‹ Gaspard de Coligny, amiral de FranceChapitre 72 sur 241 · Bibl. nst., mw. f. fr., voL 20401, f · texte numérisé non relu

Bibl. nst., mw. f. fr., voL 20401, f

» ne vous ay respondu comme je désiroys aux lettres qu'il vous » a plu m'escrire, ce n'a pas esté à faulte de bonne volonté, » mais seulement pour l'accident d'une fièbvre continue qui a T^ travaillé l'esprit et le corps, l'espace de cinq sepmaines. » Maintenant que je me porte bien, Dieu mercy, je veulx m'ac- » quitter de ce que je pourray envers vous par ce mot de lettre, » où touteffois je ne veoy point grand moyen, estant main- » tenant en mon mesnaige et m'accomodant seullement à ce » qui faut pour ma santé, qui est le plus que je vous sçaurais » dire pour ceste heure, sinon que je vous prye bien fort me » faire ce plaisir de m'advertirMe ce qui sera réussi de voz en- » treprinses de delà, lesquelles je supplye nostre Seigneur voulût loir favoriser, à l'augmentation du contentement du roy et du » vostre. Monsieur, c'est icy l'endroict auquel vous trouverez » mes humbles recommandations' à vostre bonne grâce, avec » prière au créateur de vous donner bonne et longue vye. De » Çhastillon, ce 45" jour de décembre 4554. Vostre entièrement i bon cousin et amy, Çhastillon. »

Le séjour de Coligny à Châtillon se prolongea jusqu'au 44 mars 4555. II ne s'en était absenté que pendant une quinzaine de jours, pour se rendre h la cour. Ce double fait ressort de sa correspondance avec Brissac*. Il tenait d'autant plus au maintien de ses relations affectueuses avec ce dernier, « gouverneur et lieutenant-général pour le roy en Piémont, i> qu'il le savait toujours bien disposé en faveur de d'Andelot, lequel, de son côté, accordait toute confiance au maréchal .

Quelle avait été la situation de d'Andelot, au château de Milan, depuis le jour où, ainsi qu'on l'a vu plus haut, Coligny et le cardinal de Châtillon avaient, en 4553, espéré, unmo-

i. Lettres des 3 janvier et 9 mars 1555 (Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 20461, t* 113, 115) qui se réfèrent à d'autres lettres adressées également à Brissac ptr Coligny.

iiiciil, sous le patronage du roi, obtenir, moyennanl rançon, la libération de leur f'n^re?

La seconde partie de l'année 1553 et les deux premiers mois de l'année 1554 s'étaient écoulés sans que rien encore pût faire présager à d'Aiidelot sa procliaine mise en liJierié. Tandis qu'un ami de Colit;uy, de Biiquemault, se trouvait en Piémont près du mai-êclial de Brissac, mademoiselle de Briquemault s'était i-endue à Milan, et y avait, durant un séjour de trois mois, prodigué des consolations à madame d'Andelot et à son mari. EHIe venait de les quitter pour rejoindre, en Piémont, de Briquemault et reprendre avec lui le cheminde la France', lorsque d'Andelot écrivit au connétalile * :

« Monseigneur, aient estay icy mademoiselle de Brique- » maull bien trois mois et s'en retournant présentement en

> Piêdmonl,je n'ay vouUu laisser pcrdi-e ceste bonne occasion » sans me ramcntevoir a voslre bonne grâce et souvenance et j vous suplyer, monseij^neur, panser combien je porte de des-

> plaisir, non pour les rigueurs et fassons deshonnestes dont » me usent ceulx de ce chasteau, tant comme pour le regret » de me veoir si mal fortuné que tant d'occasions et de temps B se passant, m'ottcut le moien de accompagner tant de gens » de bien lesquelz jornellement s'employent à faire service au

> roy; cl pour ce, monseigneur, que j'ay entendu que mon-

• sieur de... a eu congé pour uug temps de venir traicter a quelques moiens pour entendre à la liberté des prinsonniers p do pardellà, qui est ung très-bon commencement, je tous » suply trè-S-humblcment, monseigneur, s'offrent l'occasion,

• avoir telle souvenance de moy que, me donnent le moien de » sortir d'icy, je vous fasse congiioistie combien je m'eslimeré » beureux de me retrouver au lieu auquel je puisse faire service

I. t'ni: li'Ure de Drîsanc au coiinélable, du 31) iinrs 155^i (Itihl. nnt., mss. I. fr„ toi. 80 613, ^ 13) annonce le retour do Hnquem:iiili en Friincc. î. Itibl. n»t.. m»s. I. (r., »oI. 31**, f- 55.

y> au roy et à vous, et pour ne vous ennuyer de trop longue 3> lettre, je feray fin, priant Dieu, monseigneur, après ra'estre » très-humblement recommandé à vostre bonne grâce, vous :x) donner en parfaite santé très-heureuse et bien longue vye. y> Du chasteau de Millan. — Vostre très-humble et très-obéis- » sant nepveu, And^lot. »

Vers la fin du mois de mai, d'Andelot, d'après des avis pressants de ses frères, avait dû se préparer à une séparation douloureuse; de graves intérêts de famille rappelaient sa femme en France. C'est ce dont le cardinal de Châtillon informait Brissac en ces termes * : « M. l'admirai, mon frère, et moy, escrivons » présentement aux sieurs de Briquemault et cappitaine Sal- » veson pour chose qui importe grandement à mon frère An- » delot et à ma seur, sa femme, et d'autant que c'est pour les 3> plus pressez affaires de leur maison ^, a quoy il est besoing » qu'ils pourvoyent promptement, et principalement que ma y> dite seur retourne par deçà le plus tost qu'elle pourra pour y> y donner ordre. » On ne sait quand celte lettre du 22 mai 4554 et celles qu'elle mentionne parvinrent à leur destination, ni à quelle époque madame d'Andelot revint en France.

Quelles que fussent les épreuves que d'Andelot eût à traverser, dans sa captivité, il n'en savait pas moins s'honorer toujours par son empressement à rendre service autour de lui. C'est ainsi, par exemple, qu'il n'hésitait pas à se porter caution en faveur de son compagnon de captivité, Sipierre, qui, plus heureux que lui, avait pu traiter de sa libération ^. Voici ce

1. LeHre du 22 mai 1554 (Bibl. nal., mss. f. fr., vol. 20524, f 75).

2. l\ s'agissait très-probablement alors de mettre un terme à de graves difficultés provenant des dettes et charges dont étaient grevées les maisons de Laval, de Rieux, de Nesle et Joigny; difficultés pour le règlement desquelles intervint, le 8 février 1555, un acte authentique qui transféra à d'Andelot la propriété du comté de Laval (Voir le texte de cet acte dans Du Bouchet, p. i 100).

3. l\ existe des lettres 'adressées du château de Milan au duc (le Guise par Sipierre, pour réclamer son appui, 8 janvier et 25 août 1553 (Bibl. nat., mss. f. fr., voL 20642, fo- 1 et 166).

sujet, le 15 juin 1554, au niarèclial dd

< Il y a déjà quelque temps que M. de Sipierre a eu si bonuc » fortune que d'avoir accordé de sa taille ei pour la somme de » trois mille escus. Il ne reste plus qu'à trouver respondant » qu'il en sorte. Il avoit envoyé devers le due do Parme, lequel i n'a pft trouver homme en sa ville lequel eust suffisance de » pouvoir trouver homme marchant dedans ceste ville [mur » satisfaire à cest effaict. Quant à moy, n'aianl pas grande » puissance, ay bien voullu demeurer respondant pour luy, ce

> qu'ils n'ont voullu accepter, protestant mesme n'y recevoir » nulle aulire personne sinon ung marchant de Millau. D'aultre ï part, pour avoir estay forny de trois ou quatre mille escus » depuis que je suis prisonnier d'nng demeurant en cestc ville, ï nommé Ludovic Dody, auquel loutesfois ne suis demouré

> debteur d'ung seul escu, l'ayanL tousjours faicl rembourser » au pris le pris, j'ay voullu faire la debie mieime, le priant t qu'il respondit de ladite somme de trois mille escus en mon 1 propre et privé nom, ce qu'il n'a voulu faire, cherchant t excuses assez IVoides; et pour ce, monsieur, que ledit sieur t de Sipierre recourt à vous comme à ung de ses principauix » seigneurs et amis, il ne me reste îi dire davantage que s'il se » trouvera marchant de pardellà quy aye corespondance de pour i> deçà suffisante et qui aime mieux traicler avecques moy » qu'avecques luy, il me trouvera icy tout prest d'y entrer en

> faisant ma propre debte ; car puisque Dieu ne me veull donner » si bonne fortune de me retrouver en seniblaLle occasion, » pour le moins seré-je bien aise ayder de tout mon pouvoir à » qui sera si heureux d'avoir raoïen de Faire service au roy,etc I Du chasteau de Millau, ce i5 juin 1554. s

it trouvait, en outre, moyen, du fond de sa prison.

.. f. fi-., vol. 20 528. f" 26.

de seconder, à l'extérieur, par ses bons offices, diverses personnes, même étrangères, qui recouraient à son intervention près du maréchal de Brissac, et qu'il lui recommandait dans des lettres détaillées*.

La correspondance de d'Andelot avec ses frères avait été pour lui un grand soulagement dans sa captivité. Or, un jour vint où elle fut désormais interdite, ainsi que le prouvent ces lignes du cardinal de Ghâtillon à Brissac^ : c Pour ce que nul » de nous ne peult pour le présent escrire à mon frère Andelot, -» ne le voulant le cai'stellan de Milan ny son lieutenant plus per- » mettre qu'à ma seur d'Andelot seullement, j'envoye présentey> ment au capitaine Salveson tout ce qu'elle escrit à mon dit » frère et mesmement quelques mynuttes de quelque ratiflca- » tion, auctorisacion et procuracion qui luy importent et qu'il y> est de nécessité que mon dit frère face expédier par delà pour » ses affaires. Je vous supplie, monsieur, en continuant tous- » jours ce qu'il vous a plu par cy-devant faire pour mondit frère )^ et poiir nous de faire incontinent et seurement tenir ledit pac- » quet audit Salveson. Si, en récompense, je puys pardeçà quel- » que chose pour vous, vous estes bien certain que je ne m'esi> pargneray à m'y employer. y>

Si, comme cela est probable, madame d'Andelot, sur l'avis de ses deux beaux-frères, quitta Milan, en juin 1554, il est certain alors qu'elle dut y revenir, dans le cours de cette même année, puis retourner une fois encore en France, où elle se trouvait en février et mars 4555 . Combien de temps y aura-t-elle prolongé sa résidence au-delà de cette dernière date, c'est ce qu'on ne

1. Lettres des 17 octobre i55i et 15 février 1555 (Bibl. nat., mss. f. fr., volume 2052i, f 99, et vol. 20 525, (• 54).

2. Lettre du 1«' mars 1555 (BibL nat., mss. f. fr., voL 20525, f 13).

3. Sa présence à Paris, dans le cours de ces deux mois, ressort de l'acte précité du 8 février 1555 (Du Bouchot, p. 1100 et suiv.) et de la lettre, également précitée, du cardinal de Ghâtillon à Brissac, du 1*^ mars 1555 (Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 20525,^13).

peui préciser. Qiianl h sa pi-éseocc en Italie au mois d'aofltl 555, elle ne peut faire l'objel d'un doule. En effet, un document p&remptoire ' établit que o son (ils aisné, nommé Paul de Coligny,

* natiuil dans nu bateau, sur la rivière de Pau (Pô), entre

• Chivas et Turin, le 13° jour d'aoùst, environ dix heures du B malin, l'an 1555 ». Tout concourt donc à démontrer que, dès que les circonstances impérieuses qui l'avaient rappelée dans sa patrie la laissèrent libre de franchir de nouveau les Alpes, Claude de Rieux, toujours courageuse et dévouée, sans se laisser arrêter par les ménagements que réclamaient peut-être, pour le moment, sa santé, revint partager la captivité de son mari. Que quelques mois encore s'écoulassent au delà d'août 1555, et d'Andelot toucherait au jour où il recouvrerait enfin sa liberté.

Mais n'anticipons point sur les événements, et, jetant un dernier coup d'œil sur la longue captivité de d'.Vndclot, signalons un fait capital qui, en s'accom plissant dans les secrètes profondeurs de son âme, devait imprimer à sa canière un essor nouveau et dominer pour toujours son existence.

Voici en quels termes Brantôme rapporte ce fait, dont il était d'ailleurs incapable d'apprécier la véritable portée : « M. d*An- » delot, dit-il ■, avoit espousé tousjours pour prison le chasteau j> de Milan despuis qu'il fut pris à Parme... J'ay ouy dire à au- » cuns, et mesmes à aucuns soldats Espaignolz, vieux mories- » payes dans Milan, que durant sa prison, n'ayant autre exercice, » se mit à la lecture et à se faire porter toutes sortes de livres, » sans que les gardes les visitassent, car pour lors l'inquisition 9 n'y estoit si étroite comme despuis ; et que lîi et par l;i il s'a|>- 1 prit la nouvelle religion, outre qu'il en avoil senly quelque » (aînée, estant allé en Allemaigne, h la guerre des proteslans.

1.* Extrait [l'un tivre niamtSRi'it conienant les naissances des enfants il > V. Dandelul et île lilauilt du lliâux, âa prcmiAie femme. > (Du llouclie |.. liSI.) — f. Anselme, IIM. généal., t. 7. p. )5j.

t. Uranlfimu, idit. !.. Ul. 1. VI. [i. Si. il.

» Voylà que c'est du loysir et de l'oysiveté! tant fait-elle ap- ]> prendre force choses mauvaises, dont après on s'en repent : » aussi, en apprend-elle de bonnes, dont on s'en trouve bien. > Loin de se repentir des choses qu'il avoit ainsi apprises, d'Andelot s'en trouva bien. Il n'en pouvait être autrement, puisque les salutaires enseignements qu'il avait recueillis de ses lectures étaient ceux du pur évangile. Ils donnèrent à son âme une direction suprême, qu'il suivit avec bonheur jusqu'à son dernier soupir.

L'adhésion éclairée que d'Andelot avait franchement donnée aux doctrines de la réforme ne pouvait rester ignorée de sa famille; lui-même l'en informa dans sa correspondance, et par des intermédiaires auxquels il se confiait. Ses communications à cet égard, ainsi que les affectueux conseils dont elles étaient accompagnées, devaient tôt ou tard porter leurs fruits. Coligny, Charlotte de Laval et la comtesse de Roye paraissent avoir été ceux des m'ombres de sa famille qui, les premiers, en subirent l'heureuse influence.

A ne parler, quant à présent, que de Coligny, nous allons le voir, en 1555, si ce n'est partager déjà les convictions religieuses de son frère, du moins, parce qu'il inclinait en secret vers elles, accorder sa sympathie et sa protection aux réformés ses compatriotes.

Qu'était la Réforme? et quel avait été jusqu'en 1555 le sort des réformés français?

Le grand fait connu dans l'histoire sous le nom de Réforme, s'y produit à titre dé fait exclusivement religieux; il s'y caractérise à la fois comme un élan de l'âme humaine vers Dieu, et comme une influence régénératrice exercée sur elle par la vérité divine. Rien de plus simple, rien de plus solennel que ce fait, aux yeux de quiconque l'étudié dans la pureté de ses origines et le suit dans la sincérité de son développement.

Il peut se décrire en quelques mots.

Un Français, pieux et savant, Lefèvre d'ÉLaples, remet en honneur dans sa patrie, en !512 et surtout en 15''23, l'ôtude de l'Écriture sainte, et tend à en vulgariser la connaissante par une iPiiduction du Nouveau-Testament en langue française, qui sera suivie, en 1535, de celle de la Bible entière par R. Olivelan. Dans l'intervalle de la première de ces dates à la ti'oïsième, qnelt|ucs ôcrits, dus à la plume de divers Français, dégagent de tout Faux alliage la notion du pur évangile. Interprèles fidèles d«s enseignements et des promesses émanant de la Bible, des hommes qu'inspire un zèle d'autant plus généreux dans son expansion qu'il est libre de toute attache officielle, groupent autour d'eux des auditeurs avides de connaitre la véritable voie du salut, et leur signalent comme telle la foi en Jésus-Christ, seul médiateur entre Dieu et les hommes, seul Sauveur des pécheure repentants. Cet enseignement porte des fruits de régénération et de vie spiritnelles; un livre d'élite, Vliislilution chrétienne àeCa\v\n, vient, en 1536, le condenser et le fortitiier. En môme temps que la prédication s'alTermit et que se développe la publication d'écrits re%ieux, la dissémination du texte de l'Écriture sainte s'accroît au sein des populations, qui, de plus en plus, se familiarisent avec sa lecture. Partout où le soufTle de la vérité divine atteint et ébranle les âmes, on voit les unes sortir de la torpeur dans laquelle elles languissaient loin de leur Créateur, les autres, ayant eu jusqu'alors bruit de TÏTre, s'affranchir des liens d'une religion qui, tout en retenant le nom de chrétienne, n'en a pas moins altéré la nature des relations de l'homme avec Dieu. Peu à peu l'œuvre de l'évangélîsation individuelle ou collective grandit, des églises se forment et, dans leur fonctionnement, aussi bien que dans leur organisation, tiennent à honneur de ne relever que de la Parole de Dieu et que d'elles-mêmes. En résumé, restituer à ce qui a été altéré sa pureté primitive, rétablir sur l'unique base de l'Évangile le culte en esprit et en vérité : telle est, dans son essence, la mis-

sion de la Réforme ; tel en est, en fait, l'accomplissement; et voilà comment la religion des réformés, loin d'affecter le caractère d'une religon nouvelle, n'est en réalité, pour les chrétiens qui la professent, qu'un retour consciencieux, en principe et en pratique, à la religion des premiers temps de l'église de Jésus- Christ.

A peine le mouvement qui reporte les esprits et les cœurs vers cette religion primordiale commence-t-il à se manifester, qu'aussitôt il excite en France l'animosité d'advei'saires intéressés à le combattre, car il s'agit pour eux de maintenir, à tout prix, les consciences sous un joug autoritaire. La Sorbonne fulmine contre ce mouvement de retentissantes censures; l'épiscopat l'accable de ses anathèmes et invoque contre les humbles chrétiens qu'il stigmatise comme hérétiques, l'appui du bras sécuher. Celui-ci ne se fait pas attendre; il est prêt à frapper, en s'armant de la maxime : une foi^ un roiy une loi. Des salles de la Sorbonne, des palais épiscopaux, des chaires de l'Église établie, du prétoire des cours de justice, s'échappe et va retentir, au milieu des foules ameutées par de perfides instigateurs, ce sinistre cri : unité religieuse, ou la mort! Nulle difficulté pour l'intolérance, dès qu'elle veut se mettre à l'œuvre. L'esprit de corps s'eflaçant devant une commune haine, devant une commune soif de répression, l'épiscopat et l'autorité judiciaire s'étreignent dans une brutale alliance contre les victimes à immoler. La royauté est d'abord indécise : n'importe, il faot agir, en attendant qu'on réussisse à étouffer ses scrupules; et on se lance en dehors d'elle dans le champ de l'action. En effet, délibérant le 20 mars 1525, « au regard de l'hérésie qui est » grande et pullule dans le royaume, d et admettant c que la » confection en apparlient à l'église et l'exécution aux gens laiz, > le parlement de'Paris se charge, d'accord avec les évoques de cette ville et de Meaux* ainsi qu'avec l'archevêque de Sens, de désigner, pour statuer sur le sort des prétendus hérétiques, des juges aux-

quels ces irois paMats a bailleront vicariats. Aussitôt est insLituéeet fonctioime une commission spéciale, composée de deux conseillers au parlement et de deux docteurs en Ihéoloftie, tous munis du vicariat convenu. Les premières victimes de celte .commission, Pavanes, l'hermite de Livry et Hubert, sont brûlés viis, en 1525 et 1526. Il en est de même, en 1^-29, de Louis de Berquin, originairement protégé, puis fmalcment abandonné par François I", dont la répugnance pour les persécutions reli^ gieuses s'est évanouie. Ce monarque ne le prouve que trop, le 29 janvier 1 535, par sa participation à une procession sacrilège àt'issuo de laquelle six nouvelles victimes sont, sous ses yeux, livrées aux llainmes. Il fait plus: il ose, dans une harangue né- Casle, applaudir publiqucineut à leur mort. D'année en année, les condamnations à la peine capitale et les exécutions se succèdent dans le ressort de chacun des parlements. Le zèle des réformés qui échappent au supplice demeure inébranlable; leur nombre s'augmentepar l'accession de nouveaux co-religionoaires. Le mode d'action répre.ssive contre les hérétiques qu'ont inauguré de concert, en 1525, l'épiscopat et raulorîlê judiciaire, ne satisfait |xls François I"; aussi, par un éditdu ï"juin 1540, altribue-t-il aux coure souveraines, aux juges inl'érieiu-set à des commissions particulières, le droit de procéder, selon l'exigence des cas, en qualité de délégués de sa puissance séculière, au jugement des faits d'hérésie, c'est-à-dire des actes et des paroles inspirés par la foi évangélique ; faits à la rechei'che et à la constatation desquels les prélats et diocésains, renforcés par les inquisiteurs de la foi, se livrent, de leur côté, avec ardeur, en exerçant sur tous les suspects une main-mise suivie d'une incarcéra tio[i préventive dans les prisons èpiscopales. Des lettres patentes du 23 juin 1540 érigent en inquisiteur général de îfi foi Mathurin Oiy, que seconde, dans l'exercice de ses fonctions, une cohorte d'inquisiteurs particuliers. Les persécutions se multiphant, un édit du 23 juillet 1543 abrège l'instruction et

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le jugement des procès, en dispensant les juges séculiers, quand ils trouveront « que l'hérésie est claire et manifeste :>, de la faire déclarer par les juges d'église. A quelques jours de là, un formulaire qu'a dressé la Sorbonne sur ce qu'il faut croire et enseigner, est transformé en loi par des lettres patentes. Les affreux massacres de la population de Cabrières et de Mérindol, en 4545, les supplices subis par les fidèles de Meaux, en 1546, montrent comment, sous l'égide de la sanction royale, l'inquisition et la juridiction séculière travaillent à l'extermination des hérétiques. Cet odieux labeur est incessant; partout, dans les provinces comme dans la capitale, on continue, jusqu'à la fin du règne de François I", à brûler « les gens mal sentans de la foi ». Stimulé par d'indignes conseillers, en tête desquels figure le cardinal de Lorraine, Henri II suit la tradition paternelle : il assiste, lui aussi, à une exécution capitale qu'une pompeuse procession a devancée ; il crée, d'abord à Paris, par un édit du 49 novembre 4549, et bientôt après dans les provinces, des chambres ardentes « pour plus dépescher de matière ». Non content de cela, il fait, d'un édit qu'il publie à Châteaubriant en juin 4554, un véritable code de la persécution; et ce code monstrueux est appliqué avec une impitoyable rigueur.

Quels que soient contre eux le déchaînement des haines, les violences de la législation, l'atrocité et la fréquence des supplices, les réformés français sont toujours debout. Si la mort éclaircit leurs rangs, la foi, la puissance de l'exemple, la sympathie les repeuplent. Inébranlables dans leur attitude, parce que c'est à Dieu qu'ils regardent, ils ont pour eux la sainteté de leurs convictions, la pureté de leur vie, les droits sacrés de la conscience, la résignation sous le coup des plus terribles épreuves, la charité dans le cœur, le pardon sur les lèvres, en face de leurs bourreaux. Tels ils ont été aux premiers jours de la réforme, tels ils sont encore en 4555.

Coligny le sait ; il les connaît, il déplore leurs souffrances

immérilées, ei veut alors les couvrir de son patronage. Quoi de plus beau, chez ce grand de la terre, que la noble inspiration du coeur qui le porte à tendre, sous le regard de Dieu, une main secourable à des chrétiens opprimés ?

Il est certain qu'en 1555, Tamiral, ainsi que l'a déclaré un homme qui fut, plus d'une fois, le confident de ses sentiments et de ses pensées \ « favorisoit autant qu'il pouvoil le parti de la religion. » L'appui généreux qu'à cette époque il accorda spontanément aux victimes de l'intolérance fut d'autant plus remarquable, qu'il s'afïirma au moment où, après tant de souffrances, elles étaient menacées par la royauté d'un surcroît de rigueur, à l'instigation des Guises. Un abime sépara désonnais Coligny de ces altiers contempteurs de la conscience chrétienne, dont il se constituait alors el devait demeurer à jamais le ferme soutien.

Attachons- nous ici aux premiers pas que fit, dans la voie, jusqu'alors inexplorée, de la simple tolérance, cet homme éminenl qui, abordant à cinq ans de là une voie plus large encore, devint, au sein de sa patrie, le glorieux îniLialeur du principe de la liberté religieuse.

Le *J mars 1555, il écrivait, de son château de Châtillon-sur- Loing, à Brissac * : t Je parliray de ce lieu dedans deux jours t pour m'en aller faire ung voiage en Normandye, qui pourra » estre d'environ six septmaines, pour reguarder à ce qui touche > le faict de ma charge en ce paîs-là. » Or, il y a tout lieu de croire qu'à ce moment, au nombre des choses qui, en Normandie, « touchaient le faict de sa chaîne b d'amiral de France, se plaçait le soin de préparer une expédition maritime qu'il avait décidée, et dont le point de dépari devait être le Havre-de-Grilce. La destination de cette expédition était le Brésil ; Coligny avait conçu le projet d'y fonder une colonie, dans la double pensée de

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