Bibl. nal., ms§. f. fr., vol. 2846, f
2. Voir une lettre de ceu^-ci à Philippe II, du 18 décembre 1555 (Pap. d'État de Granyelle, t. IV, p. 515 à 518.
3. Lettre du 18 décembre 1555 (Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 28i6, M77. — Voir une lettre du même jour, du connétable à Coligny (Bibl. nat., mss. f. fr.. vol. 2846, f> 175.
cl en la dUTérence que les deppulez de l'empereur ont voulu mestre entre les prisonniers qu'ils disent l'eslre de l'empereur ou des particuliers gentilhommes et cappîlaines, où il me semble (|ue vous ne pouviez plus sagement, ne plus prudemment procéder que vous avez faict, elay eu grand plaisir que vous avez monsti'é trouver aussi eslrange qu'il est le soudain envoy devers l'empereur pour sçavoir son intention sur ce qui avoit desjà esté convenu entre vous; et pour ce, mon cousin, qu'il me semble cognoistre et que je juge par a vostiediie depesche, que le plus grand empeschement qui » soit poinct en voslredicle négociation est le faict de mon » cousin le duc de Bouillon, auquel j'ay bif.n notté que les
> depputez ont mis en avant que l'empereur entend et veult
> ijue l'on rende la place de fiouîllon avant que parler de la I délivrance de mondil cousin, qui est à dire du faict de sa
> nuiçun, cl qu'il nie scmbloyt par là qu'ilz ne missent ceste I restitution par eux prétendue en aucune considération, aussi
> qu'ilz se monstrent durs et obstinez à ne vouloir que l'on 1 envoyé par devers luy pour le veoir et sçavoir son intention
> sitr ce qui est à faire et conclure en son faict où l'on ne
> peut rien accorder sans luy, non plus que des autres prison-
> niers qui sont seigneurs cl maistres de leurs biens, je vous
> diray là-dessus que, avecques les sages remonslrances que » vous avez fîiicles à ce propos, et oultre ce que je vous ay par » mes lectres du dixii:nie de ce mois escript quant au faict du- » dit Bouillon, que j'entends el veulx, mon cousin, que vous t leur faictes très-bien entendre (après que vous aurez congneu I et descouvert auliant qu'il se peult faire de ce qu'ilz ont sur
> le cueur quanl à ce point) qu'il seroit trop eslrange et hors
> de la raison et quant tout est dicL répugnant à ce que nous
> cherchons à faire de tous les deux costez, que devant que de » rien conclure du faict des rançons dcsdils prisonniers d'une » pari el d'autre, qui sont maistres de leurs droictz, ilz ne
» feussent veuz par quelqu'un de leur part pour sçavoir leur
> inteniion et enlendre leur santé ou indisposition. Et comme
> jà je vous ay escript s'il fault parler à mondit cousin le duc de » Bouillon pour les deniers de sa rançon, tant plus y a-il d'apf parence qu'il le fault faire pour le regard de ladite place, non
> pas qu'il soit à propos de faire instance ouverte de parler à
> luy pour le regard de ladite place, ou comme vous avez bien y> commencé, il fault reculler tant et tant, que sans un déses- » poir desploré de sa délivrance lesdits depputez ne puissent » congnoistre que Ton soyt pour y voulloir jamais prester l'o- )» reille, et seulement mectre mondit cousin au rang des autres i> prisonniers et ne parler que du faict de sadite rançon, où je » sens bien, par le discoui-s que m'avez envoyé de vostredite i> négociation, qu'ilz ne seront pas aisez à conduire; mais seroity> il cruel et inhumain de prendre quelque chose pour ung jD prisonnier qui paravanture est mort, malade, ou en telle dis- » position que ce seroit achepter chat en poche, comme vous » leur sçaurez bien remonstrer et plusieurs exemples semblables i) et servant à ce propos; et ne voy pas qu'il y ait aucun interest, » puisque Ton leur offre semblable faveur et ouverture pour i> ceux qui sont de deçàv.. Je suis attendant à sçavoir ce que 0 vostre seconde assemblée aura produit... Depuis ceste lectre » escriple, et ayant encorcs plus avant pensé au faict dudit i> Bouillon, il me semble, mou cousin, que le meilleur est de » rompre aulx Impériaulx toute espérance de recevoir jamais •> ledit Bouillon par ce moïen-là, et leur dire que c'est une place •) par moy conquise et que je tiens et répute mienne, et que >' vous n'estes dépeschez par moy pour autre chose que pour )» parler et conclure du foict de la rançon des prisonniers, et .; non pas pour disputer des places de ma conqueste, n'estant » pas délibéré de laisser ledit Bouillon, non plus que les autres » que j'ay conquises par mesme moïen, et qu'ilz ne s'y atten- ).' dent point, d
Tandis que le roi de France tenait ce langage, l'abnégation du duc de Bouillon lui prêtait un généreux appui. Voici, en cfTel, la déclaration formelle de deux personnes investies si la rois de la confiance du duc el de celle de Henri II, savoir ; Cliarles de Roucy et Robert de Noirlbntaine ' :
« Le sieui' de Noirfoulaine, estant prisonnier h Gandavecques I M. de Bouillon, et partant dudict Gand pour retourner en
> France, dict qu'il luy fut demandé Faire les Irès-huitibtes re- B commandations dudict sieur de Bouillon au roy et par exprès a (donné) charge de luy dire et supplier que, à son occasion el
> à cause de sa prison et rétention, ou autres mauvais traite- » mens que luy pourroit faire' ou faire faire l'empereui', qui'. » pour ces causes il ne voulsisl consentir à la reddition de Boail- » Ion, laquelle il luy supplioit, pour son service, l'advouer » sienne comme toutes ses autres places fortes et maisons, et
■ que piuslosl aymeroit demeurer prisonnier par l'espace de dix
> ans el toute sa vie, el pour quelque mauvais Iraictemcnl que 1 on luy sçeust faire, il ne vouidroit consentir aucunes d'icelles
> eslre rendues qui puissent préjudicier au service du roy et de « son royaulnie. El dicl davanlage ledict sieur de Noirfoulaine 1 qu'il fut chargé dudict sieur de Bouillon de dire ces mesmes » propos à madame de Bouillon sa femme, el la solliciter de
> niaînlenlr ces paroles au roy, pour le service duquel, s'il pen- » soil que son fils aisné et autres ses enfans n'eussent et per-
■ sista^senl en ceste volonté, il desiroit mieulx qu'ilz fussent
> cent piedz soubz terre. Sur quoy, estant monseigneur l'amyral,
> qui cy esl, présentement assemblé avec les deppulez impé- B riaulx pour. regarder s'il y auroil moïen d'accorder de la ran- » çon des prisonniers, d'une part et d'aulre, sy d'avanlure les-
> dicts Impériaulx persistaient en ceste seconde assemblée, » comme ilz ont faict en la première, de ne composer aulcune-
, mss. (, fr., vol. iSlB. (- 20*
» ment de la rançon de M. le duc de Bouillon, sans préalable-
> ment n'avoir la place et forteresse de Bouillon et qu'ilz ne
> permissent, suivant l'instruction et commandement que nous
> avons du roy, que l'un de nous peust aller par devers lediet
> sieur de Bouillon affin d'en sçavoir son intention et volonté,
> en ceste rigueur et extrémité, nous ne pouvons estre d'autre » advis que de supplier et requérir mondict sieur l'amyral (ne)
> faire autre response aux depputez impériaulx, sçavoir est en » ce cas leur faire entendre qu'il ne consentira aucunement à » la reddition de ladite place, et que les parens et femme dudict » sieur de Bouillon sont de cet advis. i^
Le 17 décembre, une nouvelle lettre deColigny et un mémoire rédigé par de l'Aubespine rendirent compte à Henri II de la seconde conférence, dans laquelle, indépendamment d'une discussion qui avait porté ^ sur le faict des prisonniers )», et spécialement du duc de Bouillon, avaient été tenus c quelques propos de paij^% p
A voir l'empressement avec lequel, en réponse à cette communication, Henri II, dans une dépêche adressée le 20 décembre à Coligny \ consent à entrer dans des voies de conciliation vis-à-vis de Charles-Quint, alors qu'il vient de se liguer contre lui avec le pape, on se demande si cet empressement n'implique pas une rétractation réelle des engagements qu'il a pris en Italie; mais on est bientôt amené par l'étude des faits à reconnaître qu'il n'y a là que la simple oscillation d'une politique irrésolue, qui se laisse tour à tour entraîner à la guerre par les obsessions des Guises et guider vers la paix par les conseils du connétable et de Coligny, sans se préoccuper d'ailleurs de savoir si, après s'être liée par un traité qui aura suspendu les hostilités, elle demeurera assez sûre d'elle-même pour ne pas enfreindre plus tard ce traité, à l'instigation d'autruL