Mémoires de la vie de Souhise, p
» voulust accuser ou inquiéter, soubz le prétexte de telle
> depposition nulle et non libre et qui n'est aydée d-aucune 3^ autre preuve ou conjecture, conime on afaict à monsieur » Tadmiral, lequel toutesfois en a esté par vous, Sire, déclaré x> innocent, ledit sieur de Soubize, encores qu'il ne soit expres- » sèment accusé, vous supplie très humblement. Sire, qu'il vous 3^ plaise ordonner qu'il soit donné pour son regard, pareil jugej> ment et arrest par lequel il soit déclaré innocent de ce faict, » et deffences faictes à tous de ne l'en appeler ou inquiéter en » quelque sorte que ce soit, sur les peines contenues en l'arrest i> dudit sieur admirai. s>
Au bas de l'original de cette pièce, à demi-page, sont tracées par une autre main que celle qui écrivit le corps de la requête ces lignes significatives : — « Il faut que, pour la pacification y> de toutes choses, il meure ung homme pour le peuple, ou
> qu'il en porte la peine. Et ne donnera ledit sieur de Soubize » beaucoup au public, pour ce que aussi bien ne vivra-il plus » que deux ou troys moys. — Par advis et ordonnance du conseil )> (paraphe).
D'après cette odieuse mention, applicable à l'un des plus fermes soutiens de la cause réformée, on peut se faire une idée de la haine qu'éprouvait la majorité du conseil pour les autres représenlans de cette cause, à commencer par Coligriy et ses frères.
Si cette haine, fomentée par la reine mère, ne fit pas alors explosion ; si le projet d'un massacre des réformés, conçu à Bayonne, ne fut pas mis à exécution dans les murs de Moulins, cela tint uniquement à l'effi^oi subit qu'éprouva Catherine, au moment où allait s'accomplir un épouvantable forfait, ainsi que le rapporte le véridique biographe de Soubize. Il dit * :
« Le s' de Soubize estant déjà fort mal, ne laissa d'aller
i. Mémoires de la vie de Soubise, 1879, p. 93.
ï encores trouver la court à Moulins, dont il ne revint que cinq
> mois avant sa mort, laquelle luy cuyda encores estre hastée là,
> à cause que ceux qui ont esté les autheurs du massacre qui » est depuis advenu, l'avaient dès lors entrepris, et résolurent de 3 l'exécuter audit Moulins, à cause que tous les principaulx i> chefs de ceulx de la religion.y estoient, hormis M' d'Andelot, ï> lequel je ne suis pas bien asseuré qu'il y fûst. Mais tant y a que 3> depuis les troubles ils n'en avoient sçeu tant assembler que p lors, qui leur fit résouldre de s'en desfaire tout à la fois; et » desjà le maréchal de Bourdillon et le comte de Brissac, qui » en avoit la charge, estoient entrés dans la chambre de la ib royrie (qui cependant se devoit retirer.dans un cabinet) estant i> armez de maille par dessoubz, et devoit le comte de Brissac » prendre une querelle d'AUemaigne contre mon s'ie prince, pour j avoir occassion de mettre la main à Tespée avec ceulx qui » estoient attirez pour celte exécution. Mais il prit une sou- » daine peur à la royne, de sorte qu'elle empescha lors que l'enp treprise ne fût exécutée. »
Du reste, dans Moulins se répandit le bruit qu'on voulait assassiner l'amiral ; bruitauquel celui-ci n'attacha pas plus d'importance qu'aux menaces d'attentats sur sa personne, dont déjà, en d'autres circonstances, on l'avait informé. « Il avoit été, dit ï Brantôme * , menacé cent fois d'estre assassiné et qu'il y avoit ï gens attitrez et de toutes parts appostez, pour cela, dont il y 9 en avoit des advis certains, fust à la court, aux armées, aux
> villes, en ses maisons et ailleurs; jamais il n'en monstra ï aucun semblant d'avoir peur, ny ne s'en accompaigna pas
> plus de croustilleux ^ pour cela; mais semonstroitsi assuré, » que bien souvent le trouvait-on quelques fois qu'il n'avoit