Beza CaWino, 22 mars 1562 (Bibl. de Gen. mss
1 De Lanoue, Disc, polit, et mil. y éd. de 1587, p. 650. — Plusieurs de ces Églises, notamment celles de Sens, d'Auxerre, de Tours, de Troyes, de Caliors, ne tardèrent pas à être décimées par des massacres dont quelques-uns furent encore plus effroyables que ne Favait été celui de Vassy. Tous ces massacres furent suivis d'une impunité scandaleuse.
3. Est. Pasquier,liv. lV,lettre 15.— Mm. de Condé, t. ni,p. 192. — Throckmorton to the queen, 20 mars 1562 {Calend. of State pap. foreign). — Journal de Bmslart (Mém. de Condé, 1. 1, p. 75) : c Le 16* de mars arriva m' de Guise
> à Paris, lequel pour le zélé que l'on savait qu'il avait à la religion, fut bien ï reçeu, et alla-on en grand nombre audevant de luy, et fist-on comme Ton a ac-
> «nistumé aux entrées des roys. n estoil accompagné de deux mille gentils- ) hommes et pour le moins de trois mille chevaux. »
4. Voy. la lettire que François et Charles de Lorraine, Anne de Montmorency, Saint-André, Brissac et de Termes adressèrent collectivement à Catherine, le 17 mars 1562. L'obséquiosité des expressions employées vis-à-vis de cette princesse est une preuve de plus de la du'plicité des signataires. (Bibl. nat., mss. f. fr., îol. 6,611, f 20). — € Le roy de Navarre, qui s'estoit formellement déclaré • pour rancienne religion, arrifa à Paris avec grande compagnie, audevant du-
La reine d'Angleterre, observant de près ce qui se passait
alors en France, écrivit à Throckmorlon* :k Nous avons prié
> Tambassadeiir de France ici de faire cwinaître à la reine-
y> mère et au prince de Condé quelle estime nous faisons de
» leur constance et combien nous croyons qu'il est dangereux
» pour le roi de Navarre de se séparer d'eux et de s'unir avec
D ceux qui ont cherché sa ruine et ne peuvent trouver de pro-
t> fit que dans son abaissement... Nous l'avons aussi prié, en
» notre nom, d'affermir et d'encourager la reine mère, la
» reine de Navarre et le prince de Condé à montrer leur sa-
s> gesse et leur constance et à ne pas donner à leurs adversaires
» puissance ou courage par leur faiblesse. Et, à cette fin, nous
» voulons les assurer, ainsi que l'amiral, de notre intention de
i> les soutenir constamment, afin de les affermir dans leurs
y> bonnes intentions... Vous direz à la reine-mère que, aussi
» longtemps qu'elle n'aura rien d'autre en vue que le bien de
» »on fils et la tranquillité du royaume, il n'y a rien à craindre,'
D pourvu qu'elle évite toutes les pratiques et les desseins de ceux
3) qui, par ambition, ne cherchent que leur propre gloire et
». richesse. Finalement, comme vous le trouverez à propos, vous
y> l'assurerez de notre amitié et assistance par tous les moyens
j) possibles. Vous ferez de même au prince de Condé... Vous
y> saluerez affectueusement l'amiral en notre nom, et l'assurerez
» que la sagesse et la constance dont il a fait preuve jusqu'ici,
» et tout l'ensemble de sa conduite ont mérité d'être et sont
» en grande recommandation dans le monde. En conséquence,
y> il ne peut maintenant négliger la cause de Dieu dont sa con-
y> science l'assure qu'il est un si bon témoin ; mais il doit em-
> quel alla m' de Guise, et m*^ le connestable, et la plus grande partie des mar-
> chands de Paris. Sa venue n'apporta que toutes choses bonnes pour rancienne » religion. » (Journal de Bruslart, Mém. de Condé, 1. 1, p. 76).
1. The qucen to Throckmorton, 31 mars 1562 {Calend, of State pap. foreign). -Hist. des CondéSy par le duc d'Aumale, 1. 1, p. 35L
> ployer sa sagesse au progrès de cette cause. Nous voudrions
> que vous l'assurassiez autant de notre bon vouloir envers lui
> que s'il estait notre propre parent. »
L'amiral attachait une telle importance aux encouragements et aux promesses d'appui que Catherine de Médicis pourrait recevoir de puissances amies, qu'avant même que la reine Elisabeth se fût prononcée à cet égard, il avait, d'accord avec le prince de Condé, chargé Louis de Bar de se rendre en Allemagne, à l'effet d'obtenir de l'électeur palatin, Frédéric III \ du duc de Wurtemberg et de divers autres princes qu'ils envoyassent en France des ambassadeurs ayant pour mission de porter au roi et à la reine-mère des assurances de sympathie et, au besoin, de concours efficace.
A la démarche de Coligny et de Condé sur ce point se joignit celle de Calvin, par l'intermédiaire de Sturm et de Budée, auprès des princes allemands et des cantons évangéliques de la Suisse* . Ces démarches vis-à-vis des uns et des autres demeu-
1. Frédéric III écrivit au duc Christophe, le 25 mars 1562 (ap. Kluckhohn, Briefe, etc., etc., 1. 1, p. 265, n» 158) : t Je dois vous faire savoir que le porteur
> de cette lettre, Louis de Bar, est un honnête homme, appartenant à la no-
> blesse. 11 a étudié ici pendant un certain temps et il connaît assez bien la
> langue allemande. Il s'est présenté à moi, ces jours-ci, avec des lettres de
> créance du prince de Condé et de Tamiral de France, que j'ai laissées entre
> ses mains, afin qu'il vous les communiquât. > — Frédéric, après avoir sommairement retracé les faits qui lui avaient été exposés, terminait sa lettre par on témoignage formellement rendu à la probité et à la sincérité de Louis de Bar.
1 Calvinus Sturmio, 25 mars 1562 (op. Cahini, t. 19, p. 359, n» 3754) : c Ad reprimendos Guysianorum impetus magnoperè interest Germanise principes I intervenire ut regem ad constantiam hortentur, suaque officia, quoad feret op-
> portnnilas, proesto fore déclarent. > — Budœus Bullingero, 29 mars 1562 (np. Calvini, t. 19, p. 363, n» 3757) : t Optandum est ut illustrissimi Canlones
9 qaibus cordi est regnum Chrisli intelligant ista Mihi et bonis omnibus vi-
» detur nulla re meliùs posse comprimi rabiem et amentisB plénum consilium
> quim si intelligant tyranni isti non déesse fortissimos viros et potentes prin-
> cipes qui regem non modo per legatos suos rogent ne cedat hominum amen- » tiom furori in negotio tàm serio, nempé in quo conjuncta est ecclesiœ salas
rèrent infructueuses; Frédéric III seul en tint compte dans une certaine mesure, en exhortant le roi et la reine mère à maintenir avec fermeté Tédit de janvier* .
Quelles que fussent au surplus les dispositions des puissances étrangères, en présence de la crise qui sévissait alors en France, il fallait que, pour tenter de surmonter cette crise, la princesse en laquelle se personnifiait intérimairement le pou-r voir royal se montrât, avant tout, digne, judicieuse et ferme. L'insultant défi jeté le 46 mars, du sein de la capitale, au souverain et à sa mère par un sujet rebelle qu'appuyaient, en vérita^ blés complices, le connétable. Saint- André et Antoine de Bourbon, nécessitait une prompte et énergique réponse. La seule que dictât à Catherine, comme mère et comme régente, le soin de ses suprêmes intérêts, se résumait dans un appel immédiat à adresser au dévouement de Coligny et de ses frères, afin qu'à la cour, plus encore qu'à Paris, ils associassent leurs efforts à ceux de Condé pour réprimer les empiétements commis par les triumvirs et par Antoine de Bojiirbon sur le pouvoir royal, et pour assurer contre toute atteinte l'inviolabilité de la personne du jeune monarque.
) cùm ejus auctoritate regia, sed etiam si opus sit, auxilium afferant. > — Voy. aussi une lettre de Bullinger à Calvin (op. Calvini, t. i9, p. 366). 1. Voy. lettres de Frédéric Hl au roi de France et à Catherine de Mëdicis, du H avril 1562 (Kluckhohn,Brï>/(? Friedrich des Frommen,ersler Band, p.277à 279, n°« 163, 164). — Sa lettre au roi se terminait ainsi : < Aulcune chose ne
> vous doibt empescher de poursuivre ce qu'avez si bien commencé, et de main- ) tenir Tédict qu*il vous a plu une fois faire publier, de sorte qu'aucun n'ose en-
> treprendre le contraire, afin que vos subjectz, membres de Christ, puissent j> vivre en paix et servir avec tranquillité de conscience à ce bon Dieu, lequel
> vous fera prospérer et donnera avancement, suyvant ce qu'il a prorais, à toutes
> vos bonnes entreprises. Quant à moy, je mettrai peine, avec l'ayde des ) aultres princes, en tout ce qui me sera possible et qui pourra servir à la
> gloire de Dieu et à l'avancement de son règne, et vous doimer à entendre la ) bonne affection que j'ay de vous faire service suyvant ce à quoy l'amour et » charité chrétienne m'a instruict. > — Voy. aussi une lettre du même jour, 11 avril, de Frédéric UI au prince de Condé (ibid., p. 280, n° 165).
Celte réponse, Catherine ne la fit malheureusement pas.
Au lieu de se montrer, comme elle le devait, dans la dignité d'une royale attitude, confiante et ferme, elle jie fut que défiante et faible. Elle aggrava par sa double défaillance une situation déjà compromise, mais que cependant elle eût pu relever si le sens moral et le sens politique Teussent guidée. Elle ne prouva que trop alors qu'elle était dépourvue de l'un et de l'autre,
Ijoin d'oser rompre ouvertement avec les triumvirs et avec Antoine, elle plia devant eux, et ils se firent une arme de sa dépression volontaire.
Non moins inconséquente que faible, elle adressa à Gondé des lettres confidentielles dans lesquelles elle l'adjurait de proléger la mère et les enfants * ; mais en même temps elle entrava son action au sein de la capitale en lui suscitant un adversaire de plus, par la substitution du cardinal de Bourbon, son frère, au maréchal de Montmorency dans les fonctions de gouverneur de Paris* .
i . c Lettres envoyées par la royne à monsieur le prince de Condé, par lei-
> quelles elle le prie d'avoir en recommandation Testât de ce royaume, la vie
> du roy et la sienne, et entreprendre la deffence contre ses ennemis. > {Jâèm. de Condé, t. III, p. 213 à 215). — Le Laboureur, addit. aux Jfm. de Castelnau, I. I, p. 763, 764, et t II, p. 40. Texte et annotations desdites lettres: — c Vi-
> des ut regina sibi et illio suo metuat ab audaciâ hostium, ne scilicet sibi re-
> gem vindicent, ac sub ejus nomine summam rerum ad se trahant. » Budœus Bullingero, 29 mars i562 (op. Calvini, t. 19, n» 3757, p. 363).
2. Journal de Brusiart Oim. de Condé, t. I, p. 76) : c Le 17* de mars arriva » en ceste ville de Paris m"" le cardinal de Bourbon, pour y estre gouverneur,
> et, en ceste qualité, estoit logé au Louvre ; et pour la force luy fut donné m' le
> mareschal de Brissac et de Termes, avec m' d'Avanson et de Selve pour le
> conseil, tous deux du conseil privé, avec lesquels il pourroit appeler tels de
> messieurs les présidents de la cour que bon luy sembleroit. Son pouvoir fut
> reçu et publié en la cour de parlement à Paris, le 18 ensuivant, lequel estoit » grand, jusques à pouvoir faire mener le canon, si besoin estoit. Du gouverne-
> ment par ce moyen fut esté m»" de Montmorency, fils aisné de xti^ le connes-
> table, lequel favorisoit fort le party des nouveaux évangéUstes, et fouloitfort
> les catholiques. Ce gouvernement de m"^ le cardinal de Bourbon fut fort
> agréable au peuple. > — On peut juger de l'intolérance et de l'arbitraire du nouveau gouverneur de Paris par le fait suivant (ibid., p. 77) : c Le dimanche.
Enfin, alors que Coligny lui avait récemment donné une nouvelle preuve de dévouement par sa retraite volontaire à Châtillon, elle entra tout h coup, vis-à-vis de lui, en défiance à la suite de faux rapports tendant à faire suspecter la fidélité de ce loyal et constant serviteur de la royauté. En l'absence de l'amiral elle écouta ses détracteurs; une aveugle crédulité Tentraînaà Finjuslice et à l'ingratitude envers ce conseiller si sage et si désintéressé; elle ne l'appela point auprès d'elle, et, en le tenant à l'écart ainsi que ses frères, elle se priva des plus sûrs appuis auxquels elle eût pu recourir.
Condé, sur qui, plus que sur tout autre, elle paraissait en ce moment compter, était incontestablement digne de sa confiance; mais quels que fussent le zèle et le courage du prince, il ne pouvait que se consumer en stériles efforts de résistance, dans l'isolement où elle le laissait du concours de Coligny et de ses frères.
Nul, parmi les réformés qui se trouvaient alors dans la capitale, ne se méprenait sur la gravité, chaque jour croissante, de la situation. De là les lignes suivantes, adressées par l'un d'eux aux églises de France* :€... Vous entendrez doncques la néces- 3) silé en laquelle nous nous sommes retrouvez depuis peu de » jours, comme Dieu nous en a garantis par la constance et vertu i> qu'il a donnée à monseigneur le prince de Condé pour nous » assister en effect, en cet extrême besoin, sans dissimulation » aucune, l'affection singulière du dit seigneur et prince à mainy> tenir l'authorité du roy et la liberté octroyée aux églises par D le dernier édit, et finalement les forces et menaces de nos
» jour de Pasques, les huguenots avaient préparé leur lieu de Poupaincoûrt
> pour y faire la cène, dont adverly m"^ le cardinal de Bourbon manda quérir » Malot et La Rivière, ministres, et leur fit deCFenses de par le roy de ne faire
> la dite cène, sur leurs vies, et que autrement y seraient chargés et mis en » pièces. >
1. Lettre de Th. de Bèze, du 25 mars i562 (ap. Baum, app., p. i72, mss. de Genève).
> ennemis! Sur cela il vous est aisé de conclure que, si jamais il
> fut besoin de penser à soy, de se munir pour obvier à tels des-
> seings, c'est maintenant, sans user de tergiversations ni Ioni gués consultations, car il est question d'estre du tout ruinez,
> et quant à Testât de la conscience, et quant aux corps et aux
> biens, ou bien de s'opposer entièrement et résolument à ceux ) qui non seulement contre Dieu et raison, comme ils ont tous-
> jours faict, mais aussy contre la défense du roy, ce que jamais
> nous n'avons obtenu jusqu'à présent, ont soif de nos vies et
> de nos biens. >
Entre les forces énormes dont le duc de Guise disposait dans Paris et les quelques centaines d'hommes que, seul, Condé pouvait y grouper autour de lui, la disproportion était trop grande pour que ce prince songeât à accepter la lutte. Le judicieux et brave de Lanoue ne laisse aucun doute à cet égard * : € Quanta la force nerveuse et assurée, dit-il, de quoy ceulx de
> la religion faisoyent estât, elle consistoit en trois cents gentils
> hommes et autant de soldats expérimentez aux armes, plus en
> quatre cens escholiers et quelques bourgeois volontaires, sans
> expérience. Et qu'estoit-ce que cela contre un peuple comme ) infini, sinon une petite mousche contre un grand éléphant?
> Je cuide que si les novices des couvents et les chambrières -des
> prestres seulement se fussent présentées à l'imprévue avec
> des bastons de cotterets es mains, que cela leur eust fait tenir » bride. Néantmoins avecques leur faiblesse ils feirent bonne 1 mine jusques à ce que la force descouverte des princes et sei-
> gneurs liguez les contraignit de quitter la partie, d
En se résignant à un départ de la capitale provoqué d'ailleurs, ainsi que celui du duc de Guise, par la reine mère, Condé évitait, pour le moment du moins, l'effusion du sang. Catherine venait de réclamer par des lettres réitérées l'appui de son dévoue-