‹ Gaspard de Coligny, amiral de FranceChapitre 144 sur 241 · De ThoUy put. univ., t. II, p · texte numérisé non relu

De ThoUy put. univ., t. II, p

i. R. de Laplanche, Hist. de Fr. s. François II, p. 55.

i! se désaisissail passât aux mains de son neveu ï,ouis de Bourbon, c Ce qu'ayant fait entendre au roi et pareillement h la » roine sa mère, d'autant, disoit-il, que son autre charge d'ad- » mira! estoit plus quesuffisanle pour l'occuper, luyremonstraut B aussi combien ce gouvernement seroit bien séant au prince » deCondé, comme originaire du pays, de si longtemps gouverné » par ses prédécesseurs; cela fut trouvé bien fort estrange, T> attendu que les autres courtisans tout au contraire avoyenl t accoustumé de demander estât sur estai '. » Le sort de la démission ainsi réitérée restant eu suspens, Coligny ne consentit à continuer provisoirement ses fonctions de gouverneur, que parce qu'il pressentit que les Gulsos ne le paralyseraient point dans l'exercice de ses attributions militaires et administratives, et qu'encore moins oseraient-ils l'attaquer de fronl.

Après lesacre de François 11, Coligny quitta la cour, où rien ne le retenait.

Le roi de Navarre s'y trouvait encore. Catherine de Médicis et les Guises, qui s'étaient constamment joués de lui,se débarrassèrent de sa présence, en le chargeant de conduire à lafronlière d'Espiigne la jeune épouse de PhiUppe II.

Indigne de voir abreuvé d'insultes et éconduit un frère dont il déplorait amèrement la double défaillance -, le pi'ince de Condé se crut appelé h ressaisir d'une main ferme la haute mission qu'Antoine de Bourbon avait si tristement désertée. Mais, comment l'accomplir vis-à-vis de la cour et vis-à-vis des réformés? Sous quelle forme et sur quel terrain engager la lutte avec l'une, et par quels moycfis ouvrir la voie à raffranchis-

t. B. Je Laplaniliiî, llisl. df Fr. ï. Franroii H, p, 55, 5G.

9, I Ma^ao ilatore lue coiilicil, iiec uihiore curil ac iiihIu me torquot, misira ( fratroiii iioslrorum, quibus cordi est sinccra piilLas. ia Gnilia conditio. Promp- ■ lura eral iu luauu régis .Varans hîs rr.alîs reuii^ilJum, et mica polUciliu » fueral : seil quîun ejus îgnavia nihil Tuerit turpius, ai'cesslt tandem et pfO- I dlUo. > (Culrinus Vermiglio, 4 ocl. Iô59, Op. Caicini, vol. XVIl, p. 1)53, n* 31ÎÎ.)

seraeni des antres? Tefles forenl les qiKStioK tijoe le sdcotÈi piÛDeda sai^ n'aspiranl qali agir, Toubi sonmetlre sans retard à caa de ses allies politiques qm, étant en même teoqis ses coreligiomiaireSy kn inspiraient le phis de confiance. 11 les cooToqna donc chei loi, à laF^té, poor délibérer sur les mesnres à adopter, (f urgence, au double point de Tue des intérêts de rÉtat et de ceux de la rd^ion reformée. Cotigur et diiers seigneurs, parmi lesquels figuraient la plupart de ceox qui andent asasté à rassemblée de Tendftme, répondkent i Faiipel de-Condé-

Dans les cmiferences de Vendôme, on n'arait guère agité que des questions, à Trai dire, extérieures et de pure forme, en ce sens que leur portée se limitait au maintien des prérogatires des princes du sai^ et à la réintégration de quelques hauts personnages dans leurs fonctions. Â peine y aTait-on, du reste, effleuré les questions touchant au fond mën^ des. droits compromis, dont Q importait d'obtenir la consécration, par Finfluence que donneraient aux princes du sang et aux grands dignitaires leurs situations reconquises.

Ceci posé, que se passa-l-il dans les conférences de laFerté? Rien ne nous Tapprend d'une manière précise.

Un écrivain souvent partial et inexact, que d'autres ont aveuglément copié, sans discuter la valeur de ses assertions, Davila, parle de ces conférences *. Or, il est facile de reconnaître que les discours qu'il met dans la bouche de Gondé et dans celle de Coligny sont purement imaginaires. Que le prince ait opiné pour une prise d'armes : cela est probable; mais ce qui ne l'est pas, c'est qu'il n'ait appuyé son opinion que sur des considérations exclusivement politiques, et surtout qu'il ne se soit préoccupé ni des souffrances des réformés, ni du remède à y apporter. Quant à Coligny, le discours que Davila lui fait tenir est, d'un

1. Hist. des guerres civiles de France y irad. 1757, t. I, p. 36, 37, 38, 39.

IjouL à l'autre, d(5menli par son langage habituel et par Tensemble de ses actions à celte époque.

Si l'on ignore ce qui fut dit et résolu dans les conférences de la Ferlé, on peut , du moins, en consultant à des sources sûres, la généralité des faits contemporains, se rendre assez exaclemenl compte des idées el des sentiments, soil de Condé, soit de Coligny, vers l'automne de '1559, date approximative de ces conférences. Condé voulait renverser les Guises et mettre un terme à l'oppression qui pesait sur les réformés : il croyait à la légitimité et à l'efficacité d'un recours aux armes, pour atteindre ce but. De son côté, Goligny voulait la cessation du pouvoir exorbitant des Guises et l'affranchissement complet des réformés, mais par une tout autre voie que celle des aimes, savoir : sur le premier point, par l'application du droit, ei sur le second, par l'emploi de la seule force morale.

Depuis son retour de captivité, l'amiral avait vu les événements se précipiter; et à la diiTérence d'une foule d'autres Iiommes qu'il devançait en piété et en intelligence, il se sentait désormais placé en face d'une question des plus graves, de celle de la liberté religieuse, qui, débordant de toutes parts la question politique, s'imposait à son esprit et à son cœur avec une irrésistible énei^ic. Or, ce sera l'éternel honneur de ce grand esprit et de ce noble cœur, d'avoir envisagé cette question capitale sous son véritable aspect, d'en avoir mesuré les vastes proportions et d'avoir été, en France, en dépit des plus redoutables difficultés, le généreux promoteur de la seule solution qu'elle comportât.

Toute conqutJte morale demeure d'autant plus précieuse, que les obstacles qui s'opposaient à sa réalisation étaient plus grands. Cette vérité s'applique tout particulièrement à la conquête de la plus importante des libertés publiques, de la liberté pour tout homme, de se former une conviction religieuse, et de la professer au sein de la société.

On est aujourd'hui parfaitement fixé sur l'origine et l'essence de cette sainte liberté. Des hauteurs du point de vue théorique se dégage avec clarté ce principe tutélaire : que l'État, sans aptitude et sans mission pour discerner le vrai du faux, en matière de croyances, doit ouvrir un hbre accès dans la cité à toutes les religions, et,iieutre au milieu d'elles, les laisser agir et se développer, tant qu'elles respectent Tordre social et qu'elles vivent, les unes à l'égard des autres, dans une juxtaposition paisible et un support mutuel.

Si c'est là ce dont on est convaincu, de nos jours, comme on le fut originairement, à l'école d'un saint Pierre, d'un saint Jean, d'un saint Paul, d'un Justin, d'un Irénée, d'un Tertullien, c'est là aussi ce que, malheureusement, on avait, en général, perdu de vue, du quatrième au seizième siècle, à dater du moment où l'Église, abdiquant son indépendance et son autonomie, s'était laissé enserrer dans les liens d'une union funeste avec l'État. Transformée en institution officielle, elle s'était, de dépression pn dépression, abaissée au point d'organiser, de concert avec son allié, un odieux système de persécutions contre les hérétiques. Le moyen âge, en projetant sur l'Europe ses ombres et ses superstitions, avait brutalement travaillé à l'asservissement des consciences, par ses coutumes, par ses lois, par sa hiérarchie, par ses conciles, et par les abus inhérents à la prépondérance alternative, soit de l'État sur l'Église, soit de l'Église sur l'État. Avec le treizième siècle, s'était ouverte une ère néfaste, l'ère d'un régime d'extermination décrété au concile de Latran, l'ère des croisades contre les hérétiques, et des exécutions en masse, l'ère de l'inquisition, c'est-à-dire des plus abominables excès qu'aient jamais inventés l'hypocrisie et le fanatisme. Le quatorzième et le quinzième siècles avaient reflété, dans l'histoire de l'intolérance, les sinistres lueurs du treizième; et la France, subissant le sort commun des nations de l'Europe, n'avait atteint le seuil du seizième siècle, qu'en courbant le front

SOUS une législation dé^radanle, qui punissait de raort l'iK-résie, qualifiée crime de lèse-majesté divine et humaine. Quand vint la solennelle époque de la Réforme, on paraissait, dans notre malheureuse patrie, avoir, au point de vue du droit public, répudié sans retour les libérales traditions des chrétiens éminenls di.' la Gaule, d'un saint llilaire de Poiliei-s, et d'un saint Martin, dont les puissantes voix avaient si glorieusement retenti jadis en faveur de la liberté de conscience et de culte. En effet, les esprits même les meilleurs parmi les réformés étaient, h bien peu d'exceptions près, tellement étrangei-s à toutes notions, nonseulement de liberté leligieuse, mais môme de simple tolérance civile, qu'ils considéraient le prince comme chaîné du soin de maintenir dans ses États l'unité spirituelle, et comme investi, à ce titre, du droit de sévir avec la dernière rigueur contre les sectateurs de toute fausse religion. Délégués légaux du prince, en . pareille matière, les magistrats étaient, soit isolement, soit en concours avec l'aulorilé ecclésiastique, transformés en autant de théologiens armés d'un redoutable pouvoir de répression, devant lesquels s'agitaient, au sujet des accusations d'hérésie, les questions de dogme et de foi. Malheur à qui déviait de la doctrine officielle! une sentence irrémissible condamnait /es gens mal senlans eii la foiyh expier leur déviation dans les tortures et les plus atroces supplices. Ce fut ainsi que, pendant trente années au moins, les parlements et diverses juridictions subalternes appliquèrent, en France, une législation meurtrière, ravivée par les édits de François i" et de Henri II, sans que les victimes de l'intolérance, uniquement préoccupées du soin de démontrer, la Bible en main, qu'elles n'étaient point entachées d'hérésie, pensassent à transporter sur le terrain du droit un débat qui, dans l'arène législative et judiciaire, s'agitait à tort smle terrain de la théologie, et à formuler la i-evendication d'un principe fondamental, d'un principe de sage liberté, à l'existence duquel insultaient les lois, les juges et les bourreaux.

Vint enfin le jour où se posa, en Europe, pour les sectateurs de la Réforme cette grave question : en vertu de quel droit d'Etat^ le sacerdoce et la magistrature, incriminant leur croyance et en prohibant la profession, les vouaient-ils au dernier supplice?

La solution ne se fit point attendre; un généreux écrivain démontra avec force, d'une part, l'inanité de ce prétendu droit, et, de l'autre, la réalité de celui que possède tout homme, de professer librement la religion de son choix. C'était déjà beaucoup, sansdoute, que, dans un livre destiné à faire autorité, nonobstant l'ardente polémique à laquelle il donna lieu et le scandale passager qu'il souleva, Castalion^ eût théoriquement fixé les bases de la liberté religieuse; mais il fallait bien plus encore : il fallait que, du sein des agitations et des épouvantables . désordres auxquels la France était en proie, s'élevât la voix oalme et pure d'un chrétien, d'un homme d'État, habitué à allier en toutes choses la pratique à la théorie, et dès lors demandant, non-sôulement que la plus précieuse des libertés publiques fût admise en principe, mais aussi et surtout qu'elle cessât de trouver dans les faits quotidiens un douloureux démenti. Ce chrétien, cet homme d'État, fut Gaspard de Coligny, vivant symbole des grandes initiatives, au seizième siècle.

Sa conviction une fois arrêtée, en pleine maturité d esprit et fermeté de cœur, il s'efforça de la faire prévaloir d'abord parmi ses coreligionnaires et ses alliés politiques. Mal comprise et violemment tranchée par la plupart d'entre eux, la question des droits sacrés delà conscience et du libre exercice du culte fût, en présence des graves événemehls auxquels il était mêlé, ramenée par lui sur son véritable terrain et sainement résolue, en droit public, d'accord avec l'Évangile. On le vit, dans ses entreliens et exhortations. individuelles ou collectives, homme de foi avant

i. De hœreticis, av sint persequendi, etc., etc., 1 vol. in-12. Magdeburgi, .1554. — Voir le beau travail sur Sébastien Gaslalion, que M. Jules Bonnet a inséré dans ses Nouveaux récits du xvi« siècle, p. 51 à 169.

loul, rappelant le droit & lasainleté de son origine, rompre avec les idées erronées de son siècle, en lait de contrainte makVielle et spirituelle, proclamer les droits imprescriptibles de la conscience, asseoir exclusivement sur un londeraenl chrétien le principe de la liberté religieuse, signaler comme moyen Iéj;ilime de faire prévaloir ce principe, le recours à la seule force morale, et lutter contre les tendances de certains esprits impatients et aventureux, qui, menaçant de substituer au droit ta force, compliqueraient d'intérêts mondains et de passions personnelles la défense d'une cause qui devait en demeurer h jamais dégagée. La parole énergique et lucide de l'amiral se fill assurémentconcilié tous les suffrages, si la passion et les préjugés n'eusseni étouffé, chez un trop grand nombre de ses intei'Iocuteurs, la voix de la raison et les inspirations de la foi.

Ainsi, des deux opinions, fortemeni tranchées, qui divisaient alors Condé et Goligny, l'une entraînait ses partisans sur imc pente fatale, tandis que l'autre retenait les siens dans tes limites du di"oit. Le prince s'érigeant plulùt en chef d'une cohorte de mécontenlsqu'ensérieuxprotecleur de la foule des croyants opprimés, se produisait dans sa fougue, moins en homme religieux qu'en liommc de parti. Chez l'amiral, au contraire, les puissantes convictions du chrétien dominaient lËs tendances de l'homme d'État, épuraient ses vues, et le contenaient dans le rôle de sage conseiller de ses coreligionnaires et de ses alliés politiques, ainsi que de sujet fidèle à son souverain ' .

1 . Lo pr^stilcnt Hdnault, dans son rcmaniuable drame de Franfon II, acUin, Mine V (Anisterdam, iQ-8°, 1733, p. 73), nous ii-mble avoii' OJéleniL'nl eipriaif les senUtncDls i]ui poriaiont l'amiral à s'opposer alors à louie pri&e d'aruies, r-ii lui prMaQt ce langage r « Dieu eït assez piiÎMant [loiir Taire

> trioniphifr la véritable religion, quanil il le voudra; ol s'il la laiï^e dans

> l'abaijM'uieul, il Tunl adorer ses décreis, sans préteaiire les pénétrer. Vaili 1 qnelx sont mes principe» : nulle Tue humaine n'v entre; et je suii prfl

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