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i> afin qu'on ne veîst ny eust en ce royaume Irès-chrestien 3> qu'une foy, une loy, et un roy. i^
Th. de Bèze insista avec énergie pour obtenir l'autorisation de répondre sur-le-champ au cardinal de Lorraine ; il se prévalait « du bruit qui se faisoit, que les prélats avoyent délibéré de i> ne Iraicter plus, ce jour passé, avec lui et ses collègues, que > par condamnations et excommunications *. ï> On lui refusa la parole, et l'on décida que le colloque^ réduit désormais, quant au pei'sonnel de ses membres, à des proportions exiguës, serait repris, à une époque qui serait ultérieurement indiquée, « mais non plus en public, ains en lieu privé tant seulement. » * A l'issue de la séance du 16 septembre, P. Martyr, interrogé par Coligny, Condé et diverses autres personnes sur ce qu'il pensait de cette séance, s'expliqua en toute liberté et dévoila les manœuvres du parti catholique. Dans un entretien particulier qu'il eut, le 17, avec Catherine de Médicis, il usa d'une égale liberté de langage. Th. de Bèze, que cette princesse avait aussi appelé auprès d'elle, se prononça dans le même sens et avec la même fermeté que P. Martyr. Catherine parut à tous deux animée de bonnes intentions, et aspirant à l'établissement de la concorde entre catholiques et protestants; mais habituée à vivre plus encore d'impressions que de discernement, elle ne savait pas toujours aviser, môme au plus pressé, en fait de mesures \\ prendre, au jour le jour, dans les circonstances qui s'imposaient à elle. L'amiral, en conseiller fidèle mais parfois peu écouté, ne s'en apercevait que trop. Il éprouvait à ce sujet, des regrets qu'il exprima à P. Martyr, dans une visite qu'il lui fit.
P. Martyr habitait, à Saint-Germain, la maison du cardinal de Chî\tillon. Le 19 septembre, il était occupé, dans un cabinet de travail, à écrire aux magistrats de Zurich, lorsqu'on lui annonça l'homme d'élite que, ce môme jour, il qualifia, dans sa
'1. De Laplace, Comment. y liv. VU.
correspondance, iVadmiralUits. vir inter cœleros keroas pieftitc ilJiistris '. CoHgny lui parla, entre aulre choses, des instances réitérées qn'il avail lailes auprès de la reine mère ponr (jne la marche du colloque fût équitable ment réglfie et affranchie d'entraves. Ni lui ni P. Martyr ne présageaient rien de bon de Varrivôe en France du cardinal de Ferrare, légal du pape, qu'on s'attendait à voir paraître à la cour, le jour même. La suite des événements prouva que leurs appréhensions étaient fondées. Le légat, en effet, escorté d'évéques et de jésuites que dirigeait le fougueux Lainez, général de leur ordre, ne s'acquitta que trop ponctuellement du mandat que lui avait conféré le Saint-Siège, de provoquer la rupture dos conférences de Poissy et de ne reculer devant aucun moyen pour nuire aux protestants.
Les appartements que l'amir.il et sa femme, le prince et la princesse de Condé, le roi et la reine de Navarre occupaient au château de Saint-Germain étaient autant de centres d'aciivitc religieuse vers lesquels convergeaient tour à tour la noblesse protestante, les ministres et délégués des Églises, et nombre d'autres personnes, de conditions diverses, auxquelles le seul titre de coreligionnaires assurait d'avance, de la part de leurs botes, un bienveillant accueil.
Coligny et Charlotte de Laval consacraient sans relâche leur temps et leurs forces h l'accomplissement des devoirs que leur imposait la profession de l'Kvangile. Non moins infatigable dans le cabinet que sur le champ de bataille, l'amirai entretenait en France el à l'étranger une vaste correspondance dont la meilleure partie était toujours, pour sa belle intelligence et pour son grand cœur, celle qui se rattachait à l'avancement du régne de Dieu sur la terre. De Saint-Germain il adressait aux amis de la cause évangélique d'intéressantes communications sur les
I.Pi'trus Martyr Se ria lui Tiiric iriM Germaiiiim, 19 sept, tôOI.
i.ex œdibus cardianth Cnstilioaei, ml S'iiic
événements du jour; et, bien que dans ses exposés il s'efTaçât avec une rare modestie devant tel ou tel de ses compagnons d'œuvre, il recevait de nouveau, à cette époque, d'hommes qui savaient apprécier ses principes et ses actes, une approbation éclatante et de puissants encouragements.
Ecoutons, par exemple, Calvin lui dire, dans une lettre expédiée de Genève à Saint-Germain, le 24 septembre * ; c Ce vous y> est une bonne instruction, monseigneur, quand il n'y a ne fond 3) ne rive en ceux qui sont agitez de la vanité du monde, de 3> ficher tant plus profond vostre anchre au ciel, comme nous 3> en sommes exhortez par l'aposlre... Je me tiens assuré que ^ celuy qui vous a si bien disposé à son service et a desployé 3> une telle vertu de son esprit en vous, ne laissera pas son œuvre y> imparfaite, qu'il ne vous tienne la main jusques en la fin. » Calvin ajoutait, en s'adressant à madame l'amirale ^ : « Je n'ay y> pas laissé de remercier Dieu de ce qu'il a tellement continué » sa grâce en vous, qu'au milieu de beaucoup de tentations et 2> grandes difficultés vous avez constamment persévéré en son j> sei'vice, voire pour estre un exemple et patron à ceux qui i) estoient trop foibles et timides. »
La prédilection de l'amiral pour les saines lectures, et particulièrement pour certains écrits de Calvin, se conciliait, à la cour comme ailleurs, avec ses devoirs d'homme d'État et de chef de famille. Les douces joies du foyer domestique, que la rigueur des circonstances lui permit trop rarement de goûter, surtout dans la dernière partie de son héroïque carrière, ne lui furent pas refusées lors du colloque de Poissy. S'il était, à cette époque, privé de la présence de son frère d'Andelot, qu'un deuil récent retenait en Bretagne ^, il jouissait du moins de laprésenceà ses
i. Lettres franc. y t. II, p. 427.