Hîst. univ. t. TU, p. 4iO, ili
> voies de la justice, et de qui recevrons-nous les secours y> nécessaires pour la rendre, si nous n'invoquons pas le
> nom de Dieu? Damville répondit que, s'ils voulaient bien
> s'assujétir eux et leurs sectaires à cette coutume de prier, y> le roi ne voulait pas imposer ce fardeau à ceux qui ne
> s'embarrassfiiient pas de leurs coutumes, — La licence » des gens de Damville était eflrénée et insupportable : une
> troupe de cavaliers d'Albanie et d'Esclavonie, qu'il avait » toujours à ses ordres, faisait le dégât dans la campagne
> comme dans un pays ennemi, en temps de guerre. Damy> ville au contraire s'abandonnait en jeune homme aux
> plaisirs et à la débauche, Comme en temps de paix. Les
> protestans souffraient tout patiemment et ne se plai-
> gnaient que des vexations qu'il leur faisait, en mterprétanl 3> mal l'édit de pacification. — Le roi, par son édit, accordait
> aux protestans la liberté de tenir leurs prêches dans toutes
> les villes et lieux où ils s'assemblaient, le 7 mars dernier :
> Damville, en ajoutant la clause : pourvu que les seigneurs t> des lieux voulussent bien le permettre, rendit cette grâce
> inutile. — Par le même édit Sa Majesté, en termes exprès,
> accordait à tous la liberté de conscience : Damville ne y> voulait point l'accorder, non seulement aux religieux qui
> avaient quitté leurs monastères et renoncé à la religion » romaine pendant la guerre, mais pas même à ceux qui y y^ avaient renoncé longtemps auparavant; et il voulait les
> obliger à rentrer dans leurs couvents, et à laisser leurs D femmes, ou bien il les forçait à quitter leur pays. — Les 3> protestans se plaignaient encore de ce que Damville avait y> fait pendre Mouton, ministre d'Usez, qui s'était un peu
> échappé en prêchant. — Ils envoyèrent, pour porter leurs y> plaintes en cour, de Clausonne^ assesseur du présidial de
> Nîmes ; mais ayant parlé au roi avec trop de liberté sur
> cette affaire^ Anne de Montmorency, qui prenait le parti de
> son fils, le fit mettre en prison. Ce procédé intimida les » protestans, et ils^n'oSèrent presque plus se plaindre. ^
L'impunité ainsi assurée à Damville était un triste présage de celle qui couvrirait des méfaits analogues aux siens, dont d'autres provinces ne tarderaient pas à devenir le théâtre, et des actes de violence auxquels se livreraient des populations fanatiques et sanguinaires. Catherine de Médicis et ses affidés, en tolérant de tels excès, et en en fomentant d'autres, soit par leur incurie, soit même par de secrètes instigations, manquaient à leurs devoirs, à leurs promesses et ne demeuraient, à rencontre des réformés, que trop fidèles à une animosité et à des plans de destruction que la promulgation de l'édit d'Âmboise n'avait nullement infirmés, quant à eux.
Parmi les questions appartenant à la politique internationale sur lesquelles se portaient, à cette époque, les méditations de Coligny, s'en rencontrait une, à la solution pacifique de laquelle il aspirait : c'était celle de la restitution immédiate du Havre par Elisabeth. La cour de France avait engagé cette question sur une base et dans des termes, qui, en étant acceptés par la reine d'Angleterre, eussent écarté tout conflit à main armée. Adoptant l'opinion foraiellement émise par l'amiral, la cour soutenait que, des deux parts, on devait s'en tenir à l'exécution pure et simple du traité de Câteau-cambrésis, Elisabeth prétendait le contraire; et telle était l'opiniâtreté de sa résistance à l'application de ce traité, qu'on avait àti depuis quelques semaines, se préparer, activement en France, à recourir il l'emploi de la force pour expulser du Havre ses troupes, lorsque Condé, qui partageait l'opinion de Coligny, tenta vis à vis de cette princesse une démarche de conciliation, en lui écrivant le 26 juin *, avec l'assentiment de Catherine de Médicis :
1. Record office, State papers. France, vol. 33. — De Laferriére, le xvi» siècle et les Yalois, p. 141.
<r Madame, après avoir leu les lettres qu'il a pieu à voslre » majesté m'écrire par les sieurs Dannet et de Lahaye, et eo- » tendu d'eux bien au long ce qu'ils avaient chargé de me dire » de vostre part sur la pacification du différent qui se présente
> entre le roy monseigneur et vous, j'ay pensé, veu la consé^
> quence grande que peut attirer après soy une telle division, 3 qu'il estoil trop meilleur rechercher les moiens de venir à i> une amiable composition, que de tenter le hasard d'un triste
> événement des armes, qui a esté occasion que, sur la propo*
> sition que m'aiaicte ledict sieur Dannet, je luy en ay mis en » avant une autre qui ne me semble moins raisonnable, pour la
> conservation de l'un et de l'autre estât de voz majestez qœ » très propre pour satisfaire à ce que voz subjeclz pourroient 1 objecter de leur interest publicq, qui est que, s'il plaist à vostre
> majesté envoler pouvoir* et tant m'honorer que de vouloir
> que je requière, en vostre nom, au roy mondict seigneur que»
> lorsqu'il sera parvenu en aage de majorité, il ratiffie et ap? i> prouve, face ratiffier et approuver tant par la royne sa mère,
> les princes du sang, seigneurs de son conseil privé, et par
Y toutes ses courts de parlement le contenu au traicté de Gam* » brésis, je m'efforceray y rendre tout debvoir et mettre autant
> que je pourray pour luy faire trouver bon, m'estant advis que, 3 ce faisant, tous soubçons et mauvaises opinions seront e^ D facées, les anciennes amitiez seront d'autant plus confirmées y> et renouées, que nos voisins, qui n'attendent autre plaisir 3 que d'estre spectateurs de nostre commung malheur, perdront
> l'espérance de profiter de noz dépouilles; et avecques ce,
> madame, vostre majesté ne sera aucunement blasmée en la
Y sincérité de vos actbns, quand chacun cognoistra que la y> gloire de Dieu et l'affection de secourir le roy, vostre bon y> frère, ont esté la seule cause de vous faire prendre les armes; j> en quoy l'obligation de ceux qui ont reçu le fruict augmen- 7> fera davantage le cours de vostre réputation, et moy parti-
> culièrement m'en tienclray plus estroictement voslre attenu, ^ pour en tous aultres endroicts m'employer à vous faire ser- ^ vice du mesme cœur que je supplie ce bon Dieu vous donner
> madame, en heureuse prospérité, ce que trop mieulx sçaurez ^ désirer. >
Elisabeth pe tint aucun compte de cette lettre, inspirée par un noble sentiment, et persista dans des prétentions qui donnaient un éclatant démenti à ses protestations antérieures de désintéressement, de zèle religieux et de sympathique assistance.
Vainement, le 3 juillet, son ambassadeur en France, Smith, conjura-t-il Tamiral de lui venir en aide : Coligny ne put que se référer à l'opinion qu'il avait précédemment émise et qu'exprimer la sincérité de ses vœux pour le maintien de la paix, par ces simples paroles * : c Monsieur, j'ay reçu la lettre que » m'avez escripte par le sieur de Middleraore, présent porteur,
> et entendu de luy les propos que vous luy avez donné chaire
> de me dire touchant les choses qui sont passées entre vostre
> nation et la nostre par quelque temps en çà, et le désir que 3> vous avez que nous demeurions en bonne paix les uns avec- » ques les autres. Et aussi est-ce une chose grandement à de- » sirer de tous gens de bien et pour laquelle obtenir tous ceux
> qui en sont en lieu de pouvoir servir se doibvent employer j> comme je veoy que vous estes disposé de faire de vostre
> costé, vous priant de croire que, aussi du mien, je m'em- » pk>ieray volontiers à cela par tous les moyens que j'en pourray
> avoir, ainsy que j'ai prié ledit sieur de Middlemore vous dire
> plus amplement, suivant ce que je luy ay communiqué, etc. i Vainement encore, le 5 juillet, Elisabeth, revenant sur ses
déclarations antérieures, allégua-t-elle n'avoir jamais dit qu'elle ne restituerait point le Havre, tant qu'on ne lui aurait pas rendu
1. Record office, stale papers. France, vol. 34. — De Laferrière, le xvi» siècle et les Valois, p. U2.
Calais, mais avoir dit simplement : c A moins qu'on ne lui •eût rendu raison pour Calais * ; > Cette déclaration, qui d'ailleurs justifiait implicitement l'opinion émise par l'amiral et partagée par la cour de France, de même que par Condé, était beaucoup trop tardive, et le lendemain du jour où elle fut faite ^'ouvrirent les hostilités.
Coligny et d'Andelot n'y prirent aucun part. Les deux frères étaient en juillet * réunis de nouveau l'un à l'autre, au château de Châtillon-sur-Loing, lorsqi;ie Odet vint les y rejoindre ^, et s'associer aux témoignages d'affection et de sollicitude dont ils entouraient Charlotte de Laval, gravement malade, en ce moment. La pieuse compagne de l'amiral commençait à se rétablir, quand elle reçut de Calvin les lignes suivantes * :
« Madame, je rends grâces à Dieu de ce qu'il vous a remise
> en convalescence d'un mal qui estoit bien à craindre comme J8> mortel, combien que je n'aye point esté en soucy pour ce danger » particulier. Toutesfois je n'ay point laissé d'avoir eu mémoire 5) de vous; car c'est bien raison que, tant monseigneur l'amiral
> que vous, soiez recommandez à tous vrays serviteurs de Dieu,
1 . c We never used such kind of speche as we wold never deliver newhaT^ » except we might hâve callice presently, but the phrase of oar speche has
> been : except we had reason rendred us for callice, so as the one or the ^ other may be answerable for our hooour. > (State papers office. France. Queen
> Elisabeth to sir Th. Smith. 5 july 1563. — Hist. des pr. de Condé, 1. 1, p. 501).
*t. Calend. of. state pap. foreign. occurrences in France : c The admirai
> remains al bis bouse, at Châtillony with bis brother d'Andelot quietly. > 6 juillet 1563. — Ihid. Smith to the queen. 8 juillet 1563. — Ibid. Middlemore to cecîl, li juillet 1563 : c The admirai is still at bis bouse. Tbey bave no great
> hope of his coming to the court, not that be is not willing, but because
> Ihey will not bave bim come. The cardinal Ghâtillou will be at the court
> shortly together with M. de Soubize. Tbey are with the admirai, and are co-
> ming hither to prépare the way for bim to follow. — Voir aussi firantôme, t. VI, p. 54, 55.
3. Voir les lettres écrites, de Châtillon, le 30 juillet 1563, par d'Andelot et par Odet au prince de Portien. (Bibl. nat. mss. f. fir. vol. 3,196, f« 29 et 30).