‹ Gaspard de Coligny, amiral de FranceChapitre 131 sur 241 · llolmaii, Vie de Culigny, Ir. fr. lOliS, p · texte numérisé non relu

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gieuses auxquelles, en sincère disciple de TÉ vaugile, il avait pour toujours subordonné la direction de sa vie privée et de sa vie publique, il entendait ne se départir en rien de la ligne de condoite que ces convictions lui imposaient, et, respectant la conscience d'autrui, il était en droit d'exiger qu'on respectât la sienne.

Il fallut, si ce n'est par déférence, au moins par intérêt, compter avec la netteté et la fermeté d'une telle attitude : aussi, comme on avait besoin des services de Coligny, dut-on garder vis-à-vis de lui, quand il reparut à la cour, certains ménagements. Il reprit place au Conseil ; et le jour où il déclara spontanément qu'il se démettait de ses fonctions de gouverneur de la Picardie, le roi refusa d'accepter sa démission, en l'invitant à continuer de cumuler ces fonctions avec celles d'amiral, que, seules, il avait exprimé le désir de conserver.

Cette démission inopinée « donna sujet à plusieurs d'entrer » en soupçon que Coligny avoit changé de religion, estant bien

> vray qu'il fit paroistre que son esprit estoit du tout éloigné

> d'ambition et convoitise de grandeur et puissance * >. Les conjectures sur son changement de religion étaient fondées, en ce sens qu'il avait été amené, par une adhésion réfléchie, aux doctrines vitales de TÉvangile, à rompre avec la généralité des enseignements et des rites du catholicisme; mais, dans le loj*al recueillement de ses pensées et de ses impressions, il ne se sentait pas encore, à cette époque, suffisamment appelé à une profession publique de la religion réformée. Du reste, même dans le cours de ses relations officielles, il ne dissimulait ni sa sympathie pour les sectateurs de cette religion, ni sa renonciation au catholicisme, ainsi que le prouve le fait suivant

Lorsqu'en mai 1559 Henri II se rendit solennellement à Notre-Dame pour y jurer, en présence des envoyés britan-

1. Un document da li avril 1559 met sur la trace du soin que ramiral, comme chef de famille, prit alors de son patrimoine. {Archives naiionales de France, 1. 125, 13-U.)

niques, d'observer la paix conclue avec Elisabeth, au Cateau- Cambrésis, l'amiral, plein d'égards pour ces envoyés ' , les accompagna dans Paris jusqu'à la cathédrale, et, chemin faisant, questionna l'un d'eux, Throckmorion, sur l'état religieux de l'Angleterre. L'office commencé, Throckmorton chercha du regai-d son interlocuteur, sans réussira le découvrir. La raison en était simple : Coligny avait jugé à propos de se retirer, pour ne pas assister à la messe; mais, à l'issue de la cérémonie, il rejoignit Throckmorton et son collègue Wotton; et, en les reconduisant à leur demeure, ne cessa de se répandre en éloges sur les vertus supérieures et la piété du jeune roi Edouard VI, dont il déplorait la lin prématurée, et au souvenir duijuel il demeurait foitement attaché*.

En ce qui concernait l'exercice de ses attributions, soit comme gouvemeur de la Picardie, soit comme amiral de France, Coligny n'avait îi traiter, depuis la cessation de la gucn-e, que des Taits de pure adniinisti'ation et de réoi^anisation intérieure, sur lesquels, pour le moment du moins, les intrigues de cour n'avaient point de prise, .\insi, dans cette sphère d'action, rien ne menaçait de neutraliser les services qu'il pouvait rendre; mais, en tant que membre du Conseil privé, il était, en présence d'une majorité hostile, sans influence personnelle sur la marche générale des affaires. Au surplus, que ses généreux efforts se heur-

1. L'un d'eux, âans sa correspomlani-e, signalu, enlre nulres particularités, lu soin nae (Coligny. on ([UHlitiî d'amii'nl, niil ù TanililiT le retour eu Angleterre de lord Cttamborlain et de Wotton : i Tlie admirai is Atrircd al court, who

• has wmil lliem very courtcou^ly, and bas takcn order Ihat such ships as

• oui of Eiiglund lo (ritnaport ihe frencb train thcnce, sliall stay and r

> at Roulogrie, till tbe lord Chamberlain 's ami M. Wotlun's arrivai itiere fnr

> Uiiiir pnssiiig urer. > (Thrackninrtuti lo Cecil, 30 mai I5ô0. CaUnii. of StaU pop. foreign.)

2, f lo bringing Iticm liomo agnîn the admirai praise<l Kinj; Edward a« llic

• most viriuous and godlîest prince, and ofthr grmti^sl hopu tu da ((oud in

> Clirisleiidnni iliat wai of many years. > (Throckmorton lo Ccdl, 30 mii l&ôD. CaUnd. of Slate pap. fortign.)

— salassent, soit au caractère inconsistant et irascible de Henri II, soit aux obsessions et aux manœuvres des Guises et de leurs affidés, qui poussaient la royauté dans les voies de l'arbitraire et de l'intolérance, il n'en demeurait pas moins, par sa courageuse inflexibilité, à l'état de protestation vivante du droit et de la sagesse contre l'iniquité et la violence; protestation qui devait, un jour, porter ses fiiiîts, car, au sein des crises nationales, ^e fait sentir, tôt ou tard, lascendant d'un grand cœur. Au premier rang des criseS de cette nature ,qu'ait traversées la France se place, au xvi" siècle, la crise religieuse qui, fomentée par François I", accrue par Henri II, menaçait, en 1559, de redoubler d'intensité, et dans laquelle Coligny allait bientôt intervenir. Nous avons précédemment esquissé les traits saillants de celte crise 'jusqu'en 1555, date à laquelle l'amiral, par sa lenlalive de fondation d'une colonie au Brésil, chercha à assurer un refuge à ceux des réformés français qui pourraient se soustraire aux persécutions dirigées contre eux dans la métropole : résumons maintenant en termes succincts les ftiils qui caractérisent la continuation de cette crise,, de 1555 à 1559. En 1555, au régime des réunions secrètes, se limitant à la * lecture des saints livres, à de familières exhortations et à la prière -, succède, çl\ et là, chez les rétormés, le régime plus lai^e et pins etVicace d'une organisation d'Églises, ayant à leur léte des pasteurs, des anciens, des diacres, et dans lesquelles s'ajou-

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