Hotman, Vie de G. de Coligny, trad. fr., 1665,p. 6 et
3. Poésies de Michel de FHospital, trad. 1857, liv. I^* épit. 8.
» brillant et vaste séjour des cieux... Celui qui meurt la con- B science tranquille, cnvironnéd'une pieuse et rewnnaissantepos- » lérité, peut être regardé comme privilégié de Dieu, comme for- » tunô entre tous. Combien la mère a été heureuse ! Elle pouvoit
> iians crainte descendre dans tes replis de sa conscience ou re- » gai-der autour d'elle. Sa vie, avant et après son mariage, avoit
. > H& à l'abri de tout soupçon; elle avoit épousé un homme qui » placé souvent h la tôte des armées, remporta sur les ennemis » delà France de nombreuses victoires; elle avoit donné lejom- » à des enfans dignes de sa beauté, les avoit nourris de son lait » et les voyoit dans la force de l'îlgc. Après avoir accompli tout » SCS devoirs de mère, elle s'enorgueillissoit, dans ses enfans
> et petils-enfans, d'une postérité plus parfaite encore qu'elle
> ne l'avoil rêvée ; arrivée à un grand âge, avec la plénitude de
> ses facultés, confiante dans une vie meilleure, elle est montée
> au ciel. Quelle pins belle fin d'une plus noble existence con- » goleroil mieux ton chagrin et sécheroit mieux tes larmes ' ? i
On ignore les circonstances qui mirent la maréchale de Chàlillou sur la voie d'une connaissance positive des vérités évangéliques ; on peut incliner h ranger parmi ces circonstances les rapports qu'elle soutint avee Margueiite, reine de Navarre, honorée par Calvin-, et avec Nicolas Béranld, ami de Louis deBerqiiin; mais il est permis surtout de conjecturer que les relations
t . n n'psi pas jusqu'à ces quelques vers d'une épiiaphe, dont le slyle naïf n'at- IMe la tlD clir^tieune de k man'cliale <le Chastillan :
• Cy-gist, puisqu'il le taul ainsy,
> [.ouyse de Honimorency,
■ l,a aarar d'Anne le counestable, I Qui laissa son saini corps îcy,
> Piiiir, en esprit plus accoinpiy,
> Aller voir Dieu, en lieu plos stable. • {K- iu Chetnc, Ilttt. de la maison ilt Monlmorenry, p. 371.)
î. Lritif de Calvin ù Marguerite, du 28 avril 1545 {Correxp. franc., l. 1. p. m ol xuiv.).— l^!llri- de Marguerite àCalvin (ftibl. nat., nus. rollecl. Dupuy, ï*l. 11)2. t-. I9II(. — Bull, de ta Sik. d-IHsl. daProt. /r.,t. XVII, p. 375.
•de la maréchale avec une femme de son rang, douée d'une piété -éclairée et solide, exercèrent une influence directe sur la formation et le développement de ses convictions religieuses. Cette femme dut être Michelle de Saubonne, dame de Soubize, ayant vécu en même temps qu'elle dans l'intimité de la reine Anne, et, plus tard, dans celle de Renée de France, duchesse de Ferrare, dont elle était devenue la seconde mère. Revenue d'Italie, ^n France, madame de Soubize y avait continué, pendant plusieurs années, avec Louise de Montmorency, des relations basées sur une estime et une affection mutuelles, qu'un lien plus étroit, le lien religieux, ne pouvait que fortifier encore. Madame de Soubize était, tout porte à le croire, la seule femme noble qui, antérieurement à 1547, eût franchement adhéré aux doctrines de la religion nouvelle. N'est-il pas dès lors naturel de supposer que ses conseils et son exemple agirent efficacement sur l'esprit et le cœur de la maréchale de Châtillon, et l'amenèrent à faire profession de la foi évangélique*?
Plusieurs mois s'étaient écoulés depuis la mort de la maréchale, lorsque se décida le mariage de Gaspard de Coligny avec Charlotte de Laval.
Celte jeune fille appartenait à l'une des premières familles de France. Son père. Gui XVI, comte de Laval, de Montfort, de Quintin,sirede Vitré, de Gaure, de La Roche-Bernard, chevalier de Saint-Michel, gouverneur, lieutenant général et amiral de Bretagne, fut marié trois fois. Sa première femme fut Charlotte d'Aragon, fille de Frédéric, roi d'Aragon, de laquelle il eut, entre autres enfants, Catherine de Laval, qui épousa Claude de Rieux, comte d'Harcourt. Il contracta une seconde union avec Anne de Montmorency, fille de Guillaume de Montmorency et d'Anne Pot, et sœur du connétable Anne de Montmorency. Il
1. Madame de Soubize mourut en 15i9. — Voir, sur sa vie et ses derniers moments, les Mémoires de la vie de Jehan V Archevêque^ sieur de Soubize^ son fi]s(BuU de la Soc. d'hist du Prot. fr., ann. 1874, p. 16).
eut d'elle Gui de Laval XVII. Sa Iroislème femme fui Aiiloinetle de Daillon, fille de Jacques de Uaillon, comle de Lude, gouverneurel sénéchal d'Anjou. Leseul enfant issu de son union avec elle fui Charlotte de Laval. ,
On n'est fixé ni sur la date de la naissance de Chailolte, ni même sur celle du maiiage de son père avec Antoinette de Daillon.
Le comte de Laval, Gui XVI,inouriil en '15."ll '. Son fils, Gui XVII, fut alors placé sous la double tutelle d'Anne de Moutmonacy, dont le défunt s'était toujours dit a le bon et loyal frèie el amy* «, et de Jean de Laval, comte de Chateaubriand ^
Quant k Charlotte, sur qui, k la dilléieaee de Gui XVII, la sollicitude maternelle pouvait encore veiller, elle demeura sous la dii'cction exclusive d'Anloinelte de Daillon. A la moit de cette dernière, dont la date n'est point connue, mais que de sérieuses inductions autorisent à placer au début de l'année 1540, Charlotte de Laval, encore enfant, fui pourvue d'un tuteur. Appelé par les dernières volontés d'Anloinelte de Daîllou* aux fonctions qu'imposait ce titre. Aune de Montmorency n'accepta d'abord ipie la direction de la personne de l'orpheline, et laissa à un liei-s le droit el le soin d'adraiinstrer sa fortune. Le parti qu'il prit, à col égard, el l'arrivée do Charlotte de Laval chez lui, à Chantilly, vers la (in de mars 1540, sont constatés par sa coiTesponciaucc avec un magistral auquel il accordait une pleine confiance pour la gestion de ses affaires, el qui lui étail tout dévoué. Ce magistrat était de La Pomracraye, « conseiller du » roi, son maître d'hùlel oïdinaire, el premier président des comptes en Bretagne* . »
I. Désoi-meaux, //«(, de la maiton de Montmorency. I. I, fi. 1 Bibl. niL. m^. r. fr, vol. 3 039. (■ 1 IS, cl vol. G (UT. (" I 3. Désarmeaui, Hlil. de la miiimn de Mimhnorearii, i. I, j.. : I. m,\. nal., riiï*. f. fr., vol. i 932. f !W. 5. Voir Appmdiee, n' 18.
On ne sait ce que devint Charlotte de Laval, de 1540, époque de son entrée sous le toit de son oncle, jusqu'au jour de son mariage, en 1547; comment, durant cet intervalle de sept années, elle fut traitée par Anne de Montmorency et par sa femme; quelle éducation ils lui firent donner; quelles furent ses relations avec la famille du connétable, et particulièrement avec la maréchale deChâtillon et ses enfants; enfin quelles circonstances amenèrent son union avec Gaspard de Coligny. Ce qu'on sait seulement, c'est que l'autorité du monarque intervint en faveur de la jeune orpheline, dans des circonstances qui se rattachaient à une époque voisine de celle de son mariage avec le neveu du connétable, mariage dont le projet, alors arrêté, avait obtenu l'approbation royale.
On lit , en effet , ce qui suit dans un document ^ intitulé : « Response de monseigneur le Connétable à M. de Fontaynes,
> envoyé vers lui par le Roy : — Après que M. de Fontaynes a » fait entendre à M. le Connétable ce que messieurs le Cardinal » de Tournon et admirai lui ont donné charge luy dire de la part ]» du roy touchant la délivrance de madamoiselle de Laval, il a
> répondu au dit s"^ de Fontaynes qu'il fust le très bien venu et
> que son vouloir et intention n'est autre et ne sera jamais que :» d'obéir audit seigneur et ensuyvre son vouloir en toutes choses 3) qui luy plaira commander, non-seulement de délivrer mada- :» moiselle de Laval, mais que sa personne, celles de sa femme et » enfans, biens et tout ce qu'il a en ce monde est entièrement
> dédyé pour son service, et pour lui complaire d'aussi bon cœur y> que du plus humble serviteur et affectionné subject qu'il
1. Bibl. nat., mss.f. fr., vol. f 932,f>93, sans date ni signature. — Il faut rapprocher de ce document les lignes suivantes, adressées par Anne de Montmorency à La Pommeraye : c ... J'ay reçu votre lettre, ensemble la minute que 1 m'avez envoyée pour imposer silence au procureur de monseigneur le Dau- 1 phin, touchant le faict de la tutelle de madamoiselle Charlotte de Laval, k 1 quoy je vous ferai response etsatisferay quant à cela.» (Bibl. nat.,m8s. f.fir.y vol. 20500, fM18.)
• ail, comme toujours il cognoistra. Mais qu'il supplie três- » humblemeiU audit seigneur, s'il n'a encore entendu par M. de I Laval son nepvou ce qu'il luy a prié, depuis trois ou quatre ïjours qu'il vint vers luy ;i Moi's, luy dire la cliar^rc que, suy- » vanl le testament de feu luadamo de Laval, mère de ladite I damoysclle, il avoit prinse de sa peisonne, comme apert par t ledit lestaraenl, et depuis quand il fut question du mariage de
> ladite damoyseile avec monsieur de Gliaslillon, ce que tous les 1 parons avoient accordé, dont le sieur Connestable parla au » Roy qui le trouva bon, et par leurs prières print et accepta la j cliargedesbiensde ladite damoyseile qui lui ontesté baillez par » la justice, eu laquelle, sflon la coustume de Bretagne où ils
> sont assis, il est chargé par serment d'en respondrc et de les » administrer ainsi qu'il a fait comme pour ses propres neveux ;
> par quoy supplie très humblement ledit sieur Connestable au » Roy le descharger par nng mesme moyen des biens meubles, » liltres, et pappiers, avec la personne, à personnage qui en » puisse répondre en son lieu, etc., etc. »
Quoi qu'il en soit des suites données à la réponse ainsi faite par le connétable, le jour vint où Charlotte de Laval se vit régulièrement affranchie des liens de la tutelle. Bientôt, à une existence jusque-là solitaire et dépouillée, succéda pour elle une eiisience nouvelle, donll'origine fut l'union sacrée dans laquelle il lui était réservé de rencontrer le bonheur, en échange de celui qu'elle ne pouvait manquer d'y apporter. On savait par Coligny lui-même, longtemps avant qu'il demandât la main de Charlotte de Laval, quelles étaient ses vues sur le mariage, et que le motif qui le déterminerait dans le choix d'une compagne serait, non l'apport d'une dot considérable, mais le concoui"S de vertus et de hautes qualités, qui constitue le plus bel apanage de la femme. La félicité & laquelle il aspirait devait se réaliser, pour lui, au deld même de ce ({u'il avait pressenti, dans l'union qu'il contracta avec la pupille de son oncle.
Les conventions civiles qui précédèrent cette union furent établies par un acte authentique dressé à Fontainebleau, le 15 octobre 1547*, dans lequel figurèrent, comme témoins de Gaspard de Coligny, ses frères Odet et d'Andelot, ainsi que son oncle Anne de Montmorency, et, du côté de Charlotte de Laval, Jean, comte du Lude, seigneur et baron dllliers, sénéchal d'Anjou, lieutenant du roi à La Rochelle, son oncle maternel, Louis de Silly, chevalier, seigneur et comte dé La Roche-Guyon, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, et Claude de Laval, chevalier, seigneur de Théligny, maître d'hôtel ordinaire du roi.
Cet acte nespécifiait niFensemble, ni les éléments delà fortune que chacun des époux possédait en propre. Il ne contenait, à cet égard, que quelques indications qui, du reste, étaient loin d'impliquer l'existence d'un avoir considérable ; circonstance dont il y a d'autant moins Heu de s'étonner, qu'il est certain que Gaspard de Coligny « eut tousjoursplusde soucy delavertu que des biens * ».
A une date voisine de celle du 15 octobre 1547 se place, dans la môme année, un acte émané du cardinal de Chàlillon, contenant abandon par lui, au profit de ses frères, de ses biens patrimoniaux, sous la réserve des biens et revenus lui appartenant à titre ecclésiastique, acte que suivit, le 17 mai 1559, un abandon complémentaire. Odet de Coligny se conformait en cela à <r une y> usance pratiquée dès longtemps, qu'es maisons nobles et illusy> très, où il y avoil plusieurs enfans, ceux qui étoient vouez à » Dieu et dédiez à l'Église, ayant pris parti dans le clergé, quit- » toient leur part et portion des biens temporels à leurs frères » el sœurs, comme abdiquez par ordonnances de leurs pères et » mères, ou abdiquantz d'eux-mesmes par leur propre volonté y> toute espérance de prendre part es biens et successions de y> leurs susdits parensD ^ .