‹ Gaspard de ColignyChapitre 112 sur 226 · Lettre du 8 janvier 1564, Mèm, de Condé, t. V, p · texte numérisé non relu

Lettre du 8 janvier 1564, Mèm, de Condé, t. V, p

» demander, ny par armes, ny par la justice; lequel moyen a J^ esté trouvé si boa que cela nous amis en repos et délivré de > la peine où nous estions pour ceste querelle. »

Ce moyen, que Catherine et son fils trouvaient si bon, n'en constituait pas moins, au fond, un déni Je justice temporairement infligé à l'amiral par ceux-là même qui, s'étant réservé le droit de statuer seuls, sur le litige engagé, eussent pu et dû, le 5 janvier 1564, proclamer dans une décision définitive son innocence, à laquelle ils croyaient dès celte époque. Mais Catherine, se prévalant de Tempire absolu que, comme mère, elle exerçait sur l'esprit d'un fantôme de roi, sacrifiait sans scrupule l'accomplissement d'un devoir de justice aux calculs de son intérêt personnel, qu'elle faisait consister alors à miner sourdement la haute situation de Coligny en laissant planer sur lui, pendant plusieurs années, une odieuse accusation *. Les niénagements extérieurs dont elle l'entourait, pendant son séjour à la cour, n'enlevaient rien à la perversité des intentions ■dont elle était animée envere cet ancien conseiller, qui lui avait •donné tant de preuves d'un dévouement éclairé/Chef du parti réformé, qu'elle travaillait à anéantir, l'amiral ne pouvait trouver grâce devant elle, depuis qu'elle s'était asservie au joug du parti contraire. 11 n'était plus pour elle qu'un antagoniste importun, antagoniste plus que jamais redoutable, par la grandeur de son caractère et par la fermeté de ses convictions, avec lequel elle n'osait se mesurer face à face, et qu'elle ne songeait à attaquer que par des voies obliques et souterraines. AfTeclant de lui montrer bon visage, dans les rapports officiels qu'elle entretenait avec lui, elle le dénigrait en secret; lui attribuant sans y croire, des projets et des menées qui étaient

1. c L'admirai de Chastillon est entretenu et embrouillé en l'accusation delà t mort de M. de Guise; bride par laquelle la reyne le retenoit avec les menaces 1 de la vengeance des parens du defifunct. > {Mém, de Tavannes, chap. xix). .

en désaccord complet avec sa fidélité éprouvée et son incontestable loyauté.

Les calomnies de Catherine trouvaient plus d'un écho. Eo voici un exemple dans ces paroles du cardinal de Sainte-Croix * : € Je n'ai pas manqué de dire plusieurs fois à la reine combien » il me paraissait préjudiciable à l'intention de sa majesté y> qu'elle souffrît les Châtillons auprès d'elle; mais elle m'a » répondu qu'il lui semble plus sûr de les tenir à la cour que

> de les laisser aller chez eux, où ils feraient, tous les jours, de » nouvelles assemblées çt mille trames... Elle craint beaucoup » qu'il ne survienne de nouveaux troubles, sachant que les 3> Châtillons fomentent plus que jamais en Allemagne, et peuty> être aussi en Angleterre, des intrigues propres à exciter la y> guerre ; c'est pourquoi elle ne juge pas qu'une femme comme

> elle puisse prendre de meilleures précautions que celle de :^ temporiser. >

Le cardinal de Sainte-Croix se montrait, en même temps, disposé à entreprendre la tâche de détacher de la religion réformée l'amiral et ses frères. A le supposer sincère, il fallait qu'il se fît tout au moins d'étranges illusions quand il écrivait à son correspondant habituel * : « Les évêques Espagnols sont 3> allés chez le prince de Condé, où ils ont reçu le meilleur

> accueil du monde; ce prince leur ayant offert ses services et ]o rendu toutes sortes d'honneurs ; ce qui fait qu'on tient ici » pour certain qu'il se ravisera un jour, et entrera de rechef » dans le sein de l'égHse romaine. S'il y avait autant d'espéi> rance que les Châtillons changeassent de sentiments, ils

> seraient beaucoup plus avancés qu'ils ne le sont, quoiqu'on 1» les laisse parler et qu'on les écoute volontiers à la cour.

1. Lettre du 10 janvier 1564 au cardinal Borromée, ap. Aymon, rec. des synodes, 1. 1, p. !253.

2. Lettre du 15 janvier 1564 au cardinal Borromée, ap. Aymon, ibid.f p. 256.

> C'est pourquoi je ne manquerai pas de faire, de mon côté, î toute la diligence possible, pour ce qui pourra contribuer,

> non seulement au salut de leur âme, mais aussi à celui de

> tant d'autres qui suivraient leur exemple pour retourner à î> leur devoir, i^

Les Guises, peu satisfaits de la décision du 5 janvier, s'étaient aussitôt éloignés de la cour, en annonçant qu'ils se rendaient à Joinville, au devant du cardinal de Lorraine, qui revenait alors du concile de Trente.

Coligny ne quitta le roi et la reine mère qu'après le départ des Guises, et se retira à Châtillon, dans les derniers jours de janvier K

Revenu, le 9 mars, à la cour *, qui résidait alors à Fontainebleau, il n'y resta que huit jours, durant lesquels lui et sa femme subirent, quant à l'exercice de leur culte, une interdiction qu'on venait déjà de faire peser sur Renée de France, ainsi que cette princesse l'annonçait, le 21 mars, à Calvin, dans les lignes suivaiiles, datées de Montargis : « l'occasion qui m'a 1» fait partir de la court avant le.roy a esté pour m'y eslre in-

> lerdit de y faire prescher, conmie j'avois faict quelques jours ;

> et non seulement me fust refusé au logis du roy, mais aussy

> en ung que j'ay achapté, qui est au villaige, que j'ay tousjours » preste et dédyé pour tel faict, quand mesme je n'estois point

1. Lettre da cardinal GranveUe à la reine d'Ecosse, du 31 janvier d564 (Papiers d'état de Granvelle, t. VII, p. 341 à 343). — c L'admirai se retira en

> sa maison avant la venue du cardinal de Lorrayne, de retour du concile. > (Mém, de Gondé, t. II, p. 190, 191). — c In aulâ adventante cardinali omnes

> féré nostri domum redierunt. Bis scripsit admiralius ne offenderemur ; se enim

> quod fecerit optimis consiliis fecisse. Mihi tamen, ut libéré dicam, aulica ista » prudentia, sicut semper displicuit, adhuc displicet, et hoc véré scio, non dis-

> similem errorem belle civili occasionem prœbuisse. Intereà certum est nihil

> esse nostro illo et ipsius fratribus integrius, vel ipsorum etiam hostium con-

> fessione. > Beza Bullingero 6 mars 1664 op. Calvini, vol. 20, n» 4 082, p. 262.

2. c Giunse alla corte già tre giorni Tamiraglio. > (M. A. Barbare al senatp. 12 mars 1564. Archiv. de Venise, Francia, 1563 à 1566. Senato, sécréta.)

» à la court... monsieur l'amiral et sa femme n'y sont arrivez, y> que le jour que j'en partiz, qui n'y ont peu faire autrement » quant à faire prescher, et sont partiz huict jours après, dont » ilz me sont venuz dire des nouvelles eulx-mesmes en ce lieu, 7> avec le cardinal leur frère K >

Les relations entre Renée de France, Famiral et sa femme devinrent, à cette époque, encore plus étroites qu'auparavant. « Je loue Dieu, écrivait alors Calvin à Renée *, qu'il vous a faict T> cognoistre quel est monsieur l'admirai, pour prendre goust » à sa preudhomie. y> Sur ce point. Renée répondait à Calvin ^ : « je prends aide et conseil de monsieur l'admirai, pour répri- 3> mer les vices et scandales, après celuy de Dieu ; et se veoit » qu'entre ses subjectz la religion se accroist et augmente, » combien qu'il y en a d'autant contraires comme en ce lieu, » et la pluspart sont soubz ce bailliage, et y a mis des presches j) et ministres, i^

Préoccupé, comme toujours, du sort de ses coreligionnaires, l'amiral voyait avec douleur leurs droits et leurs intérêts compromis, avant tout par le& actes du pouvoir souverain, que Catherine résumait en sa personne. Il ne connaissait que trop, désormais, le mauvais vouloir et la duplicité de cette princesse, qui, tout en prolestant, oralement et par écrit, de sa ferme volonté de maintenir et d'appliquer l'édit d'Amboise, n'aspirait,' en réalité, qu'à l'anéantir, et lui avait déjà, en quelques mois, porté de rudes atteintes.

La première de ces atteintes provenait d'une déclaration royale du 14 juin 1563 *, qui « défendait à tous ceux de la rey> ligion qu'on disoit réformée, et autres de besongner de leurs

1. Bibl. nat. mss. collect. Dupuy, vol. 86, f^ i20 à 125. — Voir appendice, n«25.

Page 1