‹ Gaspard de ColignyChapitre 128 sur 226 · Papiers d'État de Granvelle, t. VUI, p · texte numérisé non relu

Papiers d'État de Granvelle, t. VUI, p

» avant arre$lé entr6 les deux parties, en somme, que per- » sonne ne put convaincre ladicte dame. Ledict Andelot viiit, i> comme le descripvez, se présenter devant ledict Nancy, esj» tant pour lors ladicte dame dedans, pour y entrer; mais j> M, leduc de Lorrayne luy feit entendre (^u'il attendoit d'heure

> à aultre M, le cardinal de Lorrayne, et que, pour cela, il le i> prioit qu'il eust à chercher aultre logis et ailleurs qu'en la ^ dicte ville. Ce nonobstant, ledict Andelot feit desseller ses )> chevaulx aux faulxbourgs, tant print-il d'audace, si que^ le jo dict sieur duc flit contrainct luy recharger qu'il deust cher- 3> cher aultre logis. Lors ledicl Andelot feit response que si i ledict sieur luy commandoit, qu'il le feroit. Sur quoy luy fut 9 dict de la part du duc, qu'il luy répétoit ce qu'il luy avoit p faict dire : adoncques ledict Andelot se partit^ Mais il n'a i> pas pourtant délaissé que samedy, il y a heu à celluy passé » huit jours, qu'il ne soit venu trouver ladicte dame en un vil- » laige nommé Essey, demie-lieue de Nancy, front à front et à :» pleine vue du palais, au faict d'accomplir ce mariaige, estant

> accompagné de cent chevaulx, et faict la salve d'arquebou^e- Sf rie, à son entrée audict lieu, à la mode des reytres; estant à » Nancy, ledict sieur cardinal de Lorrayne, duc, duchesse et » M. deGuyse, sans mouvement aulcun, comme ainsy j'ay veu. j> Sçay-je bien que, pour ceste salve, ledict sieur cardinal fut » fort marry, et le petit sieur de Guyse avoit dict, estant à une 3) fenestre dudict palais, vis-à-vis dudict Essey, et oyant tromp peltes, voyres parler ce qu'on disoit dans ledict lieu, tant esti& il proche de Nancy, n'estant que la rivière entre deux, qu'il i& ne desireroit que d'avoir quelque arquebouze a crocq qui peust » tirer contre ces villains; ainsi nommoit*il Andelot et sa y> suyte. Lequel estant ainsi arrivé audit Essey, mondit sieùr » le duc de Lorrayne envoya incontinent devers luy, luy inter- » dire de sa part qu'il ne deust h faire prescher là, ny y tenir y> leur nôpces à l'huguenotte ; pourquoy je tiens qu'elles serpnt

y> esté faictes à Metz. La mère de la dicte dame et ses frères, ce » jour-là, ny le jour de dimanche suyvant, quand se faisoit le )^ plus grand festin audict Essey, ne bougèrent de Nancy, dé- » monstrant grandement ressentir cest acte, et n'ont jamais » rien sçeu de ce traicté de mariaige, qu'a esté sollicité cauteï> ment par ung prévost de Nancy, bon huguenot, autrefois y> chambellan de feu monsieur d'Auxonville, et par luy mis en D cest estât de prévost, lequel monsieur le duc a faict prendre et » gecter en fond de fosse, où il est rudement traicté, si qu'il jo n'a lumière qu'il soit, et tient-l'on qu'il le fera fort bien pu- 3> nir. »

Le 40 septembre, Granvelle répondait àBolwiller* : « j'ai » entendu et par voz lettres et d'ailleurs la particularité de ce » qu'est passé aux nopces du sieur d'Andelot et le sentement » que madame la duchesse, la mère et les frères de la damoi- » selle en ont montré; mais, à la vérité, j'ay trouvé- eslrange )> que, la tenant au palais, et s'estant déclarée qu'elle sevouloit » marier avec ledict sieur d'Andelot, et veuillant sortir de là » à cest effect, l'on le luy aye permis; et sans doubte si elle y> eust bien à faire à moy, elle n'en fûst sortye, et l'eusse fort » bien gardée de se marier avec luy ny avec aultre, plustost, » que de consentir que, à leur barbe, elle aye prins pour mary » ung ennemy mortel du sang de son seigneur. Et est insoufy> frable l'insolence dont il use, que M. le cardinal eust grande » cause de sentir ; mais il y eust heu moyen de faire davantage- » que de se contenter d'en avoir sentement, et venoit de bon y> cœur à monsieur de Guyse ce qu'il en dict, ne comportant son D âge de faire davantage. Et certes tous ceulx qui en oyent parler » treu vent comme moy fort estrange que l'on aye laissé partir y> ladite damoyselle de la court pour s'aller marier. >

On voit par là quel cas le fougueux et autoritaire cardinal faisait de la liberté individuelle.

i. Papiers d'État de Granvelle, t. VIII, p. 320.

De son côté^ un évêque chroniqueur, Meurisse * , nous fait connaître,^ en le déplorant, l'accueil que d'Andelot reçut à Metz, immédiatement après son mariage, c II arriva, dit-il, un y> grand sujet aux adversaires de lever les cornes, et à l'hérésie y> de triompher avec plus d'arrogance et d'insolence que de ^ coustume, le second jour de septembre de l'année 4564. Mes- » sire François de Coligny, sieur d'Andelot, frère de l'amiral, et 3) couronnel général de l'infanterie françoise et un des plus puisy> sans arcs-boutans de ceste hérésie, estant venu espouser » au chasteau de Montoy, Anne de Salm, sœur du comte de i> Salm, et delà estant venu au presche à Metz, le quatrième du 3> raesme mois, parceque le gouverneur, la garnison et la bourï> geoisie mesme catholique ayant esté obligez de luy rendre de 3> grands honneurs : toutes ces choses se passèrent avec tant » de faste et de pompe, qu'à cest éclat, à ceste nouveauté et à » un si puissant appuy de ce nouvel évangile, considéré la » faiblesse et la simplicité de quelques-uns de ces esprits, la 3> foy en eust esté aucunement esbranlée et l'église humiliée, » si Dieu . par sa miséricorde n'eût fortifié quelques bonnes » âmes qui restaient encore icy et ne les eût fait résoudre à ne i> peser pas la vérité de la religion et la sincérité de la foy à la i> balance d'une vanité mondaine et d'un faste orgueilleux, i> que ceux de ce party ne manquent jamais d'affecter, lorsque 3> les occasions s'en rencontrent, s'imaginant que leur religion 3> n'est jamais meilleure que lorsqu'ils paraissent le plus. y>

Il n'était sorte de bruits absurdes qui ne circulassent au sujet du mariage de d'Andelot, et que Granvelle ne recueillît avec soin, en avouant du reste qu'il n'y croyait pas toujours. De là cette communication que Bolwiller reçut de lui le 24 septembre^ : « M. de Vergy m'escript qu'il a nouvelles que le » S' d'Andelot meyne sa femme en l'une de ses maisons, et

i , Histoire de Thérésie à Jletz'et dansle pays messin. Metz, 1670, m-i» p. 266. 2. Papiers d'État de Granvelle, l. VIII, p. 358.

> qu'il a passé par Chastillon, où il a dansé avec les dames,

> contre ce qu'il souloit faire, monstrant cy-devanl que cela

> répugnait à leur religion Vray est que quelquefoys teh

> advertissements ne sont pas véritables. >

De là encore cette nouvelle reçue de France par Granvelle,

> que le prince de Condé, radnuraIetd*Ândelots'estoientjointz » ensemble soubz couleur des nopces qu'avait fait lediet Ande-

> lot en Lorraine pour machiner quelque chose contre Dieu el

> contre leur roy, estans assistez du mareschal de Montmo-

> rency qu'estoit Tungdes plus malheureux hommes et subjets p que le roy eust après le chancelier *. >

Quelles que fussent les rumeurs qu'eût fait sui^ir le second mariage de d'Andelot, elles se détiiiisaient d'elles-mêmes par leur propre inconsistance.

Il est certain que le séjour de d'Andelot à Châtillon, quand il vint de la Lorraine avec Anne de Salm, n'eut d'autre caractère que celui de l'une de ces douces et calmes réunions de famille, auxquelles, ainsi que l'amiral, il attachait toujours un grand prix. C'était alors que dans l'intimité de leurs entretiens, les deux frères se livraient à un confiant échange de sentiments, d'idées et de vues, soit sur les plus chers intérêts des êtres bien-aimés qui les entouraient, soit sur les questions religieuses, sociales et politiques que soulevaient les faits contemporains. A ces questions, d'une gravité parfois exceptionnelle, ils n'assignaient jamais d'autres solutions que celles qui leur étaient inspirées par leur foi personnelle et leur sympathie pour leurs co-religionnaires, par l'amour de la patrie et par la fidélité à leur souverain, dont ils respectaient et tenaient à faire respecter les prérogatives.

Tous deux, au moment même où des calomniateuriB les accusaient « de machiner quelque chose centre Dieu et contre leur

i. Papiers d'Élal de Granvelle, t. VUI, p. 483.

» roy, :» prouvaient, une fois de plus, dans une circonstance postérieure au séjour de d*Andelot à Châtiilon , bientôt suivi de son retour à Tanlay, que loin d'entrer en lutte contre l'autorité divine ou contre Taulorité royale, ils s'efforçaient au conti'aire d'amener une puissance, étrangère à n'appuyer, en matière religieuse, les droits des réformés français, auprès de leur roi, qu'en s'adressant à celui-ci avec tous les ménagements commandés par l'indépendance de sa situation suprême. C'est biçn là ce qui ressort de diverses lettres adressées par Coligny et par d'Andelot aux cantons de Berne et de Zurich, dans le cours de négociations suivies, en 1564, pour l'établissement d'une alliance entre ces cantons et la France.

€ Magnifiques seigneurs, disait Coligny à l'avoyer et aux T> membres du conseil de Berne \ ayant entendu Testât auquel » se retrouvent les affaires de vostre costé, en l'alliance que le p roy recerche avecq vous, et que la plus grande difficulté qui » se trouve maintenant est pourtant que vous désireriez qu'il 5 feust inséré en ladite alliance, que l'édictfaict par sa majesté p pour la pacification des troubles, en ce qui concerne le faict j> de la religion, feust observé, en cela il fault qu'un chacun » advoue le bon zèle duquel vous estes poulsez, et fault par D mesme moyen que tous serviteurs de Dieu et amateurs du » i*epos publicq se content redebvables et obligez à vous, et j> moy entre les aultres je ne veulx faillir de vous en remercyer ^ bien affectueusement : mais je vous prye, magnifiques seip gneurs, considérer que les choses sont en trop bons termes, » pour demeurer en si bon chemyn, et que si d'aventure sa » majesté diffère à ne vouloir que tel article soit inséré, ce n'est p pas, sans grande occasion; car il seroit, selon mon opinion, j) plus préjudiciable qu!advantageux, d'autant que les quantons p catholiques voudroient se servir de ceste occasion ; et, pour

i. ArchiTes de Berne. Frankreich. 2* vol., 1551 bis 1569.

> lever ce scrupule, il me sembleroit qu'il suffiroit bien que, » traictant de ladite alliance, vous fissiez entendre verbalement ^ vostre conception aux ministres de sa majesté, laquelle par ce

> moyen sera aussy vallable que si elle estoit insérée, et qu'aie près, quand se viendra à ratifier, que vous entendissiez de la » bouche de sa majesté mesmes son intention estre d'entretenir

> ledit édict, ce que je m'asseure qu'il ne différera nullement, y> veu tant de déclarations qu'il en a faictes et qu'il renouvelle » encores tous les jours. Aussy n'y a-t-il pas apparence qu'il d deust vouloir autre chose, veu que de cela deppend le bon » repos etseureté de tout son estât ; et vous sçavez, magnifiques » seigneurs, que si je pensoys que telle chose deut estre néces- » saire, je vous en vouldroys moy-mesmes solliciter, et que,

> oultre le publicq, encores y a il mon particulier qui me y> debvroit bien y faire penser. Mais tant s'en fault que j'aye y> oppinion que cela peust servir, que je craindrois qu'il peust i> nuyre, d'autant que je ne doubte point qu'estans alliez avec }> sa dicte majesté, vos moyens et auctoritez ne puissent de

> beaucoup servir pour rompre les desseings des perturbateurs y> du repoz publicq, et nommément de la religion. Pourtant, y> magnifiques seigneurs, vous suppliay-je, au nom de Dieu, j que, pour Tadvancement de sa gloire et aussi pour le bien de y> ce royaulme et de voz pays, vous veuillez entrer en ceste aly> liance le plustost que faire se pourra, car de cela deppend » tant de bien et d'utilité, selon mon jugement, que je ne désire » rien tant que cela se puisse effectuer. Vous estes trop advisez » pour ne considérer les practiques que l'on a voulu faire par p voz quantons, et qu'estans alliez du roy vous n'en devez pas y> espérer petite utilité, et oultre cela, encores un grand repoz ; y> et pour ce que je ne doubte point que vous n'en ayez assez D bonne cognoissance, je ne vous en userayde plus long dis- » cours, me recommandant bien affectueusement à voz bonnes j> grâces, et priant Dieu vous avoir, magnifiques seigneurs, en

» sa sainte garde, augmenter envous journellement les grâces }(► de son sainct Esprit, et que vous puissiez servir pour son

> église et à Tadvancement de sa gloire. — De Chastillon, ce 3> dernier jour d'octobre 1564. Vostre humble et bien affectionné » amy, Chastillon. ji>

Le 7 novembre, l'amiral écrivit encore à l'avoyer et au conseil de Berne * : « Magnifiques seigneurs, pour ce que je vous ay

> escript il y a (Jesjà huit jours et suplié de vouloir parachever j> l'alliance que le roy recerche avecq vous, je ne vous en feray » plus long discoure ; mais ayant trouvé ceste occasion pour » vous envoyer les lettres que monsieur d'Andelot mon frère

> vous escript, qui n'estoyt icy lorsque je vous feiz ma dépesche, » je vous ay bien voulu faire encores ce mot de lettre pour vous » dire que, tant plus je considère le bien et l'utilité qui revien-

> dra de ceste alliance, et tant plus cela m'incite davantage de » vous supplier, au nom de Dieu et pour l'advancement de son i> règne que je sçay que vous avez sur toutes choses en singu- ^ Hère recommandation, d'y vouloir entrer et vous asseurer, 1 magnifiques seigneurs, qu'en tous les endroits où moy ou les » myens aurons moyen de vous servir, que nous le ferons d'aussi » bonne volonté et affection que vous le sçauriez désirer, comme » seigneurs qui le méritent et qui s'emploient si volontairement

> ez choses qui concernentle service de Dieu, me recomman-

> dant bien affectionnément à vos bonnes grâces, etc., etc. » Deux lettres identiques à celles ci-dessus furent adressées

par Coligny « aux magnifiques seigneurs messieurs les bour-

> guemestres et conseil de Zurich, » les 31 octobre et 6 novembre 1564*.

Les lettres de d'Andelot transmises par Coligny aux magistrats de Berne et à ceux de Zurich ^ étaient conçues dans le

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