ttotman, Vi6 de Coligny, trad. 1665, p. 62 à
T> buenl quelque droict en la succession du royaume etpréten-
> dent la restitution de certains duchez et comtez leur devoir
> estre faicte. Quant à moy, je n'ay point de prétention au y> royaume, ny à aucune de ses parties, et,sijeravois,festime y> que, depuis cinq cents ans, personne de la noblesse fran- » çoise n'a eu tant de moyens que moy de troubler l'estaL H
> vous peut souvenir, après la mort du duc de Guise, et lorsque y> le connestable estoit à Orléans, en mon pouvoir, quelle occa- » sion j'eus d'entreprendre, si mon humeur eust esté portée 3> aux remuemens ; et que la reine mère et le conseil du roy ^ n'avoient jamais demandé la paix, que lorsque les affaires y> de ceux de la religion sembloient plus florissantes. Et qui » peut ignorer que je ne l'aye recherchée avec très instantes
> supplications et désir, lorsque plusieurs des plus puissantes :» villes s'estoient déjà mises en ma protection, et que plusieurs i> autres, tant de Normandie que de Bretagne, m'offraient
> volontairement leur amitié et association ? Qui est-ce qui y> ne sçait, qu'après la paix faite, pouvant contenter mon am-
> bltion et obtenir du roy des charges et honneui's, j'ay » toutesfois mieux aimé me retirer en ma maison, et, dans toute » sorte de retenue et de repos, y mener jusques icy une vie
> privée? — Mais, laissant ce discours pour parler de ce dont
> il est question, ayant esté appelle par le maréchal de Mont- » morency, je me suis hastè de venir en ceste ville, non pas
> pour y apporter aucun changement ou trouble, mais plustost
> pour esteindre le feu que l'audace de quelques-uns estoit, y> preste à y allumer. J'estime que personne de vous n'ignore la
> créance qu'ont en moy ceux qui font profession de la pureté ^ de la religion ; plusieurs desquels esmeus de ces nouvelles ^ menées et épouvantez des factieux desseins des Guises, vien- » nent tous les jours me trouver avec lettres surprises de quel-
> ques capitaines assemblez, qui mandent à leurs vieux sol-
> datz de se tenir prests, en armes, pour se rendre, au premier
» commandement, où il sera besoin. Et pour n'user de paroles » inutiles, il s'en est trouvé d'escrites de Normandie, desquelles
> le propre original a été porté à la royne-mère, et dont vous » tirant une copie de ma poche, je réciteray seulement un arti-
> cle : // n'y a point de mdien plus aisé de restituer la couy> ronne de France à ceux à qui elle appartient d'ancien droictj
> et d^ abolir la race des Valois, que d'exterminer tous les hugue- » nots, qui la défendent. Pourtant il faut faire vendre le^irs 3) boisa V enchère, et du prix en avoir de l'argent et des armes ; i> et, s'ils en veulent plaider, la chose étant jugée, ils ne débat- , » tront point les frais du procès, — Que diray-je des meurtres t) et voleries qu'ils exercent à toute heure? Il est constant que, :» depuis la publication de la paix, plus de cinq cens de la ]» religion ont esté tuez en divers lieux, sans que la mort d'un y> seul ait esté vengée par le magistrat : et ceux qui font leurs 3> plaintes au roy ou à la royne-mère, ne remportent que des » paroles, ou quelque feuille de papier, ou peau de parchemin,
> sans effet. Qui ne sçait pas que, depuis peu, il s'est fait publi- » quement, en la ville de Tours, à enseignes déployées, un y> massacre de ceux de la religion, en présence même de celuy » que le duc de Montpensier y avoit envoyé pour establir la » paix? Ce qu'estant, on dit toutes fois que quelques prestres ï^ ont pris tant de frayeur de mon amvée en ceste ville, qu'ils 3> délibèrent delà quitter. Si est-ce qu'il n'y a lieu, en France,
. j> nulle si forte place, citadelle ou chasteau, où les prestres
> demeurent et célèbrent leurs cérémonies, et mesmes avec
> plus de repos etseureté, qu'en ma ville de Chastillon *. y>
Le lendemain de la réunion dont il s'agit, le* prévôt des marchands, qu'accompagnaient environ quarante bourgeois de Paris,
i. Tel fut le langage tenu par Tamiral, et que nous fait connaître Hotman dont le témoignage est d'un grand poids; car, à raison de ses relations directes, ayec Coligny et avec sa famille, il était parfaitement à portée de savoir exactement ce qui s'était dit et fait alors.