De lia IMace, Comnunit,, liv.l, f
2. Ouaud Lemaistre, Miuard, ou tels autres instruments des coupables desseins du cardinal de Lorraine à l'égard des protestants, exécutaient mal ses ordres, il affichait ouvertement pour eux le dernier mépris. Ce fut ainsi qu'un jour, € cherchant de s'excuser envers la revue mère de véhémentes poursuites par eux ) faites, il rejetla la faute sur les premier et >ecoml président, le procureur- » général Bourdin, Des (lrois(*ttes, son substitut, (iayaut it autres conseillers,
> comme aussi sur les juges et commissaires du rdia>telU'i, et pareillement de
> Démocharés, Maillard et certains sorbonistes, lesquels il afiirmoit estre les plus » mesctians garnemens du monde et dignes de mille gibets : disant les hommes » ostre misérables «jui avoyent à faire à eux. Sur quoy ladite dame respondit » qu'elle s'esbahissoit donques l'I trouvoit merveilleusement <*strange qu'il se » scrvoit d'eux, puiscju'il les cognoissoittels. Il réplitïua que c'estoit telles gens • qu'il fîiloit mettre en besongne contre les luthériens : car les gens de bien
> 8*y morfondroyent et n'en viendroyent jamais à bout. » (II. de Laplanchc» Hist. de France s. Fiançois /^, p. 151,155.)
B voatre irès-excellent litre de roy très-chreslien, encores y » (levez-vous aller t'ninchemenl el de grand couraigt! ; afin aus- » si do donner curée i\ tous ces princes et seigneurs d'Espai- » i;ue qui ont accompaigné le duc d'Mve, pour solenniser el » lionoœr le mariage de leur roy avec madame vostre fdle, de B la mort d'une demi-dou7.aine de conseillers pour le moins, * qu'il t'uull brusler en place publique comme liéréliques Lulhé- » riens qu'ils sonl et qui gastenl ce Irès-sacré corps de par- » lement; que si vous n'y pourvoyez par ce moyen, et bientosl, « toute la cour en général en sera infestée el contaminée, jusi) ques aux huissiers procureur et clercs du palais ' . »
Henri II était déi^idé h se rendre au parlement : un maréchal de France. Vieilleville, s'eirori,a de le faire revenir sur su résolution et y réussit; mais bientôt le cardinal de Lorraine « voulut pargrande colore remettre le roy au zèle oi'i il i'avoit » laissé ^ B. et revint à la charge, escorté, cette fois, des cardinaux de Bourbon, de Guise et de Peivé, des archevêques de Sens et de Bourges, des évi>ques de Paris et de Senlis, de trois ou quatre docteurs de Sorbonne el de Democharés, inquisiteur de la foi, tous « tindrentau roy tanl de langaigeset coramina- » toires de l'ire de Dieu, qu'il pensoit desjJi eslre damné, s'il » n'alloil au parlement. Et ainsi marcha avec tous ses gardes, i> sans oublierles Suisses le tambour batianl, et les cent gentils- » hommes de sa maison el soubs le poisie, avec grande magnificence '. »
Alors s'accompUt, le 15 juin, au sein du parlement, sous la pression d'un souverain en d/îlire, le scandale d'une violence jusc|ue-lii sans exemple dans les annales des cours de justice* .Brutale altcinte au secret et ^ la liberté des délibérations, outrages
1. *Mno*m de Vieilli:vill.-,]jv. Vil. .-hai-. \\\v. ï. Méntoirfs île Vieillevill.'. Iiy. VII. ch.ip. \\\. 1). Slimoire* île Vieilli! vil le, liv. Vil, chap. x\v.
4. « K«%cio nn uli aiiiiK KM)» coiiligirlt In Oallia f^raviom exompli rea. * <>loroIlwiu» CalTino, It juin 155». Op. Calviul. vol. XVII, p. r>i7. ii- 31)67.»
subis par des magistrats arrachés de leurs sièges et arbitrairement arrêtés, mutilation d'un gi^nd corps judiciaire : tel fut le résultat des excitations perverses auxquelles Henri II obéissait, et des haines dont il était devenu l'instrument.
Aux noms, devenus historiques, de magistrats éminents, tels qu'Anne du Boui^ *, Louis du Faur, Paul de Foix, André Fumée, Eustache de Laporte, sur lesquels s'appesantit, en cette circonstance, le courroux de Henri II, se rattache le souvenir d'un ensemble de faits trop connus pour qu'il soit nécessaire de les retracer ici"^. Bornons-nous à ces quelques mots, empruntés aux mémoires de Vieilleville ^ : < Descendu aux Augus- » tins ^, le roi monte en la grand'chambre, et s'assied en son lict » de justice, soubsle daix là préparé et commande à son procu- » reur-général de y proposer la mercuriale, qui attaque d'entrée D cinq ou six conseillers mal sentans de la foy, entre lesquels
1. Voici, en résumé, rexprcssion de Topinion émise par Anne du Dourg dans la délibération du 15 juin : Après avoir longtemps parlé de la Providence de Dieu, à laquelle toutes choses sont nécessairement soumises, il entra en matière et dit que les hommes commettaient contre les lois plusieurs crimes dignes de mort et du supplice des esclaves, tels que sont les blasphèmes réitérés, les adultères, d'horribles débauches, des parjures fréquents, que non-seulement on dissimulait, mais que même une honteuse licence entretenait, tandis qu*on inventait tous les jours de nouveaux supplices contre des gens à qui Ton ne pouvait reprocher aucun crime, t ('ar enfin, ajoulail-il, peut-on leur imputer le » crime de lèse-majesté, à ceux «(ui ne font mention du prince ((ue dans leurs » prières? peut-on dire qu'ils violent les lois de Tétat, qu'ils tâchent d'ébranler » la fidélité des villes et (}u'ils portent les provinces à la révolte? Quelque peine
> qu'on se soit donnée jusqu'ici, on n'a pu faire dire, pas même à des témoins
> choisis, qu'ils aient eu seulement cettt^ pensée. Ce qui fait, qu'on les regarde » Comme des hommes séditieux, n'est-ce pas parce qu'à la faveur de la lumière
> de FËcriturc, ils ont découvert et révélé la turpitude de la puissance romaine
> qui penche vers sa ruine et qu'ils demandent une salutaire réformation ? > (De Thou, Hist. univ., t. II, p. 670).
2. Voir, sur ce qui se passa le 15 juin 1559, dans l'assemblée générale des chambres du parlement de Paris : De Laplacc, Comment., \\\. 1, f** 17, 18, 19, !2!0, âl ; De Bèze, Hist. ceci., t. 1, p. 1G8 à 171 et 190 à 19i; De Thou, Hist. unit?., t. II, p. 667. à 670.