Pap. d'État de Granvelle, t. VUl, p
> gioiJ, qui ne sont en petit nombre en ceste ville, puissent ]s» par vostre raoïen jouir du fruict des édiclz du roy, ainsy que » jusques icy vous avez bien voulu permettre, suyvant l'intention
> de Sa Majesté, et que, à ceste occasion, ils ne soyent molestez
> ny travaillez en aulcune sorte. >
Le premier président de Thou répondit * : « Monsieur Tadmiral, j'ay charge dé la court de vous dire que j> vous soyez le très-bien venu, et qu'elle reçoit très grand plai-
> sir de Tasseurance que nous donnez, et que soyez icy pour la » defFense et sûreté de ceste ville, estimant ainsy que vous estes
> si-bon serviteur, que ne vouldrez entreprendre chose qui tour-
> nast en desplaisir à Sa Majesté. Et pour ce qu'il vient à pro-
> poz, vous ne serez point marry si on vous récite une histoire » advenue du temps des parcialitez entre César et Pompée, en ^ la république de Rome : César estant dedans la ville. Pompée 1 y entra avec ses armes, lesquelles estoyent fort suspectes au » peuple, à cause de la présence de César; et toutefois Pompée
> se contint si bien et se monstra tant amateur de république,
> qu'il ne voulut rien esmouvoir, encores que lors il l'eûst pu » faire, et s'en départit sans faire aulcune sédition; ainsi Dieu
> vous veuille inspirer de faire coiAme ledit Pompée. »
La vive et fine réplique de Coligny à une admonestation non moins lourde que déplacée, fut d'un singulier à-propos* ; il dit : € que la cour luy faisait grand honneur de le comparer à ung si
> notable personnaige qu'estoit Pompée; et, encores que de soy
> il ne se réputoit pour tel, si est-ce qu'il le vouloit bien imiter,
> en ce qu'il estoit patriote, et pour le bien public. Mais luy
> sembloit qu'il n'y avait nulle occasion de luy proposer cest » exemple, ny de faire comparaison de luy à Pompée, veu qu'il
> n'y avoit point de César à Paris. »