‹ Gaspard de Coligny, amiral de FranceChapitre 140 sur 241 · I. Th. lie lîèzi*, Hist. eccL. t. I, p. Iî»i · texte numérisé non relu

I. Th. lie lîèzi*, Hist. eccL. t. I, p. Iî»i

i. Voir lo lexu* de cel aclo (BihI. nal.. in<s. f. fr., vol. iTl6, f* i«.>5 et snÎT.; vol. iT49, r liTi; toI. <)îU3, f'* i el suiv.i.

iiicnl ;iViiiLiHi' II' lliôiUre airl5 juin, lîl (|ue, s'il se dispensa de paraître, le 20, à la cour, ce lui parce ([iie sa présciicu n'y étail pas impéncuscmeiiL réclamée.

Plus, ei> s'alTermissant, ses convictions chrétiennes le rapprochaient de la Uéforme et de ses seclatenrs opprimés, plus it éprouvait le besoin de se tenir à l'écart : il assurait ainsi, par une prudente réserve, l'indépendance de sa situation religieuse et l'efficacité des déterminations qu'il aurait ulLiTieurement à prendre, au double titre de croyant et de défenseur des droits de la conscience chrétienne.

Le 2*) juin, Coligny ôliiiL à l'aiis, coinine le prouve une décision qu'il y prit ce même jour, dans l'exercice de ses attributions d'amiral de France ' ; mais, le lendemain, il ne parut pas plus à la solennité qui réunissai.t la cour ol les envoyés espagnols Œ en l'hoslel de ïournelles >, pour la signature du contrat de mariage de Marguerite, sœur du roi, avec le duc de Savoie*, qu'il n'avait paru à la solennité du môme genre qui, huit jours auparavant, avait eu lieu au Louvre.

Le 21), la série de l'ôles et de réjouissances qui s'était ouverte h l'occasion des deux mariages fut bi-usquement interrompue par une blessure des plus graves que Henri 11 reçut dans un tournoi dont la lice avait été établie à proximité de a l'IiosLeldes Tournelles s et de la Uaslille, où étaient détenus Anne du Bouig et ses collègues. « Gomme on emportoit le roy, il tourna la face » devers la Bastille, Iny escliappant de dire avec un gi-and sou- » pir, qu'il avoit injustemenlatïligé les gens de bien qui estoieiil » IJi-dedans. Le cardinal de Lorraine, qui se tonoit près de Iny, B releva ces paroles et dict, en s'y opposant, que le diiible les

I, Nominatiun rriiD Inisoriitr-^'iirclcdusmutiilioiia du la iiiafiu(!,eii>'oi'maiiiiii<, en ilateilu âOjuin t559 (BIM. nal., \nsi. f. fr„ vol. SO, OUI. f' III). Il esli re-

murijui-r i|ii'à celle inf me dolc Coligny se; ijiiulilinit oro « clu-falicr de l'ordre

* du roy, nftiiial de t'ranee. MHspillcr au pritiS conseil, eouvertii-ur et Ueu- > leiianl-géniirul (lour Sa Majesté «s |ials iln Cicardj'! t.

S. liihl. nal., inss, f. fr., vol, iH9. f" 131 cl «uiv.. S7 juin 155»,

» «ivoit dictées ^ > Ainsi se termina près du pauvre Jblessé, au repentir duquel il faut croire, le rôle du vil ministre, de Tindigne prélat qui, tant de fois déjà, avait insulté à la conscience humaine et é^^iré par de perfides obsessions celle de son souverain. Il ne voulut même pas en respecter le cri suprême!!

Quant à Goligny, dont les impressions, depuis le 99 juin, ne pouvaient être assurément que celles d'une douloorane tristesse, à la pensée du danger que courait le roi, on le voit, fidèle au respect qu'il lui a voué, observer, même dans sa correspondance intime, une réserve absolue au sujet des préoccupations que lui causent les conjonctures présentes, et se borner, par exemple, à adresser, le 3 juillet, de Paris où il se trouve, au maréchal de Brissac, en Piémont, ces seules lignes : c Pour i> la commodité du sieur de Gordes, présent porteur, j*ay esté

> bien aise de vous faire ce mot de lettre, car quant aux occwr-

> i^ences que je vous pourvois mander Je ce lieu^ la suffisance de » cedict porteur est telle, comme voussçavez, que je luyferoys D tort sy je voulois vous escrire ce qu il vous sçaura trop mieulx D dire de bouche -. »

Le 40 juillet, Henri II rendit le dernier soupir; « puis après, » la salle des Tournelles, préparée pour les danses, masquerades D et ballets, servit de chapelle ardente au corps du prince ' >. Ce fut là que Goligny, toujours prêt à s'acquitter d'un pieux devoir, vint, avec d'autres dignitaires, veiller sur la dépouille mortelle du monarque *.

Les jours de deuil officiel (jui suivirent furent surtout des jours de sourdes intrij^^ies et d'audacieuses résolutions aussitôt exécutées.

\. l/Aubigné, Uht, ww/r., t. 1, liv. II, rhap. M.

± BihI. nal., niss. f. fr., vol. !20 161, P 110.

îî. IVAuhiffné, llht. vnir., t. 1, liv. II. cliap. vi.

i. h. (le Laplaiicho, Hist. de France $. François i/, cdil. de 1570, p. l.>. — hi' rôle que (loligiiy rcn)(»lit, aux obsèques <I«î Henri 11 est retracé par un procès-verbal inséré dans l'ouTragc de Du Bouchot, p. 518, 519.

Du trône venait du descendre dans la loinbe un roi c de doux » espi'il mais de fort petit sens, et du tout propre à se laisser » mener en Icssc, sous lequel l'ambition et l'nvarice de ceux B qui le possédaient remplirent de san^' l'Allemagne et l'Italie, » mirent en vente, et comme au plus ofTranl, les lois et toute 0 justice, et espuisèront les bourses des pauvres et des riches » pur infinies exactions dont infinies calamités s'ensuyvirenl.... * Ayant fmalement apperçeu l'ambition et avarice insatiable de « ceux de (luysc, il avoit entièrement résolu, après avoir achevé » les mariages (de sa fille et de sa sœur) deles deschasser arrière » de soy, comme une peste de son royaume ' ; t» mais ils venaient d'échapper, par la mort de Henri 11, h l'expulsion qu'ils' avaient encourue, et la veuve de ce prince se trouvait en présence de « deux bandes principales en la cour ; l'une de ceux » qiroii appelait connétablisles, l'autre, de ceux de Giiyse

> italienne, florentine et de la race de Médicis, et, qui plus e^it,

> ayant depuis vin^t-dcux ans eu tout le loisir de considérer les » humeurs et façons de tous ces gens, elle regardoit ce jeu et

> sçeut si bien empoigner l'occasion , qu'elle gaigna fmalement « la partie.... Considérant que c'estoit une chose nouvelle en B France que de voir une roine veuve, et-surtoutétran-i-ère, eti-

> treprendre le principal gouvernement du i-oyaume, de son » autorité privée, en quoy elle pourroit avoir de grands empes- » chcmens, si elle avoit eu teste toutes ces deux bandes; elle » résolut premièrement d'eu mettre l'une de son coslé, h sça- » voir ceux de (inyse, qu'elle s'asseuroit de manier à son ap'

> petit, comme ceux qui lui seroyent non moins redevables que

> si elle les avoit ressuscites du tombeau, les avançant si haut, B alors qu'ils faisoyent leur compte d'eslre du tout abattus. Da- » vantage elle jugeait sagement qu'à toutes aventures, s'il adve-

1, H. ,1,! l,ai>lancli^, H.V. <le fiance -i. Françoû II, \'. li, «. - Th. liu ISiSz. liât. tixl. l. 1, I». 411. — BraiitÛim'. i-lltwi II. .'ilil. l- l.ûl.. t. III,

» noit mescontentement ou trouble aucun pour cela qu'elle en- 3 treprenoil, la coulpe seroit tousjours plustost rejetée sur eux )) que sur elle. Et si les cognoissoit finalement si audacieux sur- » tout en la nécessité où ils estoyent réduits qu'il n'y avoit rien » qu'ils n'entreprissent à son adveu ainsi qu'elle l'avoit résolu *.>

Appelé au trône à l'âge de seize ans, François II, dont la majorité légale s'absorbait dans une minorité de fait, inhérente à la débilité de son esprit et de son caractère, ne pouvait échapper à la triple influence de sa mère, des Lorrains et de sa jeune femme, nièce de ceux-ci et instrument docile de leurs volontés. Aussi le vit-on immédiatement se plier au rôle d'un fantôme de • roi, ne devant parler et agir que conformément aux directions qui lui étaient imprimées.

Dès que Catherine de Médicis eut saisi le pouvoir suprême qu'elle convoitait et pactisé avec François et Chai'les de Lorraine, elle travailla, de concert avec eux, à paralyser les droits des princes du sang et à éliminer de la cour le connétable, ses partisans et divers grands dignitaires. Toutefois l'élimination, pour le moment du moins, n'atteignit point Coligny. Le roi, obéissant aux secrètes inspirations de sa mère et des Lorrains, témoigna au contraire à l'amiral une bienveillance particulière, dans le cours d'une audience accordée au connétable peu de jours après la mort de Henri IL Le vieux courtisan, accompagné de ses fils, de ses neveux, et les présentant tous au nouveau souverain avant de parler pour lui-même, le pria « de les confirï) mer en leurs estais et charges ». François II lui répondit <( qu'il accordait sa demande, principalement envers l'amiral de » Chastillon, duquel il espérait se servir - ». Il « donna même » des éloges à l'amiral, assurant qu'il le regarderoit toujours » avec distinction^ ».

I. \\. de Laplanche, Hist. de France s. François II, p. 1), 10, 11.

^. \\. de l.aplanche, Hùst. de France s. François II, p. !20, il.

3. De Thou, Hist. unir. y t. Il, p. 685. — D'Aubigné, Hist. unir., I. 1, liv. il.

La royauli-^, quel que fût le prince en qui elle se personnifiait, ne pouvait pas compter sur de plus loyaux services que ceux de Coligny. Les Guises le savaient, et n'osaient pas encore attaquer directement ce fidèle soutien du trône. Loin de partager la jalousie et la haine quils éprouvaient pour Tamiral, « la roine- » mère, de fait, luy portoit affection, pour le cognoislre homme B rond, pour s'en servir sans craindre aucunement qu'il enlre-

> prist rien par ambition, dont elle le cognoissoit estre du tout B vuide; joinct que elle estoit contente aussi d'avoir tousjours » deux cordes en son arc, et de tenir bridée t'authorité qu'elle » donnoit îi ceux de Guise' ».

Elle avait laissé François II caractériser l'étendue exceptionnelle de cette autorité, en déclarant aux délégués des divers parlements « que ses deux oncles, le cardinal de Lorraine et » le duc de Guise, avoyenl la chaîne entière de tout, » et en commandant que « l'on s'adressast doresnavent à eux en tout » ce qui concernoit son service et du royaume, et qu'on leur ■ 0 obéis l comme à luy-mesme- ». Plus explicite vis-à-vis du connétable, François II avait dit que, « ne cognoissant pcr- » sonnes tant capables ny si expéi'imenlées à la conduite et ma- » niement de ses affaires que ses oncles, le cardinal et le duc de

> Guise, et qu'il n'y avoit gens auxquels il se deust tant fier ny ï qui eussent plus de soin de la conservation de son estât et s grandeur, il avoit baillé à l'un la chaire des finances et celles

- el ja rrouvii froiile pour lui. Il |iarl;i e qui leur touclioîl Tut res|iundu \iar h-

chap, \IL : ( lie coiincstubli! lasla la c f nu roy de aes nereux Colign; ; >*■ lov

> Foy avec beaucoup d'Ijouueur. i

I . H, de Laplancliiî, Hùl. de France ». Fiançoii II, p. 50. i. R. de l^planche, Hitt. de France »■ Francoii II, p. l'J. — Mèm. de Casleloau, liv. I, cliap. I. — ( Guisiaiii fralres JU imcr se regnuiii suât parlili

* ut re^ nihil jira^ter inaiie nomen sit relicluin. i (Itcxa Bullingero. M sept. 155'J, Btium, Ajifiett'lice, p. t). — c Ûuiaia arliitrîo Lotharingii cardina-

* lis ct-dacis à 'îuisa ipiiius Tralris gerualur, qui liunc puerum prorsiis ha-

> brut in suit potcsiale. t (Hub. l.ant;uL-li,episl. lib, tl, p. 17, nora ex Gallià, nov. 1H9).

3 d'estat, et à l'autre le commandement sur ce qui concernait

> lefaict de la guerre, pour sur le tout adviser et ordonner

> comme ils verroient estre bon * ».

En livrant ainsi aux mains des deux Lorrains, par celles de son fUs, d'une part le commandement de l'armée et de l'autre la direction des finances, de l'intérieur, du commerce, des affaires religieuses et des relations avec les puissances étrangères, toutes branches du service général alors comprises sous la dénomination générique de charges iÉtaty Catherine s'était réservé, il est vrai, les prérogatives d'une direction supérieure et d'un contrôle incessant ; mais elle n'en était pas moins exposée à d'âpres conflits avec deux hommes que leur ambition démesurée pousserait à parler et à agir en maîtres.

Dans les premiers jours, toutes choses entre elle et eux s'accomplirent d'accord, alors qu'il s'agissait d'écarter les princes du sang, le connétable et ses partisans, de remanier le personnel du conseil privé et celui de la maison du roi, d'intimider les parlements, la noblesse et d'opérer des mutations parmi les titulaires de plusieurs emplois publics. L'accord cessa sur un point capital, la répression de l'hérésie. Si, à cet égard, les Lorrains se montraient inexorablement cruels dans leurs vues et leurs actions, Catherine demeurait indécise dans les siennes et portée plutôt à la commisération qu'aux rigueurs. Bientôt elle se sentit impuissante à arrêter par ses doutes, ses temporisations, ses censures, les excès d'une audace qui trouvait, à l'étranger, un honteux appui. Quelle déférence, quelle soumission, en effet, eût-elle pu attendre de deux ministres du roi de France asservis au joug de l'Espagne, et s'efforçant de complaire à un clei^é aux yeux duquel, en deçà comme au delà des Pyrénées, « les > plus grands brusleurs estoient les pilliers de la foy ' »?

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