‹ Gaspard de Coligny, amiral de FranceChapitre 98 sur 241 · Voir ci-après sa lettre du !26 août 1556 au connétable · texte numérisé non relu

Voir ci-après sa lettre du !26 août 1556 au connétable

le connétable Ifis scrupules si honorables qui porlaient l'amiral à se lenir désormais à l'écart, pressa-l-il l'oncle d'annoncer h son neveu que la confiance royale lui demeurait tout entière, et que c'était précisément dans l'étendue du gouvernement de l'icaixite, plus que partout ailleurs, qu'il devait y être répondu.

jVnne de Montmorency s'acquitta d'une telle mission avec d'autant plus d'empressement, qu'il savait que le concours de l'amiral lui serait indispensable, dans la série d'opérations militaires, qu'à titre de connétable, il aurait procbaineinent à diriger. Il adressa donc, par un personnage sûr, à son neveu, une lettre autographe qui l'informait des volontés du roi; volontés dont, pour sa part, le cai'dinal de ChAtillon se rendit aussi l'interprète, dans l'épanchement d'une communication fraternelle, plus intime et plus explicite que ne l'était celle du connétable.

Une question des plus graves se posait devant l'amiral : son noble cœur en mesura de suite la portée. 11 n'était que trop vrai que la coupable laiblesse du souverain' venait de compromettre le sort de la France ; mais, êlait-il permis à celui qui avait déjà tant fait pour sa patrie, d'en déserter la défense, au moment oii le fléau de ta guerre allait être déchaîné sur elle? Coligny n'hésita pas; et, surmontant, des hauteurs de sa foi et de son patriotisme, tous regrets, tous froissements, toutes répugnances, il répondit aussitôt à son oncle, en ces termes ' :

c Monseigneur, j'ay reçeu la lettre qu'il vous apleu m'escripre » par Fonleines, que j'estime d'aullant plus que vous avez prys » la peine de l'escripre de votre main, par laquelle me faictes 9 entendre la rcsponce que le roy vous a faicle sur ce que je

> vous avoîs escript. Aussy a faict plus amplement monsieur le » cardinal de Chastilton suyvaut ce que luy en aviez dicl. et

> puysqu'il luy plaist que je le serve an gouvernement de Pi- » cardie, c'est bien raison que j'oublie toutes aultres choses,

> pour m'acomoder et suivre sa volonté, mesmemenl après avoir

> enttendu les remonstrances que je vous avois faictes. Et pour- » tant, je me despouilleré de mon oppinion et me résouldré de

> le servir ainssy et au lieu quy luy plaist où j'emploiré toutes » mes forces pour le bien servir tant du corps que des biens,

> pour le moings sera-ce de tout mon pouvoir et fidellement, * » estimant à grand heur et honneur qu'il aye eu pour agréable

1 si peu de service que je luy ay faict jusques icy. Et véritable- » ment j'aurois grand tort si je n)e pleignois de dire que je ^ luy eusse demandé quelque chose qu'il m'eust refusée; aussy ^ est-il juge et vous tesmoing, monseigneur, si je Fay guères » importuné pour les biens ausquels je ne me suys pas guères n^ amusé jusques k ceste heure ; estimant trop plus sa bonne . » grâce et avoir bon visage de luy que les biens de ce monde. ']> Vous sçavez, monseigneur, que la récompense de Dieu et des 1» homes est du tout différente de Tune à Taultre, car celle de » Dieu est après notre mort et celle du monde durant notre vie. » Et ceulx que Dieu ayme le plus souvent sont les plus travaillés ^ en ce monde; mais ceulx que les princes ayment, ils le font y> apparoistre par faveurs et bienfaits qu'ils font, ou aultrement ]> les homes n'en croient rien. Je vous dicts ce propos pour ce j) que de ce dernier voiagc je n'ay eu ny gratieuse parolle ny i> aullre démonstration pour laquelle ny moy ni les aultres » homes puissions juger que le roy aie contantement de moy, ce )) quy n'est poinct ainssy advenu aux aultres, ce que je supporp terois trop plus patiement sy j'estois seul quy en eust la » connoissance ; et pourtant vous pouvez juger que j'en resens 3> ce que peult faire ung home de bon cueur, et croire que je ne -» suis pas si dcpourveu de jugement que je m'attende de recou- » vrer une chose à laquelle oncques bonne occasion j'ay failly, » ou je ne faicts pas doubte que ne m'aies voulu ayder de ce -» qu'avez peu tant pourl'amouretbonne voulunté que j'ay tous - » jours congneu que me portiés, que pour plus grande force

» pour votre maison. Mais je sçay bieo aussy que ce n'est pas » raison qu'après avoir lente tous les moiens honestes et raij> soDuables, que l'on importune les maisircs quy veulent estre » servis à leurs oppinions et non point à la noslre; vous remer- » cianl au demeurant très- humblement, monseigneur, de l'as- ■B surance qu'il vous plaist me donner par voire lelti'e de votre B bonne voulunté, laquelle je vous supply me vouloir continuer, B et croire que vous n'avcs aussy enlfent quy vous veille plus j> rendre d'obéissance et service que je feré toute ma vie. Je ne » fauldré point k me rendre à Paris pour ceste saiuct Michel, et i> au surplus il vous plaira me mander sy de se quy se présen- » tera désormais pour le gouvernement de l'iste de France, je » le renvoiré pas à monsieur de Montmorency, votre fils. — » Monseigneur, je me recommande Irès-humblement îi votre o bonne grâce et pry notre seigneur vous donner en santé très » bonne vie et longue. De Chastillon, ce xxvi' d'aoust 1 556. — > Voslre très humble et très obéissant nepveu, Chaslillon. »

Chez Coligny, les actes correspondaient toujours aux paroles. Aussi, le vit-on, en prévision d'une guerre qu'il désapprouvait, mais qu'il se disposait néanmoins à soutenir comme s'il en eût été le promoteur, redoubler de zèle dans la direction des divers services qui se rattachaient à son gouvernement de Picardie, el qui, du reste, grâce à sa vigilance, n'avaient subi aucun ralentissement, alors même qu'il songeait à se démettre des foncllons de gouverneur de cette province '. Il pouvait d'autant mieux en continuer l'exercice, que le retour de captivité de son Trère et de son cousin, François de Montmorency, le délivi-ait des préoccupations de deux grandes charges, sur quatre, dont il était investi.

D'une part, en effet, ayant eu, aux premiers jours de juillet, la joie de serrer d'Andelot dans ses bras, il lui avait remis, en

t. Voir nolammcnl, à \'Appetutice, u° H, les leUres qu'il écrivit ^ de Iluiniéres, liu tl juillet au 16 août 1556.

dépositaire fidèle, le commandement supérieur de rinfanlerie française, devenu successivement Tapanage des deux valeureux frères *. Un détail d'une expressive simplicité avait témoigné en cette circonstance, de l'intimité qui régnait entre eux : le 12 juillet, devant, au milieu des émotions du revoir, adresser, en toute hâte, de Ghâtillon, pour affaires de service, des recommandations distinctes à de Humières, ils les avaient consignées dans une seule lettre, dont la première partie était écrite et signée par l'un, comme gouverneur, et dont la seconde Tétait par l'autre, comme colonel général \

D'une autre part, François de Montmorency, rendu à sa famille, vers le milieu d'août ^, avait été, par décision royale du 17 du môme mois *, nommé gouverneur de Paris et de Tlle-de- France. Coligny se trouvait dès loi's relevé des fonctions qu'il avait jusque-là exercées, au môme titre- Heureux d'avoir recouvré en d'Andelot un autre lui-même \ et de revoir François de Montmorency, à qui il portait une affection presque fraternelle, l'amiral n'en demeurait pas moins affligé, à la pensée que tous deux laissaient derrière eux, sur le sol étranger, de nombreux prisonniers de guerre français, dont la libération était retardée par le mauvais vouloir des impériaux. Elle s'opéra enfin, lorsque furent aplanies des contestations et des difficultés de détail, dont on peut saisir la trace dans les documents diplomatiques de l'époque ®. Parmi ces

1. c M. Dandelot venant en France, M. son frère se deffit de son estât, qui

> le gardoit à telle intention, et le quitta à son frère par la voulonté du roy

> ainsy telle. En cela le successeur ne céda rien en courage et vaillance à son

> prédécesseur, fors en Texpérience, qu'il n'avoit si grande, n'ayant eu le

> temps ny la commodité de la sçavoir à cause de sa' prison. » (Brantdme,

> édit. L. Lai., t. VI, p. 24, 25.)

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