‹ Gaspard de ColignyChapitre 11 sur 226 · Bèze, HisL ecd,, t. I, p · texte numérisé non relu

Bèze, HisL ecd,, t. I, p

3. < Madame Ânthoinette de Bourbon, mère desdits de Guyse, et capitale i enaeQÛe de la religion réformée, s'efforça par tous moyens, mesmes depuis

obtint de lui la promesse d'extirper de Vassy les réformés et leur culte * ; promesse doublement coupable, car elle avait pour objet direct la violation flagrante d'un droit régulièrement exercé à l'abri de Tédit de janvier, et elle nécessitait, comme mode d'exécution, l'emploi de la force matérielle.

François de Lorraine, alors qu'il s'agissait d'assouvir à Vassy une haine de la réforme aussi invétérée chez lui que chez sa mère, n'était pas homme à reculer devant l'éventualité d'une effusion de sang; loin de là : il l'envisageait sans trouble, lui qui naguères, à Amboise, avait prodigué les supplices; qui hier encore venait de vouer à la potence un ministre de l'évangile, en Dauphiné, avec aussi peu de scrupule qu'auparavant il avait, en Lorraine, fait pendre un père de famille à l'occasion du baptême de son enfant; lui enfm qui, à quelques heures de là, allait, après avoir foulé aux pieds l'édit de janvier, s'écrier, en portant la main sur la garde de son épée : « Le tranchant de celle- « ci coupera bientôt cet édit qu'on croit si solidement éta-

> bli^ . »

Arrivé à Vassy, le duc de Guise y masse, à proximité d'une

> rédict de janvier, d'empescher ce qui s'estoit aussitôt accreu, faisant expresse » défense à tous ses sujets d'aller ni venir à ces assemblées, ni de dire ou faire » chose contraire à l'église romaine : intimidant aussi ceux de Vassy en leur

> alléguant Tautorité de la royne d'Ecosse, sa petite-fille et dame douairière de

> Vassy, et finalement les menaçant du duc de Guyse, son fils, lesquelles me-

> naces sortirent leur effect. > (Bèze, HisL eccL, t. I, p. 722). — Varillas, Hist. de Charles IX, 1684, t, I, p. 283.

1. Bayle {Dict. hisL et crit, éd. de 1820, in-8, art. Guise, p. 372), s'appuyant sur certains faits avoués par Varillas, dit avec raison : c Ces faits marquent

> très clairement que le duc de Guise travaillait à faire casser Tédit et qu'il

> prenait des mesures pour attaquer les huguenots : et, qu'outre cette disposi-

> tion générale, il ne passa par Vassy qu'après avoir promis à sa mère qu'il » aurait égard à l'envie ardente qu'elle témoignait que les hérétiques n'y prê-

> chassent point. »

2. € Finito il tumulto, il duca di Guisa, chiamato a se l'officiale del luogo,

> cominciô con gravi parole a riprenderlo, che permettesse in danno de' passag-

> gieri questa pemiciosa licenza; ed iscusando egli di non poterie impedire per

> la permissione dell'editto di gennaio, che concedeva le radunanze pubbliche

paisible réunion d'hommes, de femmes et d'enfants dépourvus d'armes, deux cohortes de satellites fortement armées, dont Tune l'a précédé et l'autre l'accompagne. Si une agression a lieu, il est certain qu'elle ne procédera pas de gens inoffensifs, absorbés dans le. recueillement du culte d'un Dieu de paix et de charité * . L'irrésistible logique du bon sens désigne comme seuls agresseurs possibles Guise et ses hommes : l'un, habitué à se jouer de la vie des réformés et s'insurgeant contré l'édit du roi, les autres, d'autant plus disposés à provoquer, et, le cas échéant, à accabler des sectateurs de la religion nouvelle, que, sous le commandement du duc, ils ont été entretenus dans l'habitude de les haïr. Sur son ordre, ils se dirigent vers la grange dans laquelle le culte se célèbre ; ils y pénètrent ; le sang coule ; leur chef se tient au milieu d'eux; et bientôt le sol de la grange et la voie publique sont jonchés de morts et de blessés tous frappés par la troupe du duc, qui compte à peine quelques blessés et n'a pas un seul mort. Ici encore, à n'envisager toujoui-s que le côté extérieur des faits, on est autorisé parles simples inductions du bon sens à stigmatiser comme bourreaux, dans la collidon qu'ils ont seuls provoquée, François de Lorraine et ses gens.

Mais il y a plus : lorsqu'on se livre à l'étude intime de ces

' mêmes faits, la vérité se manifeste, les inductions, corroborées

par des preuves désormais acquises, se transforment en certi-

tVides, et la conviction définitive à laquelle on s'arrête repose sur

» agli UgonoUi, il duca sdegnato non meno délia risposta che del fatto,

> messa la mano su la spada, replicô pieno di colera, che Teditto cosi strelta-

> mente legato presto si troncarebbe con il Glo di quella. » (Davila, Historia délie guerre civili di Francia; Venezia, 1664, in-4, p. 86.)

i. € Régis edicto freti, securè suos conventus agebant. Quùm sciret Guisianus » inermes et nihil sibi metuentes subito impetu facile posse opprimi , copias » suas tanquàm aliô tendons, armavit. Quosdam prsemisitqui pistoletis terrorem

> incuterent : ipse mox subsecutus est. Accidit quod speraverat, ut inermes et

> imparatos deprehenderet : tantùm enim ad doctrinam et preces attenti erant :

> quare nihil fuit negotii in strage edendà. » {Mém, de Condé, t. 111, p. 122). — Budoeus Bullingero, 29 mars 1562 (op. Calvini, t. XIX, p. 363, n» 3 759).

une base inébranlable. Or, pour arriver à ce résultat, il n'est point de voie plus sûre à suivre que celle d'un recours désintéressé au témoignage d'hommes graves et véridiques sous les yeux desquels, à bien dire, se sont accomplies les lamentables scènes du massacre de Vassy. L'un deux, avec le bref récit duquel concordent, dans leur ensemble et leurs détails, d'autres récits plus développés *, s'exprime en ces termes^ :

« Le duc de Guyse avec la duchesse sa femme et le cardi- )> nal de Guyse son frère, accompagné d'environ deux cents

> hommes garnis d'arquebuses, pistolets et coutelas, ayant » couché à Dampmartin-le-FranCjtira droit à Vassy, le pre- 3> mier Jour de mars^ où il estoit attendu de sa compagnie y> d'hommes d'armes, dès huit jours auparavant : et sembloit 3» du commencement qu'il voulust passer outre pour aller disner

> à Esclaron. Mais arrivé au droit de la halle et descendu de

> cheval, il entra dans le moustier (église) où il tint quelques 1^ propos à part avec le prieur du lieu de Vassy et un autre D nommé Claude le Sain, prévost. Or, estoient cependant ceux » de la religion réformée assemblés, suivant l'édit, tout )> auprès, en une grange dont ils s'estoient accommodés » quelque temps auparavant, au nombre de mille à douze ]& cents personnes, tant hommes que femmes, que enfants, pour yy ouïr la parole de Dieu paisiblement et sans armes, comme se

> tenant assurés sous la protection du roy, combien qu'ils ne » fussent ignorants du passage des dessus dits. Ayant donc en-

> tendu le duc de Guyse, dès le village de Bronze val, par le son

> de la cloche qu'ils estoient tous à leur sermon, après avoir

1. 1° < Discours entier de la persécution et cruauté exercées eu la ville de

> Vassy par le duc de Guyse, le i""" de mars 1562. » {Mém. de Condé, t. 111, p. 124 à 149, et Crespin, Hist. des martyrs, in-f>, 1608, p. 557 à 561.) — 2° Récit adressé au duc de Wurtemberg et à d'autres princes alletnauds (Stuttgart, Staats. Archiv. Frankreich, cap. 16, }f 46, d.).— 3<» Autre récit (Mém. de Condé, t. Ill, p. 111 et suiv.).

± Bèze, Hist. eccL, t. 1, p. 722 à 728.

adverti tous ceux qui estoient dedans le temple de ne sortir pour quoy qu'ils entendissent, se mit en chemin avec ses gens, droit vers ceste grange, estant les uns à cheval, les autres à pied. La Brosse, guidon de la compagnie, marchoit le premier, lequel avec quatre ou cinq autres estant entré, comme quelques-uns leurs présentoient place pour s'asseoir, estant jà le sermon commencé, soudain avec horribles blasphèmes il commença de crier qu*il falloit tout tuer. Au mesme instant ceux de la suite qui estoient dehors renconstrans en teste un poure crieur de vin au devant de la porte de la grange, après lui avoir demandé en qui il croyait, à quoy il respondit qu'il croyait en Jésus-Christ, ils l'abatirent d'un coup d espée au travers du corp% et finalement l'achevèrent : et en firentautant à deux autres jeunes hommes qui estoient sortis au cri des dessus dits entrés au dedans les premiers. Dès lors la porte ayant esté forcée, la tuerie commença, frappans ces tigres et lions plus qu'enragés au travers de ces pauvres brebis, qui ne faisoient aucune résistance, y estant le duc de Guyse, Te^pée nue, avec l'aisné La Brosse, lieutenant de sa compagnie. — Chacun se peut icy représenter quel misérable spectacle estoit cestuy-là, frappant ces carnassiers à toi^ et à travers parmi celte pauvre multitude, qui ne s'opposoit à leurs violences et blasphèmes, répondant à ceux qui disoient : Seigneur Dieu soit nous en ayde, — Seigneur diable, et aux autres : Appelle ton Christ qui te sauve, et autres noms si horribles que toute créature en demande vengeance contre ces diables ainsi acharnés. — Il y en eut qui percèrent le toict pour se sauver, se jettans du haut en bas, sans toutefois en avoir meilleur marché que les autres, estant les uns massacrés par terre, les autres abatusà coups d'arquebuses. Il y en eut d'autres qui gagnèrent les murailles de la ville par où ils se jettèrent tous navrés dans les fossés; autres cuidant se sauver trouvoient la mort en chemin parmi les rangs de ces bour-

y> reaux s'esbatant à qui donneroit le plus grand coup. Entre les » autres n'est à oublier la femme d'un eschevin nommé Nicolas y> Thiellemant, laquelle se cuidant sauver, fut tuée par deux lay> quais qui luy ostërent un demi ceint d'argent et quelques y> autres bagues; ce que voyant un sien fils taschant de sauver » sa mère, il reçut un coup au travers du ventre. — Le ministre » ayant esté finalement contraint de cesser par un coup d'arquey> buze, reçut premièrement un coup d'espée, comme il esloit y> à genoux, et puis deux autres sur la teste, desquels pensîint » estre blessé à mort, il s'escria bien haut, disant ces mots du » psaume trente-un :

> Seigneur, mon âme en les lliains je viens rendre,

> Car tu m'as racheté, ô Dieu de vérité.

« Lors fut pris et conduit vers le duc de Guise, lequel com- » manda sur-le-champ de dresser une potenc.e et le pendre. » Mais Dieu ne voulant pas qu'ainsi fust, il fut mis entre les y> mains des laquais du cardinal de Guise, qui le traictèrent si in- D humainement, jusques à ce que, d'autant qu'il ne pouvoit » marcher, à cause de ses playes, ils le firent porter sur une y> 'eschelle jusques à Esclaron, distant de deux lieues de Vassy, » sans estre aucunement pansé. Delà il fut mené à Saint-Dizier, y> sous la garde de François de Bannes, dit du Mesnil, capitaine

3> du chasteau, où il endura infinies pauvretés — S'ensui-

j> vent les noms de ceulx qu'on a peu remarquer, tant des tués que i> des blessés, dont les uns moururent sur-le-champ, les autres », après avoir langui quelque temps ; aucuns sont aussi demeurés

D impotens, outre ceux desquels on n a pu savoir les noms

y> Bref, il se trouva quarante-deux pauvres vefves chargées de i> pauvres orphelins. Le tronc des pauvres y fut aussi arraché et » pillé, la chaire brisée en pièces; les morts pillés jusques à i> estre deschaussés de leurs souliers, plusieurs hommes et

> femmes dépouillés se sauvant pleins de sang et de playes. ]f> Voilà les faits! Le récit dans lequel ils sont consignés porte

en lui-même un cachet de vérité que ne peuvent [altérer ni les déclarations du duc de Guise, car elles sont entachées de fausseté et d'hypocrisie *, ni les allégations de certains écrivains hostiles à la rôfoime, car elles sont ou erronées ou mensongères.

Quant à ceux des écrivains catholiques qui, en se prononçant sur le massacre de Vassy, s'honorent par l'impartialité de leurs appréciations ^ ils n'hésitent point à déclarer la culpabilité de François de Lorraine ; et si, en se méprenant parfois sur les faits, ils ne la reconnaissent pas dans toute son étendue, ils l'admettent du moins dans des proportions encore assez larges pour que la mémoire du grand factieux en demeure à jamais ternie.

La juste indignation de l'un de ces écrivains recommandables^ se traduit en ces termes :

« Deux pages tirent des coups d'arquebuse et de pistolet; les » calvinistes n'ont pour armes que des pierres. Les gêna du duc j^ de Guise enfonceijt les portes de la grange, blessent et tuent

> des huguenots. Les vieillards, les femmes et les enfants ne

> sont pas épargnés. Averti d'une rixe qu'il avait dû prévoir, le

> duc de Guise a quitté la messe; il entre dans le prêche : qui ne

i. C*est ce qu'a péremploiremenl établi M. Jules Bonnet dans ses noies et observations sur la correspondance, récemment publiée, du duc de Guise avec le duc Chrislopbe de Wurlemberg (voy. BulL de la Soc.'d'hist du prot, fr., t. XXIV, p. 2i2 et suiv.). — Le duc de Guise ne fut pas plus véridique vis-à-vis de l'ambassadeur d'Angleterre (Throckmorton to the queen, 31 mars 1562, Caicnd. of State pap. foreign) que vis-à-vis du duc Christophe de Wurtemberg.

2. € Tout le monde sait l'histoire du massacre de Vassy.; et, quoi qu'.en aient

> voulu dire quelques écrivains, ce n'était point là une rencontre fortuite, mais

> une levée de boucliers des Guises, qui, ne pouvant plus supporter Tédit de

> janvier, fait contre leurs vœux et en leur absence, avaient élé bien aises de

> montrer à la France le peu de cas qu'ils en faisaient, et de manifester avec » éclat leur haine pour une secte à laquelle ils avaient juré une guerre à mort.» (Floquet, Hist, du parlement de Normandie, t. Il, p. 376).

3. Lacretelle,H«s(. delaFr. pendant les guerres de reUgion.t, II, p. 63 à 65.

> s'attend à voir tout se calmer, à l'aspect d'un héros jusqu'alors 3> si chéri pour son humanité? Un tel maître devait-il manquer j> d'autorité sur ses gens? Aucun d'eux n'avait péri, et ils avaient » tué ou blessé un grand nombre de leurs adversaires. Le duc i> de Guise, dit Brantôme, avait l'épée au poing et ne saigna per- >> sonne. Eh quoi! de cette épée qu'il avait toujours tirée si no- » blement, il n'écartait pas des domestiques assassins! Dans » cette mêlée il fut atteint d'une pierre à la joue, et son sang y> coula. Ses gens saisissent ce prétexte pour se livrer à toute ]i> leur rage; rien n'échappe de tout ce qui n'a pu s'enfuir par y> les portes, les fenêtres ou le toit de la grange. On compte plus y> de soixante morts et deux cents blessés. Qu'était donc devenu y> le duc de Guise? Où s'était-il retiré après sa légère blessure? y> Eut-il été grièvement blessé, mourant, ne devait-il pas emy> ployer h sauver des enfants et des femmes ce qui lui restait de 3) voix et de force? Je n'admire plus tant la présence d'esprit » dans une bataille lorsqu'on en manque pour empêcher un y> massacre. Je ne puis croire que le duc de Guise eût voulu cette » épouvantable et lâche effusion de sang; mais il avait évidem- » ment voulu du tumulte. Celui qui, dans une. telle circonsy> tance, n'a pu empêcher un massacre, donne la preuve qu'il a y> encouragé des violences. >

Le duc de Guise, à l'issue du massacre, durant lequel c( les y> trompettes sonnoyent comme s'il eût donné quelque bataille y> contre les ennemis de la couronne, deslogea avec ses troupes y> sanglantes et chargées de butin ^vint disner à Estancourt, et y> de là coucher à Esclaron, prenant sou chemin vers Reims, y> où le cardinal de Loi-raine l'attendait, pour de là marcher à y> Paris. - d

Ce n'était pas assez, pour le duc, qu'une partie des réformés de Vassyeûtété massacrée; il fallait, en outre, que celle qui

i. Hist. de cinq roiSf p. 149.

± Bèze, Hist. ecd., l. 1, p 7:27.

survivait fût persécutée. Elle ne manqua pas de l'être en exécution de ses ordres et avec le concours de sa mère. En effet, «à j grand'peineesloit-il àEsclaron,que desjà un nommé Alexan- 3 dre de Gruier, son pensionnaire, avec Claude le Sain, Tun des 5 principaux entremetteurs du massacre, commencèrent à pren-

> dre informations, h la faveur du dit duc, n'ayant pour tesmoins

> que les principaux des meurtriers, comme entre autres un î nommé Montagne, massacreur de Jean Patout, diacre de l'é- :^ glise de Vassy, Claude Digoin, mareschal des logis du dit duc, 1 Labrosse Taisné, et autres semblables. Et quoiqu'un si horri-

> ble meurtre sur les pauvres sujets du roy assemblés sous la

> pix)tectiond'iceluy, sans aucunes armes, hormis deux étrangers

> qui avaient leurs espées, criast si haut et clair, demandant

> vengeance à Dieu et aux hommes : si est-ce qu'au lieu de :p faire semblant pour le moins d'en faire justice, les pauvres

> gens reçeurent mal sur mal, estant huit jours après envoyé î par la^douairière (de Guise) le sieur de Thon, nommé du Chas- » telet, avec commission de chercher les armes par toutes les y> maisons, et. de contraindre chacun d'aller à la messe, sous

JD peine de la mort Ce nonobstant, Dieu donna telle vertu et

i> constance au reste de ces pauvres persécutés, qu'ils recom-

> mencèrent à se rassembler pour faire prières, les dimanches » et festes, soir et matin, ce qu'ils continuèrent nonobstant in-

> finies autres oppressions à eux faites *...

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