‹ Gaspard de ColignyChapitre 100 sur 226 · Bibl. nat. mss. cabinet des titres. V. Coligny · texte numérisé non relu

Bibl. nat. mss. cabinet des titres. V. Coligny

1 commettons, ordonnons et députons par ces présentes potir,

> appeliez avecques vous noz officiei's en nos dictes seigneuries

> de Beauvoir, Beaupont, Montjuictz etSoubzlamaison^etquel-

> ques-uns des plus notables et apparens habitans d'icelles,

> faire imposer, asseoir et départir ladite taille le plus égalle*

> ment et commodément que faire se pourra, îe fort portant le 1 foible, ainsy qu'est de raison, par trois ou quatre entre eulx^ I lesquelz à ce faire seront esleuz et nommez parla commune

> et à l'élection et nomination d'icelle commune ordonnez et :» députez par vous, pour vacquer à faire ladicte assiette, 3 département, jusques à la somme de deux cens livres tour- 1 nois paiable à deux termes, dont le premier sera le premier

> jour d'apvril prochain venant, et le second le premier jour

> d'aoûst prochain ensuivant, es mains de M. Claude Vougy, ]» nostre chaslellain audit Chevigna, ou tel autre que vous

> aviserez bon estre, et lequel à ce faire par vous commis; et, » pour ce que nous avons esté advertiz que aulcunes personnes ]» ecclésiastiques ont acquis des biens et héritages en nos dites

> seigneuries souveraines de gens laïz, ce qui toomeroit à plus » grande foule et charge de noz anltres subjectz, si lesdictz 1 gens d'église n'estoient pour le regard desdits biens et héri-

> taiges par eulx acquis de gens laïz imposez et cottisez pour la » levée de ladite taille aussi bien que les aultres, nous voulons 1 et entendons que pour telz biens et héritaiges ilz soient tail- 3 labiés aussy et à la mesme raison que noz aultres subjectz. 3 De ce faict nous vous avons donné et donnons pouvoir, puisai sance, autorité et commission spéciale. Mandons et com- 1 mandons à tous nos justiciers, officiers et subjectz, que à

> vous, en tout ce qui concerne l'exécution de ceste présente 3 commission ilz entendent et obéissent et fassent entendre et 3 obéir de tous et chascun, etc., etc., donné à Chastillon, le

> 6* jour de février 1564 »

Les relations de l'amiral avec Renée de France étaient basées

sur une estime et une confiance réciproques : aussi, peu de temps après le départ de d'Andelot, Coligny n'hésita-t-il pas à appeler la bienveillante attention de cette princesse sur la répression nécessaire de certains faits dont quelques-uns de ses sujets s'étaient rendus coupables, au détriment de d'Andelot. Déjà, le 28 mai, celui-ci et son frère avaient conjointement écrit, de Châtillon, à Renée * : « Madame, suyvant la 3> bonne volonté qu'il vous plaist nous démonstrer, dont nous y> ne sçaurions assez très humblement vous remercier, nous 3 vous supplions faire paroistre si ceux de Montargis ont bien Y ou mal faict de s estre portez de telle façon à l'endroict d'ung

> qui vous est si très humble serviteur. Quant à en escrire à 3 la cour, nous n'obmecterons, à la première occasion, de le

> faire entendre à la royne; mais d'autant que ce sont vos i> subjectz et qu'ils vous doibvent la première obéissance, nous y> n'avons voulu faillir de nous en plaindre premièrement, à » vous, madame. ]»

La duchesse s'étant obligeamment mise, en quelque sorte, à la disposition des deux frères, quant à l'adoption d'une voie à suivre pour qu'il fût fait droit h leur réclamation, l'amiral lui répondit, en juin*: « Madame, j'ay reçeu la lettre qu'il

> vous a pieu m'escrire par ce porteur, et ne sçaurois assez

> vous remercier de tant d'honneur et démonstration de bonne 3> volonté qu'il vous a pieu me faire et faictes, ung chacun jour; D vous supliant au reste, madame, de me vouloir avoir pour j excusé, si je ne vous donne aucun conseil ny advis sur i> le tort qui a esté faict par vos subjectz de Montargis à i> M. d'Andelot, mon frère, ne le pouvant bonnement faire

> pour ceste chose qui ne me touche pas moins qu'à luy.

> Et pour en parler selon leurs déportemens et la consé-

> quence et exemple qu'apportent telles façons à tous les

i. Bibl. nat. rass. f. fr. vol. 3259, U 27. 2. Bibl. nat. rass. f. fr. vol. 3256, f^ H2.

> autres, desquels on n'oyt aulre chose que cruaultez et inhu- :p manitez tendant à troubler ung repos 'public dont l'entre- 3> tellement est si nécessaire en ce royaume, attendu aussy la

> bonne volonté qu'ilz nç peuvent ignorer que vous ne faciez

> assez paroistre nous porter, on ne pourroit dire autre chose

> sinon qu'ung chastiment exemplaire, faict mesmement soubz

> vostre auctorité, feroit beaucoup de proffit en ce royaume

> pour réprimer telz séditieux qui peuvent estre cause de 5^ beaucoup de troubles et inconvéniens, comme vous pouvez

> trop mieux juger, madame. »

Aux actes de violence signalés à Catherine et à Renée par Coligny et par d'Andelot comme symptômes de la harine aveugle dont chacun d'eux était l'objet, s'ajoutaient parfois les inqualifiables procédés de certains personnages hostiles à l'amiral et à ses frères. En voici une preuve, en ce qui concerne Odet, dans les faits que retracent ces lignes, adressées le 11 juin, par Coligny au maréchal de Montmorency, gouverneur de la capitale * :• « J'ay entendu que M. le cardinal de

> Guyse loge en une maison, à Paris, près du Louvre, qui est

> à M. le cardinal de Chastillon, où il loge le plus souvent 1 quand il est à Paris, et mesmes quand le roy est audit

> Louvre, en laquelle il retire ses meubles, dont Vaulx, qui

> est à lui, a la garde; et pour ce, je vous supplye de faire

> tant que ledit logement soit exempt, et qu'il n'y loge plus

> personne, et en parler à la royne, s'il en est besoing. Je ne

> vous escripts point les insolences que les gens de mondit

> sieur le cardinal de Guyse font dedans ledit logis. y>

Dans sa retraite de Châtillon, l'amiral, tout en veillant avec sollicitude aux intérêts des membres de sa famille, en correspondant avec ses amis, et en suivant la marche des affaires publiques, se préoccupait constamment de la situation de ses

i. Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 31,17i>, f<» 41.

coreligionnaires. Il leur avait immédiatement donné l'ex^nple de la somnission aux dispositions de Tédit d'Àmboise, et il tenait à ce qu'on leur rendit cette justice, que, dès le premier moment, ils Tavaient loyalement exécuté, en déposant les armes, en renonçant à l'emploi des troupes (^rangères, en restituant toutes les villes et places par eux occupées ; et que, chaque jour encore, ils l'exécutaient, en se soumettant, quant à l'exercice de leur culte, aux dispositions restrictives qu'il formulait. Leur désintéressement, dans Faccomplissement de ces faits caractéristiques, était d'autant plus grand que, loifl d'avoir obtenu, pour leur propre sûreté, un gage quelconque de .la sincérité des promesses de l'autorité supérieure à leur égard, ils se trouvaient livrés à la merci et aux haines impla-^ cables des hommes de parti qui répudiaient l'édit d'Âmboise dans son principe et dans ses applications. Plus, ainsi, la condition des réformés était précaire, plus Coligny, dès les premiers jours, s'était fait un devoir de prendre en main la défense de leurs légitimes intérêts; noble et difficile mission, dont, ainsi que l'histoire en fait foi, il s'acquitta constamment avec l'énergie d'un inébranlable dévouement

Calvin, pour sa part, avait si bien vu l'amiral se consacrer, de cœur, à celte mission généreuse, que, s'appuyant sur la correspondance qu'il s'honorait d'entretenir avec lui, il avait dit à Crussol, peu de temps après la promulgation de l'édit d'Amboise * : <c J'ay respondu à M. l'admirai, le priant plus 3 privément de tenir la main à beaucoup de choses, non pas y> tant pour besoin qu'il ait d'estre picqué, que pour ce qu'il

> m'avait requis ae ce faire. » Dans la pensée de Calvin, de même que dans celle de l'amiral, ce qu'il fallait alors, c'était « qu'on fit valoir avec authorité ce qui avait esté

> conelud à l'advantage des fidèles, afin que la paix ne fût

i. Lettres franc, l. II, p. 500. 7 mai i563.

Digiti

3 pas comme un corps sans âme; car l'expérience avai X monstre par cy-devant combien les ennemis de Dieu étaient » hardis entrepreneurs à mal faire, si on ne leur résistait 3 vivement * . >

Des commissaires avaient été envoyés, au nom du roi, dans les provinces, pour y foire exécuter Tédit* : mais leur action demeura trop souvent inefficace. Den fut ainsi, notamment en I^anguedoc, où Damville, en l'absence du connétable de Montmorency, son père, était investi des fonctions de gouverneur. Voici comment, au dire de de Thou ^ , il exerçait ces fonctions :

€ Les protestans se plaignaient hautement de ce qu'il ne 1 leur rendait pas justice, dans la manière dont il faisait

> exécuter l'édit de pacification. En effet, après en avoir com- » muniqué avec le parlement de Toulouse, leur ennemi dé- » claré, il entrait, les armes à la main, dans toutes les villes 3> dont ils s'étaient depuis peu rendus maîtres, il posait des » corps de garde aux portes, il faisait arborer des enseignes

> sur les murs, comme s'il les eût prises par force; il faisait 3 porter toutes les armes, même les épées, aux hôtels de

> ville ; et afin de n'être pas trompé, il envoyait fouiller très » exactement dans les maisons des religionnaires. Il en fit

> fouetter un à Nîmes, pour n'avoir pas obéi assez prompte- 3 ment. — Les protestans avaient établi, dans les villes » dont ils étaient maîtres, une louable coutume, observée

> par tous les juges» de prier Dieu avant que de rien com- » mencer : Damville défendit cet usage. Un juge, nommé

> Galver, lui ayant dit : Qui est-ce qui nous enseignera les

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