Th. de Uèïc, aUl. ecct., t. l, p
la grave question des réunions pour Texercice public du culte réformé avait fait, dans Tautomne de 1561, un grand pas. Mais il fallait soustraire enfin ces réunions au i^ime précaire d'une simple tolérance, contre lequel s'élevaient encore des hommes de désordre. Dans une foule de localités, les protestants étaient journellement exposés à de lâches agressions, analogues à celle dont d'Andelot venait d'avoir h se plaindre, en Bretagne, et qu'il signalait au gouverneur de la province en ces termes * :
« J'arrivai hier en ceste ville (Nantes), et aujourd'huy qu'il ^ est feste, ainsi que nous tous de l'Église réfformée^ vouUions )» aller ouir la parole de Dieu, au lieu que M' de Martigues a » dernièrement baillé, on nous a rapporté que, ceste nuict, il » avoit esté brûlé par aulcuns séditieux, ce que j'ay veu, ayant y> esté sur le lieu ; et retournant accompagné de plusieurs gentils- ]» hommes et autres du peuple de la ville, le séneschal y estant, y> que j'avois envoyé quérir pour faire cesser les mutins, ainsi » que nous passions pardevant le temple de Saint-Pierre..., et » autres qui estoient auxtours du portail se sont efforcez de nous » offenser en jetant plusieurs pierres dont l'une m'est passée )> bien près de la teste. Je n'ay peu moins faire que d'advertir le » séneschal de son debvoir et de s'enquérir de ceux qui ont faict > ce bruslement, aussi recognoistre les aultres qui publicque- » ment nous ont offensez. Mais parceque je voys que ses négli- » gences précédentes ont tousjours nourri tels troubles, et qu'on » ne doit espérer de descouvrir la vérité, et moins encore remé- » dier aux séditions par son moyen, je n'ay voulu faillir de vous » faire incontinent entendre le tout par ceste lettre qui sera pour » vous supplier, monsieur, d'avoir pitié de tant de gens de bien » qui sont ainsi journellement tourmentez par la faulte des mi- » nistres de la justice ; et s'il vous plaist faire en sorte qu'ilz puis-
1. Lettre de d'Ândelot au duc d'Etampcs» datée de Nantes, décembre 1561, ap. Dom Morice, Hist. de Bretagne, preuves, t. HI, p. 1294.
» senl joiiirdecequelcroy etvousîivez permis, vous sçavez trop » mieux combien les ennemis de telles choses sont à craindre. ï Quant i moi, estant à la court, je ferai entendre ce que j'en ai B veu. Je n'oublierai cependant de vous dire que le peuple vou- » lantet me priant de faire l'assemblée en mon logis, j'ai esté i> d'advis jivec les gentilshommes qui y estoient, combien que » telle prièrefùst raisonnable, de n'en rien faire, pour ne contre- » venir à ce qui avoi testé ordonné, afin devons faire cognoistre » que nous tous voulons estre obéissaiis aux commandements du !• roy el les vostres. — La trop grande patience que Ton souffre 0 aux mauvais ministres de la justice donne grande menasse » d'une sédition que je n'ay jamais veue ni cogneue en lieu si » prochaine que cesluy-cy. Je vous supplie penser de le remédier » qu'il n'aviegne chose qui vous seroit trop déplaisante. »
Peu de jours après avoir écrit celte lettre, d'Andelot, arrivé h Saint-Germain, y informait la cour de ce qui se passait en Bretagne, et delà se rendait à Paris, où il imposait par sa présence aux agitateurs qui eussent voulu troubler Th. de Bèze dans ses prédications '.
Plus les agressions, les luttes, les excès de tous genres se propageaient, plus il devenait nécessaire d'assurer aux réunions publiques, pour l'exercice du culte réformé, les garanties d'un régime de liberté légale : nul ne lesentait mieux que Coligny. Il avait amené Michel de l'Hospilal, depuis la clôture du coUoqm'
I. Witn ù Caltin, 30 dé'-embre 1561, ap. Haum, App. p. UK : * Acnpe quiJ
> novt acdderil, ck quo postremus ad l« dedi. l'ridtè Naiulis Doiniui disuedviis
> ^iavai'rcDa parisieniii ccclesiiu nif! concessil ad iriiluuiii ; Nalalî ipso <|uk'vitnus.
* Posiridiè, copia nobis \bxn primuin Tacta publicé dicbus TiMsIis cuiii'ioiundi,
> duns conciunes lialiui froijucnlissimas, auaiu in D. Anlonuii, alleram in I U. Marctili auliurbio, idqne sinn ulltl prorsùs specin tuiuullus. lulorfuorunt
> fs\ oninilms civium ordinibus plarimi, et quidem inter tJiîlelHts D. Ânde-
* loliuf, qui mr niiin lionpslissiiiio et (irmissimo comiLitu per uiediHm urbi'itt
* doduxil, chstupcsceoiiltu^ advereariis, t-l suiiuna cum ItoDonuii f^lula-
* lioiiQ. etc., etc. >
de Poissy, à partager ses idées sur ce point et à adopter le projet de convocation d'une assemblée spéciale dans laquelle seraient adoptés les moyens propres à assurer la liberté des réunions dont il s'agissait.
Informés de la simple existence de ce projet, sans savoir encore s'il serait mis à exécution, les représentants de la plupart des Églises réformées de France adressèrent au roi une requête qu'ils envisageaient comme devant venir en aide aux efiTorts combinés de l'amiral et du chancelier. Ils y disaient^ :
« Sire, vos très-humbles et très-obéissantz subjectz et servi-
1 teurs, les députez des Églises réformées de vostre royaume, en
1 nombre de rf^ux mil cent cinquante et pluSy selon que pourrés ï> veoir par leurs requestes particulières etsindicatz, sans y coxor "» prendre plusieurs aultres, lesquelles, pour l'incertitude de Tas- 3) semblée, n'ont encore envoyé leurs requestes, supplient vostre » majesté qu'il vous plaise, continuant vostre l)énignité et faveur » comme vray lieutenant de Dieu et père norissier de son Église, » recepvoir cette humble supplication de leurs mains, déclairans » et recognoissaiis que soubz l'auctoritc de vostre sceptre et 3> dignité de vostre couronne, veullent vivre, mourir et obéir aux 3> magistratz de vous ordonnez et envoiez, suyvant la confession » de foy présentée à vostre majesté par lesdictz députez le xi"" jour » de juing et le ix' de septembre derniers, affm de vous informer » de la justice de leurs causes, et oster auxmaulvais et iniques » toute occasion, par imposture et mensonge, de la calomnie ; et » en aultant, sire, que ladicte confession de foy est vrayment 3) fondée sur la paroile de Dieu, comme les ministres desdictes y> églises ont souventes fois et instamment offert le monstrer et
1. € Requeste présentée auroy Irès-chrestien par les députez de ceulx de la » nouvelle religion, pour avoir des temples. > (Mém. de Condé, t. Il, p. 575 et suiv.). — Voir aussi : t l'Exhortation aux princes et seigneurs du conseil privé » du roy, pour obvier aux séditions qui semblent nous menacer pour le faicl de > la religion (iôirf., p. 613 et suiv.).
b Vérifier devant vostre majesté, en l'assemblée tenue h Poissy, » si les prélalz de voslre royaume eussent voulu se co'nrormer à D vosire sainct désir, et condesofindre en une conférence amyable B cl clireslienne avec cuK,iI plaise à vostre Majesté perineein^ h t voz Inimbles subjoclz dédiez entièrement j\ l'Iionneuret gloire » de Dieu, qui ensaineconsciencenepeuventetne vouidroient u pour mdie morlz consentir et participer aux cérémonies de » l'Église romaine, faire profession publique de tous les articles » contenus en ladicte confession; et à ces fins, leur assigner f par voz magistrats, temples propres et capables du nombre et
> multitude des fidelles, en chacune ville et villaige de vostre f royautme : car, sire, depuis que le Seigneur Dieu a planté sa B parolle en ce royaulme, elle a si vivement et profondément » prins racine aux cœure de tant de personnes, sexes, Ages et » qualitez, que aulcun lieu privé ou domestique ne les peutt tt comprehendre:joinct que l'expérience des assemblées pri- ■» vées a laissé lesmoifpiage suffisant k combien de calomnies ï elles ont esté exposées et subjecles, voire surchargées de D crimes vilains et exécrables, par les ennemis et adversaires » de l'Evanfiile, qui ne taschent que rendre odieux lesdiels sup ■ B pliansel obscurerleur innocence. Pour aultres raisons devra B Vostre Majesté s'incliner à la concession et oclroy des temples, D et où les unes résultent du jcrand nombre d'iceulx, les auttrcî-
> que jàaulcunes églises de plusieurs lieux sont vuides et dé- » laissées; aussy que nul desdiclz adversaires ne peult resentir
> intérest ou raporier donimaige, attendu la multitude des » temples desi|uelK une partie peult suffire pour l'exercice delà ï religion desdictn snpplians. et l'autre au contentement de B ceulx qui sont de la relij;ion contraire; et s'y [Wurront accom- B modcr facilement pour le bon ordre, providence et disposition » de voz magistrats, ores que tel rai-ité se trouvera qu'en ung j> lieu fut construict et basty ung seul temple. C'est le moyen, Il Sire, pour obvier aux tumultes et sédicions que l'on voit de
1 jour en aultres pulluler et croistre en vostre royaulme, pour :> maintenir et deffendre les bons de l'injure, force et violence 1 des maulvais, faire cesser les ennuis, peynes et troubles que 1 voz très-humbles subjectz ont soufTert jusques à présent, » constituez en tous périls et dangiers de leurs vies, tant par
> injure du temps à quoy ils sont exposez, que entreprinse et }» invasion de ceulx qui empeschent ladicte religion. Le grand » désir qu'ilz ont et auront toute leur vie, vous estre loyaulx et
> fidelles, les a induicts audictes souffrances nourrir, et tou-
> lesfois s'entretenir de bonne espérance qu'ils avoient de trou- » ver de bref grâce et faveur envers Vostre Majesté et allégement
> en leurs afflictions, etc., etc. * *
Dans les premiers jours du mois de janvier 1562, se tint à Saint-Gerraain-en-Laye, sous la présidence du roi, une assemblée extraordinaire qui se composait des princes du sang, des membres du conseil privé et de plusieurs présidents et conseillers des divers parlements de France.
La première séance de cette assemblée s'ouvrit par une courte allocution du roi, à la suite de laquelle le chancelier prit la parole. La substance de sa harangue - se résume dans les passages suivants :
« Messieui^, leroy nostre souverain seigneur vous a mandez » pour prendre conseil et ad vis de vous, sur les troubles et di- D visions qui vous sont très cognues en ce royaume. Dieu vous » face la grâce de luy donner aflvis, non selon la prudence hut> maine, mais selon la sagesse de Dieu... Dieu face aussi la » grâce au roy de pouvoir savoir eslire ce qui sera de meilleur, A d'autant que Deiis judicium Régi dat. Le roy vous a choisis