I. Hhl. univ. t. III, p. 533 et suiv
> pas souffirir que qui que ce fût osât approcher de Pans en
» armes, pendanj leur absence ; que néanmoins il apprenait que
^ quelques-uns, méprisant rautoritê du roi et du gouverneur,
» marchaient en armes dans le royaume et voltigeaient, aux
» environs de Paris ; qu'il ne pourrait le souffrir sans manquer
)> à son devoir; qu'au reste, il prévoyait que, si ces gens-là
1^ continuaient dans leur audace, l'affaire, ne se passerait pas
3> sans quelque trouble ; qu'il s'était cru obligé d'en avertir le
3> parlement, afin qu'il interposât son autorité; que, pour lui,
ï> il était résolu, pour s'acquitter de sa charge, de faire obser-
}^ ver les édits et de faire tous ses efforts pour empêcher que
y> la témérité de quelques particuliers ne donnât la moindre
}> atteinte à l'autorité légitime du roi et des magistrats *. —
y> Après avoir parlé de la sorte, Montmorency s'en alla au Lou-
5) vre. Il avait bien entendu parler de la permission accordée
y> au cardinal ; mais comme celui-ci ne l'avait pas montrée, il se
)> persuada que c'était par mépris pour lui qu'il en usait ainsi,
» et il crut qu'il devait employer toute sorte de moyens pour
D l'empêcher d'entrer dans la ville. — Le cardinal, de son
» côté, quoiqu'averti par ses amis, qui allaient souvent le trou-
3> ver, de la résolution de Montmorency, ne put jamais se déci-
:> der à montrer la permission qu'il avait obtenue du roi, disant
i> que Montmorency le savait, et qu'il était de l'honneur de la
y> maison de Guise et de sa propre réputation, qu'on ne crût
» pas que ses ennemis lui avaient fait la loi en l'obligeant de
y> montrer ses lettres, principalement dans Paris, où ils avaient
» tant de créatures et où ils se flattaient que le peuple pren-
T> drait les armes pour les Guises contre les Montmorencis, à
y> cause de la religion. C'était là le voile dont les Guises se
1. c Us ont tous advoué mon dire raisonnable >, écrivait le maréchal de Monlmorency à Catherine de Médicis, le jour même (8 janvier 1565), où il venait de faire sa déclaration aux membres du parlement de Paris. (Bibl. nal. mss. f. fr. vol. (M^SiJ" 91).
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» couvraient toujours, et ils s'imaginaient que le peuple, qui -ù les regardait et les chérissait comme les défenseurs de la foi,
> n'avait que de la haine pour les Montmorencis, qu'il croyait » moim zélés, à cause de leur attachement au prince de Condé » et aux Colignis. i>
Averti par ses amis de la résolution du maréchal de Montmorency, le cardinal refusa de montrer la permission qu'il avait obtenue du roi. Alléguant qu'il y allait de son honneur et de celui de sa maison de ne pas laisser croire qu'il pût subir la loi de ses ennemis, il se dirigea vers Paris.
Tandis qu'il s'avançait, « le maréchal lui envoya un prévôt,
> avec des archers à cheval pour lui ordonner, au nom du roi 1^ et du gouverneur de la capitale, de mettre bas les armes. Le 3) cardinal méprisa ce commandement comme injurieux, parce ]& que, disait-il, ces sortes de gens, qui n'ont de pouvoir que sur
> les voleurs, les criminels et les vagabonds, n'avaient aucun
> droit sur les personnes de son rang. Il continua donc sa » marche ^ . y>
Qu advint-il alors? le maréchal de Montmorency lui-même ^ va nous l'apprendre :
«c Le cardinal ne laissa d'entrer dans cette ville (Paris), avec » sa garde et avec telle troupe^, que mes prévôts que j'avais y> envoyés pour constituer prisonniers ceux qu'ils trouveroient y> portans armes deffendues, m'advertirent qu'ils avoient trop 5> de gens sur les bras et ne pouvaient exécuter mes comman- D démens ; parquoy, à l'instant, je y envoyay quinze harquc-
> buziers de ma garde conduits par leur capitaine, lesquels, » soudain qu'ils furent aperçus par les gens dudit cardinal,
i. De Thou, hist., univ.t 1. Hl, p. 535.
2. Lettre du 15 janvier 1505 au duc de Montpeusîer. (Bibl. nat, mss. f. fr. vol. 3188, î^' 6 à 9.
3. € Lundi passé, 8 du présont mois (janvier) ung peu avant les trois heures > après midy, monsieur le révérendissine cardinal de Lorraine, vestu du
> furent par eux environnés leur présentans arquebuzes et
> pistollets à l'estomac ; tellement qu'il me fut force de monter
> à cheval avec bon nombre de gentilshommes de Tune et de
> l'autre religion, car, Dieu merci, les uns et les autres m'o-
> béissent volontiers en ce que je leur commande, au nom et » pour le service du roy; le train dudit cardinal fut parmoy
> rencontré au coin de Saint-Innocent, et laissay passer tous 9 ceux qui ne portoient armes défendues ; mais quand j'aper-
> çus arquebusiers et pistolliers, je m'advançay dedans la rue » Saint- Denis et leur fis faire commandement de mettre les ï> armes bas ; et pour ce que, à ceste abordée, au lieu de m'oj^ béir, un des arquebuziers dudit cardinal tira un des gentils-
> hommes de ma compagnie, tout ce qui fut rencontré, aimé » fut déservi un peu plus rudement que je n'avois délibâré. :» Toutefois ne fut faite aucune offense à Lignères, Lavallée, » Crenay, Villegagnon, Fosse et autres qui ne portaient armes
> défendues, et les feis prései'ver. Ledit caixlinal se sauva dedans
> une maison aisée à forcer ; mais pour ce que j'avais en ma
> compagnie assez de gens qui ne l'aimaient guères, je outre-
> passai et fis passer à toute ma compagnie ladite maison, afin ^ de luy donner moïen de se retirer à pied dedans son hostel
> de Clugny. Il n'y a homme de guerre qui sçaiche que c'est que
> de commander, ny homme de jugement, de quelque qualité » qu'il soit, qui puisse excuser ledit cardinal d'avoir desdai- 1^ gné le roy, puisqu'il a tant desdaigné son lieutenant-général,
> que d'entrer non seulement en mon gouvernement^ mais » aussi en la ville capitale de ce royaume avec armes défen- » dues, sans m'en advertir. S'il y avoit quelque congé, c'estoit à
> lui à me le monstrer et à moy à l'ignorer, pour le lieu que
» robbon et cbappeau, accompaignc du petit seigneur de Guyse et grande » troppe de seigneurs et gens à cheval, venant de Sainct-Denys est entré à » Paris. > (Relation de Louis del Rio, attaché à l'ambassade d'Espagne en France. Pap. d'État de Granvelle, t. VUI, p. 600, 601).
» je tiens. Et pour ce, mardi au soir, il bailla au premier pré-
> sident, pour me montrer, un congé qu'il a de faire porter à » ses gens armes défendues, dès le mois de février dernier,
> signé Bourdin, de par la royne, laquelle usant de son accous- 2> tumée prudence et sagesse, ne luy a donné qu'un simple
> congé qu'on ne refuse ordinairement à tous ceux qu'on sçait » avoir querelle ; et sous prétexte dudit congé, le dit cardinal se » veut attribuer garde d'arquebusiers çt capitaine de sa garde; y> à quoy Sa Majesté tant advisée que chacun sçait ne pensa 3> oncques, d'autant qu'elle feroit tort à messeigneurs ses y> enfans et à la maison de France. Et pour ce que entre tous
> ceux qui sont nez subjectz du roy il n'y a que ceux de ladite 3> maison à qui il appartienne d'avoir garde en ce royaume et i> à ceux qu'il plaist à Sa Majesté tant honnorer que de leur i> donner commandement sur les armes, toutes fois voiant que y> ledit congé n'en parloit point seulement, je dis que quand le- » dit cardinal m'envoyeroit le nombre et le nom de ses gens » ausquels il entend faire porter lesdites armes défendues, au » gouvernement de Tisle de France, en forme authentique, atta- » ché au dit congé, dûment coUationnée, j'en ordonnerois selon j> le dû de ma charçe. Sur cela, il partit mercredy malin, deux
> heures avant le jour, avec des lanternes, et se retira à Meuy> don où et partout ailleurs où il ira en mon gouvernement, il » ne lui sera souffert faire chose qu'il ne doive faire, pour faire » obéir le roy et révérer ses ministres, chacun selon son regard
2> et vaccation Je n'ignore point les artifices dont savent
:» user, et d'aiguiser les matières, ceux qui se veulent attribuer,
> en France, plus de dignité et grandeur que les présentes
> loix ne leur permettent. Aucuns disent que ledit sieur cardii> nal avoit fiance au peuple de Paris : mais je l'ai trouvé en
> pleine rue Saint-Denis, et personne ne bougea, respectant 1^ un chacun mes qualités. 3»
Les détails que fournit ainsi le maréchal se complètent par
les rragmônts suivants de Tune de ses lettres à la reine mère* : « Je puis assurer vostre Majesté qu'en toute la rue Saint- » Denys le roy ha esté obéy sans que jamais un seul bourgeois
> de ladite rue ait fait semblant d'y prendre aucun desplaisir
» Ledit cardinal s'en est allé cependant par aultre chemin pas- 1^ ser à pied sur le pont Notre-Dame, accompagné de quelques » harquebuziers, aussi à pied, et s'est logé dans son hôlel de 3) Clugny, où bientôt aj)rès est arrivé son frère, le duc d'Au- » maie, en s'accompagnant de leurs amys et ser\iteurs. De » ma part, pour éviter aux inconvéniens, j'ay retiré auprès de » moy Madame la douairière de Nevers, la comtesse de » Seninghen et la princesse de Porcyan, où elles seront en « sûreté, et avec elles M. le prince de Porcyan qui m'a accom- D pagné aujourd'huy pour le service du roy, avec plusieurs » gentilshommes, et se sont tous si saigement gouvernés, que 5 j'ay grande occasion de m'en louer et de le faire entendre à j> vostre Msyesté ; et que, s'ils avaient esté portés d'aultre pasyf sion que du service de vos dites majestés, ils avoient ung » moyen d'exécuter ce qu'ils eussent voulu. Je vous assure, » Madame, que la force demeurera au roy et à vous, et en leur y> absence, à moy, puisque j'ay cest honneur de tenir icy le » le lieu que j'y tiens. — J'ay esté à quatre heures du soir au » parlement, auquel j'ay fait entendre comme tout s'esloit » passé, le pryant de tenir la main à la justice comme je tien- JD droys la main à la force. Ils m'ont respondu que tout ce qui » estoyt passé n'estoyt rien et que j'avois bien faict, mais » qu'ils désiroient, pour la continuation du repos où j'ay esta-
» bli ceste ville qu'on n'en vînt plus avant Le roy m'afaict
j> cest honneur de me mettre en main le commandement sur 1) les armes, duquel je n'useray jamais que pour le service de ;d sa m^esté et la faire obéyr d'un chascua, soyt cardinal ou