‹ Gaspard de Coligny, amiral de FranceChapitre 153 sur 241 · AU · texte numérisé non relu

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» que j'avois choisi la plus sûre et certaine voye? n'est-il pas ^ vray? — Et comme Olivier eust la leste baissée et ne luy ^ respondist rien, il continua et lui demanda s'il estoit pos* -» sible que luy, auquel Dieu avoit faict tant de grâces de l'avoir i> colloque au plus grand et digne degré de ceux de sa robe et j» de luy avoir donné cognoissance de sa vérité, pour un honneur )» de petite durée, estant sur le bord de sa fosse, j& penché de ^ vieillesse, et pour gratifier à ce cardinal, voulust ainsi malheu- » reusement trahir sa conscience, son roy et sa patrie. Ne vous ^ devriez- vous pas contenter, dit-il, des tours que vous avez » joués aux pauvres chrestiens, nommément à ceux de Cabrières ^ et Mérindol? Avez-vous oublié les pleurs et gémissemens que j> vous en faisiez chez vous, quand vous confessiez franchement » que pour cela Dieu vous avoit rejette?. Ah! malheureux, qui )> vous estes toute vostre vie joué de Dieu et de sa saincte Es- » cripture, sachez que le temps est prochain que vous en ren- 10 drez compte, et possible plustost que vous ne cuidez, car la y> mesure d'iniquité est comble, laquelle crie devant Dieu. Vous » avez trop longtemps abusé de sa sacrée parolle en livrant le » sang innocent. Et n'y a double que tout ainsi que vous vous D estes acquis quelque réputation par celte faintise entre les ^ hommes, vostre mort ne soit si épouvantable qu'elle demeuy> rera pour exemple à la postérité du juste jugement que Dieu y> exerce sur ses ennemis. — Le cardinal, voyant le chancelier » muet, voulut prendre la parolle, et disputer de la religion, » mesmement sur la matière de la Cène. En quoy l'autre lui y> rendist telle réponse qu'il luy feit confesser que tout ce qu'il y> disoit estoit bon, et qu'il le tenoit ainsi, pourvu qu'il n'y eust i> autre chose. Le baron luy répliqua qu'il ne retenoit rien der- D rière, ny de contraire ; et se retournant vers le duc de Guise, )) le pria d'avoir souvenance de la response de son frère, quiap- » prouvoit sa doctrine. Il luy dict qu'il ne sçavoit que c'estoit y> de disputer, mais bien s'entendoit-il à faire couper testes, qu'il

» n'avoit que Taire de sa religion, et que ce n'esloit son estai de » parler ny se fonder en telles choses : Piust à Dieu, respondil » Castclnau, que vous l'entendissiez aussi bien que vostre frère; ï> je me tiens pour certain que vous n'en abuseriez pas contre » vostre conscience comme il laicl. El quant à vostre menace B de couper teste, cela est indijine d'un prince '. »

La haine et la lâcheic' avaient juré ia perle de Caslelnau ; aussi fut-il condamné à mort comme criminel de lèse-majesté. A l'ouïe de sa condamnation, « il remonstra qu'il n'estoil aucune- » ment apparu qu'il eust rien entreprins contre le roy, mais que » seulement il s'estoil voulu opposer avec une grande partie de » la noblesse de France :"i l'injustice de ceux de Gnyse; et que s si une entreprinse contre eux estoit un crime de lèse-majesté,

* il les falloit prononcer rois de France avant que le condamner » dece crime ; finalement, que ne pouvant appeler devant les » hommes d'une sentence tant injuste, il en appcloit devant B Dieu, lequel en bref feroii une venj^eance exemplaire du sang

> innocent qui estoit respandu *. b.

Indiijnés de la condamnation prononcée contre Caslelnau, Coligny et d'Andolot s'épuisèrent en cfTorls pour l'arracher au supplice. < Le roy et la royne sa mère estans pressés et impor- » tunéit par eux de luy sauver la vie, tant pour ses vertus et

> pour les grands services laicts par ses prédécesseurs et par

• luy à la couronne et maison de France, que pour n'irriter » beaucoup de grands princes et seigneurs auxquels il apparteï noit, la roine en lit tout ce qu'elle put, disoit-ellc, jusques à

> aller chercher el caresser en leurs chambres ces nouveaux ï rois, qui se montrèrent invincibles, et de fureur irréconci- » liable ; et usa le cardinal de ces mots, envers leurs majestés :

> Par le sang Dieu 1 il en mourra, et n'y a homme qui l'en

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