prison advenue pour vostre service.
> Par ainsi, Sire, je vous supplie de laisser ma conscience ï sauve, et vous servir du corps et des biens, qui sont du tout
> vostres.
> Le roy, trouvant fort eslrange ce propos, comme aussi le » cardinal, qui ne faillit il ceste occasion qu'il espiûit, et prinl la » parole pour le roy, luy disant qu'il pensasl bien à ce qu'il » disoit, comme celuy qui estoit en tr^s-mauvais train, il luy resj pondit : Je suis très-certain de ma doctrine, et vous savés ï mieux que vous ne dites, monsieur le cardinal, j'en appelle » vostre conscience en tesmoin,si vousn'avéscy-devant favorisé i ceste sainctedoctrine: mais les honneurs et les ambitions vous « en ont du tout destourné, voire jusques à persécuter les mem- » bres de Jésus-Christ.
]» Le roy se fascha doublement et luy dit : Je oe vous avois pas » donné cest ordre (luy monstrant celuy qu'il avoit au col) pour
> en userainsy : car vousavez jurcet promis d'aller à la messe s et suivre ma religion. Il respondit : Je ne sçavois pas que 1 c'estoil d'estre chrestien.et ne l'eusse accepté à ceste condi-
> tion, si Dieu m'eust touché comme il a fait à présent. Lors le
> roy luy ayant commandé de sortir, il fut arresté par des archers D de la garde et mené à Melun *. >
Th. de Bèze ajoute aussitôt, de son propre chef* : < Voyant 1» cela le cardinal et considérant de quelle conséquence estoit
> la constance de cet homme qui se hérissoit ainsi contre toutes ]» les menaces, sçachant aussi- quelle affection le roi portait au 3> connestable ^, son compère, et oncle dudit sieur d'Andelot, i> et la réputation qu'il avoit acquise envers toutes gens de
> guerre, estant appelé ordinairement le chevalier sans peur, il » ne faillit d'essayer un autre moyen, qui fut de l'assaillir par sa
> femme et de le tenter par un docteur de la Sorbonne, nommé
> Ruzé, confesseur du roy, homme stilé à la courtisane et à la
> sorbonique. »
Après une longue résistance aux obsessions dont il fut l'objet, d'Andelot se laissa entraîner, par condescendance envers le roi, à un acte de faiblesse *, dont bientôt il se releva; et depuis, c il
t. De Thou {Hist, univ., t. U, p. 567) est plus explicite que Th. de Bèze sur la manière dont se termina Tentretien du roi et de d'Andelot. En effet, il dit : c Le roi fut si irrité de colle réponse hardie (la dernière) que, de colère, ayant
> pris une assiette pourla jetler parterre, il en blessa par malheur le dauphin,
> qui était assis au-dessous de lui. S'étant aussitôt levé de t83)le, il donna ordre
> à Jean de Babou, sieur de la Bourdaisière, maître de la garde-robe, de con-
> duire d*Andelot à Meaux, où il fut gardé dans révèché pendant quelque temps,
> et d'où il fut ensuite transféré par un autre ordre du roi, au château de Melun. >