D^Thou, Hist. univ.y t. IH, p
L'article 1 7 ne permettait aux réformés d'autres collectes que celles qui se feraient pour les pauvres, dans les lieux de culte, à l'issue du service, et « prohibait toutes levées de deniers et ]& cueillettes, enrôlements de personnes et cotisations, encores » qu'elles fussent volontaires, i^
Voilà quelles altérations profondes l'édit d'Amboise avait subies en quelques mois !
Les réformés, lésés de la sorte dans leurs droits, leurs légitimes intérêts et leurs personnes par des déclarations du pouvoûc souverain empreintes tout à la fois d'animosité et d'arbitraire, l'étaient en outre, journellement par les gouverneui^s des provinces, par les parlemens, par les juridictions subalternes, et par les nombreux agents de l'autorité supérieure, qui Qon seulement affichaient, à leur égard, une partialité révoltante, dans leurs démêlés avec les catholiques, mais qui, de plus, assuraient une impunité complète aux auteurs de délits et de crimes, tels qu'outrages, agressions à main armée, spoliations, incendies, blessures, meurtres, dont ces mêmes réformés étaient victimes.
L'amiral, dès que l'un de ces excès était connu de lui, élevait la voix en faveur des opprimés et provoquait le châtiment des coupables. Ce fut ainsi, qu'après son retour à Châtillon, il s'empressa d'écrire, le 26 février, à Catherine de Médicis * :
<c Madame, il vous pleut dernièrement me commander que, y> là où je congnoystroys personnes en ce royaume qui voulussent » altérer les édictz et ordonnances du roy et empescher le repoz y> publicq d'icelluy, j'eusse à en advertir incontinent Vostre y> Majesté. Maintenant il se présente une occasion d'une grandp y> inhumanité et cruaulté qui s'est faite depuys peu de temps i> en la ville de Bloys par aucuns séditieux contre beaucoup » des meilleurs -et des plus paisibles et modestes habitans de
i, Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 15542, f 56. •
» ladite ville ; et afin, madame, que vostre dicte Majesté soit
> mieulx informée du faict et comme tout cela est passé, je
> luy envoyé une lettre d'un mien secrétaire qui m'en a escript y> et lequel je la puys asseurer estre fort homme de bien et sans
> aucune passion. Il luy playra la veoyr et ouyr davantage ce » porteur qui est envoyé vers elle pour obtenir quelque provi-
> sion et remède convenable ; je la supplieray très humblement Ti> de la leur vouloir départir... Madame, je vous supply me » pardonner sy je vous dicts que la trop grande impunité est » cause de toutes ces grandes cruautés et désordres, car il
> semble à ceulx qui les font qu'ilz font bien, sous ombre qu'on » leur souffre. Je vous supply, madame, au nom de Dieu, y
> vouloir pourvoir, et vous serés cause que le roy sera bien
> servy et obéy. »
A cette communication, comme à toutes autres du même genre, Catherine répondit que justice serait faite : mais quelle valeur pouvait s'attacher à ses paroles, alors que des faits empreints d'une incontestable gravité venaient journellement les démentir *.
Promettait-elle de faire rechercher et punir les auteurs d'attentats commis sur les réformés : ses promesses étaient, la plupart du temps, illusoires. Ne Tétaient-elles pas, en ce sens, du moins que, conformément à un ordre émané d'elle, sous le nom du roi, des poursuites s'entamaient : ces poursuites étaient bientôt abandonnés ; ou, si elles se continuaient, pour la forme,
1. c Non esset difficile sanare* omnes tumultus, imô sponté concidercnt, nisi
> eos rcgina clandestinis artibus foveret. Aliud quidem simulât, certum tamen % est per emissarios ità agere ut quod palam decretum est in régis consilio,
> initum suà iraprobitate faciant nihili homines. Gerté scelerum impunitas
> satis ostendit eam probare quidquid ad nos opprimendos spectat. » (Calviiius Bullingero, 29 julii 1563, op. Calvini, vol. 20, tf 3995, p. Hl. — Voir aussi récrit mlitulé :
> Doléauce faite au roy, sur Timporlunité des meurtres et oppressions qui se
> commettent journellement en ce royaume, au préjudice de ses édits. > (Méru. de Condé, t. V, p. 164 et suiv.)
elles échouaient quant à la répression qu'elles eussent dû entraîner, devant les parlements ou les autres juridictions, aveuglés par la haine et dépourvus de tout sentiment de justice. Des déclamations, des menaces, des émeutes, des violences éclataient-elles contre les réformés : les gouverneurs des provinces, ou leurs subordonnés, refusaient habituellement de les réprimer, et fomentaient, parleur inaction calculée, Textension d'épouvantables désordres, dont parfois quelques-uns d'entre eux avaient même été les secrets instigateurs.
Et non seulementcela : mais Catherine contribuait à aggraver les désastreuses conséquences d'un tel état de choses par la ténacité avec laquelle elle s'attachait à saper par sa base, en môme temps qu'à détruire en détail, l'édit d'Amboise, et à mettre les réformés hors la loi *•
Afin de mieux assurer l'exécution des pervers desseins qu'elle avait conçus contre eux, elle voulut d'abord se rendre compte personnellement de leur nombre, de leur situation, ainsi que de la limitation probable de leurs ressources et de leurs forces, en les voyant de près, dans les différentes parties de la France qu'ils habitaient, et organiser, d'après ses propres constatations, le système de compression graduelle auquel elle entendait les soumettre, pour arriver, un jour, à leur anéantissement final. Alors elle résolut d'entreprendre, avec le roi son fils, dans les principales provinces du royaume, une longue tournée à laquelle elle n'assigna officiellement d'autre caractère que celui, d'une mission de paix et de bienfaisance à accomplir par le souverain,
i . € Je ne doute pas, écrivait le cardinal de Sainte-Croix au cardinal Bor- » romée, que votre Ëminence ne reçoive un grand plaisir d'apprendre que les » affaires de ce royaume ne prennent pas ce mauvais train que tout le monde
> croyait et publiait, attendu que, par la grâce de Dieu et la prudence » de la reine très chrétienne, chacun va maintenant au but auquel il doit 1 aller. C'est pourquoi on tient pour certain que, dans peu de temps, on » n'entendra plus parler des huguenots, en France, et chacun reconnaît en cela p combien on est redevable à la prudence et aux bons conseils de votre Émi-
> nence. > (Lettre du 24 avril 1564, ap. Aymon. rec. des synodes, t. I, p. 265).
au sein de populations troublées et souffrantes, dont il voulait étudier les besoins, soulager les maux et améliorer la condition*
Le but réel de cette tournée est nettement caractérisé par Davila *, en ces termes :
« Le roi et la reine prirent la résolution de visiter toutes
> les provinces et les principales villes du royaume. Us comp- » taient, dans ce voyage, travailler utilement à l'avancement des ^ projets qui étaient le mobile et le but de toutes leurs démar-
> ches. Ils se mettaient à portée de s'aboucher, en Dauphiné,
> avec le duc de Savoie ; à Avignon, avec les ministres du pape,
> et avec le roi d'Espagne ou la reine son épouse, sur les fron-
> tières de Guyenne. Ils pouvaient faire part à ces princes de
> leurs desseins, sans crainte qu'ils parvinssent à la connais- B naissance des huguenots : inconvénient presque inévitable, 3 s'ils les eussent confiés à des ambassadeurs français qui eussent ï pu avoir des liaisons avec le parti. C'était d'ailleurs un moyen i> de se ménager l'amitié du souverain pontife et des autres
> princes catholiques, et de prendre avec eux les mesures con- » venables pour exécuter à loisir et sans risque la résolution
> que l'on avait formée. Ils espéraient encore pouvoir traiter » en personne avec le duc de Lorraine, et par son entremise
> avec les princes protestans d'Allemagne, afin de conclure f avec eux une alliance si étroite et si avantageuse, qu'on n'eût f plus lieu de craindre qu'ils embrassassent la protection des ^ huguenots et vinssent de nouveau se mêler des affaires de » France.
La cour avait passé l'hiver à Fontainebleau où les ambassadeurs de Philippe II, du pape et du duc de Savoie étaient venus, en février , prier le roi de faire ponctuellement observer, en France, les décrets du concile qui venait de se tenir à Trente, et l'inviter à se rendre, vers la fin du mois de mars, dans les Etats du duc de Lorraine. A Nancy, devaient se trouver divers princes avec