‹ Gaspard de Coligny, amiral de FranceChapitre 129 sur 241 · l'ap. H'ËLit de Crniivelle, 1. V, p. 378, i3t · texte numérisé non relu

l'ap. H'ËLit de Crniivelle, 1. V, p. 378, i3t

K. Voir If n' Ci Af. VAppeniiice.

. nuel-Philibert demandait. Charlotte de Laval se chargeaide ce . soin ; et, pour suppléer à l'insuffisance des seules ressources que présentât alors la fortune de son mari, elle s'empressa de faire appel, de sa part, aux vassaux relevant des terres et seigneuries qu'il possédait en Bresse, en Bourgogne et en Gâtinais *.

' Les fonds nécessaires au paiement de la rançon étant réunis, l'amiral sortit enfin du château de Gand, dans les premiers jours de février 1559 et se dirigea vers la France.

Le9 du môme mois, il était à Arras, ainsi que l'apprennent ces lignes de d'Andelot * : c Nous avons entendu que le roy » d'Espagne a accordé la liberté de monsieur l'amiral, lequel

> arriva hier à Arras, attendant que l'argent qui a esté accordé

> et baillé, pour lui soit à Dourlens, pour incontinent faire » l'eschange de sa personne ;radvertissement en a esté aussitôt 3) donné à M. le cardinal de Chastillon, qui a donné l'ordre y> qu'il est besoing pour envoier lesdits deniers. » Le porteur de ces deniers passait à Amiens le jour môme de l'arrivée de Coligny à Arras ^; l'amiral allait donc pouvoir, d'un moment à l'autre, franchir, en toute liberté, la frontière, lorsqu'il fut inopinément arrôté, dans sa marche, par Tune de ces mesures absurdes et arbitraires que seul pouvait enfanter le cerveau d'un Philippe IL

1. On lit dans un acte du 10 janvier 1559 {Archives nationales de France, X. CX\V,20) : < Qu'à présent, nioadit sieur admirai seroil délenuz prisonnier de

> guerre es pays de Flandres, et qu'il seroil esté misàrançonà la somme de cin- » quante mille escuz d'or au soleil, que pour le présent il ne pouvroit payer ni sa-

> lisfaire sans l'ayde de ses subjects;...que pour le rej^ard de ce, mondit sieur

> admirai avait fait et passé une procuration spéciale à liaulte et puissante dame,

> madame Charlotte de Laval, sa bien aymée femme, pour et en vertu de laquelle

> indire, imposer et faire faire le département de ladite somme, desdicts cinquante » mille escus telz que dessus sur toutes ses terres et seigneuries, etc., etc. >

2. Lettre à Grammont, du 10 février 1550. (lîibl. nat., mss. V*» Colbert, vol. 2i, fo 43.)

3. € La rançon (de l'amiral) passa par celte ville (Amiens) avec lettres Tt de son frère le cardinal de Chastillon, le 9 de février 1558 (1559. n. si). > (A. de LamorVïére y Antiquités d'Amiens, lCâ7, in-i*» p. 3G2.)

Qu'on se représente d'ici le nionai'que espagnol : il a sous les yeux des dépêches qui l'inrormeul, les unes, que l'amiral, sorti du château de Gand, s'achemine vers sa pati'ie, les autres que le maréchal de Sainl-André, prisonnier sur parole, a manqué à ses engagements; assurément, la situation duprciniLT n"a rien de commun avec celle du second: maisqu'impoilo au (ils de Gharles-Ouint? Le maréchal de Saint-André, se dît-il, a commis une faute, qu'il tardera peut-être îi réparer : donc, jusqu'i ce que la réparation inlervieime, l'accès de la France doit être interdit h l'amiral. Voilà la logique et la justice de Philippe; et aussitôt, s'adressant Ji ses plénipotentiaires, qui viennent de reprendre les négociations, non plus à Gcrcamp, mais au Gati3au- Carabrésis, il leur écrit ' : « Le maréchal Sainl-Andrey... debî voit, selon sa promesse, se présenter, le dernier du passé » en noz pays, pour se rendre prisonnier au lieu où luy voul- B drions commander; à quoy il a failly... et cecy a esté cause » qu'avons ordonné à nostre cousin envoier arrester larairal de » France qu'cstoil pour s'en retourner et ne le laisser passer » oultrc tant que l'on voye comme se conduira ledict maréchal. »

Le coup d'autorité de Philippe II, qui faisait ainsi peser abusivement sur Coligny une responsabilité fpie Saint-André avait seul encourue, eut, en Suisse, de mémequ'en France, un prompt retentissement; et il y a lieu de considérer, comme y faisant allusion, les lignes suivantes, détachées d'une seconde lettre de Calvin à Charlotte de Laval * : « Madame, le bruyt commun » louchant la déUvraoce de monseigneur nous a donné courte

> joie pour quelque petit de temps, et d'autant nous a esté plus

> grand regret d'entendre tantosi après que nous étions Irustrez * de nostre désir et oppinion. Mais combien qu'il en soitaullrc-

> ment advenu, si vous fault-il practiquer ce que l'iLscripture

> nous monstre que la foy est de longue altente,et qu'il ne nous

1. UUn da 10 térrift 155!>. (Cap. ifÉUt J.- Cnaivl] i. Contêpondance (raoçaùt, t. Il, p. Î02, SQ.

> «Mpoiia eoaiiiiiiuléd'estrepalie«ipoariiaaaMideat,nais

> Icntr 00* alEecUonK en stupend jatqaes i ce fM le temps

> oftpwtaa fioil v«nu, et recourir lotujouis à cdoj auquel i » «paitieiil dVti délL'riiiiiu;r, le priant (Teianlcer ooc r » bu|tpcrrti!f nos infirmités, et, pour le temps qu'il vouldni qu » tvinn lan((iiiiu»lons, tiou» rorliftcr de coDStance. C'est le princt

> (Hil ipit; iiouh aifiiiK anaire en noslre Tie de nous accorder eal

> l/jutâ hiibjftctioii fil liiiniilil(:à sou bon plaisir, car cela empoit » qu'il Joys»» |taisih1eiiioiilde nous, que nous soions captifs soûl

> «on uliâyHhuni^ti, cl incisnio^t (pie nous luy Tacions sacrifice

> volftntiiir/!8, pour mourir et vivre selon qu'il voudra dispose| 9 An nniiH. Mt>Hnit>s cmln allticlion n'est pas si dure que vod

> ti'riyrx iIh i|uoy utli^gcr voslrc tristesse en beaucoup de sorleg

> )ioni- vous tenir (pioio jusques à son retour. » rii'iit'ndinU les lu^gocialions l'uivnt reprises, au Gateau-CaiQ

l)r*sin, ol nlioulironl, les âctSavril 1550, à deux traités de f Hi»lliiots, conclus |wr Ui roi do Ki-ame, l'nn avec la reine d'.\n> Ulelnnti, l'aulit» avof lo roi d'Espajme.

1.11 prx'niicf tU» i-es Hctt'-i ' admettait en laveur de rAngletemîl ot AU iUu-im«ut dtt la Fnuiie, relativement h Calai?, une con- (-«Mttnt qttl di^vHtt r»itv sur^r, pluï tani, entre \es deux nations, tttt ))rave tHnillil.

U\ *ty>md iraittV, in$pùr^ i Henri ll,moùi<i parfespoirde ni&livÀmliv U iùtuAtiMi de<$ tiiûîes, en releTaot cdle da conoè- Ul4<\ que iNu* le violtvt d^r de poovMr Ahonaùs tntiAr Mhu» ntirax^'î ^ r«L\tMtiùuMk)a Je$ pntestaals ', acrifial ks

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intérêts de la France, en lui imposant la perle de presque toutes les places qu'elle avait conquises,dans les dernières guerres. Par ce même traité, le monarque français accordait en mariage sa fille et sa sœur à Philippe II ' et au duc de Savoie, en qui jusqu'alors il n'avait rencontré que des ennemis, et s'abaissait au rang d'al'fidé de ces deux princes, dans l'œuvre de la destruction, projetée en commun, du protestantisme et des proteslanls, tant au-delà qu'en deçà des Pyrénées, des Alpes et de la frontière des Pays-Bas -.

Tandis que se tenaient, au Caleau, les conférences dans lesquelles des courtisans intéressés, tels qu'Anne de Montmorency, Saint-André et Charles de Lorraine, secondaient servilement les vues d'intolérance el de dépression personnelle de leur souverain, Coligny, fidèle à son Dieu et k sa patrie, rentrait en France, tête levée, l'honneur intact, et le cœur ému h la pensée de serrer bientôt dans ses brassafemme,sesenfants,ct de voir se grouper autour de lui sa famille entière et ses amis. Quel jour béni, que celui où le château de CluUillon fuL témoin des touchantes scènes

» JSôfi. O/iero Ciilïini.vol, 17, p. 291, n» 2931). — (loc si Rex oblhieal.r.-lius tit I mente el auimo, ut ipsc uHirmnl, insligalus a Loone rubicunilu iu hi'llum lu- I theranutu iiisislct H atirpem ac uomen corum fuuditùs dulebil. • (Macarius Calvino.2lse|ilembre 1558. Opéra Calvini, tûI. XVU,ji.348, a' 2965.)— De La Place, CWBBifljit. ^ 16. De Bèïe, H«(. ecci., t. 1, p. 170. — Est. Pasquier, Lettres, liv. IV, t. Il, p. 78.— U'Aubipié, Hisl. aniv., 1. 1, liv. ll.chap. x. — hossaei, Leç.d'hist. de France, l. III, p. 03. — Bajle, DicU historique et critique, édit. Je 1820. V" Henri II, p. 15. ]. f Le roi d'Espaig[l(^ doit prendre pour épouse ma lîllo aîsnée. ÉlisabeLh,

> au lieu de ce qu'elle nvoit auparavant l'sté accordais à son lils le priiicc iti:s

> Espaignes. > (Lettri; du 8 avril 1559, Je Hc-uri 11 à de Liivigue, suji ambassadeur dans b Levant. (Bibl. nat., niss. f. fr., vol. 4129, P- 28.»

S, « El disoil le commun que les deux rojs faisoyenl la pnix pour Taire la

> guerre aux Imhériens : l'un el l'autre roy faisans grande décinralion quils * ayoyenluu singulier Ji^sir Je donner bon ordre àln religion pour au lanl qu'ils 1 ATOfent tous les jours nouvelles que le nombre des lulliériens ne cessoit de

> croistre en leurs pays ut estoyeut fort incités de ce faire par le cardinal de

> Lorraine cl l'évéque d'Arras, prélat nou moins uiïeclionné an siège romain,

> de la part dudicl roy Philippes et dfs premiers du son conseil, auquel bienll après le pape envoya le cliapeau do cardinal. *

du revoir, après une longue séparation!! Il y aurait témérité à tenter de les décrire : la sympathie en pressent aisément la nature et les détails, et se montre d'autant plus sincère, qu'elle en respecte plus profondément l'intimité par son silence.

L'amiral avait quitté Châtillon, pour se rendre à la cour, où il ne pouvait se dispenser de paraître, lorsqu'un billet du connétable * lui apprit, ainsi qu'à son frère Odet, avant la signature des traités, l'issue des conférences, en ces termes étrangement lacoiiiques : « Messieurs mes nepveux, je n ay voulu laisser par-

> tir ce courrier sans vous faire la présente pour vous avertir

> que, grâce à nostre Seigneur, la paix est faite, et qu'est ma-

> dame, sœur du roi^ mariée, dont je vous prie Tadverlir et luy D baiser la main de ma part, espérant qu'elle en aura contente- 3> ment, de quoy je seray aussy aise que très-humble serviteur :& qu'elle ait; vous priant, au demeurant, vouloir envoyer cette :& lettre à la connétable à laquelle je ne puis escripre, pour la » haste que nous avons de faire partir ledit courrier pour porter ï> ces nouvelles au roy. y> •

Ce que ne disait pas le connétable, dans son billet, et ce qui eût caraclérisé le traité conclu avec TEspagne, ne fut que trop bien devine par les deux frères; et les laits ne lardèrent pas à justifier leurs prévisions, en leur prouvant que de ce traité ressortait « une paix glorieuse aux Espagnols, désavantageuse aux » Français, redoutable aux réformés - y> ; glorieuse, en effet, aux uns, parce qu'ayant agi et parlé en dominateurs, ils obtenaient tout ce qu'ils avaient exigé ; désavantageuse aux autres, puisqu'ils perdaient le fruit de leurs conquêtes; redoutable aux derniers, car « après la paix establie, les princes qui par elle avaient repos

> du dehors, travailleroient par émulation h qui traiterait plus 3> rudement ceux qu'on appelait hérétiques ^ y>

1. Du 27 mars 1559 (Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 3139, fo 74).

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