‹ Gaspard de Coligny, amiral de FranceChapitre 54 sur 241 · I. Stfmmrr): de Uayvin du Villari, lir, I · texte numérisé non relu

I. Stfmmrr): de Uayvin du Villari, lir, I

S. UcThHU. liât. KBio., 1. 1, p. 531. — Méïwny. flftr.cftr<m,.l,IU,p- ]

Tandis que Brissac, au mois d'août 1550, se préparait à franchir les Alpes pour prendre possession de ses nouvelles fonctions, Coligny se rendit à son château de Châtillon-sur- Loing. On interpréta son absence de la cour dans le sens d'un prétendu mécontentement causé par l'insuccès des démarches que le connétable avait faites en sa faveur *. En réalité il en voulait si peu à Brissac de lui avoir été préféré pour le gouvernement du Piémont, que ses relations avec ce concurrent heureux ne subirent aucune atteinte.

Coligny, durant le séjour qu'il fit à Châtillon, au sein de sa famille, partagea son temps entre les joies du foyer domestique, l'accomplissement de sérieux devoirs qui, là comme ailleurs, s'imposaient à lui, et le plaisir de recevoir ses amis ou de les visiter. Les lignes suivantes, adressées le 9 novembre 1550 « à son bon ami et allié » M. de Chémeault* donnent une idée du charme qu'avait pour lui l'entretien d'affectueux rapports avec certains habitants du Gâtinais « Je m'en suis i> allé ces jours passés, à Mer, et de là en vostre maison, où je » vous assure qu'il m'a esté faict fort bonne chère. J'en ai » mercié madame de Chemault, vostre femme, de laquelle » j'eusse bien désiré faire plus longue garde; toutefois, si vous » plaist, l'aurai plus gênée que vous me dites. Je vous vou- )> drois prier aussi lui écrire qu'elle s'en vînt ici quelquefois; }) car je vous assure que je serois très-aise que ma femme et moi » eussions quelquefois sa compagnie, pour l'honnesteté que j'ai i> trouvée en elle. Au demeurant, je séjournerai encore quelque 3> temps en ce pays (et) je m'en irai trouver le roy. »

Alors que Coligny comptait ainsi rejoindre prochainement Henri II, la maladie vint le surprendre. Elle fut assez grave pour le retenir pendant six semaines encore à Châtillon, et pour laisser après elle, quand il arriva à Blois où séjournait la

1. John Mason to the Council, 19 octobre 1550. Calend. of Staie pap. foreign. â. Papiers des Pot de' Rhodes, p. 51.

cour, des U'acés qu'Odel constatait en ces Icrmes, dans une lelire écrite Ir 22 décembre 1550 à Brissac ' ; « Mon frère » Chaslillonestairivé en ceste compagnie depuyspcu de jours, t quy se porte fort bien. Il est vray qu'il y paret cnqnoires de

• sa malladie... d

La cour, qu'avait éblouie, au mois d'octobre précédent, l'éclat des fêtes de Rouen, lors de l'eutrée de Henri II dans cette ville ^, était absorbée en ce moment, ii Blois, par d'autres fêtes ^, au milieu desquelles Coligny, échappant à l'enivrement général, ne perdait pas de vue les bonnes relations qu'il avait nouées en Angleterre: « Vous aurez entendu, écrivait-il, le » 5 février 1551*, à M. de Chémeault, loutes nouvelles de » ceste compagnie, où il n'est rien survenu davantage, loiy le » mariage de M. le marquis d'Elbœuf, qui fut épousé hier, » en tel appareil, solennité et triomphe que pouvez estimer;el > conliimera cette fôte jusqu'à caréme-prenaiit. Mais l'occasion » qui m'a meu k vous écrire ce mot est pour ce que, par le s porteur, j'envoie donner h monsieur le marquis de Norwîch » quelques oiseaux; auquel, partant, vous prie le présentej-el » adresser J'ai dernièrement prié à monsieur de Lausac

• s'enquérir de mylord riuillaume si se voudroit acquitter d'une » promesse de peinture du roi d'Angleterre qu'il m'avait pi'o- » mise; je vous prie que, si je n'en ai parce moyen, m'en faire » faire une par quelque bon peintre et me l'envoyer, et je sa-

• tisferai de ce qu'elle aura coi'ité. »

A la pompe éphémère des fêtes dont Blois fut le théâtre succéda, pendant le séjour de Coligny auprès du roi dans celte ville, l'examen de graves questions, au preraierrang desquelles

(. Bilil. Jiiit.. iiiss. f. Ir., vol. 20 523. P 2.

î. Sir Ji.lin Mason lu Ihe r.omiril, ti oclubre 1550, aji. Tyllcr, Enylund umhr the rtifffu tif Ëdirard VlanâMary. Umlon, 1830,1, 1, |». 325.

3. Sir Jnlm Mason Ig Ihe Council, 7 foïm'r tSôl. Calend, of Suite pap. fonign, p. 7t,

i. Papien des l'ol île Rliii<les, p. 57.

se plaçait celle d'une forte discipline à étendre d'un corps de troupes à d'autres. Un intérêt capital s'attachait à la solution de cette question, alors surtout qii'une nouvelle guerre était imminente. En effet, n'ayant rien à redouter désormais de la part de l'Angleterre, avec laquelle il venait de conclure une paix avantageuse, Henri II voulait profiter de la liberté d'action qui lui était laissée de ce côté, pour saisir, dès qu'elle se présenterait, l'occasion d'attaquer indirectement l'Empereur , en Italie, en même temps qu'il prémunirait les frontières françaises contre toute agression. Or, il était incontestable que, plus l'armée royale serait fortement organisée et disciplinée, plus, avec son appui, il deviendrait possible de parer efficacement aux éventualités inséparables d'une reprise d'hostilités.

Ce fut alors que, frappé des résultats efficaces que Coligny avait obtenus dans le commandement de ses troupes, par la mise en vigueur d'un ensemble de règles disciplinaires que nous avons déjà mentionnées, Henri II rendit à Blois, le âO mars 1551*, une ordonnance qui sanctionna l'application de ces règles dans le passé, et les érigea, pour l'avenir, au rang de code militaire, en ces termes si honorables à l'égard de Coligny :

« Nous voulons réduire les capitaines et soldats des gens » de pied estans et qui seront cy-après en nostre solde et ser- » vice à vivre et eux gouverner selon et en ensuivant certaines » bonnes ordonnances que nous entendons leur faire obser- » ver... et, à ceste cause aurions voulu sçavoir et entendre de

1. Fontanon, Becueil d'édits et ordonnances t. III, p. 150, 151, 152. — Du Bouchet, p. •457 à 461. L'ordonnance du 20 mars 1551 fut confirmée, avec de légères modifications, par une ordonnance du 23 décembre 1553 (Fontanon, ibid., t. III, p. ibt à 157). — On peut juger des désordres commis, de longue date, par les gens de guerre, en consultant les diverses ordonnances que Fontanon {ibid.y t. m, p. 162 à 172) range sous cette rubrique : Des aventuriertf pillarts et mangeurs du peuple; elles furent rendues, les 2 novembre 1439, 25 septembre 1523, 26 mai 1537, 18 juin 1543, 20 janvier 1545 et 30 juin 1546.

> nosfro ara^et féal cousin, le sieur du Chastillon, chevalier 1 de nostre ordre, qui, durant les guerres et affaires du Bou- B loiinois, depuis que nous sommes roy, a eu la cliarge de ï colonel généial de nos vieilles bandes françoises, quel ordre » el forme il a tenu jusques icy au gouvernement et conduite

> d'icellcs bandes, pour les faire vivre et contenir en obéis- » sauce sous leurs enseignes, où ils se sont ordinairement assez » bien porte/,. Pour à quoi satisfaire, ledit sieur de Ghastilloji » nous auroit baillé par escrit ledit ordre et forme selon les

■ articles cy-après insérez ; lesquelz nous avons communique/, I et fait voir aux connestable et mareschaux de France, capi- B tainos et autres expêrînienlez au fait de la guerre, qui se sont 1 trouvez auprès de nous et à nostre suite; et ayans esté par

> lousgènéraleraeiit trouvez très-bons, très-utiles et très-nét cessaires ; Nous avons de nostre certaine science, pleine

■ puissance et aulhorité royale, déclarû, statué, voulu et ov-

• donné, déclarons, statuons, voulons et ordonnons, par édict

> et oi'donnanec pcipëtucls et iiTévocables, que doresnavant

* ils seront cntrelenuz, gardez et observez par Icsdits capitaines B et soldats desdites bandes, ainsi qu'il ensuit'... tous les-

> quel/, articles d'ordonnances cy-dessus insérez, nous voulons » eslre entendus généralement et particulièrement poui- les B capitaines comme pour les soldats, à la discrétion du co- » lonnel, ayant agréahles les exécutions qui pourroient avoir B esté cy-devanL et jusques icy faites, pour l'observation B et cntretcnement desdits articles, et suivant le contenu B d'iceux; et en tant que besoin est ou s.;roil, les aulhoiisons, » comme si elles avoient esté faites après la publication, sans

■ que pour le présent ne pour l'avenir l'on ne puisse pour

■ raison d'ieelles faire aucune instance, demande ne pour-

I. Voir 4r.4jjpfinrfî«, n''23, It UMle di^ ces articles, géniirulemetil c BOUS la tlénominalioti H'Oidonnancei rte M. île ChimlUlon sur In dimplin tUaire.

}D suite contre ledit colonnel, le seigneurde Chastillon, neautres > ses commis et députez en ceste partie, et imposant sur ce ]> silence perpétuel à nostre procureur, et autres qu'il appar- ]> tiendra, etc., etc. i

A côté de l'éclatant hommage ainsi rendu par le souverain au génie organisateur de Coligny, vient naturellement se placer . une remarque qu'inspire l'appréciation générale des grandes qualités de celui-ci comme chef militaire, savoir : que l'immense ascendant qu'il sut acquérir et toujours conserver sur les troupes placées sous ses ordres, fut le fruit, non-seulement de la discipline à laquelle il les soumit, mais aussi et surtout de la confiance qu'il leur inspira, et de sa dignité constante dans l'exercice du commandement. « Voylà, dit à cet égard, » un contemporain *, comment il sçavoit régir ses gens, qui ne » luy debvoient ny cens, ny rentes, et rien qu'une salutation; 3>*car ilz n'estoient ny ses subjectz et vassaulx, ny ses stipen- » diez, ny ses mercenaires : et toutefois, quand ilz estoient en » sa présence, un seul petit mot de courroux les estonnoit, et » en absence son seul signet leur faisoit faire ce qu'il vouloit; » tant il avoit pris en habitude de leur impéricr, qu'il sembloit y> qu'elle luy fust née et que ses partisans la luy deussent. Pour » quand aux soldatz et autre menu peuple des siens, s'ilz déliny> quoient par trop, il les sçavoit bien chastier; car il avoit esté » toute sa vie si grand pollitiq de guerre, qu'encore qu'il eust » affaire de gens il ne leur pouvoit permettre le vice, et de » tous tant qu'ilz estoient, il estoit très-aymé et honnoré, que » quant ilz avoient une parole de privante de luy, ilz s'en te- » noient aussy contentz comme s'ilz l'eussent eue du roy. » Aussy quand une telle accordance règne entre le chef et les y> membres, ilz sont invincibles ; comme tant qu'il a vescu ses » gens ont faict de plus beaux exploictz de guerre qu'ils n'ont » fait jamais après. j>

i . Branlôme, édil. L. Lai., t. IV, p. 324, 325.— Voir aussi ibid., t. VI, p. 19.

Quelque grands que fussent les services iJiSjh rendus par Colij^ii)'. ils ne cortsiiiiiaienl encore que le pri^lude de tous ceux qu'il êlaitappclé k rendre ultérieurcmcnl. Un nouveau cliamp d'activité ne taMa pas à s'ouvrir devant lui etd'Andelol, siùiroitement associé jusqu'alors à ses glorieux labeurs.

I/atiiiude agressive, prise en Itnlieparlepapeet l'Kmpereur, avait promptemenl décidé Henri 11, d'une part, à secourir le duc de Parme contre leurs efforts communs, et, de l'autre, îi se prf^parer au soutien de la lutte qui pouvait s'euj^ager sur la frontière des Pays-Cas. Vint alors le moment oh les deux frères, qui, depuis leur entr(!'e dans la carrière des armes, avaient presque toujours servi l'un auprès de l'autre, durent se voir loul h coup séparés. D'Audelot fui envoyé eu Italie, seconder Pierre Strozzi, qui s'était résolument jeté dans Parme, et Colij<ny fut chargé, en l'absence du duc de Vendôme, gouverneur de la Picardie, de veiller à la sûreté de cette province.

Dans une letii'c adressée à Brïssac, le ii mai 155J ' , d'Andelot parlait des bruits de guerre qui avaient motivé son apparition à la cour et des préoccupations causées par ce qui « esloil survenu, ces jours, touchant le fait de Parme; * et presque aussitôt il partit en qualité « de lieutenant pour le roy j ïlenrj- à la défense de la ville de Parme mnlre les gens de 11 l'Empereur Charles Vet du pape Jules 111*. »

Quant à Coligny, il eul, avant de se rendre en Picardie, h s'acquitter d'une double mission, qui ne pouvait que lui être agréable, en raison de sa vive sympathie pour le jeum^ souverain d'Angleterre et les hommes marquants de sa cour.

Et d'abord, le (i juin, alors qu'il accompagnait à Angers le roi de France, il alla annoncer officiellemenl à l'ambassadeur

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