‹ Gaspard de Coligny, amiral de FranceChapitre 142 sur 241 · R. de Laplanche, Hi$t, de Fr, s. François II, p · texte numérisé non relu

R. de Laplanche, Hi$t, de Fr, s. François II, p

3. Le 25 août, dans ses entretiens avec rambassadeur dWngleterre et dans sa r.orrespondance avec la reine Elisabeth, Antoine de Bourbon promettait encore de faire tout ce qui dépendrait de lui pour soutenir la vraie religion. {Calend, of State pap. foreign : Tbrockmorton to the queen, 25 août 1559; Anthony, king of Navarre, to the queen.)

aussitôt vers le prince de Coudé, et surtout vere Coligny; car l'instinct des masses discernait avec sûreté, dans le caractère et la maturité des vues de l'aïuïral, plus de garanties solides que dans la bouillante ardeur du second prince du sang. Si ces deux liomuics, animés d'intentions généreuses, se trouvaient, d'une part, K'duils, pour le moment, à une impuissance a peu près compliite, au point de vue d'une modilicalion efficace à apporter dans la marche des affaires publiques, ils espéraient, d'une antre part, amener par des instances réitérées la reine mère à intervenir dans la direction des affiiires religieuses, h y contre-balancerla désastreuse prépondérance qu'exerçaient les Guises, et à faire prévaloir, en attendant mieux, quelques mesures d'adoncîssenicni eu faveur des réformés. Le prince et l'amiral étaient fermement décidés à ue pas se laisser décourager dans les consciencieuses tentatives auxquelles ils se livreraient à cet égard.

La portée des paroles et des actes se mesure, chez l'homme religieux, au degré de profondeur de la foi qui les inspire. Or, qu'était la foi de Condé? qu'était celle de Coligny?

Amené, sur les traces de deux chrétiennes d'élite, sa femme et sa belle-mère, à professer la religion réformée, le prince, îi en juger par l'ensemble de sa conduite, était sincère, sans doute, dans l'adoption du nouveau culte; mais touché uniquement à la surface de son ilme par les doctrines évangéliques, il demeurait accessible aux calculs et aux entraînements de la vie politique, qu'il ne dominerait jamais des hauteurs d'une foi stable; et il devait compromettre trop souvent, ici par les vues restreintes del'hommc.de guerre et de l'homme d'État, là par la légèreté de l'homme du monde et par les défaillances del'esclave du plaisir, la dignité morale du chrétien, de l'époux et du père.

Chez l'amiral, au contraire, la foi avait atteint les dernières profondeurs de l'âme.

Voici la confession sommaire qu'il en faisait à Dieu :

« Je croy que ce qui est contenu au vieO et nouveau testa- :» ment est là vraye parole de Dieu, à laquelle il ne faut adjouter ]» ni diminuer selon que je suis enseigné par icelle. J'entends du ]> vieil testament ce qui y est contenu, réservé les livres que D l'église catholique a déclarez apocryphes ; tout le reste, tant du > vieil que du nouveau testament, je le tiens pour la vraye parole 3> de Dieu, et la vérité mesme. Finalement, cherchant en Jésus- ]» Christ et par luy seul mon salut et la rémission de mes péchez, D suivant ce qu'il m'a promis par sa dite parole, je me souscris y> et tiens à la mesme confession de foi que ceux de l'église » réformée de ce royaume ont présentée et laquelle est aujour- » d'hui reçue et approuvée aux dites églises. En Icelle donc je » veux vivre et mourir quand il plaira à Dieu, et m'estimeray trèsï heureux s'il faut que pour cela je souffre *. i> Dégagée de toute préoccupation humaine, pure de tout alliage, la foi ainsi exprimée devait demeurer inébranlable, et se traduire, dans la vie publique comme dans la vie privée du chrétien qu'elle animait, par une constante noblesse de sentiments, de paroles et d'actions.

Suivons maintenant Coligny et Condé dans leurs démarches près de Catherine en faveur des réformés, démarches auxquelles va s'associer la comtesse de Roye, sœur de l'amiral, belle-mère du prince, et considérée à la cour, de même que la duchesse de Montpensier et madame de Crussol, comme « l'une des plus » privées amies de la reine mère i> .

Après avoir, depuis l'assemblée de Vendôme, visité la Picardie et Calais ^, où il avait eu diverses mesures à prendre, au double titre de gouverneur et d'amiral, Coligny s'était rendu à Bresle et à Chantilly, y avait vu son frère Odet et le connétable ^ , et était allé rejoindre la cour à Villers-Cotterets. Là il se concerta avec

1. Ces paroles sont tirées du testament de l'amiral, qui sera reproduit plus loin en son entier (BitW. de la Soc, d'hist. du Prot. fr., t. I, p. 263.)

2. Arthur Grey to Cecil, 21 août 1559 {Calend. of State pap. foreign).

3. Coligny à de Humiéres (6ibl.nat.,mss. f. fr., yoI. 3128, t 163) : c... J'ay

sa sœureL Coudé sur la meilleure voie à adopter pour înlcresser Catherine au sort des réformés, qui venaient i de li;s supplier ï tous trois d'avoir pitié d'eux, et prendre leur cause en main, » et de tant faire envers la reyne-raère, qu'ils fussent ouïs » en leurs justifications, en quoy ils avaient espérance parce » qu'elle leur avoii fait auparavant quelque démonstration de

> bonne volonté, et prorais, vivant Henry, la faire cognoistie si » elle enavoitle moyen s. Sur le conseil de Coligny, de sa sn^uiet de son neveu, les réformés écrivirent eux-mêmes à Catheiine, « pour la supplier de les faire jouir des fruits de leur attente s. A leur lettre s'ajouta, le 26 août, une missive assez énergique d'un gentilhomme nommé Villemadon, qui porta celte princesse « à promettre au prince, à la belle-mére d'iceluy et à l'amiral de » faire cesser les persécutions, pourvu qu'on ne s'assemblast et 1 que chacun vescùt paisiblement et sans scandale ' ».

Une aggravation de poursuites contre Anne du Bourg motiva l'envoi d'une nouvelle lettre à la reine mère. Les membres de l'église réformée de Paris lui exposèrent : t que sur son asseu-

> rance de faire cesser la pei-sécution, ils s'estoyent de leur part » contenus selon son desir et avoyent faict leurs assemblées si i> petites que l'on ne s'enestoitpoiutapperçeu, de peur qu'à cette » occasion elle ne fCisl importunée par leurs ennemis de leuis courir sus de nouveau ; mais qu'ils nes'appercevoyentaucune- » ment de l'efTect de ceste promesse, aussi senloyent leur con-

> dition eslre plus misérable que par le passé, et sembloit, veu 1 les grandes poursuites contre du Bourg, qu'on n'en demandait

I dressé mon ctiprajn, retournant Ue Picardye par Brcsle pour j aller Irouvw

* H. le cnriltnal du Çliostillon. El quaol à cv i|ui toiidie voitre gouTcrn entent,

> ji! m'en voys h la court, cl sj tependutit (|ue je y suray, jt-Dlnmls i{ue l'on rn

> mdic i|ncli|uc [iropos en advmil, je ae fntiUray puint <le faire en cela j><mr

* vous lout le bun ofllcc qno vous vous pouvez pi-oniirUrc d'ung bon el trsy

> smy, etc.. sic. De Cliaulilly, ce tt" jour d'août l^V. t

1 . It. de Laplanche. Uiil. de Fi: ». François II, p. 35, ^C et UT. — De Ui<-, aM.éca.,\. 1, p. îSl,3â5.

> que la peau, comme aussi Us avoyent entendu de bonne part ses

> ennemis s'en estre vantés, quoy advenant^ elle se pouvoit assu-

> rer que Dieu ne laisseroit une telle iniquité impunie, veu

> qu'elle cognoissoîl Finnocence d'iceluy...; que la procédure y> contre du Bourg se trouvoit de toutes personnes si estrange y> que si on attentoit plus oultre contre luy et les autres chré- )> tiens il y auroit grand danger de trouble et esmotions...; i> non que cela advinst par ceux qui dessoubs leur ministère » avoyent embrassé la réformation de Tévangile (car elle devoit » attendre d'eux toute obéisssance), mais pour ce qu'il y en avoil y> d'autres, en plus grand nombre cent fois, qui cognoissanl simi> plement les abus du pape et ne s'estant encore rangés à » la discipline ecclésiastique, ne pourroient souffrir la persécuj> tion ; de quoy ils avoient bien voulu Tadvertir, afin qu'adve- ]f> nant quelque meschef,elle ne pensast iceluy procéder d'eux, i

<r La reine-mère trouvant cette lettre fort aspre et dure, res- :o pondit aussi durement en ces termes : eh bien ! on me menace }) cuidant me faire peur, mais ils n'en sont pas encore où ils y> pensent. Toutesfois, étant pourchassée et continuellement sol- » Hcitée par le prince de Condé, la dame de Roye et l'admiml, et y> feignant de céder à leurs persuasions, disoit n'entendre rien en y> ceste doctrine et ce qui l'avoit paravant esmeue à leur désirer y> bien estoit plus tost une pitié et compassion naturelle qui acjD compagne volontiersies femmes, que pour estre autrement insy> truicte et informée si leur doctrine estoit vraie ou fausse. Car y> quand elle considéroit ces pauvres gens estre ainsi cruelle-

> ment meurtris, bruslés et tourmentés, non pour larrecins,

> volerie, ou brigandage, mais simplement pour maintenir leurs y> opinions, et pour icelles aller à la mort comme aux nopces, elle y> estoit esmeue à croire qu'il y avoit quelque chose qui oulrepas- }D soit la raison naturelle. Â ceste occasion, elle désiroit de 3> communiquer privément avec quelqu'un de leurs ministres *. >

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