‹ Gaspard de ColignyChapitre 106 sur 226 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Les Guises, à Meulan. — Ils demandent au roi Tautorisation de poursuivre les meur* triers du duc François. — Évocation de Taffaire au grand conseil. — Nouvelle requête des guises. — Lettre du roi à Goligny et à ses frères. — Lettre et remontrance adressées au roi par les trois Ghâtillons. — Leur séjour auprès du roi, au Louvre. — Seule, la duchesse de Guise se porte partie contre Tamiral, qu'elle prétend pouvoir poursuivre devant la juridiction ordinaire. — Goligny combat cette prétention, et se réserve le droit de se constituer accusateur, à son tour. — Le roi retient à lui la connaissance du litige soulevé par la maison de Guise contre Tamiral, et surseoit à statuer jusqu'à l'expiration d'un délai de trois ans. — Motifs qui ont porté Gatherine à provoquer le sursis. — Goligny revient à Ghâtillon. — Mauvais vouloir et duplicité de Gatherine i l'égard des réformés. — Atteintes portées à l'édit de pacification par diverses déclarations royales. .— Animosité des gouverneurs des provinces, des parlements, des juridictions subalternes, et des agents de l'autorité supérieure contre les réformés. — Goligny élève la voix en faveur des opprimés. — Vaine promesse de Gatherine, que justice sera faite. — Gatherine projeté une longue tournée en France, afin de se rendre compte de l'état des réfbrmés, dans les provinces, et d'organiser sur de larges bases le système de compression qui, selon elle, devra nécessairement, un jour, entraîner dans toute l'étendue du royaume, l'anéantissement de la réforme et de ses sectateurs.

Le 26 septembre 4563, arrivèrent à Meulan, la mère, la veuve, les enfants et les frères du feu duc de Guise. Tous portaient des vêtements de deuil. Introduits en la présence du roi, ils se jetèrent à ses pieds et le conjurèrent de <t permettre à » eulx supplians faire poursuite, dès maintenant, du meurtre y> commis, aux lieux et devant les juges qu'il appartiendrait; et » mander et ordonner estre procédé tant à l'instruction que » deffinition contre ceulx qui s'en trouveroient chargés et 5 coulpables* >. Ils reçurent un accueil bienveillant du roi,

i.Mém. deCondé, IV p. 668.

qui, par décision rendue, le même jour, en séance du conseil privé, ce leur permit de poursuivre en justice, pour le faict du y> meurtre par devant les juges des pairs de France, lieutenans- )> généraux de sa majesté, où la cognoissance de ladicte cause 3) en appartiendrait *. i>

Le cardinal de Ghâtillon, qui se trouvait alors à Meulan, présenta aussitôt, en plein conseil, au nom de ses frères absens, pour lesquels il se portait fort, une requête * tendant à ce que <k la cognoissance de toutes leurs causes, tant civiles que crimîy> nelles, mues et à mouvoir, soit en demandant ou en défen- 5) dant, fùst interdite à ceulx de la cour de parlement de Paris, » qui jà, avoient esté récusez par ses dits frères, et qui par tant y> de préjugés s'estoient déclarez leurs ennemis capitaux, i

Cette requête a ayant esté mise en délibération du conseil, y> fut trouvée si raisonnable, qu'à ladicte cour fut interdite la is> cognoissance desdictes causes, et icelles évoquées à la per- > sonne du roy, et renvoyée en son grand conseil \ i>

L'évocation au grand conseil, en excluant le parlement de Paris du droit de connaître de ces causes, en excluait aussi, virtuellement, tous les autres parlements du royaume. Les Guises, sans tenir compte de cette élimination, demandèrent, dans de nouvelles requêtes, que la connaissance des poursuites qu'ils voulaient exercer fût attribuée à l'un des quatre parlements de Toulouse, de Bordeaux, de Dijon ou de Rouen, et ajoutèrent qu'ils n'entendaient nullement se départir, d'ailleurs, de la juridiction du parlement de Paris.

Ces requêtes, dont les conclusions ne pouvaient sérieusement se soutenir, n'avaient d'autre biit que de fatiguer l'amiral et que d'empêcher qu'il vînt à la cour *.

i. Mém. de Condé, t. IV, p. 668. — Voir à Vappendicc, n^ 24.

2. Bibl. nat. mss. f- fr. vol. 20, 461, «, 81. —Méva. de Condé, t. V, p. 24, 25.

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