I - > roi
L'amiral avait décliné d'avance toute responsabilité, quant aux mesures agressives qui pourraient être prises. Laissant livrés à eux-mêmes ceux qu'il n'avait pu maintenir par ses conseils dans les voies de la modération, il revint, en octobre 1559, à Châtillon-sur-Loing, qu'il comptait ne quitter désormais, que lorsque certaines affaires publiques, qu'il ne pourrait diriger de là, réclameraient sa présence au dehors.
Son frère Odet \înt, à cette époque, séjourner près de lui. Il avait, récemment aussi, quitté la cour, où, depuis quelque temps, il ne figurait guère que pour chercher, selon ses habitudes de serviabilité, à y utiliser, dans Tintérêt d'autrui, et spécialement dans celui de son oncle le connétable, les bons rapports qu'il soutenait avec Catherine de Médicis* .
La marche des événements en Ecosse, et l'attitude de l'Angleterre nécessitaient, en ce moment, de la part de Coligny, en qualité d'amiral de France, une vigilance particulière qui se déployait sous les yeux mêmes de l'ambassadeur et des agents d'Elisabeth* .
Les nouvelles qui arrivèrent de la capitale et des provinces au château de Châtillon-sur-Loing, dans le cours des mois de novembre et de décembre ^,coplrislèrent profondément Co-
1. Lettre du cardinal de Chàtillon au connétable, du ^8 octobre 1559 (Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 3071, f^ 6 et 7).
2. Calend. of State pap, foreign, Throckmorton to Cecil., 9 oct. 1559. TWrf. Killigrew and Jones to the queen, 27 déc. 1559.
3. Alors que la gravité des événements dont la France était le théâtre à cette époque, attirait la sérieuse attention des représentants des diverses puissances étrangères près la cour de François II, celui de la Toscane, Alfonso Tornabuoni, moins réservé, dans sa correspondance avec son gouvernement que ne l'étaient ses collègues dans la leur, vis-à-vis de leurs gouvernements respectifs, n'hésitait pas à faire connaître par quels procédés d'information spéciaux il cherchait à savoir ce qui se passait à la cour de France. Le 12 décembre 1559 {Négoc. de la France avec la Toscane, t. IIÏ, p. 406, 407) il écrivait à Cosme h' : c Con la regina madré bisogna negoziare e ambalar
> via; et con madama de Guise si puô andare per trattenimento, e parlato
> che si è con lei, andare dalle donne e menarle a desinare e cena seco, e
ligiiy. Partout la persécution sévissait contre les rélormés, avec un redoulilement de fureur'; à Paris, le meurtre du président Minard aviûl hâté la condamnation d'Anne du Bourg, que les eflorls multipliés de ses amis, et une démarche généreuse de l'Electeur palatin* n'avaient pu arracher au supplice; l'immolation de cette grande victime venait d'exciter, h Paris, dans presque tous les rangs de la société, l'explosion d'une indignation que les Loi-rains, auteurs de tant de maux, n'osaient pas personnellement affronter. Nul parmi leurs créatures ne pouvait entrepnmdre de calmer l'agitation existante ; un seul homme, Coligny, en fut jugé capable, îi raison de l'autorité de son caractère, et par qui? par ceux-Ik mêmes qui, sans doute, savaient
• iiicUi'rle n ragionameoti da sroprir pncsc; perche quà quel che si tirn sr-
> cri'to alli nnniini spesso si conrerisre aile donne, t
1. • Incendiuin parisieiisi; jAm plures consumpsit, ac brevi in mnjorrs Qam-
> tiia> erurapcl... misera per toiam (ialliani fratrum rondîlîo, simiil tainen alque 1 pnuiilium lemporis ad respiraiidum datur, se itcriuD cotligimi. > (Calvinus Bullingeri), idéu. 1559. Op. Calmni vol. .YVIl, p. G8T, a" 3 110.)
i. « Hvidelltcrgx rerersus quo milii prorieiscendum fuil ad iulerppllaaduni
• prinirippin pro de Burgii etimii illius senatoris ssltile. > (Dexa Dulliiigero, dec. t55U.a[i, Baum, Appendice, p. 4.)— < Erat Bexanosterin (ïernianid apud illus- » tnBMiiium priucipem, comilem palatinum... Princeps uon laatum eoniili-r pol t iidius est quod pelcbat Beza nosier, sed dictare liueras jusul quâ Tornift t sperarel utilissiinas fore.> (Calvinus Bullingero, i dec. 1559. Op. Cateini, Tol. XVII, p. 087, n« 3110.) — < Ipsum U. du Bourg, Elector palalinus pecu- ■ liari legiilione pirtii^rnt à rege Golliic ad suam scholam Ileidelbergensem ;scd 1 DÎliil profecil. i (Ifub. Languelî, upistolarum lib. Il.episl. 13.) — (IIcLaplocr,
> Comment, liv. 1, (^ 33. — Mém. de t^iutirtnau, Ht. I, diap. ni.) — * L'ar- I rest donnii contre du Bourg instant divulgua, ceux de l'église de l'aria meif rent toutes poirn^s possibles de lui sauver la vie, Premiiremenl ils sominè- » rent l;i rF--înf-iiiSre de promesse ; mais ayant eu froide response, ils se reli- I rérenl dcvurs lu comte Palatin cl premier éli-cteur de l'empire, qui aussitûl » envoya ses ambossadcars le demander au roy pour s'en servir en son unii vcrailé de Hejdelberg. De quoy le cardinal (de Lorrninr), advcrty de la cause
> de leur venue, despilé cilri-'iiienicnt itc la mort de son bon ami Minard, écrivit
> qu'on le feit mourir incontinent et avant leur arrivée, allu que le roy n'en Tusl
> davlniage importuné. Et quand pins il esloil prié de [aire suspendre l'exéeu-
> lion, lant plus se monlroil-ildiflicile, puisque l'oji arolt recours aux Allemnnils f hérétiques, lesquels aussi il espéroit ctiasiier il leur tour, i (R. de Laplaiichc, Hisl.dtFr. s. F)-ançoU H. p. 113.»
qu'au fond du cœur, il devait partager les haines et les colères déchaînées contre leur abominable tyrannie, mais qui, d'auli^e part, connaissaient sa fidéUté envers. son souverain, son abnégation, son énergie, et, par-dessus tout, sa parfaite loyauté. Aussi, heureux de pouvoir conjurer les périls du moment, en s'abrilant derrière une • importante personnalité, telle que la sienne, les Lorrains furent-ils d'avis qu'on confiât à l'amiral la difficile mission d'apaiser, à Paris, par sa sage intervention, la fermentation à laquelle les esprits étaient en proie; de telle sorte que le roi pût, en toute sûreté désormais, séjourner dans la capitale ^ Rien ne permet d'ailleurs de constater quel fut le sort de cette mission, dont en tout cas l'idée constituait, à elle seule, un éclatant hommage rendu par les adversaires de Coligny à une supériorité morale devant laquelle ils étaient contraints de s'incliner.
Quoi qu'il en soit, arriva bientôt le jour où, conséquent avec lui-même, comme d'habitude, l'amiral crut devoir s'absenter de Châtillon et se rendre, en janvier 1560, à Blois, où était la cour^ afin d'insister de nouveau pour que sa démission des fonctions de gouverneur de la Picardie fût enfin acceptée. Elle le fut, cette fois, mais sans égard à sa demande de transmission en faveur du prince de Condé, que Brissac, patronné par les Guises, réussit à supplanter*^.
1. f The admirai of France is at this xîourt... The garboil..., if speedy ordcr
> be not taken, >vill grow to some extremity ; for which the admirai is appointed
> to go to Paris before the king*s coming. > (Kiliigrew and Jones to the queen, Blois, 27 décembre 1559. Calend. of State pap. forign.)
2. f L'admirai alla à la cour, environ le mois de janvier, où il remonstra à la
> roine-mère qu'il estoit pourvu de deux grandes charges et estais en ce royaume
> à sçavoir de Testât d'admiral et de celuy de gouverneur du pays de Picardie,
> dont le moindre estoit pour assez occuper l'entendement et suffisance d'un
> homme entier, suplia la dicte roine de le descharger dudict gouvernement,
> ce qui luy fut accordé par la dicte dame, laquelle voulut que sa pension fût
> augmentée de six mille livres, qui estoient autant que montoyent ses gages du-
> dict gouvernement. > (De Laplace, Comment., (** 41.)
3. € il (Coligny) fut donc à la un pris au mot, quant à la résignation de son
Voici en quels termes simples et dignes Coligny annoDça la cessation do ses fondions à de Humières' :
« U y a jîi quelque temps que, considérant que les deux t charges que j'avojs estoicnt Ibrt grandes pour bien pouvoir
■ satisfaire à toutes deux, je désirois que je puisse, avecques le » bon plaisir du roy, me deschai^er du gouvernement de
> Picardye; parquoy, depuis que je suis en cesle court, m'es- B tant trouvé à propos, j'en ay laiot quelques remonslrances h » Sa Majesté qui les ha si bien prises, que, avecques son con- » sentemenl et satisl'aclion, j'ay remis ledict youvernement entre
> ses mains, et m'en estant ainsi déchargé, je vous en ay bien • voulu advenir afin que vous sçachiez que ce n'est plus h moy » à qui vous aurez à vous adresser pour aucunes affaires appar- » tenant audict gouvernemcnl, me prenant en ([ualilé de gou- » verneur ; car en toute aultre qualité qui me restera, vous me B trouverez en bonne volonté île m'employer pour vous, soit en
> affaires concernant le public, soit en auilres de votre Faict » parlicniicr, et pouvez autant que jamais faire estât de moy, p me recommandant sur ce de bien bon cœur à votre bonne
■ grâce, et priant Dieu, monsieur de Ilumière, qu'il vous donne
> ce que désirez. A filois, ce XX' de janvier 1559 (1500, n. s.). ï Voslre enlièrcment bon allié et amy, Chaslillon. »
1 eslal, niais non (|uaii( & en pourvoir le prince, quelque [loursuite que luy-méine
> en M ; car li^ inoréchul iji; Brissuc en Tut acliupté par wux de Gulsi?, au ■ sou steni' ment «lesquels d^s cesle tiuure-lâ il se dédia. * (R. de Laplancbe, Hi$l. de Fr. n. Françoi» U, p. 50.)
1. IlibI, liai., mis. f. fr.. vol. 'i 128. P 162. 20 janvier 15611 (1560 ii. s.). — Celle cessatiiin de (oiiclions, annoncée le 20 jnnvier 15UU par Colley, si: pince dans le rimrt ialerfalle qui sépare celle dale de celle du 13 du ce inëmi; ou)is, jour auquel il prenait eucore le litre de gouverneur dans un acie <lont roiri le préambule : c Nous, Gaspanl de Coulligiiy, s' de ChastiUon-sur-Loing, clicvalief
> de l'ordre du roy, admirai de France, couseiller au privé conseil dudil sieur, » gouverneur et ion lUuUnant-^énérat en ses pays de Picarilye, Boultenogt » tl Arthnit. et cappitainc d'une compagnie de i|uatre-vingt lances fournies ili t «es ordouuaoces. confessons... (>|uittauce). 13' jour de janvier l'an 1"' » (1560, n. s.) CouUigD}-. » (Dibl. tuit., cabinet des titres, V. Ci>li|piy.)
Ayant, dans un sentiment de dignité personnelle, résigné des fonctions dont il s'était constamment acquitté avec honneur, Goligny se rendit à €alais, où s'effectuait une concentration de troupes *, et revint à-Châtillon, au sein de sa faniille.
Suivons-le maintenant au foyer domestique; et, résumant quelques faits saillants qui s'y sont accomplis depuis son retour de captivité, pendant ses séjours successifs à Ghâtillon, de mars 1559 à février 4560, arrêtons-nous un moment à contempler en sa personne, l'un des plus beaux types du chef de. famille chrétien, qui, au xvr siècle, se soient produits en France dans les rangs de la noblesse protestante.
1. Challoner to Cecil, 5 février 1560, et Throckmorton to the queen, 20 févTier i560. {Calend, of State pap, foreign.)
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CaliCn; envisagé au foyer domeslJque, eomme chef de ramJUe rhrélien. — te* h-il>iluilu il« i>i^lâ qu'il a introduiUis dans t» oinixon sont adoptâci par plurirura fnmiUe< ooblej. — Coligtij A AmbniH?. — Sage; ïonscili <iu'il donne i ùilliorine de M^diclu.
— Edil d'abulltioii. — Coligny eld'AmlcIot diUapprouvcnt la conjuralion d'AmlwiM.
— Ils t'elTorcont de tauïer les joun ilo Caitelnaii. — II* qiiUlcul lu tour. — Hiuiaii da Coligny en Sonnandie. — Permelé avec laquelle il en rend enmple.
Si l'austère épreuve d'une longue caplivilé, subie h l'Écluse et à Gand, avait contribué îi mûrir la piété de l'amiral, elle n'avait pas moins influé sur le développement spirituel de sa digne compagne, « dame des plus cbrestiehnes et vertueuses, qui ï ayent esté de son temps ' ». Lorsque, au terme de cette épreuve, le.<^ deux ijpoux furent rendus l'un h l'autre, et qu'ils purent dans d'intimes entretiens donner un libre cours à la mutuelle expression de leurs sentiments religieux, ils eurent la joie de reconnaître que leurs cœurs étaient à l'unisson, devant Dieu. Plus leur était précieux le piiviléj^e d'une communauté de convictions et de suprêmes espérances, plus impérieuse apparut à leurs yeux l'oblifiation de professer publiquement la loi qui les animait. Or, en présence des éviinemcnls contemporains, les plus grands dangers s'attachaient à l'accomplissement do cette obligation sacrée. Piôt h afironter, quant à lui, cesdangere, dont il avait une pleine connaissance, Coligny ne pouvait consentir à ce que Charlotte de Laval, qu'il supposait les ignorer en piiriie, s'y cxposAl sans en avoir préalablement mesuré, de sang-froid,