‹ Gaspard de Coligny, amiral de FranceChapitre 187 sur 241 · Bèze, Hist. ceci, 1. 1, p · texte numérisé non relu

Bèze, Hist. ceci, 1. 1, p

» rois l'avoycnt esté, aussy seroil-il en loiil. CL partout prolcc- B leur et défenseur de son église, s

VoilJi, en substance, au dire des historiens ', ce que portail la hanmgne de l'Hospital; mais le texte môme de cette harangue nous apprend quelque chose de phis. Le chancelitir y annonce aux prélats^ « qu'ils sont là assemblez afin de procéder à la

■5 réforniation des mœuis et de la doctrine; qu'il ne con-

» vient attendre le concile général et universel qui se pourra » faire, mais non sitôt que les affaires (de France) le requiè-

» rent; qu'ils nedoibvent doubler d'aussi bien faire et possible

s mieux, en ce concile national, qu'au général; qu'il n'est

a besoing aussy de plusieurs livres, ains de bien entendre la » paroh (If Dieu et se conformer à icclle le plus que l'on ponrru. » Oultrc plus, qu'ils ne doibvent estimer enneniys ceulx qu'on » dicl de la nouvelle religion, qui soûl chrétiens comme culx, » et bapiîsez,el ne les condamncrpar préjudices, maisics appeler, » chercher et rechercher, no leur fermer la porte, ains les rece- » voir en toute douceur, et leurs enfants, sans user contre eulx » d'aigreur et d'opinîastreté. b Le chancelier termine par l'admonestation suivante : « Que tes pi'élats poisont bien de » quelle importance est de les laisser juges en leur cause, et » pourtant essayent de se monstrer sans réprélieusion. S'ils a jugent bien et sans affection, ce qu'ils discerneront sera » gardé; mais s'il y a de l'avarice ou ambition, ou faulle de » crainte de Dieu, rien ne s'en tiendra. Finalement ils doibvent » bien remeicîer Dieu du loisir qu'il leiu' donne de se recon- B gnoistre, et qu'en faisant aultremcnt, s'assurent qu'il y nictlia ■ » la main, et eux-mesmcs, les premiers, sentiront son juge- > meut, avGcqucs infinis maux cl catamilez. s

On le voit, dans la pensée du souverain, dontle chancelier se

I. Héte. Hist. eecl.. l. I, p. 501, 502. — Ile l.aptacL-, Comment., liv. VI. H. aHutret Ile niotpitit!, l. I, p. 1K5 ù iKO.

conslituait l'interprète, h colloque avait bien lu caractère de concile national ; la situation des ministres était bien celle d'ac- (îusés devant leurs juges; étranges juges, au demeurant, que ceux auxquels il fallait, de prime abord, monli-cr d'une main ferme et presque mena^'anie le chemin du devoir!

Dès lors, que devenait la promesse verbalement faîte, le 8 septembre, par la reine inj>i'c aux ministres , qu'il leur semit donni^? acte, quand besoin serait, de leur demande Icndani à obtenir que les prélats ne fussent pas leurs ju^jes, et qtie la parole de Dieu seule servi), en tous points indistinctement, k résoudre les questions qui seraient discutées dans ta coafi renr.e?

Delîèze, que ses collègues avaient chargC- de prendre ) leur nom la parole, était trop judicieux pour rappeler enpublîS à la reine mère sa promesse, pour mettre en relief la coniradÎH tiouqne lui intlineait le sonveiain, ]>ar la bouche du ehancelÎCT et surtout pour récuser diieclemcnt les uréials comme jugea Unissant au tact de l'Iiomme politique et de l'orateur la fidéliU du chrétieii, il affirma immédiatement sous quels auspices U^ et sesfrèresen la foi entendaient ouvrirIaconféreoce,ena sant au roi ces simples paroles * : < Sire, puiscpic l'issue c i> toutes entreprises, et grandes et petites, dépend de l'assise » tance et f'aveurde nostrc Dicn, et prineipalemcni quand il e p question de ce qui appartient à sou service, et qui surmoni « la capacité de nos cntendemens, nous espérons que vo B majesté ne trouvera mauvais ni eslrange si nous commençoa » par l'invocation du nom d'iceluy. » S'agenouillunt alors avec le| aulies ministres, llèze prononça une admirable prière , l'tonna une partie de ses auditeui-s et émut l'autre. Nous C détHclions ce seul passage, destiné à prouver qu'il s'agîssfl

■.llisl. ecrl.,l. 1, fi. *iW, I, Uisl.eccl.t. I, |). 5ua, 503.

lui el ses collègues, non d'une jnsUficalioa à présenter, mais d'une mission i!i accomplir, dans le colloque : a Qu'il te » plaise, 6 Dieu, que nous puissions el de cœur cl de bouche, B mettre en avant chose qui puisse servir à Tlionneur el gloire » de Ion saint nom, à la prospériti5 et grandeur de noise roy » et do tous ceulx qui lui apparlicnnent, avec le repos el » consolation de toute la chrétienté et nommément de ce » royaume. i>

Se relevant après celle prière qui, î» elle seule, 'Hait déjà un éclatant témoignage rendu à la vérité chrétienne, Bèze parla au lui du respect et de l'altachenieut quelui avaient voués ses sujets protestants, réfuta les calomnies dirigées contre eux, insista sur la pureté de leurs sentiments et de leurs actes, sur leur amour de l'ordre et de la paix; puis, avec une rare noblesse de langage, il fit sentir aux prélats, qu'il voyait en eux, non des juges, mais des émules dans une commune recherche de la vérité, et que le colloque devail cire pour eux ce qu'il était pour lui et ses collègues, savoir une pure conférence sur les matières religieuses. « Nous présumons, leur dit-il. selon' la règle de » cliarité, que vous, messieurs, avec lesquels nous avons à coh- » férer, vous efforcerez pluslosl avec nous, selon noslre petite B mesure, à eselaircir la vérité qu'à l'obscurcir davantage, h » enseigner qu'à débattre, à peser les raisons qu'à les contredire, » brefà plustost empescher que le mal ne passe plus outre, » qu'à le rendre du tout incurable el mortel. Telle est l'opinion s que nous avons conçue de vous, messieurs, vous priant au B nom de ce grand Dieu qui nous a icy assemblés, et qui sera p juge de nos pensées et de nos paroles, que nonobstant toutes B choses dites, escrites, ou faites par l'espace de quarante ans ou t envii'on, vous vous dépouilliés avec nous de toutes les passions » et préjudices qui pourroicnt empescher le fruit d'une si sainte

i, Itcïf. Ilisl. ceci., l. I, |i. 5yii, iiD".

î et louable entreprise, et espériés de nous, s'il vous plaist, ce que

> moyennant la grâoe de Dieu vous y trouvères, c'esl à savoir » un esprit traitable et prest à recevoir tout ce qui sera prouvé y> par la pureparole de Dieu. — Ne pensés que nous soyons vej) nus pour maintenir aucune erreur, mais pour descouvrir et » amender tout ce qui se trouvera de défaut, ou de nostre costé

> ou du vostre. N'estimez que nous soyons tant outrecuidez que y> nous prétendions de ruiner ce que nous savons estre éternel,

> c'est à savoir l'Église de nostre Dieu. Ne cuidés que nous cher- » chions les moyens de vous rendre pareils à nous en nostre j> pauvre et vile condition, en laquelle toulesfois, la grâce à Dieu,

> nous trouvons un singulier contentement; notre désir est que j> les ruines de Jérusalem soient réparées ; que ce temple spiri- ]o tuel soit relevé; que ceste maison de Dieu, qui est bastie de » pierres vifves, soit remise en son entier ; que ces troupeaux tant î espars et dissipés par une juste vengeance de Dieu et nonchaly> lance des hommes, soient ralliés et recueillis en la bergerie y> de ce souverain et unique pasteur. — Voilà nostre dessein: y> voilà tout nostre désir et intention, messieurs; et si vous ne » Tavés cru jusqu'icy, nous espérons que vous le croirés quand y> nous aurons, en toute patience et mansuétude, conféré ce que y> Dieu nousaura donné. Et plust à nostre Dieu que, sans passer y> plus oultre, au lieu d'arguments contraires, nous puissions

> tous d'une voix chanter un cantique au Seigneur, et tendre les )> mains les uns aux autres, comme quelquesibis est advenu entre y> les armées et batailles toutes rangées des mescréans mes- » mes et infidèles ! »

Ayant ainsi restitué au colloque son véritable caractère et déterminé la nature des rapports qu'il établissait entre les prélats et les ministres, Bèze présenta un large et lumineux exposé de la croyance des Églises réformées de France, en s'appuyant sur la confession de foi de 1559, dont il développa disertement les articles. Il remit ensuite au roi le texte de cette mémorable

confession, en énom.ant ' que i' sur elle se faisait lu pi-cscute e conférence. j>

VoilJi bien le terrain de ladiscussioii nettement délimité. SeiTiis ainsi de prfo, el instantanément dépouilla, par la force des choses, de l'exorbitante prérogative de juges, qu'ils paidonnaienl h peine au chancelier de leur avoir concédée, alors qu'ils se l'étaient arrogée d'eux-mûmes, les prélats, (jrf ne pouraicnl. sans se déconsidérer entièrement, fuir le dèljal, cherchèrent aussitôt à le déplacer, ou tout au moins îi en restreindre la , portée. Incapables de fournir une réfutation immédiate, ils eurent recours à une échappatoire en réclamant un ajournement, non sur le ton de la réserve, mais sur celui de l'invective. En effet, îi peine Th. de Bèze avait-il fini de parler, que n le ï cardinal de Tournon, touttremblant de courroux, print comme ï primat et président de l'assemblée, au nom d'icelle, la parole, j» s'adressantauroy..., le suppliant leur vouloir donner jour pour p (répondre); y adjoustant que, sans le respect qu'ils avoîent en B sa dicte majesté, ils se fussent levés en oyant les blasphèmes » et abominables parolles qui avoîent esté proférées, etn'eusscnt » souffert qu'on eùst passé oultre. Et que ce qu'ils en avoyenl B faicl avoir esté pour obéir au commandement de sa dicte ma- » jesté, la priant très-humblement de persévérer dans la foy de ■t ses pères, iuvoquant la vierge Marie et les beuoists saincts et > sainctesdu paradis qu'ainsi peust-il esfre K a

A ce moment, Catherine de Médicîs crut-elle, au moyen de quelques paroles qu'elle prononça, s'acquitter de la promesse qu'elle avait faite aux minislrt-s, et maintenir implicitemcni ù la réunion le caractère de conférence que Th. de Bézo venait de lui altribuer expressément? C'est ce qu'il est impossible de savoir. Toujours est-il que, blessée au vif par l'emportement et le lan-

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