Lettres franc., t. II, p
3. Il venait de perdre sa femme en août 1561. — Un touchant récit de la mort
côtés de madame l'amiraie et de ses enfans, de celle du cardinal de ChiUillon, de la comtesse de Royo, de ses filles, de Condé et de la Rochefoucauld. Proiondément atlacliô à sa steur, Colîgny étendait h ses deux nièces l'allection qu'il avait vouée h leur mère. Chitrlotle de Laval suivait, à l'égard de toutes trois, son exemple. Aussi, d'incessantes communications avaient-elles lieu au cliâteau, entre les divers membres, si fortement unis les uns aux autres, d'une lamille dont l'amiral était le clief vénéré. Toutes les pensées échangées par ces belles ùmes, au sein d'une confiance réciprofjue, avaient pour but lesoulai^ement des maux qu'endurait la France, l'éloii^nement des périls qui la menaçaient et le pacifique triomphe de la liberté religieuse. Le meilleur moyen de soutenir celle-ci était d'assurer, autant que possible, le maintien et la fréquence des réunions poui- l'exercice du culte. De là, l'empressement avec lequel Coligny et Charlotte de Laval, Condé et Eléonore de Roye ouvraient, dans le cliûteau de Saint- Germain, l'accès de leurs demeures aux prédicateurs évangéliques, dont la parole attirait un nombreux concours d'auditeurs. Cet empressement était si bien partagé par Jeanne d'Albrel, que son entrée au château de Saint-Cei-main devint, en quelque sorte, le signal d'un redoublement de pieuse activité '. L'envieuv et ridicule Perrenot de Cbanlonnay, qui s'imaginait, h la plus grande gloire de l'Espagne, rabaisser la jeune reine de NavaiTe en ne lui concédant d'autre qualification que celle de madame de Veiid&mf, écrivait- le 6 septembre 1561 : « elle e-st arrivée à la court, vivant à sa façon, delaquelle elle ne délibère changer aucune chose; j» singulière façon de vivre, en effet, aux yeux de
Ac celle-ci se lit litiiis VllâUiire ecclcsiasUque tic liirlngac, |iiiv f liilj|i|ic Lciioîr, p. 67, fis.
1. llub. Langucli Épiit- Ilb. 11. p. 5G : t Causam religinni^ nmiiium matim/y > [ironiovrt rc^iiiH Tiavarm, qtiie ruct^iiB veiiil in iiulnni. Ah i-ju» iidvciitii fada t e«l magna iacliaatio. >
i. ilém. de Candi, i. 11. p. 17.
l'aflidé de Philipqe II, que celle d une reine qui, transformant son habitation en une maison de prière, favorisait les prédications quotidiennes, auxquelles assistaient, avec elle, presque tous les jeunes princes et toutes les jeunes princesses, ainsi qu'une foule de nobles personnages; qui passait ses journées en compagnie de plusieurs d'entre eux, à invoquer le nom de Dieu, à chanter des psaumes, et à combiner les moyens de servir efficacement les grands intérêts de la religion * ; qui, comme épouse, s'efforçait d'affermir par ses judicieux et virils conseils l'esprit chancelant et le cœur léger d'un prince incapable par lui-même de se tenir au niveau de la situation à laquelle, en fille de roi, elle l'avait légalement élevé ; qui, comme mère, présidait avec une sollicitude éclairée à l'éducation de ses enfants; qui, comme amie, plaçait ses premières affections dans les familles de Coligny et de Condé; qui, comme souveraine, choisissait pour officiers de sa maison des hommes graves et sûrs, et pour filles d'honneur attachées à sa personne, non des coryphées d'escadron volant^ comme une de Rouet ou une de Limeuil, mais des chrétiennes non moins distinguées d'esprit que de cœur, telles, par exemple, qu'une Georgette de Monlenay, laquelle savait si bien, dans l'élan de son amour pour sa royale maîtresse, la venger par ses vers des attaques d'un Chantonnay ou de tous autres détracteurs -. Aux mesquines assertions de l'ambassadeur d'Espagne à l'égard de Jeanne d'Albret opposons les constatations d'un appréciateur éclairé, qui se réfèrent à la date de septembre 1561. « Les serinons, dit-il ^ continuaient » au château de Saint-Germain, en plusieurs endroits sans au-
1. Hub. Langucli Eput, lib. 50, II : c Apud reginam Navarrœ quotidiè
> haheiUur conciones,a(i quas accédant omnes ferè juniores principes, uiasculi
> et femellaî, et praelerea innumeri ex nobilitate qui per totum diem cum ipsâ 1 psalnios canunt, orant et tantùm curant ea quœ ad religionein pertinent, i
2. Emblesmes chrétienSy par damoiselle Georgette de Montenay, 1 vol. in4°