II
voir compter sur leconcours de ces bons qui s'étaient ouvertsàlui avec un si coupable abandon , et dont la perversité se mesurailà labassesse qu'ils affichaient vis-à-vis du sanguinaire souverain de l'Espagne. Mais il fallait plus encore au digne représentant de Philippe II : il aspirait à sonder les intentions de Catherine de Médicis, et, dans le cas probable d'un dissentiment entre elle et lui, à tout faire pour triompher des objections qu'elle lui opposerait.
Or, que se passa-t-il Ji Bayonne, entre cette princesse et le duc?
« Après une longue discussion sur les événements passés, » énonce la dépêche du 21 juin, la reine mère vint à conclure ï> que la situation présente était, sans comparaison, plus rasi> surante qu'à l'époque de l'édit de pacification et qu'elle espé-
» rait la voir désormais se consolider de plus en plus pour
» moi je lui prouvai jusqu'à l'évidence que le contentement y> d'être affranchie des embarras de la guerre était la cause qui i> lui faisait envisager l'état religieux du royaume sous un point » de vue plus lassurant aujourd'hui qu'à cette époque; qu'en » aucune manière nous ne pouvions ne pas insister, au nom de » Votre Majesté pour qu'elle apportât aux maux de la religion le
» remèdeleplus efficace sur ce, la reine me demanda en
D quoi consistaient précisément le remède et la conduite à tenir. » S'attendant à me voir indiquer comme moyen unique le » recours aux armes, elle s'était précaulionnée d'arguments et de » répliques pour m'en démontrer l'inopportunité; mais je me > bornai à lui répondre que Votre Majesté, bien qu'elle connût i> aussi bien que la reine mère et que personne en France l'état » présent des affaires du royaume et la nécessité d'y porter » secours, quant à la nature précise du remède, s'en remettait » à elle, qui devait être sur ce point parfaitement renseignée. » Je terminai eu la suppliant de me faire connaître ses propres j^ vues, aiin que je pusse en rendre compte au roi mon maître.
> Elle me répliqua qu'elle s'en rapportait entièrement à mes ^ paroles en ce qui concernait la connaissance des affaires du ^ royaume de France, et que, pour ce motif-là même, elle dési- ^ rait avoir mon avis sur la question présente. Après m'être fait
> longtemps presser, je la priai de vouloir bien préalablement me ^ dire, si depuis la publication de l'édit qui accordait aux dis- » sidentsunetolérance si grande et tant d'autres concessions, on
> avait perdu ou gagné du terrain, parce que, ce point une fois ^ établi, le choix du remède se trouverait déterminé par là
> même. Sur ce, la reine m'affirma que l'on avaitgagné consi*
> dérablement de terrain depuis cette époque, et se mit à me i> rappeler avec un grand détail les événements passés. Après » qu'elle eut fini, je lui démontrai, preuves en mains, qu'elle me » trompait ou se trompait elle-même d'une manière fort grave :
> ajoutant que je savais fort bien qu'en penser, parce que, nonobsï lant-les assertions de Sa Majesté, il était notoire à tous que la 3) tolérance faisait perdre, chaque jour, du terrain, et que l'on » ne pouvait se flatter de connaître la situation réelle des affaires
> de ce royaume, sans être parfaitement rensei^^^é sur une » particularité aussi importante pour la négociation qui nous :p occupait. La reine m'ayant arrêté en ce moment pour me » demander si par làjo prétendais lui donnera entendre qu'il fal- T> lût recourir aux armes, je lui répondis que je n'en voyais point 3i> actuellement la nécessité, et que Votre Majesté elle-même ne » lui donnerait ce conseil, que dans le cas où cette nécessité
> deviendrait plus urgente. Comme elle me pressait de nouveau T> pour connaître ma façon de penser, je lui fis réponse, qua
> mon avis, il y avait grand besoin de porter un prompt remède j> à tous ces désordres, parce que plus tard, bon gré malgré, ses
> adversaires, venant à prendre les armes, la forc(3raient d'en » faire de même, et peut-être en telle circonstance où la mesure j> serait tardive et de nul effet; que le plan auquel s'arrêtait » Votre Majesté, et qui la préoccupait au point d'en fair^ le but
j^ unique de toutes ses démarches, était de chercher à expulser
> de France cette mauvaise secte, de ramener les sujets du roi y> très chrétien à leur antique soumission et de maintenir la y> reine mère dans la légitime autorité qu'elle exerce. >
Une dépêche du duc d'Albe, non datée, mais assurément postérieure au 21 juin 4565, renferme ce passage* : « Jera-
> menai l'entretien sur l'état de la religion en France, et les » pertes qu'elle subissait, chaque jour; toutes choses que la y> reine mère ne cessa de dénier, ne voulant à aucun prix en j> convenir, mais se prévalant d'argumens si faibles et si froids,
> qu'elle voyait bien que je ne pouvais les admettre. Cette cony> versation avait lieu dans une chambre extrêmement petite, et » dans laquelle on ne pouvait rien dire sans être entendu, les y> pièces voisines étant remplies de courtisans. »
Le reste de la dépêche nous montre le duc d'Albe et Catherine s'en tenant, en ce qui concerne l'état religieux de la France et les moyens d'y porter remède, aux opinions qu'ils ont respectivement émises dans leurs précédens entretiens. On n'y rencontre, du reste, aucune trace d'une entente finale entre la reine mère et son interlocuteur.
Est-ce à dire, pour cela, que les rapports de Catherine avec le duc d'Albe, à Bayonne, se limitèrent aux seuls faits consignés dans les dépêches de celui-ci? non, ainsi que l'établissent divers historiens.
« Tandis qu'on feignait, écrit Davila^ de n'être occupé, à » Bayonne, que de fêtes et de plaisirs, de joutes, de courses de » bague et d'autres semblables amusemens, on tenait des con- :? seils secrets où, après avoir examiné et balancé les intérêts y> des deux couronnes, on convint que les deux rois devaient y> agir de concert pour rétablir le calme dans leurs états et y i> abolir la diversité de religion On tendait également, de