Pap. d'État de Granvelle, t. Vlll, p
3> rudes et estranges, par lesquelles luy mandoit d'eslre bien » advertye que ceulx de la religion réformée se délibéroient de
> recommencer les troubles du temps passé, pour ausquels
> obvier elle employerait toute la puissance du royaulrae et de y> ses alliés, si comme du pape, roi d'Espaigne et aullres, » Lequel récit achevé, ledit Perussel dict que la royne leur y> imposoit par ses lettres ce qu'elle-mesme avoit intention de ^ faire, et partant qu'il estoit d'advis de publier que chacun de » leur dicte religion célébrerait le jeûne, la semaine devant la y> penthecoste, affm que Dieu les veulle inspirer de bon conseil D et adresser ceulx de sa saincte église, et que, si la royne de- D mandoitàquellefin cejeusne seroit par eulx publié, luy-mesme
> luy respondroitque la raison vouloit bien queainsy fustlaict, y> actendu qu'ils avoient descouvert ses menaces et entreprinses. j> — Le président dict assez saigement que la royne ne feroit i> point tout ce qu'elle vouldroit. — L'assemblée pria au dict T> Perussel de recommander l'affaire de leur église au prince » de Condé et l'animer tousjouj's de ne point perdre couraige. •
Les trois Ghâtillon apprirent bientôt, qu'ainsi qu'ils l'avaient pressenti, ni Condé, ni surtout sa femme, leur digne nièce ne perdaient courage.
Le prince et elle se trouvaient auprès du roi et de la reine mère en avril, à Troyes, où la paix avec l'Angleterre avait été publiée le 41 dudit mois. Loin de laisser croire que cet important événement fùtle symptôme d'un rapprochement quelconque entre elle et Elisabeth sur le terrain des questions religieuses, Catherine se réserva de prouver par ses actes que nul rapprochement de cette nature ne s'était opéré, et elle tint au contraire à accentuer de plus en plus le caractère hostile de ses dispositions à l'égard des réformés.
Elle commença, durant son séjour à Troyes, par enlever au conseil, en se la réservant à elle-même, la connaissance de plaintes fort graves qu'articulaient les réformés de la Cham-
pagne; plaintes destinées à demeurer sans réponse et sans réparation, quelles que fussent d'ailleurs, pour les appuyer, les démarches du prince et de la princesse de Condé. Les faits sur ce point sont significatifs ; en voici le résumé :
Les réformés de Troyes étaient violemment maltraités par le duc d'Aumale, chargédu gouvernement de la Champagne, au nom de son neveu encore mineur. Réduits à l'impossibilité d'obtenir du duc le moindre respect pour les droits qu'ils tenaient de rédildepacification,ils cherchaient, à proximité du trône, une protection sous laquelle ils pussent s'abriter. Ce fut alors qu'Éléonore de Roye pressa son mari de leur accorder l'appui nécessaire. Condé ayant échoué dans une réclamation qu'il avait présentée pour que justice leur fût rendue, elle saisit bientôt après l'occasion, qui s'offrit à elle, d'intervenir personnellement en faveur de ses coreligionnaires auprès de Catherine de Médicis. Laissons le pieux et véridique Nicolas Pithou raconter ce qui se passa à cet égard. « Ceux de l'église de Troyes, » dit-il \ ayant esté advertis par le sieur de Saint-Martin des i> propos que le duc d'Aumale lui avoit tenus, et que leurs
> affaires demouroient en arrière, ils eurent recours au prince
> de Condé et luy feirent entendre comme le tout se passoit en j> cest endroict; le suppliant qu'il luy pleust vouloir prendre, à p bon escient, leur faict en mains, autrement qu'ils estoient
> en voye de demeurer tousjours en un mesme poinct . Le prince
> les pria que delà enadvant ils ne parlassent plus à luy en pu-
> bhc. Si ne laissa-t-il toutesfoys de leur promettre qu'il veil-
> leroit et feroit tout debvoir en tout ce qui concerneroit le » faict de leur église. Et s'estant, ce mesme jour, trouvé au
> conseil, oubliant ou bien tenant à peu la défense dudit con- » seil, il ne laissa de parler pour le faict deceulx de Troyes et » d'en faire ouverture. Mais au plustost que le duc d'Aumale
1. Hist. de Téglise réformée de Troyes, (Bibl. nat., mss. collée. Dupiiy, vol. 698, f»» 593, 594.
y> luy eust ouy entamer les propos, il luy dit que la roine mère ^ avoit défendu qu'on ne trailast de cesle affaire au conseil, el » qu'elle Tavoit réservée à soy ; ce qui garda le prince de Gondé y> de passer plus oultre. Voyant ceulx de Téglise qu'ils ne proun^ fitaient de rien, et que leurs plaintes et doléances avoient » esté si mal reçeues elle remède encore plus mal appliqué, ils :& résolurent de sonder une voye toute nouvelle, qui fut d'en- ^ voyer les plus notables et apparentes bourgeoises de la reli- ]? gion vers la royne mère pour essayer si elle ne se rendroit j> point plus favorable et pitoyable envers ce sexe. Ainsi donc- D ques ayans ceulx de la religion résolu de passer outreà 1 exé- 3> cution de ceste entreprinse, ils esleurent Loyse Nevelet, » veuve d'un marchand nommé Nicolas Charlemagne, femme y> de moyen âge et craignant Dieu. Et pour en faciliter l'elîect » on avisa de S'aider de la faveur de madame la princesse de ï> Condé, Éléonore de Roye, dame vertueuse et sage, qui estoit y> pour lors à Troyes. On luy communiqua ceste entreprinse j> et la pria-t-on qu'il luy pleust moyenner l'accès à ces dames
> de Troyes vers la royne mère ; ce que ceste bonne princesse ]» promit volontairement faire, et non seulement cela, mais » aussy de les présenter elle mesme à la royne. Et comme elles ]p estoient prestes de s'acheminer, on rapporta que le prince de » Navarre, courant aux barres en la salle du roy, venoit d'estre
> blessé, dont toute la court estoit fort triste et troublée. Ce » qui fit remettre ceste entreprinse à une autre foys, laquelle
> sans cela on alloit exécuter, Ainsy furent ces bourgeoises j» contraintes de se retirer en bonne dévotion de retourner, à
> la première commodité, qui toutesfois ne se put oncques » puis recouvrer, y»
Peu de temps après son retour de Tanlay h Châtillon, Goligny fut profondément affecté, en apprenant la mort de Calvin, en qui il perdait un ami dont la sympathie, les judicieux conseils et les pieuses exhortations l'avaient fidèlement soutenu, dans
une carrière tiaversée par tant d'austères épreuves. Aussi, quelle ne fut pas son émotion quand il reçut, comme un précieux legs du grand réformateur, la dédicace de la dernière œuvre de celui-ci * ; legs dicté par l'inspiration de nobles sentiments, dont Th, de Bèze se constitua l'interprète auprès de l'amiral, en lui disant^ : « Monseigneur, je me tiens tout assuré » que ne ferez pas moins vostre profit de ce dernier œuvre de
> Jean Calvin, ce grand et vrayment excellent serviteur de Dieu, » que vous avez accoustumé d'en faire de tous les précédées . , , 3> Si quelqu'un s'enquiertpourquoy nous vous l'avons plustost ]& dédié qu'à quelque autre, je dis franchement que c'est luy i& mesme qui en a esté cause, lequel a pu ordonner de ce qui ]> uy appartenoit ainsy que bon luy a semblé. Mais je dis 2> davantage, que pour grandes et justes raisons il eust fait » cela qu'il avoit délibéré. Car moy ayant demeuré avec vous ï par l'espace de vingt mois entiers durant la paix et la guerre, y> et veu de mes propres yeux les grâces singulières tant de l'es- T& prit que du corps, desquelles, estant absent de vous, il s'es-
> merveilloit et les avoit en révérence : pourquoy ne m'accor- ]^ derois-je à son jugement ?,., Or, qu'il n'ait point esté trompé
> du jugenient qu'il a fait de vous, si vostre modestie portoit
> d'estre louée en présence, ou s'il estoit licite de s'en enquérii^ » comme on faict en choses douteuses : combien pourroit-on î mettre en advant de tesmoignages certains et asseurez pour î vérifier cela! ^
Vingt mois ne s'étaieut pas écoulés depuis la mort de Calvin, lorsqu'à la douleur qu'en éprouvait l'amiral s'ajouta, pour lui un deuil de famille profondément affligeant : le 23 juillet, il perdit sa nièce, Éléonore de Roye, princesse de Condé, qu'il