‹ Gaspard de ColignyChapitre 129 sur 226 · II · texte numérisé non relu

II

— 36* — même sens que celles de l'amiral à ces magistrats, en date des Si octobre et 7 novembre.

Coligny) quelque occupé qu'il fût, en novembre 1564, de l'alliance projetée entre la France et la Suisse, n'en étendait pas moins sa sollicitude, dans cette dernière contrée, à la défense des intérêts privés d'un officier français, en faveur duquel il s'adressa simultanément à Th. de Bèze et aux magistrats de Genève *• » Monsieur de Bèze, disait-il, la cappitaine An- » trague, présent porteur, me faict entendre que les soldatz de y> la compagnie qu'il avait dedans Màscon, durant les troubles, » le veulent contraindre de les^païer de leur solde, et que, pour » ce faire, luy ont laict empescher le bien qu'il a à Genefve, y> disans que ledit Antrague leur en avoit respondu, et encores ^ qu'il feust ainsi, si est-ce que l'usance de la guerre est que » les cappîtaines ne sont point tenuz de satisfaire à telles pro- » messes ny de païer l'appointemenl de leurs soldatz, si ce n'es- ^ toit qu'ils en eussent reçeu le paiement; et partant, je vous » prieray, monsieur de Bèze, de faire tant envers messieurs de » Genefve, qu'ils tiennent la main à ce que ses dicls biens ne » luy soient point empeschez pour cette occasion, qui ne sey> rait chose raisonnable, puisque la coustume de guêtre est » telle que dessus, etc., etc. Vostre entièrement bon «tmy, Ghasj» tillon. i»

Dans les derniers jours de novembre, Coligny et d'Andelot quittèrent leurs châteaux de Ghâtillon et de Tanky, pour se rendre à celui de Merlemont, en Beauvaisis, où Odet comptait sur leur présence. Il s'agissait pour eux de l'entourer de leur affection fraternelle, dans l'une des phases les plus graves de sa carrière, et de prouver leur franche adhésion à la résolution qu'il avait prise, d'entrer dans la vie conjugale, et qu'il allait

1. La teneur des deux leUresque Co)igny leur adressa, le 13 novembre 1564 étant, à quelques mois près, la même. (Archives de Genève, nM715), il eslkotile de reproduire ici celle qui fut expédiée aux magistrats de Genève.

exécuter, en toute sûreté de conscience, maintenant qu'ayant abdiqué l'état ecclésiastique, il professait ouvertement la religion réformée.

Les circonstances, bien connues de Coligny et de d'Andelot, dans lesquelles Odet avait fait choix d'une compagne, étaient des plus simples.

^bçIla4i.iî?tHl*^^^^'ÇaJî^ Haute.ville^gentil-

homnae normand, et de Marguerite de Loré, avait été, à l'âge de quinze ans, admise au noînbre des filles d'honneur de Marguerite de France, duchesse de Savoie. Odet,' très attaché à cette princesse, qui lui avait donné maintes preuves d'affectueuse estime et de confiance, vint à sa cour, depuis la conclusion de la paix d'Amboise, y rencontra Isabelle, dont les convictions religieuses et la distinction d'esprit l'impressionnèœnt vivement, et la demanda en mariage. La famille de la protégée de la duchesse et la duchesse elle-même, ayant approuvé l'union projetée, Isabelle quitta la cour de Savoie et vint en France.

Les conventions civiles qui précédèrent Ion union avec Odet furent consignées dans un acte authentiqifô du 1" décembre 1564, à la rédaction duquel assistèrent l'amiral et d'Ândelot, et auquel ils apposèrent leurs signatures, ainsi que le sceau de leurs armes ^ Le même jour, la bénédiction nuptiale fut donnée à Odet et à Isabelle, dans la chapelle du château de Merlemont, par Pierre Mallet, ministre de l'Évangile, en présence de nombreux gentilshommes \

Coligny revint promptement à Châtillon, où il avait laissé Charlotte de Laval, dans un état de grossesse fort avancée. Le

1. Da Bouchet, hist. de la maison de Coligny, p. 427, 4% et Bibl, nat. inss. cabinet des titres, V. Coligny. Notice sur Isabelle de Hauteville par le chevalier de Bréau Chassebras» son petit-neyeu.

S. c Odet n'était point en habit de cardinal, mais yétu d'une saye de velours noir et d'un long manteau de cour, sans épée. » (V. Bull, de la soc. d'hist. du pfot. fr, t. XXllI, p. 137).

40 décembre, elle mit au monde un fils \ dont il annonça, le lendemain la naissance à la duchesse de Fen^are, en lui faisant parvenir un message de sa femme et de madame d'Andelot qui, en sœur dévouée, se trouvait alors au château de Châtillon. La duchesse, dans sa sollicitude pour madame Tamirale, ayant envoyé, de Monlargis, dès le 12, une personne de confiance, dans l'espoir d'obtenir par elle des informations rassurantes, Coligny s'empressa de répondre, en ces termes, à la bienveillante et sympathique Renée de France ^ : « Madame, y> je ne puys assez humblement vous remercyer de l'honneur y> qu'il vous plaist continuer de nous faire à ma femme et à » moy, nous démonstrant d'avoir eu ce soing d'elle, d'envoyer » sçavoir comment elle se porte. Il vous plaira l'avoir pour 3> excusée, madame, sy par ses lettres particulières elle ne vous » en fait aussy très humble remerciement, pour estre en Testât > qu'elle est, et prendre de bonne part celuy que je vous fais y> en commun pour elle et pour moy, laquelle du reste, grâces » à Dieu, se porte bien, et aussy faict l'enfant, comme vous y> pourra dire vostre secrétaire, présent porteur, et entamer auy> très particularités que je luy ay communiquées pour les vous 5) faire entendre, parquoy m'en remettant à sa suffisance, je j> ne m'élendray en plus de language par les présentes, que pour jo nous recommander tousjours très humblement à vostre » bonne grâce et supplyer le créateur, madame, qu'il vous y> doinct, en très bonne santé et continuelle prospérité, très » longue vie. »

Le 5 janvier 1565, Charlotte de Laval, à qui tout déplacement était encore interdit, écrivit à Renée de France * : c Ma-

1. c Le X de décembre i56i, fut né Charles de Goulligny, mon fils, à Chas* » tillon, ung dimanche à neuf heures du soir, i (Mention inscrite par Tamiral sur le livre d'heures de Louise de Montmorency, fiull. prot. t. Il, p. 6).

!2. Lettre du 11 décembre 156i. Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 31 i9, ^ 51.

3. Lettre du 12 décembre 156i. Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 3149, f» 60.

i. Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 3211, f. 27.

1 dame, j'envoie ce gentilhomme, présent porteur, exprès vers

> vous, pour vous visiter de ma part, ce que je ferais très voj» lontiers moy-mesme sy ma santé me le permettait. Et parce

> que j'ay donné chai^ge audit porteur de vous dire plus au long

> de mes nouvelles, s'il vous plaist d'en sçavoir, je m'en repo-

> seray sur lùy, quy me gardera de la vous faire plus longue, » sinon pour vous supplier très humblement de me faire part » des vostres, et accepter mes très humbles recommandations à 3> vostre bonne grâce, etc., etc. j>

Cinq jours après. Renée de France recevait de l'amiral les lignes suivantes * : « Madame, pour le désir que j'ay de sça-

> voir de voz nouvelles et de vostre bon portement, je n'ay

> voulu faillir d'envoyer ce gentilhomme pour vous visiter de * ma part, en attendant que j'aille moy-mesmes faire ce deb-

> voir, lequel si j'ay différé plus que je ne m'altendoys, il vous

> plaira m'avoir pour excusé et entendre que l'occasion de ce

> retardement procède de ce que je suys encores attendant

> de jour à aultre la venue du gentilhomme que M. le prince ^ de Condé doibt envoyer icy pour donner le nom à l'enfant » qu'il a pieu à Dieu me donner dernièrement. Et quant aux 1 nouvelles que je vous puys mander de la court, madame^ je 1 n'en ay point de plus fresches que du 27 du passé ; et ne

> sont pas de grande importance, mais seulement de l'arrivée » du roy à Montpellier, et que, tant les grandes eaux, comme

> la goutte de laquelle M. le connestable a esté travaillé, ont i> retardé le chemyn que Sa Majesté debvoit faire. Au reste,

> toutes choses, à la court, passent à l'accoustumée, etc., etc. » On voit, une fois de plus, par ces lettres de l'amiral et de sa

femme, de quel caractère affectueux, simple et digne étaient empreintes leurs relations avec la vénérable duchesse de Ferrare.

i. Bibl. nat. iiiss. f. fr. vol. 325<), f- 110.

De ces relations résultaient, sous l'influence d'une confiance réciproque, maints bons offices rendus en commun à des personnes de la condition parfois la plus humble. L'amiral dont la serviabilité ne faisait jamais défaut à quiconque méritait d'être placé sous son patronage, connaissait si bien la bonté de Renée de France, qu'il n'hésitait pas à y recourir en faveur d'autrui, alors surtout qu'il pensait pouvoir, en lui recommandant un protégé, servir, en même temps que les intérêts de celui-ci, les intérêts de la duchesse.

Ce fut ce qu'il fit, le jour même (8 janvier 1565) où il s'excusait, vis à vis de Renée, de n'avoir pas encore pu la visiter, en appelant sa bienveillance sur le porteur d'une lettre de recommandation, ainsi conçue ^ : « Madame, ce porteur a esté y> quelque temps en ce lieu, lequel m'a fait entendre l'espé- » rance qu'il vous a pieu luy donner de luy faire cest honneur -ù de le prendre à vostre service, mais que ne s'estant trouvé y> propre pour vous servir en Testât de fourrier, il avoit esté y> remis* à estre pourveu de quelque autre estât quand l'occa- > sion se présenterait, et maintenant il a entendu que vous 3> faictes dresser vos estats, m'ayant requis, à ceste cause, <r de vous escrire en sa faveur, je ne luy ay voulu refuser la 1» présente, pour vous supplier, madame, d'aultant que je ï> l'ay congneu bien morigéné, qu'il vous plaise luy faire tant » de bien et d'honneur de commander que l'on regarde en » quoy il vous pourra faire très humble service, pour y estre » employé, etc., etc. »

Tandis que de paisibles communications s'échangeaient ainsi entre les châteaux de Châtillon et de Montargis, le turbulent cardinal de Lorraine, de concert avec sa famille, agissait de manière à susciter, dans Paris, de graves désordres. Le conti^ecoup s'en fût inévitablement fait sentir au sein des provinces,

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